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FRANGE

D'après le passage de Suidas, rapporté plus haut1, on voit que les Allobriges avaient encore des cités lacustres, lorsqu'ils furent soumis par les Romains; or, à celte époque, la Gaule en était au premier âge du fer. Suivant l'opinion de M. Delacroix, de Besancon, ce serait dans la Fran-

1 l'a?. 168, nnt.

che-Comté, et non point en Savoie, qu'il faudrait chercher les restes des Allobriges.

Les maisons lacustres, consacrées à des dieux topiques, dont M. Adolphe Pictet retrouve la mention dans deux inscriptions d'Autun et de Volnay, prèsdeBaune1, remontent à une époque où les Gaulois connaissaient récriture, et celle-ci, d'une manière générale, ne pénètre pas chez un peuple avant la connaissance du 1er. On ne saurait conclure de là que l'origine de ces constructions religieuses ne soit pas antérieure à celte époque ; mais, dans tous les cas, les inscriptions qui ont conservé le souvenir des maisons lacustres, consacrées au culte, sont contemporaines de l'âge du fer dans les Gaules. Il est possible qu'il s'agisse de constructions élevées sur des étangs naturels ou le long de cours d'eau, et non pas nécessairement sur des lacs proprement dils.

« On sait d'une manière générale, dit M. Pictet, que le culte des eaux, des sources, des lacs, était commun aux Gaulois, aux Germains et à d'autres peuples; mais les détails manquent à cet égard chez les auteurs anciens. Ce n'est que dans le moyen âge que nous trouvons, ici et là, quelques indications sur le culte des eaux chez les populations de la Gaule. Grimm les a réunies dans son bel ouvrage sur la mythologie allemande. En voici quelques-unes :

« Grégoire de Tours (De glor. confes., chap. II, dans la Bibl. patrum., pag. XI, 872), raconte que, sur le mont Helanus, dans le Gévaudan, il y avait un lac qui était l'objet d'un culte populaire. Chaque année les habitants d'alentour y

• Voici l'inscription rt'Autun,avec la traduction qu'en donne M. Pictet, dans son Essai, pag. 35, sq. ;

LlCNOS CONTEXTOS IKUltU ANVALONNACU CANECOSEDLON.

Licnos contextes vovit Anvalonnaco domum lacustrem.

apportaient en offrande des vêtements, des peaux de mouton, des fromages, des gâteaux de cire, des pains, etc. Ils apportaient des vivres avec eux, immolaient des animaux, et passaient trois jours en fête. Au quatrième jour, il s'élevait un ouragan furieux , accompagné d'une pluie torrentielle d'eau et de pierres, qui les forçait à se retirer précipitamment. Ce phénomène ne cessa que lorsqu'un prêtre chrétien eut construit une église près du lac, et que le peuple fut converti.

» Dans la vie de St. Sulpice de Bourges (Acta Bened., sect. 2, pag. 172), il est dit qu'il y avait à Vierzon, chez les Bituriges, un gouffre rempli d'eau et consacré aux démons. Si quelqu'un s'avisait d'y entrer, il était saisi subitement par des cordes démoniaques et périssait misérablement.

» Gervasius Tilberiensis (Leibniz, I, 982) rapporte aussi que, dans la Catalogne, sur le mont Cavagum, il se trouvait un lac sans fond, avec un édifice ou palais des démons, invisible toutefois pour les yeux vulgaires. Si l'on y jetait une pierre ou tout autre corps solide, il s'élevait à l'instant même une horrible tempête par la colère des démons1.

» Il faut ajouter que Grégoire de Tours (Miracul., II) fait mention d'une source sacrée et d*un lac à Brioude sur l'Allier, dans les eaux duquel lac on jeta les idoles après la conversion au christianisme.

» On voit que dans ces divers lieux, les lacs étaient censés habités par des puissances supérieures et redoutables que l'on devait chercher à se concilier ; et dès lors l'établis-

* « Grimm observe que la tempête excitée par le jet d'une pierre dans 'in lac, se retrouve dans les traditions germaniques et finlandaises. » (Deutsche Mythol. 338. l« édition.)

sèment d'édifices consacrés sur les bords des lacs et des étangs s'explique naturellement.

» On peut croire aussi que la coutume des établissements lacustres, dont on a retrouvé de si curieux débris dans plusieurs lacs de la Suisse, et qui paraissent remonter aux premiers temps de l'arrivée des Celtes, a contribué à faire naître et à propager ce culte des eaux, sur lequel nous savons trop peu de cbose. Les indications fournies par nos deux inscriptions ont bien quelque importance sous ce rapport et pourront conduire à de nouvelles découvertes. »

IRLANDE

Les rapports de M. Wilde et d'autres savants irlandais montrent que les crannoges de l'Irlande ont été occupés dès les âges les plus reculés jusque dans les temps modernes, en sorte que l'époque de l'introduction du fer doit y être nécessairement représentée.

M. Mac Adam décrit un de ces ilôts artificiels qui s'élevait sur un lac, actuellement desséché, connu autrefois sous le nom de Lough-Ravel l. Il était situé dans la contrée de Derryullagh,à environ 3 milles de Randalstown. L'ilot avait été entouré de pilotis en chêne, reliés par des traverses munies de mortaises. On a trouvé, sur cette île et dans son voisinage immédiat, un bateau, des moulins a bras, quelques celts, plusieurs plats en bois, d'autres en cuivre, des fibules en bronze, des poignards et des lances en bronze et en fer, une

1 Tltr Ulster Journal of arehœotogy, N° 87, pag. 198. lui v. is.ïq.

épingle en bronze ornée de deux tètes humaines , 2 monnaies, l'une de Charles II, et 5 vases en cuivre martelé. L'un de ces vases, de forme cylindrique, mesurant 22 pouces de diamètre sur 8 pouces de profondeur, n'en est pas moins, malgré ses dimensions, formé d'une feuille de cuivre 1res mince.

Les objets recueillis appartiennent, on le voit, à des âges très divers, en sorte que la longue occupation de ce crannoge ne peut être mise en doute. Les vases cylindriques, formés de minces feuilles de cuivre ou de bronze, peuvent remonter à des époques différentes, mais on les retrouve assez fréquemment dans les sépultures du premier «âge du fer. Ils sont, en Suisse, l'un des ornements caractéristiques des tombeaux helvétiens.

On ne possède encore que fort peu de renseignements sur les habitations lacustres de l'Angleterre, aussi ne m'est-il pas possible de dire s'il en existait dans la troisième période. Le limon de la Tamise renferme de nombreux débris d'industrie, dont plusieurs sont fort anciens. Parmi ceux que M. Roach Smidt a recueillis, il se touve des antiquités romaines et des pointes de lance en fer d'une admirable conservation, grâce au limon du fleuve, sur lesquelles ont été gravés les mêmes dessins que sur les objets de l'âge du bronze. Ces fines rayures montrent un art diflérent de celui des épées de La Tène et se rattachant plus directement à la période précédente, mais on ne peut conclure de ces pièces, à elles seules, que des habitations sur pilotis aient jamais occupé le lit de la Tamise.

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