‹ Habitations lacustres des temps anciens et modernesChapitre 27 sur 150 · TURQUIE D'EUROPE · texte numérisé non relu

TURQUIE D'EUROPE

Le lac Prasias, situé dans l'ancienne Pseonie, soit dans la Roumélie moderne1, n'a pas encore été l'objet de recherches archéologiques; mais tous ceux qui s'occupent des antiquités lacustres connaissent le passage d'Hérodote (Liv. V, chap.XVI), d'après lequel on voit que lesPseoniens construisaient leurs demeures sur les eaux, de la même manière que les anciens habitants de l'Helvétie. Voici ce que l'historien grec raconte à ce sujet :

« Les Pœoniens des environs du mont Pangée, les Dobères, les Agrianes, les Odomantes et les Paeoniens du lac Prasias ne purent point être subjugués par Mégabyze. Il tenta cependant de soumettre ceux-ci, dont les demeures étaient cons-

1 D'après Hérodote (V, 17), ce lac était voisin de la Macédoine: « Du lac Prasias en Macédoine il n'y a pas loin. En effet la mine qui rapporta dans la suite à Alexandre un talent par jour, touche à ce lac. Après cetle mine est le mont Dysorum ; lorsqu'on l'a passé , on est en Macédoine. »

truites sur le lac de la manière suivante : Us fixent sur des pieux élevés, enfoncés dans le lac, un échaffaudage bien lié, qui n'a d'autre communication avec la rive qu'un seul pont étroit. Autrefois les habitants plantaient à frais communs les pieux sur lesquels repose l'échafaudage ou la plate-forme; mais, dans la suite, ils firent une loi d'après laquelle on planterait trois pieux, apportés du mont Orbelus, à chaque femme qu'on épouserait, la polygamie étant en usage chez eux. Voici quel est leur genre d'habitation. Chacun, sur cette plate-forme, a sa cabane, où se trouve une trappe qui donne sur le lac, et, de peur que leurs petits enfants ne tombent à l'eau, ils les attachent par le pied avec une corde. Us nourrissent leurs chevaux et leurs bêtes de somme avec du poisson en place de foin. Le lac est si poissonneux qu'en y descendant un panier par la trappe, on le retire peu après plein de poissons. »

Celte description, malgré son laconisme, indique tous les principaux éléments des constructions lacustres. Le village ou la bourgade s'élevait au-dessus de la surface des eaux à une distance de la rive qui n'est pas indiquée, mais qui variait sans doute d'après l'étendue du blanc fond, car c'est bien sur celui-ci que les demeures étaient construites, puisqu'un pont, certainement supporté par des pieux, conduisait des habitations à la rive. Les pilotis sur lesquels reposait l'esplanade devaient être aussi fort nombreux, chaque homme étant tenu d'en fournir trois à chaque femme qu'il épousait, et cela dans une contrée où existait la polygamie. L'esplanade reposait sur des pieux élevés, afin que, lors des tempêtes par les hautes eaux, les vagues ne vinssent pas heurter et inonder les habitations. Hérodote nous apprend que chaque Paeonien avait sa cabane, dont les dimensions devaient

être d'une certaine étendue pour pouvoir loger une famille, souvent assez nombreuse, vu la pluralité des femmes. Rien ne dit si ces demeures étaient de forme carrée ou circulaire. Quanta la trappe dont parle l'historien, il est à peine nécessaire d'ajouter que son usage n'était pas limité à la pêche. Enfin, la manière de nourrir les chevaux et les bêles de somme peut surprendre , à cause de leur répugnance naturelle pour l'odeur du poisson, mais que ne peut l'empire de l'usage, et, s'il faut en croire quelques voyageurs, il est encore des peuplades qui nourrissent leurs chevaux de la même manière1 .

Si les habitations sur le lac Prasias favorisaient la pêche, elle ne présentaient pas des avantages moins réels pour la défense. C'est bien par leur position sur les eaux que les Pœoniens échappèrent aux armes de Mëgabyze et à la domination de Darius, mais l'histoire ne nous dit pas jusqu'à quelle époque subsistèrent ces bourgades lacustres, ni depuis quand elles existaient, ni enfin si elles se retrouvaient sur d'autres lacs de la Thrace ou de la Macédoine. Des explorations pourront fournir plus tard une réponse à ces questions. Dans tous les cas, il est probable que ce genre de construction n'était pas moins ancien au pied du mont Orbelus qu'au l>ied des Alpes et du Jura, et nous voyons qu'il était encore en usage pendant l'âge du fer, soit du temps de Darius.

Les habitations lacustres des Pœoniens présentent plus de rapports avec celles de la Suisse qu'avec les crannoges de

* Wesseling ajoute à ce sujet: « Athénée parle d'un certain peuple de Thrace qui nourrissait ses bœufs de poissons. Il l'appelle ceux qui habitent auprès de Mosyne de Thrace. Comme on ne connaît point, en Thrace, d'endroit de ce nom, je soupçonne que c'est le même peuple dont parle Hérodote, et qu'Athénée donne à leur ville le nom de Mosyne à cause de leurs maisons de bois. Thorm. Torffajus assure, dans son histoire de Is'orwége , que , dans les pays froids et maritimes de l'Europe, on nourrit le bétail avec du poissson. »

l'Irlande. Ceux-ci n'avaient le plus souvent que des canots pour alteindre la rive, parce que la profondeur des eaux ne permettait pas toujours de jeter un pont. L'îlot remplaçant la plateforme ne laissait pas circuler les eaux sous l'habitation, dans laquelle il ne pouvait y avoir de trappe pour la pêche. Les pieux, moins nombreux, entouraient ces constructions, bien plus qu'ils ne les supportaient. On comprend du reste que la différence de configuration du sol et des bassins d'eau devait apporter des modifications dans la manière de satisfaire à des besoins analogues. Il était naturel qu'on utilisât les îlots, submergés ou non, des petits lacs de l'Irlande, et la difficulté de les aborder rendait leur position préférable pour la défense à celle des habitations construites plus près de la rive. Il est possible aussi que le peu d'étendue des blancs-fonds n'offrît pas d'emplacements convenables. D'autre part, le manque d'ilôts dans la plupart des lacs de la Suisse conduisait naturellement à adopter le genre de construction usité chez les Prconiens.

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