DIMENSIONS
lacustre. Cependant, quand on voit le nombre considérable de bois de cerf , d'ossements et de pierres d'usages divers, accumulés sur certains points, il fallait que ces provisions, auxquelles s'ajoutaient celles du ménage, fussent abritées par quelque hangar fermé, complément nécessaire de l'habitation.
Si la forme circulaire des demeures paraît avoir prédominé dans l'antiquité, comme c'est encore le cas chez beaucoup de populations sauvages, les constructions carrées n'en ont pas moins été connues fort anciennement en Europe, et il se peut que ces deux genres de cabane se soient souvent trouvés réunis sur la même esplanade. La hutte carrée a été usitée dès le premier âge sur plus d'un point du Nord. On en a découvert une, à quelque distance de Stockholm, en creusant le canal qui conduit à Gothembourg1. Une autre, propre à l'Irlande, était sous \h pieds de tourbe, dans le marais de Drumkellin, dans le comté de Donegal. D'après la description du capitaine Mudge, cette cabane mesurait 12 pieds en carré, sur une hauteur de 9 pieds, divisée en 2 étages, hauts de h pieds chacun. Les montants de la charpente avaient pour assise des troncs couchés horizontalement, la toiture était plate, et la cloison consistait en grossières planches de chêne, évidemment fendues avec le coin. Une hache en pierre, trouvée dans la hutte, et auprès de celle-ci, un morceau de sandale en cuir, une pointe de flèche en silex et une épée en bois prouvent assez la haute antiquité de cette construction, que M. "Wylie suppose être le type des premières habitations des crannoges de l'Irlande, sur lesquels on trouve
« Mémoires de la Société des sciences naturelles de Xeuchâtel. Tome l«.— Preuves d'une élévation graduelle du sol dans certaines parties de la Suède ; par Charles Lyell.
des traces de compartiments, séparés par des rangées de pieux revêtus de plateaux ou de planches1.
Les cabanes, quelles que fussent leurs formes, devaient se grouper en assez grand nombre sur les esplanades, dont la construction était trop laborieuse pour ne pas en utiliser toute l'étendue. On ne réservait sans doute que des couloirs peu spacieux et que les places d'entrepôt les plus indispensables. L'accroissement de la population avait pour conséquence l'agrandissement de la plate-forme, pour autant que le blanc-fond s'y prétait. Les habitants du crannoge. resserrés en général sur un ilôt de petites dimensions, entouré d'eaux profondes, n'avaient pas la même facilité, à moins de recourir aux demeures flottantes. Dans tous les cas, ceux qui occupèrent des bassins de peu d'étendue, ne tardèrent pas à avoir des colonies sur terre ferme, où l'on continua sans doute, pendant un certain temps, à élever les cabanes sur des pilotis, à en juger du moins par ce qui se passe encore de nos jours dans l'intérieur de plusieurs îles de l'Océanie. Si ce mode de construction n'était plus général chez les Gaulois du temps de César, c'est que le cours des siècles et l'invasion de nouveaux peuples avaient introduit bien des usages étrangers aux temps primitifs.
Malgré ces variétés de constructions, résultant soit de la nature physique, soit de l'origine des peuples, on est frappé des analogies que présentent les habitations lacustres des âges et des pays les plus divers. Partout le même emploi des pieux, des claies et des plateaux pour des bâtiments carrés ou circulaires ; la même exiguité des cabanes antiques et des huttes modernes ; partout la même indigence d'ameu-
« On lake-dwellings ofthe early periods, by W.-M. Wylie. — Archœologia. Vol. XXVI, pi. 361.