‹ Habitations lacustres des temps anciens et modernesChapitre 11 sur 150 · ANTIQUITÉS · texte numérisé non relu

ANTIQUITÉS

eaux. Il existe de nombreuses localités dans le voisinage de la mer et des fiords, où l'on voit des dépôts considérables, pareils à ceux qui se sont formés sous les habitations lacustres de la Suisse, mais avec cette différence qu'ils sont toujours sur terre ferme, à l'abri de faction des vagues. On les retrouve depuis le nord du Jutland jusque sur les rives, à la hauteur de Kiel. M. N. G. Bruzélius en a aussi constaté près de Kullaborg, en Suède, sur la rive au nord-ouest de Lund. Ces dépôts mesurent de 2 à 10 pieds d'élévation, sur 100 à 1000 pieds d'étendue. Sur quelques points, bien que leur surface soit à 14 et même à 18 pieds au-dessus de la mer, ils sont recouverts par une couche de gravier qui ne peut avoir été déposée que par une irruption des eaux, à la suite de quelque catastrophe qui parait avoir clos la période pendant laquelle ces points étaient habités, à moins qu'ils n'aient été abandonnés auparavant l.

Ces dépôts de cuisine, nommés dans le Nord Kjôkkenmôddinger, remontent tous à l'âge de la pierre, et ne contiennent nulle part aucune trace de métal. Ils sont infiniment moins riches que ceux des habitations lacustres, ce qui s'explique par la circonstance que les ustensiles ne pouvaient pas se perdre aussi facilement sur le sol que dans les eaux. A part un fort petit nombre de pièces d'un beau travail, polies ou percées d'un trou, ces dépôts ne renferment en général que des instruments grossiers ou brisés, mêlés aux débris de la fabrication et de la desserte des repas, avec des cendres, des charbons et des fragments de poterie. Malgré

1 M. le professeur Petersen pense, contrairement à l'opinion des savants danois, que ces dépôts ont été formés dans les eaux, de même que dans les lacs de la Suisse, et que l'action du soulèvement, propre à plusieurs points du sol Scandinave, les a élevés au-dessus du niveau de la mer.

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cette apparente pauvreté, les savants du Nord ont tiré d'importants résultats de l'accumulation de ces restes, qui ont été tout particulièrement explorés par MM. Worsaae , Forchammer et Steenstrup.

Les débris de la table ont essentiellement occupé M. Steenstrup, qui a reconstitué par ce moyen la faune locale et observé le déplacement de quelques espèces. L'buitre, le peigne et d'autres mollusques ont laissé de nombreux débris. Il en est de même des poissons, surtout des harengs, et des anguilles. Les crabes sont rares. La chasse des oiseaux devait être abondante, entre autres celle des espèces aquatiques. On peut mentionner l'oiseau à édredon, la petite oie sauvage, Valca impennis, qui n'existe plus, à ce que l'on croit, que sur une petite île des côtes de l'Islande, et le coq de bruyère. Le cygne sauvage ne séjournant que pendant l'hiver en Danemark, il en résulte que ces emplacements étaient occupés à cette saison, mais l'absence d'ossements déjeunes oiseaux, dont l'époque est de mai en août, pourrait faire supposer que les habitants se rendaient sur d'autres points pendant la belle saison, à moins toutefois que les chiens n'aient dévoré ces restes naturellement délicats. Les ossements d'oiseaux consistent surtout dans les os longs, qui sont de 20 à 25 fois plus nombreux que les autres ; un carnassier domestique a dû dévorer ces derniers, et ce carnassier ne peut être que le chien, qui, lorsqu'on le nourrit de débris d'oiseaux, laisse les os longs dans la même proportion.

On trouve le phoque, le castor, des cerfs d'espèces différentes, le sanglier, l'aurochs, le lynx, le chat sauvage, la martre, le loup, le renard, le chien, le hérisson, le rat de terre et des escargots terrestres. D'entre les animaux domestiques, on ne possédait que le chien, dont il existait deux

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races tlistincles. Les autres animaux élevés par l'homme, tels que le cheval, le hœuf et le mouton, paraissent n'avoir été introduis dans le Nord que pendant l'âge du bronze, ou tout au moins postérieurement à l'occupation de ces emplacements. On n'a pas encore recueilli de graines qui indiquent la connaissance de l'agriculture dans les pays Scandinaves, durant le premier âge.

On rencontre parfois, auprès de ces restes divers, des couches d'une poussière de charbon , qui contient une forte proportion de manganèse. L'analyse chimique de ces cendres noirâtres indique qu'elles proviennent de la fabrication du sel, obtenu, dès les premiers temps, par un procédé encore usité, il y a deux siècles, sur les côtes de la mer. On amassait une espèce d'algue (zostera marina) qu'on brûlait et dont on arrosait la cendre, naturellement chargée de manganèse, avec l'eau de mer, d'où résultait une efflorescence de sel qui n'était autre que le sal nigrum de Pline.

Ces dépôts ont trop d'analogie avec ceux de nos lacs pour les passer sous silence, et l'étude qui en a été faite montre l'importance qu'il y a, dans les recherches de ce genre, à ne négliger aucun débris '.

* Voir le compte-rendu de ces recherches dans les Etudes géologico-archéologiques en Danemark et en Suisse, par Ad. Morlot; dans le Bulletin de la Société vaudoise des sciences naturelles. 1860.

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