GRAND-DUCHÉ DE BADE
Lac de Constance.
M. Lôhle a découvert, dans le lac de Constance, un nouvel emplacement très considérable, situé dans une anse, entre les stations de Makelfingen et d'AUensbacb ; mais les fouilles les plus beureuses sont celles qu'il poursuit à Wangen, où il continue à trouver un grand nombre d'objets pareils, pour la plupart, à ceux qui ont été décrits.
Les débris tombés à l'eau ne sont pas répartis de la même manière sur tout l'espace occupé par les pilotis. Sur tel point, la recherche la plus active est infructueuse; sur tel autre, on découvre plus particulièrement certains objets. Le lin, par exemple, n'occupe qu'un petit nombre de places, de h à 6 verges carrées, où on le trouve avec ses tiges, sans être travaillé ; parfois il est réuni en bouquets soigneusement arrangés, tout auprès ce sont des provisions de lin filé, ou bien il est artistement entrelacé avec des bandes d'écorce de saule. Ces points paraissent avoir été les atteliers de la bourgade. Il en est d'autres où sont réunis les ouvrages en paille. Les dépôts les plus nombreux sont ceux de fruits secs et de blé carbonisé. M. Lôhle a découvert environ cent mesures d'orge et de froment, soit en grains. s. lit en épis bien conservés. Le froment ordinaire et celui uY printemps étaient tous les deux connus.
Une découverte inattendue est celle du pain, conservé par la carbonisation. Il a la forme de galettes rondes, épaisses d'un pouce à 15 lignes; un morceau donne un diamètre de k à 5 pouces. Le levain paraît n'avoir pas été connu ; la pâte, au lieu de farine, se faisait avec du blé plus ou moins broyé, en sorte qu'on retrouve dans ces pains des grains d'orge ou de froment mélangés au son. Il parait que la cuisson s'opérait en plaçant la pâte sur une pierre chaude qu'on recouvrait de cendres ardentes d'après l'usage mentionné par ces mots : « Alors Edda tira de la cendre un pain lourd, visqueux et rempli de son. »
M. Lôhle a remarqué des pilotis déviés de leur position verticale ou repliés à peu près comme une S sous le poids des habitations. Sur ces points, d'autres pilotis plus forts ont évidemment servi à consolider l'esplanade. Entre les bois employés , il est à remarquer que les poiriers et les pommiers n'ont pas été utilisés comme pilotis, ainsi qu'on l'avait cru d'abord, mais plutôt comme billots sur lesquels on travaillait. Leurs dimensions sont d'environ 1 */» pied de diamètre sur 2 à 3 pieds de longueur.
Malgré -le nombre considérable des instruments en pierre, on ne retrouve pas les emmanchures en bois de cerf. Le manche de la hache était en bois, le plus souvent de noisetier. La pierre se fixait avec des ligatures à une branche bifurquée ou coudée naturellement. La longueur du bois variait de manière à pouvoir être manié à une ou à deux mains.
SUISSE
Lac de Pfeffîkon,
dans le canton de Zurich.
L'emplacement de Himmerich, situé sur le bord du vaste marais tourbeux qui s'étend au sud du lac de Pfeffikon, mesure une étendue d'environ 40000 pieds carrés; il se trouvait, avant la formation de la tourbe, à 2500 pieds plus en avant dans le lac que la station de Robenhausen. Cet emplacement, imprégné d'eau, est difficile à explorer. M. Messikommer s'est cependant assuré qu'il existe dans la profondeur, sous une couche tourbeuse déjà formée lors de la fondation de cet établissement, des pierres, des ossements et des fragements de poterie. A la suite de l'accroissement de la tourbe, qui contient des pieux de 3 à 6 pieds de longueur, on accumula, sur ce point, du limon et du gravier qui formèrent une espèce d'île, de manière à placer les- demeures sur terre ferme. On découvre sur cette couche et dans son épaisseur des haches de pierre, des pointes de flèche en cristal de roche et en silex du Jura, des meules, des pierres à aiguiser et delà poterie.
Un îlot naturel, d'une surface de 20000 pieds carrés, à l'occident de Robenhausen, entre ce point et l'ancienne rive, est connu sous le nom de Riedbùhl. Malgré les exploitations de sable qui ont changé l'aspect de ce terrain, on y trouve assez d'objets d'industrie pour s'assurer qu'il a été occupé par les Lacustres.
Non loin d'Irgenhausen, un autre îlot couvert de bois et entouré de tourbe, conserve des fragments de poterie et des flèches en silex.
M. Messikommer continue à découvrir sur l'emplacement de Robenhausen un grand nombre d'objets, tous antérieurs à l'âge du bronze, bien que des instruments de celte période se rencontrent à peu de distance de là, dans la tourbe ou dans la terre1. Il a recueilli des pains ou galettes semblables à celles de Wangcn, du froment, de Y orge et une abondance de fruits secs et de graines dont il a eu l'obligeance de me remettre toute une collection.
Le lin est filé ou tressé en nattes. De nombreux lambeaux d'une étoffe primitive sont formés de cordons disposés en lignes droites et parallèles, comme la chaîne sur le métier du tisserand, et reliés par d'autres cordons entrelacés aux précédents dans le genre de la trame, mais avec cette différence que les fils qui en font l'office sont distants les uns des autres de 5 à G lignes au lieu de se toucher. D'autres cordons, soigneusement tordus, ont été noués de manière à reproduire les mailles en losange du filet. Des pailles et des bandes d'écorce entrelacées ressemblent quelque peu à nos nattes tressées en spirale. Des tissus de Wangen, pareils aux précédents,' ont pour chaîne des mèches de lin au lieu de cordons. D'autres espèces d'étoffe, si l'on peut leur donner ce nom, sont formées de mèches repliées, semblables à de petits écheveaux disposés par rangées parallèles qui se
« M. le Dr Keller donne, PI. VI fig. 10, le dessin de trois balles vides et découpées, dans lesquelles on a fait pénétrer un petit caillou. Ces balles, suspendues à trois tiges de bronze réunies dans l'anneau d'une tige unique, sont évidemment les grelots de forme ovoïde et à bandes longitudinale dont j'ai parlé à la page 342. (PI. XVII, fig. 22.)
superposent comme les écailles du poisson. Ces mèches, recouvertes en outre de bandelettes d'écorce, sont reliées par des cordons et de fines bandes dont l'entrelacement dessine des lignes transversales distantes de 8 lignes les unes des autres. A propos des restes de bison trouvés ta Robenhausen, M. le Dr Keller suppose avec justesse qu'on a dû prendre ces animaux dans des fosses comme le faisaient les anciens Germains, d'après la rapport de César. (VI, 28.) — Le même auteur raconte (V, 12) qu'il n'était pas permis, chez les Bretons, de manger le lièvre, et c'est sans doute pour cette raison que les os de ce quadrupède ne se retrouvent pas sur les emplacements lacustres.
Tourbière de Wauwyl,
dans le canton de Lucerne.
Il ne reste de l'ancien lac de Wauwyl qu'une petite nappe d'eau entourée de grands marécages, dans lesquels l'exploitation de la tourbe a amené la découverte de quatre groupes d'habitations qui s'élevaient près de la rive occidentale du lac; un cinquième groupe, situé au sud-est, permet de supposer que bien d'autres parties de ce bassin étaient occupées. M. le colonel Suter, de Zofingue, ayant publié, dans le troisième rapport de M. le Dr Keller, le résultat des fouilles qu'il a dirigées sur ces divers points, il importe de compléter ce qui a été dit plus haut de cette importante découverte.
L'esplanade n'a pas été continue sur toute l'étendue de la bourgade. Celle-ci se composait de quartiers rectangulaires ou de groupes divers séparés par des pièces d'eau, plus ou moins étroites, sur lesquelles étaient sans doute jetés des
ponts qui permettaient de communiquer d'une partie à l'autre de la cité, sans employer toujours les canots avec lesquels on pouvait cependant naviguer entre les groupes d'habitations. Bien que ces constructions paraissent présenter quelques variétés entre elles, elles se distinguent dans leur ensemble de la plupart de celles dont on retrouve les restes dans les autres lacs de la Suisse. Ces esplanades n'étaient pas supportées par des pilotis répandus sur toute la surface qu'elles occupaient. Les pieux, essentiellement plantés sur le pourtour des plate-formes rectangulaires, forment des rangées larges de 4 à o pieds, qui se prolongent quelque peu sur les angles, où elles se coupent à angle droit. L'épaisseur des pilotis, enfoncés assez profondément dans le sol, varie de 3 à 4 4/i pouces. M. Suter en a fait arracher deux, qui mesuraient chacun 4 pieds de longueur dans la tourbe; l'un descendait à 10 f/t pieds et l'autre à 41/» seulement dans l'ancien fond du lac.
La disposition des pilotis n'est pas le seul trait distinctif des constructions de Wauwyl. Les esplanades conservées par la tourbe présentent une curieuse accumulation de picces de bois, de branchages et d'argile. Dans le but de faciliter les observations, M. le colonel Suter a étudié avec soin l'un de ces planchers sur une étendue d'une toise carrée. L'espace fouillé contenait cinq couches de troncs de chêne, d'aulne et de sapin. Tous ces troncs étaient placés horizontalement, et l'on s'est assuré qu'on n'a employé que des bois ronds d'un diamètre de 3 à o pouces, sur lesquels on ne remarque, ainsi que sur les pilotis, ni entailles, ni mortaises, ni trous, ni chevilles, ni aucune trace de ligatures. Les interstices étaient soigneusement garnis avec de l'argile qu'on trouve aussi mélangée à des branchages tassés entre
chacun de ces planchers, dont l'épaisseur totale est de 3 pieds. Les pièces de bois du plancher inférieur reposent sur le sol, soit sur le blanc fond de l'ancien lac ; malgré leur décomposition, qui est beaucoup plus grande que dans la partie supérieure, on voit qu'un certain nombre étaient couchées parallèlement à l'un des bords du carré fouillé, tandis que les autres tracent des lignes obliques plus ou moins régulières. L'obliquité des pièces de bois de la deuxième couche, à partir de la profondeur, est en sens inverse de celles du premier lit. Le môme croisement se remarque dans la troisième couche. Dans les deux lits supérieurs, les bois parallèles à l'un des côtés du carré sont superposés à angle droit, mais leur direction varie souvent sur le même niveau. Quelques pieux verticaux, groupés irrégulièrement, traversent çà et là les rangées horizontales, au-dessus desquelles ils font saillie d'un pied et plus, comme s'ils avaient été les montants des cabanes. Leur partie supérieure porte les traces du feu, et, lors même qu'ils pénètrent dans l'épaisseur de l'esplanade, on croit qu'ils n'ont jamais servi à la supporter. Jusqu'à présent, on n'a retrouvé aucune solive reposant sur des pilotis, mais les extrémités des pièces de bois qui paraissent avoir été les encadrements du plancher sont parfois prises entre deux pieux qui les maintenaient en place. M. Suter pose, sans la résoudre, la question de savoir si ces planchers étaient des espèces de radeaux cloisonnés, subissant l'action de hausse et de baisse des eaux, ou s'ils reposaient primitivement sur le blanc fond, de manière à être parfaitement immobiles. Sans entrer dans toutes les considérations avancées dans un sens ou dans l'autre, il paraît que les eaux ont dû avoir une profondeur de h à 5 pieds sur les points occupés par ces constructions. L'épaisseur des cinq
planchers superposés, qui est de 3 pieds, aurait été insuffisante pour mettre la surface de l'esplanade à sec ; mais il se peut que les lits de branchages pris entre les pièces de bois aient perdu de leur volume. En admettant cette dernière hypothèse, les planchers auraient dû être construits à la même époque, et, dans ce cas, l'état de conservation des diverses couches ne serait-il pas à peu près le même, tandis que c'est le plancher le plus profond qui est le plus décomposé? De nouvelles observations permettront sans doute d'arriver à un résultat plus concluant.
On n'a trouvé nulle part, sur ces esplanades, les débris d'argile cuite par l'incendie qui garnissaient les interstices des parois formées de branches entrelacées. M. Suter suppose que les cabanes étaient construites avec des pièces de bois superposées et que leur forme était par conséquent carrée.
Les objets perdus ou jetés à l'eau n'étaient pas dispersés sous les esplanades comme c'est ordinairement le cas ailleurs1. Us sont accumulés sur le pourtour des planchers, et reposent, de même que ceux-ci, sur le blanc fond du lac, d'où il résulte que l'envahissement de la tourbe qui a recouvert ces restes de l'industrie antique, est postérieur à ces constructions.
Le métal n'a pas été découvert à Wauwyl. Les haches sont en pierre, quelques-unes ont des bois de cerf pour emmanchure. Les pierres à aiguiser, les lamelles et les têtes de flèche en silex sont mélangées, comme ailleurs, à des débris de poterie, à des poinçons, à des ciseaux et à des espèces de harpons en os. Un couteau et une grande tasse ou écuelle sont en bois d'if. Outre les grains de collier en bois de cerf,
* Voir le paragraphe Esplanade, à la page 359.
on en a découvert un en verre, dont la présence au milieu des débris précédents a lieu de surprendre.
Les ossements déterminés par M. leDrRûtimeyer indiquent les espèces suivantes : le brochet, la grenouille, l'autour, le canard sauvage, l'écureuil, le castor, le blaireau, le chien, le renard, le loup, la martre, la fouine, l'hermine, le putois, le chat sauvage, le sanglier, le cochon, le cheval, le chevreuil, le cerf, l'élan, la chèvre, la brebis, le bœuf et le bison.
Lac de Sempach.
Il a déjà été fait mention des pilotis et des objets en bronze découverts à Sempach et à Eich. Sur un nouvel emplacement, en face de Nottwyl, on voit, à une profondeur de 45 pieds, une double enceinte de pieux. D'autres se trouvent aussi à l'embouchure d'un ruisseau, entre cette localité et Sempach. Il sera intéressant de s'assurer si ces établissements ont existé pendant l'âge du bronze.
Lac de Moosseedorf,
dans le canton de Berne.
M. le Dr Uhlmann recherche comment la population de l'âge de la pierre, qui vivait sur le lac de Moosseedorf, est arrivée à se procurer le feu, sans le secours du métal. 11 rappelle à ce sujet l'usage des sauvages de l'Amérique du Nord qui obtiennent L'étincelle en frappant avec un caillou la pyrite sulfureuse, mais il se souvient aussi que dans sa jeunesse il s'amusait à faire tourner rapidement sur son axe
APPENDICE. 43j
un morceau de bois placé verticalement entre deux planches, et que, lorsque le bois était parfaitement sec, le feu ne tardait pas à jaillir. C'est à celte destination qu'il attribue les morceaux de bois plats, brûlés en travers, trouvés à Moosseedorf.
En cherchant à se rendre compte de l'emploi des instruments découverts, M. Uhlmann fait observer que beaucoup de pièces en pierre et en os ont été employées au travail des peaux, pour les enlever, les racler, les préparer, les couper et les coudre de manière à se procurer les vêtements nécessaires.
Entre les objets nouvellement découverts, se trouve un peigne en bois d'if, muni de 40 dents sur une largeur d'environ 2 pouces. Ce peigne, d'une hauteur de plus de h pouces, est arqué dans sa partie supérieure.
Lac de Bienne.
Trois nouveaux emplacements ont été découverts par M. le colonel Schwab sur les bords du lac de Bienne. L'un, entre Vingelz et Bienne, est une élévation artificielle de pierres, sans pieux visibles, d'où proviennent deux pointes de javelot en fer. Le deuxième est à l'occident de Neuveville, dans la partie sud-ouest du lac ; on n'y a pas encore trouvé d'objets d'industrie. Le dernier, non loin de Saint-Jean, à un quart de lieue environ de la rive, est situé dans le marais qui sépare les lacs de Neuchàtel et de Bienne ; il remonte à l'âge du bronze, d'après les divers objets de ce métal qui y ont été recueillis avec un celt, un bracelet et une épingle à cheveux.
Les richesses du Steinberg, près de Nidau , ne sont pas épuisées. M. Schwab a retiré de ce point quelques instruments en bronze, ainsi qu'un fer de pique, une clef, une épingle en fer et de nombreux fragments de tuiles romaines.
Le troisième rapport de M. le Dr Keller contient une communication de M. le professeur Hitzig, relative aux croissants du Steinberg et à la voie suivie par ceux qui en ont importé le culte.... «Haran, la ville des gentils, à laquelle se rattachent les plus anciennes traditions d'Abraham, était le siège du culte de la lune. De même qu'Abraham y était venu d'Ur des Chaldéens, c'est- à- dire de l'Orient, le culte de la lune y avait aussi été apporté de la partie la plus orientale
de l'Asie Celui qui voulait, comme Abraham, aller d'Ha-
ran dans la Syrie citérieure, devait passer par Thapsakus, plus tard Amphipolis sur l'Euphrate, et, de là, il pouvait prendre directement le chemin des lacs à habitations. Steph. Byz. dit qu'Amphipolis se nomme en syrien Toû^sSa (non pas en syrien sémitique) : ne serait-ce pas là le mot celtique Tur, eau (du sanscrit tvar, courir), qui est aussi le nom de notre Zurich, et celui de [,.z?i, pi™;, si la ville était entourée par l'Euphrate, comme Amphipolis par le Strymon, ou bâtie sur les deux rives? On peut demander, pour conclure, puisque les Chaldéens honoraient la lune et le croissant, comme les habitants de Haran, s'il n'y aurait pas quelque connexion entre les noms de Celtes et de Chaldéens »
Lac de Morat.
D'après les renseignements fournis par M. le colonel Schwab, l'établissement lacustre qu'on voit en face de Mo-
tier peut êlre comparé à celui de Sutz sur le lac de Bienne. Un celt en bronze de cette localité a été déposé dans le musée de Berne; plusieurs autres objets ont été vendus à Neuchâtel.
On remarque près de Meyriez, en face du monument de la bataille de Morat, un steinberg qui indique l'existence de constructions lacustres sur ce point. Des pilotis se trouvent près de Greng, et Ton assure qu'il en existe aussi, sur l'autre rive du lac, à Guévaux et à Nant.
Dernièrement, en visitant les bords du lac de Morat, des pêcheurs m'ont indiqué deux autres points: l'un, près de Montillier, où l'on voit quelques pieux sous h à 5 pieds d'eau, et l'autre, vis-à-vis du Péage, séparé de Sugiez parle cours de la Broie. Le peu de transparence des eaux ne m'a pas permis de pousser plus loin ces explorations. D'après les pêcheurs, quelques instruments en pierre ont été découverts à Greng et près de Faoug, station mentionnée à la page 155 de cet ouvrage.
Lac de Neuchâtel.
Les ossements de Concise, recueillis par M. L. Rochat pour la bibliothèque d'Yverdon, ont permis à M. le professeur Rùtimeyer de déterminer les espèces suivantes : « le chat-huant (strix aluco), le castor, le renard, Y ours brun, le blaireau, le putois, la martre, un chien intermédiaire entre le chien courant et le chien d'arrêt de nos jours, le sanglier, le cochon des tourbières, le cheval (une seule incisive), le cerf ordinaire, mais d'une taille énorme égalant celle du cheval, le chevreuil, Y élan, la chèvre, un mouton dont les cornes très peu roulées en spirale rappellent la race qui se
rencontre maintenant dans les îles Orcades, l'unis (un fragment du fémur), enfin de nombreux restes du bœuf domestique, appartenant à deux races distinctes. Celle dont les débris sont les plus nombreux a les formes sveltes, les jambes fines, les cornes petites et recourbées; elle rappelle les vaches de petite taille de la Forêt-Noire. La seconde race atteint souvent la taille de l'urus et peut être comparée aux grands bœufs gris de l'Italie, de la Hongrie et de la Frise *. »
Corcelettes, riche en poteries, ne manque pas de pièces en bronze. Un couteau élégamment arqué, plusieurs épingles plus on moins ornées, un pendant triangulaire, surmonté d'un anneau et un petit bracelet entr'ouvert, artistement formé de trois fils de bronze réunis à leurs extrémités, ont été repêchés sur ce point ainsi qu'une amphore de 18 pouces de diamètre, munie de deux anses et d'une pointe à sa base2.
Un couteau en bronze de Bevaix et des épingles de Cortaillod portent, comme ornements, des pointillages et des lignes gravées.
Une pointe de flèche en silex, se rapprochant de la forme du losange, a été trouvée à Auvernier avec un bracelet circulaire, une belle pointe de lance en bronze, gravée sur la douille, et un fragment d'hameçon de grandes dimensions. Plusieurs vases, sortis du limon, reproduisent les formes décrites plus haut; l'un porte une double rangée de méandres; un autre, assez pareil à l'ancien cornet à boire, est orné sur
1 Pfahlbauten, Drittcr Bericht, habitations lacustres des environs d'Yverdon. Appendice.
* Ces divers objets, ainsi que ceux indiqués comme ayanl été découverts récemment sur les cinq emplacements suivants, font partie de la collection de M. le colonel Schwab.
son pourtour de raies profondes et parallèles au bord dans lesquelles se trouvent cinq petits trous disposés verticalement. M. le Dr Keller, en rappelant que les vases percés de trous étaient fort bien appropriés à la conservation du séret, dont le petit-lait pouvait ainsi s'égoutter, cite le passage suivant de Tacite relatif à la manière de se nourrir des anciens Germains : cibi simplices, agrestia poma, recens fera, aut lac concrctum. (Germ. 28.) Un pot à feu en argile, qui rappelle l'une des formes modernes, est muni de deux anses et de quatre pieds. Une espèce de bassin en granit ne pèse pas moins de 80 livres; le creux, ovale et évasé vers les bords, profond de 10 lignes sur le centre, a une longueur de 11 pouces k lignes sur une largeur de 9 •/, pouces.
On a trouvé à LaTène un mors de cheval, semblable à celui du filet, et les tronçons d'une épée du même genre que celles qui ont été décrites. 11 est à remarquer que chacune de ces pièces présente quelques variétés d'ornementation.
Une pointe de lance en fer, de 2 pieds 6 lignes de longueur, a été retirée de l'eau à environ 3000 pieds au-dessus du Pont de la Thièle. Des pieux s'avancent depuis la rive à une distance au moins pareille dans le lac de Neuchâtel. Les ailerons de ce fer de lance dessinent un angle aigu, et la douille, ornée de lignes en relief et de cannelures, est munie à peu de distance de son ouverture de deux branches transversales.
Les explorations de MM. Rey et de Vevey ont ajouté quelques pièces nouvelles à leur intéressante collection. Deux poinçons en os et un coin en serpentine viennent encore de la Craza. Un instrument en pierre, hache et marteau, péché sur l'emplacement le plus ancien d'Estavayer, est d'un fort beau travail. Cette pièce, longuede h pouces 8 lignes, estai-
guisée sur son tranchant fortement arqué. Une petite bande en relief, faisant saillie entre deux rainures, parcourt le dos de l'instrument dans sa longueur, et n'est interrompue que par le trou destiné à recevoir le manche ; ce trou, au lieu d'être circulaire, présente un ovale assez régulier. La matière de cette hache est une roche dioritique d'une grande dureté.
L'emplacement d'Estavayer de l'âge du bronze a fourni quelques pièces nouvelles dont il faut citer une lame de poignard et entre autres des poteries revêtues de lamelles d'étain. Un col de vase en argile, d'un diamètre de 2 l/z pouces, est garni à l'intérieur et à l'extérieur, sur le bord de l'ouverture, de deux petits cercles d'étain, reliés sur quatre points par une étroite bandelette du même métal. L'espace entre les cercles, qui donne l'épaisseur du vase, est d'une ligne seulement1. Un couvercle d'une terre cuite assez fine, noircie et polie à sa surface, haut de 18 lignes sur 46 de diamètre, est surmonté en guise de bouton, d'une petite anse arquée qui s'élève du milieu de quatre cercles concentriques, accusés par des rainures sur l'argile. Quatre lamelles d'étain, disposées à égale distance, partent du cercle extérieur et descendent en ligne droite sur le bord du couvercle, qui était aussi garni sur tout son pourtour d'une feuille d'étain dont on voit des traces; il en était de même de l'anse en forme de demicercle, mais le métal a souffert et il ne reste plus qu'une bande qui soit encore bien conservée ; large de 5 lignes, elle est ornée de stries parallèles tracées en zig-zag et de triangles pointillés. Le métal pur et sans alliage de plomb a été examiné par M. le professeur de Fellenbcrg2.
' Ce col de vase est conservé dans la collection de M. Schwab.
3 Recherchée sur les habitations lacustres des environs d'Estavayer, pai
La petite barre d'étain mentionnée plus haut (page 152) a peut-être été destinée à l'ornementation des vases. Dans ce cas, on devrait admettre que ce curieux genre de travail est le produit d'un atelier de la bourgade lacustre d'Estavayer. L'incrustation de la lamelle d'étain sur l'argile est comme le point de départ de la damasquinure qui bien des siècles plus tard devait prendre un développement tout particulier dans la Suisse occidentale.
Un emplacement de pilotis, non encore exploré, se trouve en face de Cheseaux, non loin d'Yverdon '.
FAUNE DE L'ANCIENNE HELVETIE reconstruite par M. le professeur Rùtimeyer.
M. le professeur Rùtimeyer vient de publier un important travail sur les restes d'animaux découverts au milieu des débris des constructions lacustres de la Suisse2. C'est dans son ouvrage qu'il faut chercher tous les détails intéressants qui se rapportent soit aux espèces et aux races perdues, soit à l'origine de celles qui ont subsisté jusqu'à nous. Je me bornerai donc à citer la liste générale des animaux qui existaient dans notre pays pendant l'âge de la pierre.
MM. Béat de Vevey et Henri Rey, rédigées par A. Morlot et insérées dans le Se rapport de M. le Dr Keller.
1 Notes sur les habitations lacustres des environs d'Yverdon, par L. Rochat, insérées dans le 3e rapport de M. le Dr Keller.
* Uniersuchung der Thierreste aus den Pfahlbauten der Schiveh von Dr L. Riitimeyer, Zurich 1860. Mittheilungen der antiquarischen Gesellschaft in Zurich. Band. XIII, Abtheilung 2, Heft 2.