AFRIQUE
Il est intéressant, malgré les renseignements incomplets dont nous disposons, de pouvoir mentionner l'existence de constructions sur pilotis dans l'intérieur et dans le sud de l'Afrique. Le Dr Baikie, naturaliste qui a fait partie de l'expédition du navire Pleiad sur le Niger, donne la description suivante d'une race d'hommes fort singulière, qui habite les bords de la rivière Tsadda, vers le centre de l'Afrique.
« Nous nous enfonçâmes, dit le docteur Baikie \ dans une
1 Musée des sciences, par Lecouturier, N° 25, 1856. — Communication de M. E. Solomiac.
crique qui s'étendait parallèlement à la rivière, et nous ne tardâmes pas à voir surgir un village. A notre grand étonnement, une hutte contre laquelle heurta la proue de notre embarcation fut le premier obstacle qui arrêta notre marche. Nous regardâmes autour de nous ; le lieu où nous nous trouvions était complètement inondé. Nous avançâmes dans le milieu du village, il n'y avait pas un pouce de terre à sec; les eaux couvraient tout à droite et à gauche, derrière et devant nous. Les habitants sortirent de leurs huttes à notre apparition et se tinrent debout sur le seuil de leurs portes. Ils avaient, sans exagérer, de l'eau jusqu'aux genoux; je remarquai même un enfant qui en avait jusqu'à la ceinture. Je ne saurais décrire l'intérieur des cabanes de ces amphibies; mais nous en observâmes qui, si elles sont habitées, obligent leurs habitants de plonger comme des castors pour sortir.
« Nous traversâmes en silence la cité aquatique, nous demandant à nous-mêmes comment des êtres humains pouvaient exister ainsi. Nous avions entendu parler de tribus sauvages qui vivent dans des cavernes et dans le creux des rochers; nous connaissons les mœurs étranges de certains Indous qui perchent sur les arbres, et des nombreuses familles qui passent leur vie, en Chine, sur des radeaux ou sur des barques ; nous savions également que les Touaricks et les Shanbah errent sans cesse au milieu des déserts de sable, et que les Esquimaux se creusent un asile dans la neige; mais nous n'avions jamais contemplé ni même imaginé des créatures raisonnables formant par goût comme une colonie de castors, ayant les mœurs des hippopotames et des crocodiles qui infestent les marais voisins. »
Il est à regretter que cette description ne fournisse pas des
détails plus précis, mais il n'en est pas moins certain que ce village, peut-être inondé momentanément et traversé par une embarcation, reproduit, dans l'intérieur de l'Afrique, des usages propres aux habitants du Phase et aux peuplades lacustres de l'Occident.
M. Maury, membre de l'Institut, mentionne des habitations sur pilotis, en décrivant le cours du Zambési. Un district fertile, situé entre Inhasuja et Mazaro, est tellement exposé à l'élévation soudaine des eaux, à la suite de l'abondance des pluies, que « les indigènes, pour s'en garantir, sont obligés de construire, ainsi que le font les Malais, leurs demeures sur des pieux hauts de 6 mètres ; alors ils bravent impunément l'inondation , et on les voit quelquefois pêcher tranquillement dans les eaux sur lesquelles semblent flotter leurs demeures ; car le poisson abonde dans le pays, et les requins remontent même les rivières assez avant dans les terres ' . »
L'antique usage de construire sur pilotis, pour vivre audessus des eaux ou pour éviter les inondations, se retrouve ainsi sur les diverses parties du globe depuis les temps les plus anciens jusqu'à l'époque actuelle. Après avoir constaté l'extension de ce genre d'habitations, il importe de rechercher quel parti l'histoire peut tirer des divers faits exposés dans la première partie de cet ouvrage.
• Rapport fait le 16 décembre 1859, à la seconde assemblée générale annuelle de la Société de géographie, par Alfred Maury.