‹ Habitations lacustres des temps anciens et modernesChapitre 28 sur 150 · CAUCASE · texte numérisé non relu

CAUCASE

Il n'est pas sans intérêt de retrouver des habitations lacustres au delà de la mer Noire, au pied de la chaîne du Caucase. M. Ch. Petersen, professeur à Hambourg, a eu l'obligeance de m'indiquer un passage dllippocrate, d'après lequel une population des bords du Phase construisait aussi ses demeures au milieu des eaux.

« Les habitants (Ju Phase , dit le père de la médecine,

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occupent une contrée marécageuse, chaude, humide et boisée ; les pluies y sont, dans toutes les saisons, aussi fortes que fréquentes. Ils passent leur vie dans les marais ; leurs habitations de bois et de roseaux sont construites au milieu des eaux; ils ne marchent que dans la ville et dans le marché ouvert aux étrangers ; mais ils se transportent dans des pirogues faites d'un seul tronc d'arbre, montant et descendant les canaux qui sont nombreux. Les fruits que la contrée produit viennent tous mal et sont de qualité imparfaite, sans saveur, à cause de l'abondance de l'eau, qui les empêche de mûrir complètement et qui, en outre, répand sur le pays des brumes continuelles. C'est pour cela que les habitants du Phase diffèrent des autres hommes: ils sont, en effet, d'une haute taille et d'un embonpoint si excessif qu'on ne leur voit ni articulation ni veine; leur coloration est aussi jaune que celle des ictériques ; leur voix est plus rude que partout ailleurs, attendu que l'air qu'ils respirent, loin d'être pur, est chargé d'humidité et de brouillard ; ils sont peu propres à supporter les fatigues corporelles1. »

Bien que ce passage ne donne pas des détails aussi complets que ceux qui nous ont été conservés par Hérodote, il y est cependant dit expressément que les habitations de bois et de roseaux étaient construites au milieu des eaux. Ces demeures n'étaient point temporaires pour se soustraire aux inondations, ni disséminées pour la pèche, puisqu'elles formaient une ville qui avait un marché ouvert aux étrangers ; les pirogues faites d'un seul tronc d'arbre reproduisent exactement les canots de la Suisse et des pays du nord

1 Traité des Airs, des Eaux et des Lieux, § 15, dans les Oeuvres complètes tPHippocrate, par E. Littré, tom. Il, pag. 61, 1810, et dans l'édition de M. le professeur Ch. Peterscn, § 83. .

de l'Europe ; en outre, les habitations de bois et de roseaux n'indiquent pas un degré de civilisation supérieur à celui des peuplades lacustres en général. Quant aux caractères physiques des habitants du Phase, il résulte de l'ensemble de la description d'IIippocrate qu'ils provenaient bien plus du climat et de l'atmosphère brumeuse que du séjour sur les eaux, puisque tous les fruits mûrissaient mal, étant sans saveur et de qualité imparfaite. On ne saurait donc attribuer aux autres peuplades lacustres l'extérieur qui était propre aux habitants du Phase.

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