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CHAPITRE Ier

Il y a eu, en Europe, une époque pendant laquelle l'homme était réduit, par son ignorance des arts métallurgiques, à utiliser la pierre, l'os et le bois, pour satisfaire aux besoins de son existence *. Tout ce qu'on connaît de plus ancien montre que l'industrie a débuté par la fabrication d'instruments en pierre, qu'on retrouve même dans des terrains diluviens où ils ont été recouverts par des formations d'une antiquité très reculée. Les recherches faites par M. Boucher de Perthes dans le nord de la France, près d'Amiens et d'Abbeville, soulèvent à cet égard des questions d'un grand intérêt *. Cet explorateur infatigable a retiré des terrains diluviens de la Picardie des instruments en silex, évidemment

' Voir l'Introduction.

* Antiquités celtiques et antédiluviennes, par M. Boucher de Perthes, 1848 et 1857.

travaillés par la main de l'homme4, mêlés à des ossements d'animaux dont les espèces ont disparu de l'Occident, tels que l'hippopotame, le mamouth et le rhinocéros. On croyait que ces pachydermes avaient cessé d'exister en Europe avant l'apparition de l'homme, mais plusieurs géologues d'un mérite reconnu ont constaté l'authenticité de ces gisements, qui se retrouvent, avec les mêmes terrains, près de Hoxne, dans le Suffolk. Il en résulte donc que l'homme a vécu en France et en Angleterre en même temps que le mamouth et ses congénères 2.

Les restes de cette époque, pris dans le diluvium, ont été recouverts à la suite d'une catastrophe provenant de l'affaissement de territoires inondés par la mer, et l'on est conduit à se demander si ce sont là les traces du déluge qui a laissé de si profonds souvenirs chez la plupart des peuples, ou si la formation de ces couches lui est étrangère. Les eaux ont envahi les continents à des époques très diverses, nonseulement avant la création de l'homme, mais aussi postérieurement. On voit encore de nos jours des terrains en Italie 3 et sur les bords de la mer Baltique 4 s'affaisser peu à

' J'ai vu à Lausanne, chez M. Charles Gaudin, quelques-unes de ces haches en silex qui ne peuvent laisser aucun doute sur leur fabrication par la main de l'homme.

* Ueber die Landwirthscliaft der Ureinwohner unseres Landes, von professor 0. Herr. — Landwirthschaftliches Wochenblatt, Zurich, 28 januar 1860. — On avait découvert plus d'une fois dans des grottes de l'Europe et même de l'Amérique, ainsi que sous les couches de lave du volcan éteint de Denise, en France, des traces de l'homme avec des espèces animales éteintes, mais il existait encore sur leur contemporanéité quelques doutes que viennent dissiper les découvertes du nord de la France. — Traité de paléontologie, par F. G. Pictet, tom. I, pag. 149.

* Principes de géologie, par Charles Lyell, vol. 111, pag. 409.

* Sur les preuves d'une élévation graduelle du sol dans certaines parties de

peu dans les eaux depuis plusieurs siècles, ou se relever insensiblement par un mouvement contraire. Les druides prétendaient que des peuples s'étaient établis dans les Gaules, au milieu des indigènes, à la suite de l'accroissement de l'Océan qui les avait chassés des îles les plus éloignées et de pays situés au delà du Rhin *.

Au milieu de tous ces mouvements du sol, il est difficile de constater les traces du déluge biblique qui, d'après Moïse, n'a pas duré plus d'une année. Quoi qu'il en soit, ces grandes espèces d'animaux, découvertes en France et en Angleterre, ont encore vécu après l'apparition de l'homme en Occident, mais il est probable que leur existence dans la période humaine est antérieure au déluge proprement dit. Les instruments en pierre, trouvés avec les ossements, sont d'un genre très primitif, toutefois l'industrie était sans doute plus avancée sur d'autres points du globe, dont la population devait présenter une variété de culture quelque peu analogue à celle des temps modernes.

M. Boucher de Perthes a découvert, près de la Somme, d'autres dépôts d'antiquités de l'âge de la pierre, évidemment moins anciens que les précédents. Nous aurons à revenir sur ce dernier genre d'objets, tout pareils à ceux qui accompagnent les restes des habitations lacustres. Pour le moment, il suffit d'ajouter que les constructions dont nous avons à nous occuper doivent être envisagées, jusqu'à la preuve du contraire, comme postérieures au déluge. La série des antiquités sorties des lacs ou des tourbières de l'Irlande et de la Suisse occidentale, présente un ordre de suc-

la Suède, par Ch. Lyell. -r- Mémoires de la société des sciences naturelles de Neuchâtel, tom. I.

' Ammien Marcellin, lib. XV, cap. 9.

cession et une continuité qui ne permettent pas de supposer une interruption telle que celle qui serait résultée d'une inondation générale. D'autre part, le plus grand nombre des habitations, abandonnées avant l'âge du bronze, portent des traces d'une destruction par le feu . qui exclut l'idée d'un bouleversement par les eaux.

Pour éviter toute méprise, il est donc bien entendu que l'âge de la pierre, dont on retrouve les restes dans les lacs et dans les tombeaux , est envisagé, dans ce travail, comme postérieur au déluge mentionné par Moïse.

En prenant ainsi pour point de départ de nos recherches les temps depuis lesquels le séjour de l'homme, en Occident, a été continu, on peut dire que les débris de la première période sont répandus dans la plupart des pays de l'Europe. Les découvertes qui se multiplient depuis quelques années ne permettent plus de douter que cet âge primitif n'ait eu de grandes proportions. Quelques cimetières antiques avaient déjà montré l'ancienne occupation de l'Helvétie, où l'on découvre maintenant par milliers les antiquités de l'âge de la pierre. On est bien loin cependant d'avoir retrouvé tous les restes enfouis dans la vase des lacs et dans la tourbe des vallées ; toutefois on connaît déjà suffisamment de points d'une richesse remarquable pour qu'une description des emplacements explorés en Suisse et dans d'autres pays puisse donner une idée de la population qui avait l'habitude de vivre sur les eaux.

SUISSE

Lac de Moosseedorf,

dans le canton de Berne.

A la suite du dessèchement partiel du petit lac de Moosseedorf, près d'Hofwyl , entrepris en 1856 , dans un but agricole, M. le Dr Uhlmann et M. Albert Jahn découvrirent, non loin de la sortie des eaux, à la droite du ruisseau d'Urtenen, un emplacement où d'anciens pieux sortaient quelque peu de la tourbe, à la surface de laquelle se trouvaient quelques instruments en pierre et en os. Dès lors M. le Dr Uhlmann a exploré cette localité avec beaucoup de soin, et c'est d'après ses communications obligeantes et l'examen des objets recueillis, que je reproduis les principaux traits de cette découverte '.

Les fouilles entreprises sur ce point n'ont pas tardé à montrer que les pieux occupent toute la zone mise à découvert par l'abaissement des eaux, sur une largeur de 50 pieds, et qu'ils se retrouvent encore 5 pieds plus en avant dans la direction de l'ouest, sous le niveau actuel du lac, abaissé de 8 pieds. La longueur de l'emplacement occupé par les pilotis est de 70 pieds, et s'étend du nord au sud , entre le

• La notice suivante, écrite en 1856, a paru dans les Archives de la Bibliothèque universelle de Genève, en mai 1857.— Voir aussi Die Pfahlbau-Alterthùmer von Moosseedorf, in Kanton Bern, von Alb. Jahn und Joh. Uhlmann,

nouveau rivage à l'ouest et la plaine marécageuse située à l'est. Sur la moitié de la zone, le long du marécage, les pilotis disparaissent sous une formation moderne de tourbe, d'une épaisseur d'environ 2 pieds au levant , tandis qu'ils sont encore saillants de 4 à 7 pouces du côté du lac. Ces pieux, plantés verticalement, traversent une ancienne couche de tourbe de 3 à 4 pieds d'épaisseur, et descendent encore de 2 à 3 pieds dans une marne calcaire, fond primitif du lac, en sorte que leur longueur totale, dans leur état ac tuel, est de 5 à 7 pieds. Groupés sans ordre apparent, les uns se touchent presque, la plupart sont distants de 1 à 2 pieds, mais d'autres sont beaucoup plus éloignés ; leur diamètre est de 3 à 5 pouces et parfois même de 7 à 40. Le bois employé est le chêne, le tremble, le bouleau et le sapin, et, indépendamment des essences, la conservation dans la tourbe et la marne est telle que l'extrémité inférieure des pieux, terminée en pointe, porte encore toutes les entailles faites sous la hache de pierre.

La couche de marne, dans laquelle entrent les pilotis, ne contient aucun objet d'industrie, mais bien des coquillages d'espèces vivantes. Sa surface est évidemment le fond primitif du lac, dont les bords ont été envahis par la tourbe, qui présente deux couches distinctes sur l'emplacement des pilotis. La plus ancienne, épaisse de 3 à h pieds vers la plaine, s'étend depuis celle-ci sur une largeur d'environ 60 pieds, et disparaît sous les eaux, vers la limite occidentale des pieux. La couche supérieure, de formation moderne, présente à peu près la moitié des dimensions de la précédente, en épaisseur et en largeur.

Les objets d'industrie ne se retrouvent nulle part ailleurs que dans la couche inférieure de tourbe, dont ils occupent

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toute l'épaisseur jusqu'à h à S pouces au-dessus de la marne. On découvre les pièces les plus légères et les plus lourdes aussi bien au fond qu'à la surface de la tourbe ancienne, et ces débris consistent surtout en ossements plus ou moins fracturés d'animaux divers, en fragments de poterie et en instruments en pierre et en os, sans aucune trace de métal. Plusieurs pièces de bois carbonisées, couchées à la surface de la tourbe ancienne, témoignent d'une destruction par le feu, mais ces traces d'incendie sont moins fortes du côté de la plaine, où se trouvaient encore des espèces de plateaux disposés perpendiculairement à la rive, et qui paraissent être les restes du pont par lequel on arrivait à ces habitations. Lors de leur destruction, quelques parties se sont affaissées dans l'eau, de sorte qu'on retrouve encore sur les pieux, au milieu de la tourbe, des restes du plancher construit avec des branches de sapin de la grosseur du bras, disposées horizontalement.

M. le docteur Uhlmann a sorti de cette ancienne couche de tourbe près d'un millier d'objets d'industrie, et à la suite des fouilles qu'il a reprises plus tard , il a de nouveau recueilli de nombreux débris. — Les fragments de poterie sont d'une argile grossière, dont la pâte est généralement mêlée de petits cailloux siliceux. Ces vases, travaillés à la main, révèlent l'enfance de l'art du potier et portent très rarement des traces d'ornementation.

La plupart des instruments en pierre ont été faits de rocbes propres à la Suisse ; cependant il est probable que les silex viennent en général de la France. Dans tous les cas, des matières brutes étaient apportées dans les habitations du Moosseedorfsee, où existait un véritable lieu de fabrique. On retrouve, en effet, beaucoup d'instruments ébauchés ou

cassés, avec un grand nombre d'éclats de silex détachés des pièces destinées à devenir des pointes de flèche, des couteaux et des espèces de scie. Le cristal de roche a même été taillé en pointes de flèche, ce que je n'avais encore observé nulle part ailleurs. Dans le nombre des pièces rares, il faut citer un instrument en bois, de la forme d'un couteau à lame massive, dont le tranchant est remplacé par une rainure qui ne contient plus qu'un mastic noirâtre destiné à fixer une lamelle de silex, faisant sans doute l'office de la scie. Les peuples du nord de l'Europe ont quelquefois travaillé et armé dés os de la même manière pour en faire des pointes de lance ' , et les Mexicains, avant la conquête de Cortez, fabriquaient aussi des sabres en bois qui recevaient leur tranchant de lamelles en silex enchâssées dans une rainure2. La serpentine a surtout été employée pour les haches en forme de coin ; leurs dimensions ne dépassent guère 4 à 5 pouces de longueur ; il en est même de 10 à 12 lignes, qui, fixées à des bois de cerf, ont servi de tranchets. Les haches entraient parfois dans des emmanchures en bois de cerf, qui, au lieu d'être percées en travers pour recevoir le manche, devaient être fixées à celui-ci au moyen d'une entaille et de ligatures. Ces procédés compliqués sont les indices d'une manière de faire très primitive, ainsi que l'exécution d'une partie de ces instruments, quoiqu'on ne puisse méconnaître les moyens ingénieux employés pour travailler la pierre sans autre secours que celui de la pierre. La pratique ne tarda

' Nordiak Tidskrifl for Adkijndighed, 1* binds, 2 hœfle, tab. III, fig. 33. - Samlingar fur Nordens Fornàhkare af Sjoborg, tom. II, pi. XXXIX, fig, 129. — The Primeval Antiquities of Denmurk, by Worsaee, pag. 17.

! Histoire de la conquête de Mexico, par Antoine de Salis ; traduction inédite de M. Loim Gebhardt deChambrier.

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pas sans doute à enseigner l'art d'utiliser la cassure conchoïdale du silex. En se servant avec adresse, en guise de marteau, des angles vifs d'un caillou brisé, on pouvait détacher peu à peu de petits éclats, de manière à arriver à la forme voulue. Il n'est pas moins surprenant de trouver de fort petites pointes de flèches, parfaitement achevées ; mais ce que les sauvages exécutent encore de nos jours sans le secours du métal n'a pas présenté plus de difficultés dans les temps anciens. Les roches compactes et à veines irrégulières exigeaient d'autres procédés, dont il est facile de se rendre compte en examinant les pièces fragmentées, ainsi que les instruments sortis du fond du lac, destinés à la fabrication. Après avoir choisi la pierre dont on voulait faire une hache, on commençait par la dégrossir à l'aide du marteau, puis ses côtés étaient dessinés par des rainures de 5 à h lignes de profondeur sur 4 à 2 de largeur, ce qui ne pouvait se faire qu'avec la lamelle ou scie de silex, le sable, l'eau, et surtout une patience inouïe. Arrivé à ce point, il restait une opération délicate, c'était de détacher d'un coup de marteau la bande qui devait tomber le long de la rainure (PI. V, 47), mais parfois un coup malheureux cassait en travers la pierre, qui n'était plus bonne qu'à jeter à l'eau, et tout était à recommencer. Si l'opération réussissait, l'instrument était achevé sur des plaques de grès, faisant l'office de meules immobiles, dont il recevait le tranchant et le fini.

Les instruments en os occupent aussi une large place dans la découverte de Moosseedorf ; ils consistent surtout en ciseaux et en poinçons de dimensions diverses, formés de côtes ou de canons fendus. 11 n'est pas facile de dire exactement à quel usage servaient ces espèces de ciseaux en os, sinon qu'ils devaient être employés à couper des matières peu

dures ; cependant le grand nombre de ces pièces témoigne qu'elles avaient leur utilité pratique. Quant aux poinçons, sans vouloir en restreindre l'usage , ils trouvaient leur application immédiate dans la couture des vêlements ou l'ajustement des pièces de peau au moyen de lanières; quelquesuns sont d'une finesse surprenante ; d'autres ont pu servir de pointes de trait, de même que chez les sauvages. Des bois de cerf, fendus et entaillés sur les bords, tout pareils à ceux qu'on retrouve avec les antiquités de l'Amérique dans l'Etat de New-York ' , ont été utilisés comme lances ou harpons. Un morceau de bois de cerf est creusé en espèce de coupe ou verre à boire. (PI. VII, 27.) De nombreux fragments portent les marques de la hache et de la scie en silex. De petites pièces rondes ou carrées à'écorce et de bois sont percées d'un trou circulaire. Des dents d'ours, également percées, étaient sans doute portées comme amulettes à la manière de plusieurs peuples et entre autres des anciens Livoniens, dans les tombeaux desquels on retrouve ces dents suspendues à des chaînettes en bronze *. Des os et des pierres de calcaire noir des Alpes ont évidemment servi de polissoirs, car, malgré la simplicité des produits de cette fabrique, quelques pièces ont été finies avec un soin surprenant. L'une des découvertes les plus remarquables faites en 4856 sur cet emplacement par M. le Dr Uhlmann, est celle de grains d'orge agglomérés par la carbonisation. La culture des céréales pendant l'âge de la pierre est un fait trop inattendu pour être admis sans circonspection, mais dès lors des grains de froment se sont retrouvés même au fond de la

' Aboriginal monuments of the state of New-York, by E. G. Squier, 1849, pag. 79.

4 Die Graber der Liven, von J. K. Bàhr. Dresden 1850.

tourbe ancienne, et la présence de ces céréales au milieu des débris d'autres établissements du même âge ne permet plus de douter que les premiers habitants de l'Helvétie n'aient connu l'agriculture. La châtaigne d'eau (trapa natans), qui ne croît plus sur nos lacs, était sans doute utilisée comme nourriture à Moosseedorf, où elle se trouve au milieu des pilotis, ainsi que sur plusieurs autres emplacements lacustres. On ne peut se dissimuler, vu l'absence des métaux, que les instruments aratoires devaient être fort imparfaits; toutefois, si l'on réfléchit que c'est à l'âge de la pierre qu'appartiennent les tumulus les plus gigantesques, pour l'érection desquels la terre a été accumulée jusqu'à une hauteur de 40,60, et même au delà de 100 pieds, on comprendra que ceux qui étaient capables d'exécuter de pareils travaux pouvaient bien aussi remuer la surface du sol, ensemencer et moissonner.

On ne doit cependant pas se représenter ces populations primitives comme essentiellement adonnées à l'agriculture. La pêche, la chasse et les animaux domestiques étaient pour elles des moyens importants de subsistance, aussi retrouvet-on de nombreux ossements d'animaux qui proviennent soit de la desserte des repas, soit des provisions destinées à la fabrication. Plusieurs portent des entailles qui montrent que les animaux étaient découpés comme le font encore les bouchers, d'autres conservent l'empreinte de dents de carnassiers et ont été probablement rongés par des chiens.

Bien que tous les ossements recueillis n'aient pas encore été déterminés, on peut indiquer dans le nombre des animaux domestiques le bœuf, le mouton, la chèvre et le chien. D'entre les animaux sauvages, se XrouveY urus primigenius l

4 J'avais communiqué un dessin de cet atlas à M. le professeur Vrolik, secrétaire général de l'Académie des sciences d'Amsterdam, et à M. A. Retzius,

dont l'atlas (première vertèbre cervicale) mesure 87 lignes de diamètre, tandis que la vertèbre correspondante du bœuf actuel n'est que de 42 à hk lignes, l'ours, le sanglier, l'élan,

professeur d'anatomie à Stockholm, qui, l'un et l'autre, pensaient que cette vertèbre provenait de l'urus. Dès lors, M. S. J. Muller, professeur à Berlin, m'a adressé à ce sujet la lettre suivante :

« Je vous remercie de la communication des modèles d'ossements trouvés dans le lac de Moosseedorf, et vous fais parvenir les résultats de l'examen comparatif qui vient confirmer l'opinion à laquelle je m'étais arrêté à la vue de vos dessins. On pouvait s'attendre à ce que M. Pictet et moi nous arriverions à fort peu de distance l'un de l'autre, puisque la mâchoire et l'atlas devaient avoir appartenu à l'un de nos plus gros ruminants. Dans la comparaison des figures avec les pièces de nos collections, j'avais déjà pensé au Cervus megaceros ; mais je dus me déterminer pour le genre Bos et me fixer sur le B. unis.

» Les pièces qui ont servi à l'étude comparative et que nous possédons ici se composent de plusieurs crânes de Bos unis et du squelette entier du mâle et de la femelle, de plusieurs crânes appartenant au Bos unis fossilis ou Bos priscus, d'autres provenant du Bos primigenius, de plusieurs crânes de Cervus megaceros qui existent soit dans le musée anatomique, soit dans les collections géologiques. Les crânes de Cervus megaceros avec leur mâchoire inférieure proviennent d'individus adultes et leurs dimensions ont beaucoup de rapport avec celles du crâne et du squelette dont Cuvier a donné les proproportions. Votre mâchoire inférieure est beaucoup plus grande et plus forte que celle du Cervus megaceros. La distance qui sépare l'extrémité antérieure de la première molaire est de 121 mill., ou peu au delà, chez ce dernier animal; sur votre pièce elle est de 165 mill. Pour la force, la mâchoire que vous m'avez adressée se rapporte complètement au Bos urus et aux autres grandes espèces de bœuf; elle est même plus forte que la mâchoire inférieure du mâle de Bos urus que nous possédons, sur laquelle la distance dont j'ai parlé ci-devant n'est que de 134 mill., et même plus forte que sur un crâne fossile (c'est-à-dire retiré de terre) de Bos urus, provenant de Russie (sans mâchoire inférieure), dont la distance, depuis l'extrémité antérieure jusqu'à la première molaire, devait être, d'après les proportions du crâne, de 152 mill. Je n'ai pas pu comparer la mâchoire inférieure du Bos primigenius, qui, sans contredit, eût donné les plus fortes dimensions. La mâchoire inférieure du Cervus megaceros ne saurait être, en aucun cas, rapprochée de celle que vous me présentez à cause de ses proportions grêles : celle-ci ne

le cerf, le chevreuil, le chamois, le castor 4, le chat, la belette, la souris, la tortue et plusieurs espèces d'oiseaux. Tous ces ossements ainsi que les objets d'industrie sortent de l'ancienne couche de tourbe, recouverte en partie d'une formation plus récente qui ne contient aucun de ces débris.

La haute antiquité des habitations lacustres de Moosseedorf ressortira plus clairement de l'ensemble des découvertes du même âge faites en Suisse ; pour le moment, sans rien déterminer relativement aux siècles écoulés depuis leur construction, il suffira de présenter quelques observations

peut appartenir qu'à une espèce du genre Bos, et, dans ce genre, qu'au Bos urus ou au Bos primigenius.

» Votre atlas fossile est, il est vrai, aussi large que celui du Cervus megaceros du squelette de Cuvier, dont les dimensions nous sont connues; il ne peut cependant provenir de cet animal, parce que la partie de cet os qui s'articule avec le crâne est beaucoup plus développée. On peut déduire aisément la largeur de cette partie de celle de l'articulation crânienne, puisque l'une est toujours égale à l'autre. Je mesure cette largeur, sur le crâne, par la distance qui sépare les bords externes de chacun des condyles occipitaux et sur l'atlas par l'espace qui existe entre les bords externes des faces articulaires qui s'articulent avec le crâne. La première distance est pour le Cer vus megaceros de 102 à 107 mill., et pour le Bos urus mâle, de 130 rrill. ; ces dimensions sont les mêmes pour l'atlas. Le plus gros des crânes de Bos urus fossile, ou Bos prisais, provenant du Rheinthal, offre une largeur, ainsi mesurée, de li5 mill.; celui du Bos primigenius donne 137 mill., et celui de Moosseedorf 136 mill.

» L'atlas de Bos urus mâle que possède notre musée a une largeur totale de 230 mill.; sur le crâne fossile du même animal provenant de Russie la largeur totale de l'atlas doit être de 264 mill.; sur le vôtre elle est de 263 mill.

» La forme de votre atlas est singulièrement semblable à celle du Bos urus. Je ne pouvais pas le comparer avec celui du Bos primigenius.

» Le modèle de l'apophyse frontale d'un petit animal portant des cornes que vous m'avez adressé ne peut être rapporté qu'au mouton. »

« D'après Durand, dans sa Statistique de la Suisse, tom. IV, pag. Vil, le castor habitait encore, dans le siècle passé, sur les bords de la Reuss, de la Thièle et de la Byrse.

générales. Lorsqu'on planta les pieux, dont on retrouve la partie inférieure dans la marne calcaire et dans la tourbe ancienne, celle-ci n'avait encore recouvert que de h à 5 pouces la couche de marne, limite depuis laquelle apparaissent les objets d'industrie !. A cette époque, la rive du lac était par conséquent plus à l'est, du côté de la plaine, et il serait même possible de retrouver ce rivage, en suivant sous le marais la surface de la couche de marne, fond primitif du lac, jusqu'au point où elle se relève à la hauteur du niveau des eaux. Ce point une fois fixé, on pourrait dire exactement à quelle distance les habitations se trouvaient de la terre ferme, et qu'elle était l'étendue du pont qui les mettait en communication avec la rive. Les pieux, usés par l'action des eaux à des hauteurs qui varient suivant l'épaisseur de la tourbe, s'élevaient nécessairement en ligne horizontale au-dessus de l'ancien niveau du lac, de manière à laisser passer les vagues sous le plancher qu'ils supportaient, en sorte que leur longueur moyenne devait être de 45 à 20 pieds, d'après les mesures indiquées plus haut. Les cabanes étaient groupées sur une plate-forme d'environ 55 pieds de largeur sur 70 de longueur, et, pour que les débris d'industrie se soient accumulés au fond du lac sur tout cet espace, et non pas seulement sur les bords du plancher, il faut que celui-ci ait été formé de pièces mal jointes, laissant des interstices par lesquels les petits objets pouvaient tomber à

1 On ne peut supposer que les objets se soient affaissés dans la tourbe, de manière à admettre l'existence d'une eouche plus forte de 4 à S pouces à l'époque de la construction de ces habitations. Si cet affaissement avait eu lieu d'une manière sensible, les objets les plus lourds seraient au fond de la tourbe, et les plus légers au-dessus, tandis que, comme on l'a vu, ils ne sont point étages d'après leur pesanteur, ni d'après leur volume.

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l'eau. On comprend du reste que, bien loin d'avoir d( s bois de sciage, l'ajustement ne devait jamais être rigoureux, vu les moyens limités dont on disposait. Quant aux débris plus volumineux, tels que les fragments de poterie disséminés sur tout cet espace, il est possible qu'on les ait jetés à l'eau par ces trappes qui, d'après Hérodote, existaient dans chaque cabane des Paeoniens. Ce sont là sans doute les raisons qui ont permis l'accumulation de ces débris entre les pilotis, immédiatement au-dessous du plancher. On ne saurait, du reste, attribuer à la destruction des cabanes toute cette dissémination des objets, parce que leur dépôt a été successif et de longue durée, vu qu'ils sont étages sur 3 à h pieds d'épaisseur. On voit ainsi que cette accumulation a eu lieu peu à peu, pendant tout le temps de la formation de la tourbe ancienne, jusqu'au moment où l'incendie a détruit ces demeures, dont les pièces de bois carbonisées gisent audessus des débris d'industrie.

La durée de ces habitations serait facile à déterminer, si l'on pouvait calculer avec quelque certitude celle de la formation de la tourbe, mais cette question soulève des difficultés de plus d'un genre. Autant sa production est rapide dans certaines conditions, autant elle s'opère avec lenteur dans d'autres cas. On cite des forêts abattues par des coups de vent qui, en moins d'un demi-siècle, étaient remplacées par une tourbe propre à être exploitée 4, et nous voyons ici que, depuis l'âge de la pierre, la tourbe qui recouvre les traces d'incendie n'a guère acquis que 2 pieds d'épaisseur, et cela en plusieurs milliers d'années. Des lois particulières paraissent présider à cette formation soulacustre, qui ne des-

• Lyell. Principes de géologie, tom. Il, pag. 363.

cend jamais à une grande profondeur, à cause du manque d'air nécessaire à la végétation. C'est ainsi que, sous l'emplacement de nos habitations, la couche ancienne s'affaiblit en s'avançant dans le lac, et disparait à une soixantaine de pieds de la rive, sous 40 à lo pieds d'eau. Il est évident que l'accroissement de cette couche, de 5 à h pieds d'épaisseur, vers l'ancien rivage, a dû suivre une progression plus rapide que celle de la couche supérieure, dont les dimensions en hauteur et en largeur sont la moitié moindres, mais encore cette progression inégale d'une couche à l'autre a-t-elle subi un temps d'arrêt. Les derniers objets en os et en pierre déposés à la surface de la zone longitudinale du côté du lac, n'ont point été recouverts, et montrent que l'accroissement tourbeux a pris fin sur cette zone pendant l'âge de la pierre. Il n'en a pas été de même du côté de la terre, où se trouve la couche moderne; toutefois il y a eu interruption entre sa formation et celle de la couche inférieure, car, s'il en était autrement, elle contiendrait encore, comme nous allons le voir, quelque partie des pilotis. Lorsque l'incendie détruisit les habitations, on conçoit que le feu ne put atteindre les pieux au-dessous du niveau du lac. Dès lors les eaux, par leur action incessante, mais extrêmement lente, les ont usés peu à peu, et ce n'est qu'au bout de siècles nombreux qu'ils ont été détruits jusqu'à la surface de la tourbe ancienne. Or, si l'accroissement tourbeux s'était poursuivi sans interruption d'une couche à l'autre, il aurait nécessairement enveloppé une partie de ces pieux, qui ne purent être im médiatement usés jusqu'au fond du lac, et leur partie prise dans cette nouvelle tourbe aurait échappé aux agents destructeurs, étant protégée par cette formation, dont on connaît les propriétés de conservation. Cependant, nous avons

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vu plus haut que ce qui reste des pieux n'entre jamais dans la couche supérieure, d'où l'on doit conclure qu'il y a eu un temps d'arrêt assez considérable entre les deux couches de formation tourbière.

S'il n'est guère possible de calculer le nombre des siècles qui se sont écoulés depuis la destruction de cette bourgade, il n'en est pas moins certain que les débris recueillis sur ce point prennent place à la tête d'une série de découvertes qui caractérisent divers degrés de développement antérieurs à notre ère, et qu'on doit les envisager comme remontant à la période la plus reculée de l'histoire de l'homme en Helvétie.

L'emplacement qui vient d'être décrit n'est pas le seul point du lac de Moosseedorf qui ait été occupé par des habitations lacustres. M. le Dr Uhlmann a retrouvé à la tête du lac des pilotis et quelques objets de la même période, mais leur profondeur dans la tourbe en rend l'exploitation difficile.

Tourbière de Wauwyl,

dans le canton de Lucerne.

Un bassin d'eau existait autrefois sur l'emplacement de la tourbière de Wauwyl, où s'élevaient des habitations lacustres qui ont été abandonnées dans l'âge de la pierre, de même que celles de Moosseedorf. La tourbe, en envahissant ce bassin, a contribué à la conservation des restes re-

1 Les détails suivants sur Wauwyl sont extraits du mémoire de M. le professeur 0. Heer, i'eber die Landwirthschaft der L'reimcohner unseres Landes. Lundwirthshaflliches W'ochenblatt, Zurich, 17 décembre 1859.

marquables découverts en 1859. Les pilotis, enfoncés verticalement, portaient des poutres horizontales sur lesquelles reposait le plancher formé do. bois ronds, de la grosseur du bras ; les interstices étaient garnis avec des branchages, puis le tout avait été couvert de terre glaise de manière à former uue esplanade très solide. Cette terre est encore employée de nos jours pour l'aire de quelques granges, et l'on s'en sert aussi dans les montagnes pour garnir les marches des escaliers. On trouve, dans la tourbière de Wauwyl, jusqu'à cinq planchers du même genre, superposés les uns sur les autres. C'était sur cette plate-forme, élevée sans doute de quelques pieds au-dessus des hautes eaux, qu'on construisait les cabanes de forme circulaire, surmontées d'un toit conique recouvert de paille et d'écorces, dont les débris gisent souvent dans le limon autour des pilotis. Les parois, formées de pieux et de branches entrelacées, étaient revêtues d'argile à l'intérieur de la hutte.

Il existe à Wauwyl plusieurs planchers voisins les uns des autres, dont l'un mesure 92 pieds de longueur sur 50 de largeur. On voit, d'après leur disposition et celle des pilotis, que les cabanes étaient groupées sur chaque esplanade, et il est probable qu'un pont permettait de passer de l'une à l'autre, réunissant ainsi les divers quartiers de la bourgade. Celle-ci communiquait avec la rive au moyen d'un autre pont et de canots, formés d'un tronc d'arbre creusé, dont l'un était conservé dans la tourbe.

On ne découvre, vers les pilotis de Wauwyl, aucune trace de métal, mais bien de nombreux instruments pareils à ceux de Moosseedorf et de plusieurs autres emplacements. Les matières travaillées sont la pierre, le bois, l'os, les dents, les bois de cerf et les arêtes de poisson. La plupart des ha-

de l'âge de la pierre. 29

ches se faisaient avec des pierres du pays ; d'autres, en serpentine et en silex étrangers à la Suisse, ont été importées. Les lamelles de silex, enchâssées dans un manche en bois, servaient surtout à scier les os. Des poignards et des pointes de lance sont en bois de cerf. L'os était employé pour des couteaux, des ciseaux, des poinçons et des pointes de trait. On faisait des alênes et des couteaux plus fins que les précédents avec des dents d'ours et de sanglier, qu'on portait aussi comme amulettes après les avoir percées.

Les ossements de plusieurs animaux étaient mêlés à ces débris de l'industrie humaine avec de nombreux restes d'arêtes de poisson. On verra plus tard que l'ensemble des découvertes du premier âge permet de reconstituer la faune de cette époque, et que les populations qui construisaient leurs demeures sur les eaux ne vivaient pas seulement des produits de la pêche et de la chasse, ce qui résulte déjà des fouilles de Moosseedorf.

Lac de Zurich.

La baisse extraordinaire des eaux pendant l'hiver de 1853 à 48o4, a amené l'importante découverte des pilotis situés vis-à-vis de Meilen. Des ouvriers occupés à des travaux de terrassement trouvèrent sous le limon de nombreux pilotis, des charbons, des foyers, des ossements et des instruments divers , qui témoignent d'un ancien établissement sur ce lieu. M. le DrFerd. Relier, prévenu de cette découverte, ne tarda pas à constater le genre de constructions dont on venait de retrouver les débris, et dès lors un nou-

veau champ d'exploration a été largement exploité en Suisse l.

Les pilotis, usés par les eaux et recouverts de 1 à 2 pieds de limon, traversent une couche d'environ 2 pieds d'épaisseur, formée d'argile sablonneuse, colorée en noir par la décomposition de nombreuses matières organiques. Cette couche contient tous les débris des habitations. En dessous, vient le fond primitif du lac, dans lequel les pilotis pénètrent jusqu'à 7 et 10 pieds de profondeur. La disposition générale des pieux est parallèle à la rive, leur épaisseur est de 4 à 6 pouces; les uns sont en chêne, les autres en hêtre, en bouleau ou en sapin. Parfois ils sont formés de tiges fendues en 3 ou h morceaux, et la pointe de leur extrémité inférieure a été façonnée à l'aide du feu ou de la hache. Il importe de remarquer que plusieurs ont été taillés avec la hache de bronze, ce qu'il est facile de reconnaître quand on a vu le genre d'entailles produit par la pierre. Cette circonstance est d'autant plus importante que presque tous les instruments découverts sont en pierre et en os, bien qu'on en ait déjà recueilli plusieurs centaines sur cet emplacement, qui est encore loin d'être entièrement exploré.

Les haches en pierre de Meilen présentent une plus grande variété que celles du lac de Moosseedorf, quoique la forme la plus générale soit toujours celle du coin , qui se fixait à l'extrémité d'un morceau de bois de cerf, percé quelquefois en travers pour recevoir le manche; d'autres haches de formes diverses ont été finies avec soin, et plusieurs, percéessur le milieu de leur longueur, pouvaient être emmanchées

1 Cette découverte a été décrite en détail par M. le Dr Ferd. Keller dans les Mitth. der Antiq. Gesell. in Zurich, IXe Band. Die keltischen Pfahlbauten in den Schweizerseen , 185A.

de l'âge de la pierre. 31

plus facilement que les coins. Percer la pierre sans le secours du métal devait présenter de grandes difficultés, aussi ces pièces appartiennent -elles en général à la fin du premier âge. C'est un progrès réel; mais encore la hache, affaiblie par ce trou, se cassait assez souvent sur le manche, et, plus dune fois, on a utilisé ces fragments en les perçant de nouveau. On a trouvé à Meilen un spécimen de ce genre. C'est une espèce de marteau cylindrique dont l'autre extrémité se terminait sans doute par un tranchant. Quoi qu'il en soit, ayant été brisé sur l'ouverture pratiquée pour le manche, on avait commencé à percer de nouveau ce fragment. Le percement étant inachevé, on voit qu'il se faisait à l'aide d'un instrument pointu qui, au lieu d'évider la pierre à la manière du perçoir, creusait une rainure circulaire de façon à ménager à l'intérieur un noyau à peu près cylindrique ; or on conçoit que cet instrument devait être en métal pour pouvoir traverser toute l'épaisseur de la hache.

On trouve à Meilen, comme ailleurs, des cailloux utilisés comme marteaux, des broyons, des meules, des pierres à aiguiser et des dalles de grès calciné ayant servi de foyer.

Le silex a été employé pour des pointes de flèche et de lance, pour des couteaux et de petites scies, dont l'une est encore fixée à la poignée en bois le long de laquelle elle avait été enchâssée.

Meilen était aussi un lieu de fabrique, où l'on a utilisé les roches du pays, ainsi que quelques pierres étrangères. La plupart des silex sont originaires de la France, et la néphrite de l'Orient, qu'on retrouve avec les antiquités du premier âge dans plusieurs contrées de l'Europe, était connue sur les bords du lac de Zurich. On ne saurait cependant af-

firmer que les instruments en néphrite retrouvés à Meilen aient été fabriqués sur ce point.

Les instruments en os consistent essentiellement en espèces de ciseaux, en poinçons et en aiguillettes munies d'un œil. Les bois de cerf étaient utilisés pour les emmanchures des ciseaux et des haches. Des dents de sanglier ont été aiguisées dans le genre de tranchets, d'autre dents, percées d'un trou, servaient sans doute d'amulettes.

Les ossements découverts en grand nombre à Meilen proviennent de l'aurochs, de l'élan, du cerf, du daim, du chevreuil, du bouquetin, du sanglier et du renard. Les animaux domestiques sont le chien, le mouton et entre autres le bœuf. On a aussi découvert quelques squelettes humains dont les crânes n'ont malheureusement pas été conservés.

La pêche, la chasse et le produit des animaux domestiques n'étaient pas les seuls moyens de subsistance. Les habitants de la bourgade lacustre de Meilen connaissaient déjà Y agriculture, ce qui ressort des grains de froment conservés dans le limon du lac. Les fruits de plusieurs arbrisseaux, et entre autres du noisetier, servaient aussi à l'alimentation.

La poterie, toujours brisée, ne diffère pas de celle des autres emplacements. Les pesons de fuseau, en argile, sont pareils à ceux qu'on découvre dans les tombeaux.

Comme objets d'ornement personnel, il faut citer quelques grains de collier en ambre provenant des côtes de la mer Baltique. Une autre pièce importante est un petit bracelet en bronze (PI. VIII, 28), qui témoigne que le métal commençait à s'introduire dans l'Helvétie à une époque où les habitations lacustres de Meilen existaient encore.

A la suite de fouilles eutreprises postérieurement par M.

de l'âge de la pierre. 33

le colonel Schwab, on a encore découvert sur cet emplacement un celt en bronze (PI. VIII, 30), soit coin ou hachette, d'après lequel on peut se convaincre que l'emploi des instruments en métal n'était pas tout à fait étranger aux habitants des bords du lac de Zurich. On comprend dès lors comment une partie des pieux ont pu être taillés avec le bronze, et combien cette nouvelle matière a dû favoriser le développement de l'industrie primitive.

De nombreux instruments en pierre et en os ont été sortis de la vase du lac près de Maennedorf. Plusieurs présentant le fini de ceux de Meilen , il est probable que cet emplacement a eu la même durée.

L'extrémité inférieure du lac, qui pénètre dans la ville de Zurich, avait aussi ses habitations lacustres, dont les pilotis ont été recouverts en partie par des travaux de terrassement. On a retrouvé sur ce point des bois de cerf, et, entre autres, des emmanchures de hache avec des marteaux en pierre dont l'antiquité est incontestable.

Il est à présumer que les rives du lac de Zurich ont eu des bourgades plus nombreuses que celles qui ont été explorées jusqu'à ce jour, mais quand les pilotis sont recouverts de vase, comme à Meilen, il est difficile de retrouver les emplacements occupés.

Lac de Pfeffikon,

dans le canton de Zurich.

On voit , près de Pfeffikon, des traces de pilotis au milieu desquels on a trouvé dernièrement une hache en pierre, mais l'emplacement le plus important est celui qui a été

Zk ANTIQUITÉS LACUSTRES

découvert par M. Jacob Messikommer, au commencement de l'année 1858, dans la partie de la tourbière appelée Himeri, non loin de Robenhausen ». Depuis longtemps les objets mis au jour par l'exploitation de la tourbe avaient accrédité chez les riverains l'opinion que les roseaux traversés par l'Aabach, àsa sortie du lac, croissent sur un point qui, après avoir été anciennement recouvert par les eaux, a dû s'élever peu à peu. Les recherches de M. Messikommer et les travaux exécutés pour l'écoulement du lac ont pleinement confirmé cette opinion.

Les débris d'industrie qui recouvrent cet emplacement sont étages en couches diverses. Les premiers se trouvent à environ 3 pieds sous la surface actuelle du marécage. Un peu plus bas apparaît une couche blanchâtre, déposée, à ce que l'on croit, avec l'intention d'arrêter l'accroissement de la tourbe. A une profondeur de 5 pieds, vient une autre couche de gravier, d'un pied d'épaisseur, à laquelle on attribue le même but. Enfin c'est au-dessous de ces 6 pieds que se présentent le plus grand nombre d'objets d'industrie.

Il faut remarquer qu'on n'a trouvé aucune trace de métal. Les instruments, découverts en fort grand nombre, sont du même genre que ceux des autres emplacements de l'âge de la pierre. D'entre les haches, plusieurs, en serpentine, ont été aiguisées avec soin et polies sur les quatre faces. Les scies et divers instruments tranchants sont en silex du Jura. Des cailloux de la grosseur du poing, de forme sphérique ou pareils à des cubes dont les angles seraient émoussés, ont servi de marteaux. De grossières plaques de molasse, de grandeurs diverses, étaient utilisées comme pierres à aigui-

' Pfahlbaulen, iweiter Bericht von Dr Fcrd. Keller, Zurich, 1858.

ser et aussi comme foyers. Los meules de moulin qu'on trouve toujours deux à deux, ayant chacune une surface plate, sont d'un poudding de la vallée voisine. Des fragments de pierre rougeàtre peuvent avoir servi à la peinture des vases ou à quelque autre ornement.

Des bois de cerf et divers os d'animaux ont été employés pour des poinçons, des instruments à racler, des pointes de traits et des espèces de poignards.

La poterie est toujours brisée, de telle sorte qu'on n'a pas retrouvé un seul vase entier. Les fragments permettent cependant de s'assurer que la forme prédominante des vases les plus grands est celle du cylindre. Les ornements consistent en lignes creuses, en pointillages et en reliefs ondulés produits par des cordons d'argile appliqués sur les flancs du vase. L'art du potier est encore très imparfait. Plusieurs fragments sont d'une argile grossière pétrie avec des grains de quartz ; les autres, d'une pâte plus fine, présentent une surface unie, colorée en noir avec le graphite.

L'argile a aussi été employée pour des pièces qu'on envisage comme des pesons de fuseau, et pour des boules qui en les rougissant au feu ont pu être employées comme ces projectiles incendiaires à l'aide desquels les Nerviens incendièrent le camp de César4. Il est difficile d'indiquer l'usage de cônes percés à leur sommet, hauts de 2 à 3 pouces, sur h de diamètre à leur base, fabriqués d'un mélange d'argile et de charbons piles.

On a même trouvé des cordes et des cables, faits avec l'écorce de différents arbres (PI. VII, 9), et des cordons qu'on

1 César, V, i3. — Indicateur d'histoire et d'antiquités suisses, Zurich, 1855, fêg. 52.

croit être de chanvre ou de lin ; les plus gros sont formés de U bouts tordus et les autres de deux. (PI. VII, 8.)

Les noisettes étaient abondantes. Plusieurs sont percées de part en part, comme pour des joujoux d'enfant.

Les ossements déterminés sont ceux de l'urus, du cerf, du chevreuil, du sanglier, du renard et du chien.

Un bateau, pareil aux pirogues des sauvages, consistait en un tronc de chêne creusé en auge, mais dont le peu de consistance n'a pas permis la conservation, tandis que les bois résineux ont beaucoup mieux résisté à l'action des siècles.

Les pilotis sur lesquels reposaient les habitations sont des pieux qui ont encore une longueur de 10 à II pieds, distants les uns des autres de 2 à 3 pieds et dont l'extrémité inférieure, taillée en pointe avec la hache de pierre, descend de quelques pieds dans le limon. Ces pieux sont de chêne, de sapin et de bouleau; plusieurs ont été faits de troncs refendus. Ceux qui se trouvent sur le pourtour de l'emplacement, sont reliés les uns aux autres par des branches entrelacées qui devaient ajouter à leur solidité.

La plateforme sur laquelle reposaient les cabanes était formée, ainsi qu'on peut s'en convaincre par les pièces de bois conservées, de traverses et de plateaux de 2 à 5 pouces d'épaisseur, fixés sur les pilotis au moyen de chevilles en bois. Ces chevilles, les trous, ainsi que les entailles carrées qu'on voit sur les plateaux, ont tous été faits à l'aide d'instruments en pierre.

La surface de cet emplacement recouvert par les pieux et situé au midi du lac, ne recouvre pas moins de 120,000 pieds carres, et forme un quadrilatère irrégulier dont le côté le plus long es* parallèle à l'ancienne rive occidentale du

DE L'AGE DE la PIEB1E. 37

lac, actuellement envahie par la tourbe. Cetie bourgade était à une distance d'environ 2000 pas de cette rive, ainsi que de celle du sud, tandis qu'elle était éloignée de 3000 pas de la rive septentrionale, avec laquelle elle était en communication par un petit pont dont une partie des pieux qui le supportaient subsistent encore. La direction du pont vers la rive la plus éloignée s'explique par le fait que les jardins et les pâturages de la colonie ont du occuper la contrée fertile du village de Kempten, dont on dérive le nom de Campodunum.

On comprend que des siècles nombreux se sont écoulés depuis l'époque où ces habitations s'élevaient comme un îlot sur la partie inférieure du lac, actuellement occupée par un marécage. Bien qu'on ne puisse pas établir de progression régulière dans l'accroissement de la tourbe, ainsi que nous le montre l'emplacement de Moosseedorf, on voit que les derniers débris tombés à l'eau ne sont recouverts que d'une couche de 3 pieds et que ceux qui remontent au commencement de l'existence de cette bourgade sont à G pieds de profondeur. On ne saurait en conclure que la durée de l'occupation ait été aussi longue que celle qui s'est écoulée depuis la destruction de ces habitations jusqu'à nos jours, vu que la formation tourbière ne s'élève pas indéfiniment; cependant on ne peut douter que des siècles nombreux ne se soient écoulés, et il est remarquable que ces couches historiques présentent à peu près la même puissance que celles de Moosseedorf.

Lac de Constance.

Le lac de Constance, situé entre la Suisse et l'Allemagne, est particulièrement riche en débris d'habitations lacustres

de l'âge de ta pierre. Le rivage descendant sous les eaux en pentes généralement peu inclinées, présente de larges blancsfonds très propres à ces constructions. Des baies charmantes avec un sol graveleux, l'abondance du poisson et du gibier, la fertilité du sol environnant et le voisinage des forêts de chêne et de sapin, durent engager les premiers habitants à occuper ces belles rives, dès leur arrivée dans le pays*.

La plupart de ces emplacements à pilotis sont assez considérables, et il est à remarquer que plusieurs s'étendent jusqu'au rivage actuel. Bien qu'on n'ait encore exploité avec soin qu'un petit nombre de localités, M. le docteur Relier croit pouvoir affirmer que la plupart des nombreux emplacements où l'on a constaté l'existence de pilotis ont cessé d'être habités pendant la période de la pierre. La puissance des couches dans lesquelles sont accumulés les objets d'industrie témoigne cependant que l'occupation a été de longue durée.

On a trouvé des instruments en pierre sur la rive sudouest au milieu des pilotis de Neuenburger Horn, de Feldbach, de Berlingen et d'Ermatingen. On vient de découvrir sur la rive thurgovienne, près de Steckborn, une grande quantité d'objets remarquables dont la description ne tardera pas à paraître.

Entre Rorschach et Staad, est une île appelée Heidenlaendlein, autour de laquelle sont plusieurs pieux plantés dans l'eau ; une partie s'étendent sur trois lignes à peu près parallèles au rivage, d'autres forment un demi-cercle de 5 pas de diamètre, mais aucun objet n'est encore venu révéler leur destination, quoique la tradition les envisage

1 Pfahlbuulen, zwciter Bericht von Dr Ferd. Kcller, Zurich, 1858.

de l'âge de la pierre. 39

comme un ouvrage des païens. M. le docteur Keller a constaté un grand nombre de ces emplacements sur la rive méridionale du lac de Constance, mais la hauteur des eaux ne lui a pas permis de les fouiller.

La rive septentrionale du lac n'a pas été moins peuplée. On retrouve des pilotis près de Stein, à la sortie du Rhin. Des instruments en pierre ont été découverts près d'Oberstaad, de Wangen, de Hemmenhofen sur deux points différents, de Gaienhofen, de Hornstad, de Iznang, de Markelfingen et d'Allensbach. Dix - sept emplacements des environs de Lindau et de Bregenz ont été explorés par M. le baron de Mayenfîsch. Leur grandeur moyenne est de 3 à 4 arpents. Quoiqu'ils soient situés près du bord , ils étaient primitivement dans l'eau , et l'on voit qu'un pont reliait la plupart d'entre eux à la rive. Ces constructions remontent à la plus haute antiquité, d'après les objets découverts. Ce sont des instruments en pierre, en os et en bois de cerf, tels que marteaux, haches, coins, couteaux, scies, pointes de divers genres et débris de poterie grossière, avec lesquels se trouvaient du blé, des broyons et de nombreux ossements d'animaux. Ces pièces ont été réunies dans le musée du prince de Hohenzollern-Sigmaringen «.

L'emplacement de Wangen, situé sur la rive badoise, à une lieue de Stein, est trop important pour ne pas entrer dans quelques détails sur les recherches qui y ont été faites par M. Gaspard Lôhle, dès la fin de l'automne de I85G. Le lieu occupé par les pilotis à l'est de Wangen porte le

1 Zeilschrift des Vereins tur Erforschung der rheinischen Geschichie unJ Allertliùmer in Maint, 1859, S. 47.

nom de Gda * et se trouve dans une rade protégée par un cap contre le vent d'ouest. Un terrain fertile s'étend entre une colline et le rivage sur lequel pénètrent les pilotis, qui recouvrent un espace carré de gravier et de limon, de plus de 700 pas de longueur sur 120 de largeur. Les pieux plantés sur la rive pénètrent à une profondeur de 6 à 7 pieds, tandis que les pilotis baignés par les eaux ne descendent que de 5 pieds dans le sol. Sur plusieurs points, un lit de 6 pouces de sable et de gravier recouvre les débris d'industrie accumulés dans une coucbe de 2 à 5 4/2 pieds d'épaisseur. Ici, comme à Moosseedorf, les objets les plus lourds sont souvent les moins profonds, d'où il résulte que la formation de cette couche est contemporaine de l'occupation de la bourgade. D'autre part, la couche littorale, de 6 à 7 pieds d'épaisseur, doit son plus grand accroissement à l'action des vagues, qui a détaché de la rive beaucoup de pierres et de sable de manière à relever le sol de 3 à h pieds. Il est donc probable qu'originairement tous ces pieux étaient baignés par les eaux, et c'est à cette action envahissante de la rive qu'il faut attribuer la présence des pilotis qui atteignent sur plusieurs points le bord du lac.

Les divers bois employés sont tout naturellement des essences propres à la contrée, ainsi le chêne, le hêtre, l'ormeau, le bouleau, le sapin et le pommier sauvage qu'on doit donc envisager comme indigène. On se servait pour les pieux, de même qu'à Robenhausen, de tiges entières ou refendues en 2 ou 3 parties, dont la pointe qui devait pénétrer dans le sol était façonnée à l'aide du feu ou de haches en pierre. Les pieux sont distants les uns des autres d'un à plusieurs

1 Les bassins formés par les ruisseaux ou les torrents sont appelés, dans la Suisse française, go ou gau.

pieds. Sur l'espace d'une toise carrée, on en compte au moins 12 et souvent de 17 à 21 ; sur quelques points, où il fallait sans doute un point d'appui plus fort, on en voit 3 ou h qui se touchent. M. Lôhle évalue leur nombre total à environ 40,000.

Wangen est l'un des plus riches emplacements exploités jusqu'à ce jour, et, malgré cette abondance , il n'y existe aucun objet en métal. On a recueilli des centaines de hachei en pierre de grandeurs et de formes différentes, mais il est à remarquer que leur travail est encore très primitif et que la fabrication de la plupart d'entre elles doit avoir eu lieu sur place, ce qui ressort d'échantillons inachevés, pareils à ceux de Moosseedorf et du grand nombre des roches de la contrée qui ont été utilisées. Quelques pièces cependant sont d'une provenance étrangère, entre autres celles pour lesquelles on a employé une espèce de néphrite.

Les marteaux en serpentine, de forme cylindrique et percés d'un trou, sont de la plus grande rareté , ainsi que les pierres percées en général. 11 n'en est pas de même des marteaux de forme à peu près cubique, qui ont été découverts en grand nombre.

Les petits instruments tels que scies, lamelles, pointes de trait et de lance ne sont nullement rares. Leur matière est le silex blond, noir et rougeâtre, provenant de la France et de l'Allemagne. Les scies qu'on trouve en Suisse sont très différentes de celles des pays Scandinaves. Dans le Nord, elles mesurent de 3 à 7 pouces de longueur et ont la forme d'un arc de cercle dont la corde est dentelée. En rafraîchissant les dents, cette ligne finit par devenir concave et donne à l'instrument l'aspect d'un croissant. La scie lacustre, moins nettement dentelée, longue de 2 à 3 pouces seulement, est

une simple lamelle de silex, fixée dans sa longueur à un manche en bois ou en os sur lequel on a pratiqué une rainure dans laquelle l'instrument est enchâssé, puis consolidé avec un mastic noirâtre. (Pl.V, 11.) La scie du Nord, relativement grande, était plus propre à pénétrer dans le bois, bien que son épaisseur ne lui permit pas de cheminer bien en avant ; celle des lacs a dû être employée pour les rainures de 2 à 3 lignes de profondeur qu'on voit sur les instruments en pierre ébauchés. Il va du reste sans dire que le même instrument a eu des usages d'autant plus divers que la variété des formes est plus limitée, et ces lamelles sans manche, qui sont aussi fort nombreuses dans le Nord, paraissent avoir remplacé très souvent le couteau.

On trouve à Wangen, comme ailleurs, beaucoup de plaques de foyers et de pierres à aiguiser.

Les bois de cerf et les os de grands et de petits mammifères, ainsi que ceux d'oiseaux, ont été employés pour une foule de poinçons, de ciseaux et de pointes de trait. — On portait aussi comme amulettes des dents percées d'ours et de loup. D'après les ossements déterminés, on peut mentionner l'unis, le bison, le cerf, le chevreuil, le sanglier, l'ours, le loup, le renard et le chien. Les restes d"un crâne humain étaient mêlés à ces débris.

La poterie est pareille à celle des découvertes précédentes. Un vase se distingue cependant par des ornements plus originaux, représentant des feuilles ou des nervures de feuilles d'arbre. (PI. VII, ôo.) La forme générale se rapproche de celle du cylindre, et beaucoup de fragments sont couverts d'une épaisse couche de suie. — Outre les pesons de fuseau, on trouve les boules percées, formées d'argile et de charbon pilé , qu'on a envisagées comme des projectiles incendiaires.

de l'âge de LA l'IEKRE. UZ

11 importe de mentionner des morceaux d'argile, qui ont conservé en creux l'empreinte des montants ronds des cabanes, et dont la conservation est due à l'action du feu, lors de l'incendie de ces habitations.

Les restes des provisions destinées à la nourriture sont d'un intérêt tout particulier. On a découvert une grande quantité de blé sur plusieurs points de l'établissement de Wangen, et on le trouve disséminé sur toute l'épaisseur de la couche des débris anciens, en sorte que les premiers constructeurs de ces habitations devaient déjà connaître l'agriculture. Le grain et les épis, parfois entiers, sont toujours carbonisés, et leur conservation est plus que suffisante pour reconnaître le froment et l'orge à deux rangs (hordeum distichum), l'un et l'autre d'excellente qualité. Sur un point, où avait sans doute existé un grenier, se trouvait plus d'une mesure de grains carbonisés. Ailleurs c'étaient des vases contenant des graines de pin, des faines, des noisettes et des pépins de pomme et de poire sauvages. On trouve même des quartiers de poires et de pommes qui avaient été certainement desséchés pour en faire des provisions. L'abondance des graines de framboise et de meuron témoigne que la consommation des fruits d'arbrisseaux a été considérable. Enfin bon nombre des ossements découverts proviennent aussi des animaux dont on se nourrissait.

La culture du blé, dans les âges reculés, étant dès maintenant un fait acquis à l'histoire, on sera moins surpris de retrouver l'emploi d'une plante à filaments qui a peut-être été le chanvre ou le lin. Les petites cordes de Robenhausen fournissaient déjà à cet égard un indice que vient appuyer une espèce d'étofle découverte à Wangen. Elle consiste en mèches entrelacées ensemble de manière à former des nattes

kk ANTIQUITÉS LACUSTUES

qui ont pu servir pour couvertures et peut-être pour vêtements. (PI. VII, 24.) Il y a loin sans doute de ces tissus aux étoffes proprement dites, mais ces échantillons n'en sont pas moins d'un haut intérêt pour l'histoire de l'industrie. On trouve aussi de fines branches d'osier, tissées avec de la paille, qui sont sans doute les restes de paniers ou de corbeilles. (PI. VII, 22.)

Au milieu de ces débris divers , on remarque encore à Wangen, de même que sur d'autres emplacements, des traces de mousse, de roseaux, de joncs, de paille et d'écorces qu'on suppose avoir servi à la couverture des cabanes, et dont une partie était sans doute réservée pour la couche de l'habitant lacustre.

Lac de Bienne.

D'après l'état actuel des recherches, la plupart des emplacements à pilotis des lacs de la Suisse orientale paraissent avoir été abandonnés pendant l'âge de la pierre ou à la fin de cette période. Il n'en a pas été de même dans la Suisse occidentale, où ces constructions ont été fort en usage dans la période suivante, et où elles ont même subsisté plus tard encore sur quelques points. Ce prolongement de durée a amené la formation de nouveaux dépôts qui, sur plus d'un lieu, doivent recouvrir des couches plus anciennes dont on ne pourra constater nettement l'existence que par des fouilles, souvent difficiles à pratiquer, à cause de la profondeur des eaux. Il résulte de ces circonstances que les débris les plus anciens sont moins faciles à retrouver, mais des découvertes significatives ont déjà été faites sur plusieurs

DE L'AGE DE LA PIERRE. Ft?>

points au pied du Jura, et elles ne tarderont pas à se multiplier.

Le Steinberg, emplacement à pilotis, près de Nidau, présente les instruments du premier âge, bien que ce soit surtout dans la période suivante qu'il ait pris un développement tout particulier. M. le colonel Schwab y a découvert plusieurs instruments en pierre et en os, des haches en serpentine, des silex taillés par la main de l'homme, des pointes de flèche et de fort petites hachettes en pierre, d'un pouce environ de longueur, du genre de celles de Moosseedorf, où on les emmanchait h des bois de cerf, en guise de tranchets. La néphrite d'Orient se trouve sur le Steinberg avec des dents d'animaux percées et d'autres objets qui, étant propres à plusieurs époques du développement industriel, ne peuvent pas être classés avec certitude dans l'une à l'exclusion des autres.

Les pilotis de Hagneck, exploités récemment par M. le professeur Desor, sont accompagnés d'un plus grand nombre d'instruments tranchants en pierre que de ceux de la deuxième époque. C'est sans doule à ces premiers qu"il faut rattacher une espèce de gobelet, taillé dans la tète d'un grand fémur.

D'après les objets recueillis, ces deux stations du lac de Bienne conservent les traces d'une occupation pendant le premier âge. Il est cependant difficile d'en apprécier la durée, mais la découverte faite dernièrement à Concise montre que la Suisse occidentale a eu des bourgades lacustres, dont la richesse et l'antiquité ne le cèdent en rien à celles des principaux établissements de la Suisse orientale.

Pont de la Thièle

entre les lacs de Bienne et de Neuchâtel.

M. le colonel Schwab a découvert , près du Pont de la Thièle , des haches en pierre avec des emmanchures en bois de cerf, au milieu de pilotis répandus le long de la rive droite de la rivière, sur une étendue d'environ 170 pas de longueur. C'est sur ce point que les Romains jetèrent plus tard un pont dont on voit encore quelques traces, ce qui explique la présence, dans ce lieu, de poteries et de tuiles remaines.

On peut être surpris de la situation de ces cabanes sur la Thièle, par laquelle s'écoulent les eaux du lac de Neuchâtel dans celui de Bienne. Le peu de largeur du lit de la rivière devait ôter à ces constructions le caractère qu'elles avaient sur les lacs ; cependant bien des habitations s'élèvent encore de nos jours au-dessus des eaux courantes, et il n'est point impossible qu'il en ait existé sur la Thièle, malgré la proximité des lacs. Toutefois la configuration du sol soulève des questions que des recherches ultérieures permettront peutêtre de résoudre.

Le marécage qui sépare les lacs de Morat, de Neuchâtel et de Bienne n'a pas toujours existé. Il fut un temps où ces trois lacs formaient un seul bassin dont les eaux recouvraient le fond des vallées, mais les alluvions déposées par les torrents, ainsi que la formation des tourbes, diminuèrent peu à peu l'étendue de ce bassin, qui finit par être divisé en trois lacs. Le rétrécissement des rives se poursuit d'une manière continue et il n'est personne qui puisse méconnaître cet en-

vahissement incessant sur tous les points où se manifeste la double action des alluvions et de la tourbe. Il en résulte que, depuis l'apparition de l'homme dans nos contrées, bien des rives ont été modifiées, et bien des emplacements, autrefois baignés par les eaux, se trouvent maintenant dans la plaine.

On est donc conduit à se demander si les pilotis situés dans le lit de la Thièle, de même que ceux de Robenhausen , sur les bords de l'Aabach, n'ont point été plantés le long d'une ancienne rive du lac. Les marécages qui séparent actuellement les lacs de Neuchàtel et de Bienne, primitivement réunis en un seul bassin, sont resserrés entre le hameau de la Thièle et les collines qui s'élèvent sur l'autre bord de la rivière, au pied du Jolimont, riche en antiquités de divers âges. C'est précisément sur ce point, éloigné aujourd'hui d'environ 4000 pieds du lac de Neuchàtel, qu'étaient construites les habitations du Pont de la Thièle, et l'on verra plus loin qu'il n'est point impossible qu'une zone de cette largeur ait pu se former depuis l'âge de la pierre.

On pourrait objecter que c'est sur cette zone que les Romains construisirent une chaussée entre Aventicum et le pont jeté en travers des pilotis, mais il suffit de faire observer qu'il existait aussi des habitations lacustres dans la vallée de l'Orbe, à une époque où l'emplacement à'Eburodumtm était encore recouvert par les eaux du lac.

Si l'on ne découvre pas d'instruments en métal au milieu des pilotis du pont de la Thièle, dont l'emplacement a toujours été un passage commandé par la nature, il se peut que son abandon pendant l'âge de la pierre ait été motivé par l'envahissement de la tourbe, ou tout au moins que celle-ci ait été un obstacle à la reconstruction de ces habitations, dans le cas où elles auraient été détruites par le feu.

Lac de Neuchâtel.

Plusieurs emplacements du lac de Neuchâtel présentent quelques difficultés de détermination à cause du petit nombre de pièces du premier âge découvertes sur ces points, et par le fait qu'ils ont été occupés postérieurement. C'est ainsi qu'on trouve des instruments tranchants en pierre avec des objets en bronze, à Chevroux , à Colombier, à Bevaix et à Cortailloà, où la serpentine, le silex et les têtes de fémur étaient employés comme haches, pointes de trait et gobelets du genre de celui de Hagneck.

La rive fribourgeoise du lac de Neuchâtel, explorée par plusieurs personnes , l'a été tout particulièrement par MM. Rey et de Vevey, qui ont eu l'obligeance de me communiquer les détails suivants sur Corbières et Estavayer. On voit vers la première localité deux emplacements d'époques différentes. Le plus rapproché de la rive, appelé Ténevières de la Craza, appartient à l'âge de la pierre. Les pieux, sortant à peine du gravier, sont entourés de pierres calcinées au milieu desquelles ne se trouvent que des instruments en pierre et en os, sans traces de métal. Une hache en serpentine, dont le tranchant est très vif, est encore solidement fixée à son emmanchure en bois de cerf, longue de 24 lignes. L'extrémité opposée à celle qui reçoit la hache est taillée à quatre faces, et devait entrer dans le trou carré du manche. La manière d'emmancher les haches de pierre variait sans doute autant dans l'antiquité que de nos jours chez les sauvages, et il n'est pas sans intérêt de retrouver sur Ténevières un bois de cerf dont l'extrémité la

DE L'AGE DE LA PIERRE. k\)

plus forte est percée transversalement d'un trou carré qui recevait l'emmanchure et servait ainsi de manche à la hache primitive. (PI. III, 8.) Deux fragments de hache, 3 pointes de lance en silex, et 6 pesons en pierre, proviennent encore de ces habitations , qui paraissent avoir été détruites par le feu d'après les pierres calcinées, mentionnées plus haut. Ce fut sans doute après ce sinistre qu'on occupa l'emplacement voisin, dont les pilotis mieux conservés indiqueraient à eux seuls, indépendamment des objets découverts, une antiquité moins reculée.

Tout auprès de la ville d'Estavayer, existent deux emplacements, dans les mômes conditions que les précédents. Le moins éloigné de la rive , appelé aussi Ténevières , est le plus ancien. Ce nom désigne, dans l'idiome des pêcheurs de la contrée, un monticule inondé par les eaux du lac. Le Ténevières d'Estavayer , d'environ 6 pieds de hauteur, est de formation naturelle. Le gravier recouvre la plupart des pieux, usés jusqu'à la surface du monticule par l'action incessante de l'eau. Les objets recueillis sont tous étrangers à la période du bronze et consistent en 4 coins , une hache en pierre, 2 pointes de lance en silex , 2 pointes de flèche, 42 pesons en pierre, un marteau en bois de cerf, percé sur le milieu de sa longueur qui est de h pouces, et un manche de même matière dont l'extrémité porte un trou carré comme le manche de hache du précédent emplacement. Des pierres calcinées indiquent, de même qu'à la Craza, une destruction par le feu. Il est à présumer qu'on entassait des cailloux sur l'esplanade de ces établissements, afin de s'en servir comme de projectiles en cas d'attaque, et que c'est à la suite de l'incendie que ces pierres ont subi l'action du feu.

Le second emplacement d'Estavayer, couvert de pilotis

MKM. ET DOf.UM. XVII. A

mieux conservés, date de l'âge du bronze. La plus grande distance à laquelle il se trouve du rivage s'explique sans doute par le besoin qu'on éprouvait de se mettre bors de la portée des projectiles incendiaires que l'ennemi pouvait lancer depuis le bord. Il est à remarquer qu'un grand nombre des habitations de la deuxième période sont plus en avant dans les eaux que celles du premier âge, soit que les moyens d'attaque fussent plus perfectionnés, soit que la coupe des bois présentât moins de difficultés *.

Les explorateurs pourront tirer parti de ces observations, en les appliquant aux groupes de pilotis voisins, mais situés à des dislances différentes de la rive, qu'on voit dans quelques lacs, et entre autres dans celui de Neuchâtel. Il sera intéressant de s'assurer s'ils sont accompagnés d'objets d'industrie d'époques différentes et s'ils présentent les mêmes caractères que ceux qu'on vient d'examiner.

Les travaux entrepris en vue de l'établissement de chemins de fer servent assez fréquemment les recherches des archéologues. Une découverte faite en pareilles circonstances, près de Concise, dans les derniers jours du mois de juillet 1859, a révélé l'existence d'un des emplacements lacustres les plus riches de l'âge de la pierre. Une drague à vapeur, placée en face des premières maisons de cette localité, du côté d'Yverdon , pour fournir les remblais nécessaires à la portion de la voie ferrée qui passe dans le lac, ne tarda pas à amener des débris provenant d'habitations qui datent de la plus haute antiquité. Dès les premiers jours, de nombreux amateurs ayant été attirés par cette découverte, les ouvriers réunirent avec le plus grand soin tout ce

* Indicateur d'histoire et d'antiquités suisses, Zurich, pag. 65, note 1, 1859. — Habitations lacustres de la Suisse, par F. T. 1857.

de l'âge de la pierre. 5H

dont ils pensaient pouvoir retirer quelque bénéfice. Les instruments en pierre et en os ont été recueillis par milliers. Les musées de Lausanne et d'Yverdon1 en possèdent un grand nombre. M. le comte de Pourtalcs, à la Lance, s'est créé une collection avec ces pièces. Beaucoup d'objets se trouvent chez M. le Dr Clément, à Saint-Aubin, chez MM. Rey et de Vevey, à Estavayer, dans le musée de Neuchàtel et chez M. le colonel Schwab, à Bienne. Nombre de pièces ont été vendues à l'étranger; M. le professeur Agassiz en a emporté plusieurs pour le musée qu'il fonde en Amérique , et bien des morceaux sont restés entre des mains diverses.

Les objets découverts sont remarquables par la variété des formes, et par le fréquent emploi de l'os et des bois de cerf. Mais, avant de décrire ces divers genres de pièces, il importe d'ajouter que l'appât du gain a porté quelques ouvriers à fabriquer des faux qui ont été répandus en grand nombre. Au début de la découverte, qui a duré pendant les cinq semaines que la drague a fonctionné sur ce point, les faussaires se bornaient à imiter les formes authentiques en donnant un manche à l'instrument qui avait perdu le sien; mais plus tard l'imagination des fabricateurs a créé des formes inusitées dans l'antiquité, par la réunion insolite d'objets sortis du lac. Enfin, enhardis par le succès, ils ont fait divers instruments avec les galets de la rive et avec des os ou des bois de cerf.

Les faux répandus par ces ouvriers soulèveront plus d'un doute sur l'authenticité de certaines pièces, et entre autres sur la manière dont elles étaient emmanchées. Toutefois, avant de tenir pour fausse telle forme reproduite par la fa-

1 Les pièces déposées dans la bibliothèque d'Yverdon ont été réunies par les soins de M. L. Rochat.

brique, il convient de s'assurer si le type n'en a pas été réellement découvert. D'autre part, toute pièce porte en elle un caractère d'antiquité que les faussaires, malgré leur adresse, ont été inhabiles à reproduire.

L'emplacement sur lequel a fonctionné la drague est situé à environ 300 pieds du bord. Il présentait l'aspect d'un monticule recouvert de 5 pieds d'eau à son sommet. Sa surface limoneuse ne laissait apparaître aucun vestige d'habitation.

C'est là qu'on a découvert , au-dessous du limon , une couche composée de gravier , de galets et de cailloux anguleux , cassés par la main de l'homme, au milieu desquels se trouvaient des restes de pilotis de chêne et de sapin , des charbons de bois, des ossements, d'innombrables bois de cerf coupés ou entaillés , des fragments de poterie et des instruments en pierre et en os. La drague déversait un limon qui contenait parfois des graines , de nombreux débris de rospaux et de petites branches. Enfin quelques objets en bronze proviennent de cet emplacement. Ces milliers d'instruments de l'âge de la pierre, tassés sous les eaux , les pilotis détruits jusqu'à la surface du sol et tous ces débris recouverts d'un limon qui ne permettait pas de soupçonner l'existence d'habitations montrent que l'homme a occupé ce point longtemps avant l'introduction du métal. Il ressort aussi de la présence du bronze, quoique fort peu abondant, et du perfectionnement apporté dans la taille de quelques instruments primitifs, que ces constructions ont subsisté jusqu'à l'époque de transition du premier au deuxième âge.

La hache est l'instrument qui a joué le plus grand rôle dans l'industrie primitive. Utilisée pour la chasse, au besoin arme de guerre, on s'en servait pour les usages domestiques

DE L AGE DE LA l'iEUR'.:.

les plus divers; aussi en a-t-on retrouvé à Concise un très grand nombre d'exemplaires. (PI. V, 20, 23, 24, 20, 27, 28, 30.) A part de rares exceptions, on peut être surpris de ses petites dimensions. Le tranchant ne mesure en moyenne que 1b à 20 lignes de largeur. La pierre employée de préférence est la serpentine. Plusieurs pièces ébauchées sont tombées à l'eau avant d'être achevées, d'autres ont été usées par un long usage; le tranchant, parfois très vif, est souvent aussi ébréché ; et si quelques pièces présentent un fini remarquable , il en est un bon nombre qui ont été fabriquées avec peu de soin.

On trouve quelques bois de cerf entaillés de manière à reproduire en creux la forme delà pierre qui en a été détachée. (PI, 111, 1.) Ces manches, bien qu'ils soient fort rares, suffisent cependant pour constater que ce genre d'emmanchure a été usité en Suisse, de même que dans le Nord, ainsi qu'on peut s'en assurer par les publications de MM. Du Noyer, Wilde et Worsaae1, qui reproduisent la hache de pierre fixée dans la mortaise d'un inanche en bois.

Deux bois de cerf, coupés en forme de T, étaient armés d'une pierre tranchante sur l'une des extrémités (PI. III, 2, 7) ; mais la plupart des haches de Concise ont été primitivement formées de trois pièces : un morceau de bois de cerf, long de 2 à 3 pouces, recevait la pierre à un bout, tandis que l'autre , taillé à quatre faces , entrait dans la mortaise du manche, comme on a déjà pu le remarquer dans les découvertes faites à Estavayer. (PI. IV, 1, 2,3.) 11 est curieux que l'assemblage de ces trois pièces n'ait

« Catalogue of the anliquiiies in the Muséum ofthe royal irish Academy, bj W. Wilde, p. 46. — The primerai untiuuities, by .'. J. Worsaae , p. 11. — 0» the classification of brome celts, by G. Du Noyer, p. 3.

pas été observé à Concise, ce qui provient sans doute de ce que le manche, étant en bois végétal, n'a pas subsisté jusqu'à nous. En revanche, les emmanchures faites de bois de cerf se sont conservées en très grand nombre ; plusieurs portent les traces de l'usure produite par la meule en rafraîchissant le tranchant de la hache (PI. III, 6); d'autres, se fendant sous le choc, étaient hors d'usage; plus rarement, a en juger du moins d'après les pièces découvertes, la pierre se brisait dans l'emmanchure.

Ces emmanchures présentent quelques variétés de forme. Les unes sont à peu près carrées (PI. IV, 1) ; plusieurs ont été taillées de manière à ménager une proéminence latérale qui s'appuyait sur le manche (PI. IV, 2, 5) ; quelques-unes sont bifurquées comme pour introduire un coin destiné à les fixer plus solidement dans l'ouverture qui les recevait. (PI. IV, 16.) Sur l'une est un petit trou transversal, sans doute pour la consolider à l'aide d'une cheville (PI. III, fig. h) ; une autre, percée parallèlement au tranchant de la pierre, recevait le manche dans cette ouverture, de forme ovale (PI. III, 5), mais il est probable qu'elle a été équarrie plus tard pour entrer dans la mortaise d'un autre manche.

Les ciseaux en pierre , fort nombreux aussi , se distinguent des haches en ce que leur tranchant est moins large. La plupart sont en serpentine et quelques-uns en néphrite d'Orient. (PI. IV, C, 11.) Fixés à l'extrémité d'un bois de cerf de 2 à 5 pouces de longueur, l'autre extrémité porte parfois une ouverture circulaire et longitudinale dans laquelle devrait entrer un corps cylindrique destiné peut-être à protéger le manche contre les coups de marteau. (PI. IV, h, 10.)

On comprend que. dans ces âges primitifs, le marteau de-

vait être souvent remplacé par le premier caillou qui tombait sous la main ; cependant ces pierres recevaient parfois des formes plus spécialement propres à leur destination. C'est ainsi qu'on retrouve des fragments qui rappellent quelque peu le batterand moderne. (PI. V, 24.) Quant aux marteaux en pierre, percés d'un trou, on doit les regarder comme appartenant à l'âge de transition.

Les tranchets, destinés sans doute à couper le cuir ou les peaux, ont été d'un grand usage. La pierre a reçu un trancbant plus ou moins arqué. (PI. IV, S, 7; V, 25.) Quelquesunes ont conservé leur manche en bois de cerf, qui s'adapte fort bien à la main. Des extrémités d'andouillers, pareils à celui de la figure 13, planche IV, portent en creux l'empreinte de la pierre qui a disparu. Un instrument tout pareil ayant été découvert sur l'emplacement de Moosseedorf, par M. Alb. Jahn, on ne peut mettre en doute l'authenticité de cette forme.

Les silex, employés pour des instruments divers, sont pour la plupart étrangers à la Suisse. On trouve cependant des éclats nombreux qui montrent que la fabrication d'une partie de ces pièces se faisait à Concise. Une belle lamelle, de 7 pouces de longueur (PI. V, 13), a pu servir d'arme ou d'instrument domestique. Une autre, longue de 5 pouces 3 lignes (PI. V, 12), semble avoir fait l'office de racloir, ainsi que le N° 18. D'autres lamelles (PI. V, 22), parfois d'une grande finesse, remplaçaient peut-être le couteau. Des éclats de silex sont dentelés sur l'un des bords seulement. (PI. V, 19.) On est porté à envisager comme des perçoirs des pointes dont la coupe est triangulaire. De larges lamelles, tranchantes et fort minces (PI. V, 1), pouvaient tenir lieu de scie; elles s'adaptaient sans doute a des manches du genre de la

»(> ANTIQUITÉS LACISTRF.S

ligure 14, qui, vu leur peu d'épaisseur sur la partie entaillée, ne pouvaient recevoir que des pièces larges et plates.

Les têtes de flèche en silex présentent la forme du triangle isocèle ou du losange, avec ou sans entailles sur les angles obtus, d'autres sont munies d'une pointe qui pénétrait dans la hampe et aussi de deux petits ailerons dans le genre de ceux du harpon. (PI. V, 2 à 9.) Deux pointes de silex, en forme d'ovale et de losange (PI. V, 10, 16), ont peut-être armé la hampe de la lance ou du javelot.

On a trouvé à Concise de nombreuses pierres discoïdes de 10 à 35 lignes de diamètre, percées d'un trou au centre, et pareilles à celles qu'on regarde comme des pesons de fuseau ou de filet. La destination de ces pièces, parfois assez informes, est très problématique (PI. VIII, 9, 11): l'une de ces pierres, à peu près ovale, est percée de 2 trous (PI. VIII, 8); telle autre, inachevée, n'est percée qu'à moitié; le trou, fait par un instrument mis en rotation, est évasé en entonnoir sur les deux faces du disque, et il est assez probable que plusieurs n'ont été forés que dans l'âge de transition. Le grès ou d'autres roches plus ou moins compactes, prises dans les galets de la rive , ont servi à la fabrication de ces disques, dont quelques-uns sont aussi en os ou même en poterie. L'une de ces pièces en bois était peut-être un flotteur.

Indépendamment des morceaux inachevés ou simplement ébauchés qui accompagnent les instruments complets ou hors d'usage par un long emploi, on trouve beaucoup d'éclats de pierres diverses, provenant de la fabrication des instruments. En outre, de nombreux cailloux ont été brisés par la main de l'homme. On a aussi recueilli au milieu de ces débris quelques pétrifications, le cristal de roche des Alpes et le tutrail blanc de la Méditerranée.

Les pierres à aiguiser, plus ou moins usées par le frottement, ont la forme de meules immobiles aux contours irréguliers; des morceaux de grès sont de dimensions assez petites pour avoir été maniés à la main, et la molasse employée est en général de très bonne qualité. D'autres meules. en roches compactes, présentent une surface plane ou concave, sur laquelle on broyait ou concassait des graines ou des fruits. Quelques pierres paraissent avoir fait l'office de véritables enclumes.

La plupart des formes d'instruments en pierre ont été reproduites avec des ossements d'animaux et des portions de bois de cerf dont le choix était très bien approprié au but. Ce genre d'objets, qui renferme toute une collection d'outils, d'armes et d'ornements, n'est assurément pas le moins remarquable.

Les os les plus volumineux et les plus compactes étaient utilisés comme marteaux , ainsi que des morceaux de bois de cerf, dans la partie spongieuse desquels on a dû introduire une matière dure. Ces marteaux étaient percés d'un trou rond ou ovale qui recevait le manche (PI. IV, 42), dont la direction était parfois oblique, ainsi qu'on le remarque sur quelques haches. La partie d'un manche en bois prise dans le trou d'un marteau, s'est conservée, tandis que le reste a été détruit par l'action des siècles, ce qui explique la disparition des manches de hache, lorsqu'ils n'étaient pas en bois de cerf. Un choc violent brisait souvent ces instruments, qu'on retrouve rarement intacts. (PI. IV, 8, ih.) — Bien que les outils en bois aient le plus souvent disparu, une véritable mailloche en sapin a cependant été conservée. Le bois tout imprégné d'eau, et cédant sous la plus légère pression, ne pouvait laisser de doute sur son antiquité. L'instrument

58 ANTIQUITÉS LACISTRES

avait été coupé sur une branche, en ménageant une recrue qui servait de manche. (PI. III, 5.)

De nombreux ciseaux en os et en bois de cerf, de largeur différente, avec ou sans manche, doivent avoir été employés pour le travail de matières peu dures. (PI. VI, 15, 29.) L'extrémité opposée au tranchant présente parfois des inégalités qui exigeaient l'emploi d'un manche.

Des tranchets de formes variées, en os ou en dents de sanglier, sont munis d'un tranchant oblique ou convexe.

La variété des poinçons est très grande. (PI. VI, 16, 18, 19, 21, 22, 26, 27, 28, 30.) Ils sont généralement faits avec des côtes ou des canons refendus, plus rarement avec des bois de cerf ou de chevreuil et des incisives de cochon ; leur longueur varie de 15 lignes à quelques pouces. La pointe, acérée et polie, est ordinairement arrondie comme un cône effilé (PI. VI, 26) ; elle est quelquefois à quatre pans (PI. VI, 28), ou bien elle présente deux arêtes vives. (PI. VI, 21.) L'autre extrémité du poinçon conserve souvent l'articulation soit la forme naturelle de l'os (PI. VI, 16, 19, 26, 30) qui servait de poignée, mais il n'est pas rare qu'elle se termine, comme les ciseaux, par des anfractuosités (PI. VI, 18) qui auraient blessé la main de l'ouvrier si l'instrument n'avait pas été fixé dans un manche tel que celui de la figure 23. — Plusieurs os aiguisés en poinçon décrivent un angle obtus sur l'une de leurs extrémités. (PI. VI, 31, 37.)

Les aiguillettes en os, droites ou légèrement arquées, longues de 3 à 6 pouces, sont munies d'un œil ou même de deux vers le bout opposé à la pointe. (PI. VI, 34.) Sur l'une (PI. VI, 35), l'os a été évidé des deux côtés de la tête, a (in que le fil ou le cordon passé dans l'œil ne gênât pas le jeu de l'instrument. Une autre aiguillette, pointue aux deux

de l'âge de la pierre. 59

bouts, esl percée sur le milieu de sa longueur où le renflement est sensiblement prononcé (PI. VI, 30) ; ce même genre d'instrument a été usité dans l'âge du bronze. (PI. XII, 22.) L'œil se trouve aussi vers la pointe de l'outil (PI. VI, 35), comme on le remarque encore sur l'un des poinçons du sellier.

On doit sans doute désigner sous le nom de polissoir des os et des bois de cerf polis dont les formes se sont conservées dans le travail des cuirs. Des dents plantées jusqu'à l'émail dans des bois de cerf (PI. VI, 13, 14) avaient peut-être un usage analogue. Les ouvriers du chemin de fer ont répandu de nombreuses imitations de ce genre de pièces dont le type n'est pas moins réel. Le lendemain de la découverte faite à Concise, M. Rossire, ingénieur, me remit l'un de ces instruments qu'il avait recueilli la veille sur la drague, et que j'ai déposé dans le musée de Lausanne, avec d'autres objets mis à part dès le premier jour, alors qu'aucun faux n'avait encore été fabriqué.

Entre les objets indéterminés en os et en bois de cerf, il faut citer plusieurs pièces, avec ou sans trou, cylindriques en tout ou en partie, parfois surmontées d'une espèce de bouton, ou bien de la forme d'épaisses lamelles. (PL IV, 17; VII, 6, 7, 10, 29, 34.) L'un de ces objets mérite une mention spéciale par la délicatesse de son travail. (PI. VII, 14.) C'est une petite pièce longue de 7 à 8 lignes sur un diamètre de 2 lignes, percée dans sa longueur comme un tube, dont les extrémités cylindriques sont reliées par deux petites liges ménagées lors de la taille de l'os. La fabrication de cette pièce, qui n'aurait rien que de fort ordinaire à une autre époque, n'en est pas moins intéressante vu la délicatesse du travail et les moyens limités de l'industrie primitive.

On a vu que de nombreux éclats de silex et de roches diverses, ainsi que des instruments inachevés, témoignent que remplacement de Concise était un lieu de fabrique, et l'on arrive à la même conclusion quand on examine le nombre considérable de morceaux de bois de cerf préparés pour les manches d'outils divers, manches plus ou moins finis ou simplement ébauchés. Ils portent les marques non équivoques d'instruments dont le tranchant a produit une entaille généralement striée. On peut y reconnaître aussi l'action de la scie en silex et de la meule de grès. Quelques uns ont reçu un poli que l'antiquité n'a pas fait disparaître; et plusieurs ont été entaillés pas les dents d'un rongeur qui ne peut être que le rat et la souris dont les cabanes lacustres ne devaient pas être plus à l'abri que ne le sont les habitations de nos jours et même les vaisseaux.

Des canons ou des tibia d'animaux ont été fendus et aiguisés en pointe sur l'une des extrémités. Leurs dimensions, de 7 à 8 pouces de longueur, ne permettant pas de les en visager comme des poinçons, il est probable qu'ils tenaient lieu du poignard dont ils reproduisent la forme et les dimensions. Les ingénieurs du chemin de fer ont déposé au musée de Lausanne un de ces poignards emmanché à une fort belle poignée en bois de cerf (PI. VI, 11), recueilli sur la drague l'un des premiers jours où elle a fonctionné à Concise. On a prétendu plus tard que ces deux pièces n'étaient pas attenantes l'une à l'autre quand elles sont arrivées avec les débris déversés par la machine, et qu'un amateur s'est amusé à les réunir au moment où on allait les mettre de côté pour le musée. Je n'ai pu vérifier l'exactitude de ce récit, mais encore, en l'admettant, faut-il reconnaître que ces deux pièces, qui s'adaptent parfaitement, doivent avoir été faites

de l'âge de la pierbe. 6 1

l'une pour l'autre. Les faux innombrables répandus par les fabricateurs ont soulevé des doutes légitimes, cependant on ne saurait nier qu'une partie de ces grandes pointes en os, d'une antiquité incontestable, aient été fixées à des bois de cerf, vu que quelques-unes présentent la même particularité qu'un certain nombre de poinçons, c'est-à-dire que l'extrémité opposée à la pointe offre des anfractuosités dont la main aurait été blessée si cette partie anguleuse n'était pas entrée dans une poignée. Des andouillers de toutes dimensions, taillés par les Lacustres en forme de manebe, sont trop nombreux pour qu'ils n'aient pas été préparés afin d'y fixer des instruments de genres divers, et il n'est pas superflu d'ajouter que les entailles antiques se distinguent très facilement de celles qui ont été imitées par les faussaires. L'un des caractères de la découverte de Concise consiste précisément dans le grand emploi que les habitants de cette bourgade ont fait des bois de cerf.

De fortes lames en bois de cerf, profondément dentelées sur l'un des côtés ou sur les deux (PI. VI, 25, 52), rappellent quelques-unes des pointes de lance de Moosseedorf et de la vallée du Mississipi '. Une belle lame, en os, de 9 pouces de longueur, a dû avoir la même destination. (PI. VI, 24.) D'autres os refendus, longs de 4 à 6 pouces, ont aussi la forme lancéolée (PI. VI, 12), et la douille est reproduite en partie par ce qui reste du trou de la moelle formant une rainure naturelle, le long de laquelle s'adaptait la hampe. Celleci était consolidée par des ligatures qui passaient dans les entailles transversales faites sur l'os, percé en outre d'un trou destiné à recevoir une cheville en place du clou rivé qui retient la hampe dans la douille en métal.

1 \oir plus haut, pag. 20, note 1.

02 ANTIQUITES LACUSTIiES

Des pointes de flèche en os présentent les mêmes particularités que la pièce précédente. La forme de quelques-unes est aussi lancéolée (PI. VI, 1, 2, 8, 9): d'autres sont munies d'un seul aileron en guise de harpon (PI. VI, 4, 5); l'une est armée d'une pointe qui pénétrait dans la hampe (PI. VI, 7, 17) ; quelques-unes s'adaptaient à celle-ci au moyen d'un épi (PI. VI, 1, 2), et plusieurs ont un fini qui a lieu de surprendre pour des armes de jet, dont le chasseur et l'homme de guerre doivent faire le plus souvent le sacrifice. Il en était du reste de même des pointes de silex qui ne demandaient pas moins de travail, et il est à présumer qu'une partie des esquilles en os, aiguisées en poinçon, étaient aussi fixées dans des roseaux, en guise de flèche.

On a découvert à Concise quelques os évidés et terminés par un bouton, qui paraissent être l'armature des extrémités de Yarc, sur lesquelles se fixe la corde. (PI. VII, h.) L'arc étant de bois, n'a pas été retrouvé. — Quelques bois de cerf dépouillés d'une partie de leurs ramures, ont pu servir de casse-tête.

L'os a aussi été employé pour des ornements personnels, dont il reste encore quelques traces. Des épingles à cheveux sont déjà pareilles à celles de l'âge du bronze. (PI. VII, 1, 3, 11.) Il faut sans doute attribuer la même destination à de petites tiges en os, arquées, pointues sur un bout et surmontées d'une tète de forme ovoïde. (PI. VII, 2.) Ces pièces présentent une particularité. C'est un anneau peu distant de la pointe, ménagé, lors de la taille de l'os, sur le côté convexe de l'instrument. Si cet anneau, faisant corps avec l'épingle, était peu propre à laisser glisser celle-ci, il rendait du moins l'ajustement facile, en y passant un cordon. On retrouve du reste en Silésie, près de Camenz, des épingles en bronze d'un

genre analogue, mais dont l'anneau est plus rapproché de la tète.

Un os, taillé en forme de virole, a exactement les dimensions d'une bague. Un autre, malheureusement brisé, poli avec soin et de forme arrondie, ne saurait être qu'un fragment de bracelet. (PI. VII, 17.)

Des grains en os et en bois de cerf, percés d'un trou (PI. VU, 43, 19), faisaient partie des colliers, dans la composition desquels entraient aussi quelques grains en pierre. (PI. VII, 20.) Des andouillers, entaillés sur leur pourtour à des distances égales, étaient certainement destinés à la confection de ce genre de perle (PI. VII, 5) ; d'autres grains détachés sont restés inachevés.

Un ornement beaucoup plus délicat consiste en de petites lamelles ovales, de 9 à 12 lignes de longueur, taillées sur l'émail de grandes dents et percées d'un ou deux trous pour les suspendre ou les fixer comme objets de parure. (PI. VII, 15, 16.)

Des dents, celles d'ours en particulier, ont été percées ou enlailiées de manière à être portées en guise d'ornement, mais vraisemblablement à titre d'amulettes, comme c'était encore le cas dans les époques postérieures et en particulier dans les derniers âges païens. (PI. VII, 12, 18.)

La poterie de l'âge primitif présente à peu près partout les mêmes caractères, et elle ne diffère pas à Concise de celle des emplacements contemporains explorés en Suisse. D'après les fragments découverts et G vases à peu près intacts, la forme cylindrique était assez en usage; cependant plusieurs vases, arrondis à leur base, étaient privés de pied. (PI. VII, 30, 31, 32, 33, 36.) On ne retrouve pas les supports d'argile employés plus tard; mais quelquefois de pe-

(jk ANTIQUITÉS LACUSTRES

tites proéminences, percées de deux trous, permettaient de passer des cordons pour suspendre le vase, comme on le remarque dans la plus ancienne poterie du Nord. Cinq des pièces intactes ne mesurent que 1 à 2 pouces de hauteur, sur 45 lignes à 3 pouces de diamètre. Trois petits vases, 2 cylindriques, l'autre évasé, sont en os ou plutôt en bois de cerf. (PI. VII, 2b, 26, 28.) L'un, muni d'un petit tenon, faisant saillie sur le rebord, devait avoir un fond en bois assujetti par trois pointes dont on voit les trous sur la partie inférieure du vase.

Une boule sphérique, de la grosseur des deux poings, percée d'un trou et formée d'argile pétrie avec des charbons, rappelle les pièces regardées comme des balles incendiaires 4.

La détermination des nombreux ossements recueillis à Concise sera d'un haut intérêt pour la faune du pays, à l'époque des premières habitations de l'homme. Le grand emploi qu'on a fait des bois de cerf montre déjà combien cet animal était commun, et l'on peut aussi se faire une idée, d'après la grandeur de ses bois, de la taille élevée qu'il devait atteindre. On a retrouvé l'élan, le chevreuil, l'ours, le sanglier, le castor, des carnassiers et des rongeurs divers. Entre les animaux domestiques, on remarque beaucoup de débris du bœuf. Le cheval en revanche était rare, mais une dent molaire que j'ai recueillie ne peut laisser de doute sur sa présence. Plusieurs ossements proviennent de la chèvre, du mouton et du chien.

C'est sans doute à la destruction des habitations ou à quelque lutte armée qu'on doit attribuer la présence au mi-

1 Cette pièce, que j'avais déposée sur la drague avec plusieurs autres objets destinés au musée de Lausanne, a disparu malgré des recommandations à ce sujet.

DE L'AGE DE LA PÎERrtE. 65

lieu de ces débris de trois fragments de crânes humains el de deux mâchoires, l'une d'homme et l'autre d'enfant. Il est à regretter que ces fragments soient trop incomplets pour pouvoir légitimer quelque induction sur la race à laquelle appartenait ce peuple primitif.

L'activité de la drague à vapeur n'a pas toujours permis d'étudier avec tout le soin désirable bien des restes dont l'œil est peu frappé, mais qui n'ont pas moins leur intérêt; par exemple les graines ou les fruits récoltés comme aliments. Je ne puis citer que la noisette, la faîne, le noyau de prune el la pomme. — Quelques filaments, peut-être de chanvre, sinon d'écorce d'arbre, ne laissent pas de doute sur leur emploi, si on les rapproche des aiguillettes en os.

Pendant les derniers jours des travaux exécutés à Concise, la drague, en s'avançant vers le nord-est de l'emplacement, a amené quelques objets en bronze, qui montrent que ces habitations lacustres ont été occupées jusqu'à l'introduction de ce métal. On a découvert en outre des instruments en pierre qui appartiennent à l'âge de transition, pendant lequel le métal, encore rare, servait à perfectionner les produits de l'industrie primitive.

Je n'hésite pas à envisager comme appartenant à cet âge de transition les haches et marteaux en serpentine, percés d'un trou dans lequel était fixé le manche de l'instrument. Ces pièces, rarement intactes, longues de 5 à 6 pouces, sont taillées en hache sur l'un des bouts et en marteau sur l'autre. (PI. VIII, 4, 3.) D'après les fragments conservés, on voit qu'elles se brisaient assez souvent sur l'ouverture du manche (PI. VIII, 2, 4, 5, 6, 7.), ce qui arrivait aussi au moment de leur fabrication. (PI. VIII, 2, 4.) Ces fragments de pièces inachevées indiquent que le trou se faisait au moyen

MÉM. ET DOCl'M. XVII.

66 ANTIQUITES LACUSTRES

d'un poinçon qui creusait une rainure circulaire, de manière à ménager à l'intérieur un noyau de la forme d'un cône tronqué; et l'examen attentif des parois ne permet pas de douter que le forage n'ait été produit par un rapide mouvement de rotation. Ce mouvement a du être imprimé à la pierre plutôt qu'au poinçon, qui aurait eu à décrire un cercle. Pour comprendre cette manière de forer, il suffit de rappeler que la fabrication des vases en pierre ollaire consiste à fixer les extrémités d'un bloc cylindrique entre les pointes d'un axe horizontal, de sorte qu'étant mis en rotation, il soit usé par un poinçon en métal doux, parallèle à l'axe. Ce poinçon est fixé au montant du tour, et on le fait avancer peu à peu. jusqu'à la profondeur voulue, dans la rainure qu'il creuse par le frottement. Il n'est pas nécessaire de décrire ici le procédé par lequel on ménage le fond du vase. Le noyau enlevé, placé de nouveau entre les pointes de l'axe, est évidé à son tour; et c'est ainsi qu'on obtient cette série de vases qui rentrent les uns dans les autres. Ce genre de tour, d'une simplicité primitive, doit remonter à une haute antiquité, car l'on sait que le tour est connu depuis des âges fort reculés. La collection de M. le baron de Neuberg, à Prague, renferme des haches en pierre trouvées avec leurs noyaux dans un lieu de fabrique de la Bohême. Ces noyaux, replacés dans les trous dont ils ont été enlevés, ce qui est facile à constater par les veines de la pierre, laissent si peu d'ébaltement, qu'ils n'ont pu être détachés qu'avec une pointe en mêlai, et nullement avec un cylindre creux, qui n'aurait pu donner à l'ouverture sa forme sensiblement conique. Le fer doux, employé dans l'industrie moderne, était remplacé par le bronze, et il va sans dire que l'eau et le sable siliceux jouaient leur rôle dans cette opération. Si ce

procédé pour forer la pierre a dû être employé dans bien des cas, il est du reste incontestable qu'il n'a pas été le seul. Plusieurs haches en pierre, provenant de diverses localités, ont été percées par des moyens plus primitifs; lorsque le trou n'est pas circulaire, il ne peut être question d'un mouvement de rotation. Une hache en serpentine, à deux tranchants, des environs d'Agiez, porte un trou ovale et irrégulier qui exclut l'emploi de tout procédé mécanique. On trouve assez de ces instruments inachevés pour montrer que le forage s'est pratiqué par des moyens très divers.

Quelques poinçons en cuivre ou en bronze d'un faible alliage, de 8 lignes à 3 pouces de longueur, arrondis ou à quatre pans, sembleraient au premier abord avoir pu servir à percer la pierre; mais, outre leur ténuité, des pièces du même genre se retrouvent à une époque où les haches primitives n'étaient plus employées. (PI. VIII, 19, 21.)

Huit épingles en bronze , longues de 25 lignes à un pied, sont surmontées de têtes sphériques , coniques ou en forme de fuseau. Elles portent en général de fines gravures étrangères au début de l'art. (PI. VIII, 17, 20, 22 à 26.)

Une fibule , privée de son ardillon , faite avec un fil de bronze dont chaque extrémité a été enroulée en spirale plate, présente la figure de lunettes. (PI. VIII, 13.)

Une virole (PI. VIII, 14), trois petits anneaux (PI. VIII, 15, 18), un bouton convexe (PI. VIII, 12), un grain de collier (PI. VIU, 29), et un couteau (PI. VIII, 27) , complètent la série des instruments en bronze trouvés à Concise. Le couteau, long de 7 pouces et 2 lignes, élégamment arqué, est orné sur le dos de stries et de chevrons , et sur les deux côtés de la lame, de lignes parallèles, de pointillages et d'arcs de cercle.

Au commencement du siècle, M. le capitaine Pillichody

avait déjà découvert, non loin de cet emplacement, un peu plus avant dans le lac , auprès des restes d'un canot submergé et de pilotis encore saillants au-dessus de la vase, une belle épée en bronze, qui a été déposée dans le musée de Neuchàtel. (PI. IX, 10.) Les habitations de l'âge de la pierre paraissent ainsi avoir été détruites au moment de l'introduction du bronze, dont on n'a retrouvé qu'une vingtaine d'objets, tandis que les autres ont été recueillis par milliers.

Après cette destruction, de nouvelles habitations s'élevèrent pendant l'âge du bronze à une plus grande dislance de la rive. Malgré leur haute antiquité, la plus grande conservation des pilotis indiquerait à elle seule une époque postérieure , qui a cependant pris tin dans les âges antéhistoriques. D'autre part, l'épaisseur de la couche artificielle qui recouvre le premier emplacement représente une période assez étendue dont l'origine se perd dans la nuit des temps, et remonte probablement aux premières migrations de l'Orient à l'Occident.

Le limon sous lequel se trouvaient les pilotis de Concise doit recouvrir sur bien d'autres points les débris du premier âge, et plus d'un emplacement situé vers l'embouchure des torrents a disparu sous les allusions accumulées dans le cours des siècles. C'est ce qui est arrivé sur les deux points suivants, occupés sans doute dès l'âge de la pierre , et envahis l'un et l'autre par des dépôts torrentiels.

Les eaux du lac de Neuchàtel baignaient autrefois la localité où est maintenant le village d'Yvonand, entre Yverdon et Estavayer. L'ancien golfe, comblé peu à peu par le torrent de la Mantue , avait aussi ses habitations lacustres, dont on a relrouvé les pilotis à 12 pieds de profondeur, en creusanl des puits dans le hameau de Mordagne , près d'Y-

de l'âge de la pierre. 69

vonand. Bien qu'on n'ait pas recueilli d'objets d'industrie, on ne peut douter de la haute antiquité de ces restes de construction, situés à environ H00 pieds de la rive actuelle du lac et recouverts de 40 à 12 pieds d'alluvions, sur lesquelles les Romains ont bâti de riches villas. On retrouve dans les jardins et les vergers de Mordagne des mosaïques, des fûts de colonnes cannelés, de petits chapiteaux en bronze, des statuettes, des poteries et de nombreuses médailles. Ces ruines n'ayant point été recouvertes par les alluvions du torrent, il en résulte que les dépôts accumulés sur les pilotis sont antérieurs à ces constructions romaines, ce qui fait remonter d'autant plus haut l'époque des habitations lacustres au-dessus desquelles s'élevaient déjà, au commencement de notre ère, des édifices dont la richesse contraste avec l'indigence primitive.

La plaine située entre Cortaillod et Colombier est d'une formation pareille à celle d'Y vonand, mais, sa largeur étant beaucoup plus considérable, les couches d'alluvions de la Reuse ont perdu en épaisseur ce qu'elles ont gagné en surface. On trouve dans la campagne du Grand Verger !, près du Bied, un pied de terre végétale sur des couches de terre blanche, de fin sable, de marne bleuâtre et de légères traces de tourbe, dont l'épaisseur totale est de 2 pieds. Audessous, c'est-à-dire à 3 pieds de profondeur depuis la surface du sol, apparaît l'ancien gravier du lac dans lequel sont des pieux pareils à ceux qu'on voit encore sous les eaux, en face du Bied. Ces pilotis, découverts en creusant des fondements pour les constructions du Grand Verger, sont

' Propriété de M. Charles Bovet de Murait, qui a eu l'obligeance de ma communiquer ces renseignements.

éloignés de plus d'un millier de pieds de la rive actuelle du lac, en sorte que la retraite des eaux, occasionnée par les dépôts de la Reuse, a été à peu près la même qu'à Yvonand, depuis l'époque reculée où des habitations lacustres s'élevaient dans des golfes changés en promontoires. J'ignore si l'on trouve des ruines romaines dans cette partie de la plaine, mais l'emplacement du Bied, occupé avant l'ère chrétienne, est assurément bien moins ancien que celui du Grand Verger, vu l'étendue des alluvions qui séparent ces deux points.

Vallée de l'Orbe.

La plaine marécageuse qui s'étend d'Yverdon à Entreroches a été quelquefois envisagée comme étant de formation antéhumaine. Cependant la tradition populaire prétend conserver le souvenir d'un temps où le fond de la vallée était navigable, et c'est à l'appui de cette idée qu'elle mentionne l'existence de prétendus anneaux auxquels on aurait autrefois amarré les bateaux à Entreroches et sous le château d'Orbe '. Nul ne met du reste en doute que cette plaine n'ait été gagnée sur les eaux, mais ce qu'il est plus difficile de déterminer, c'est la durée de celte formation, produite par la marche envahissante des tourbes et des alluvions sur le

4 La tradition relative à des anneaux scellés dans les rochers pour le même but se retrouve dans plusieurs vallées alluviennes de la Suisse et d'autres pays; mais, en réalité, ces anneaux n'existent nulle part, bien que le peuple croie en reconnaître les traces dans les taches ferrugineuses naturelles, propres à certaines roches. Toutefois, il se rattache ordinairement à cette tradition le souvenir d'un ancien séjour des eaux ou de quelque inondation momentanée.

de l'âge de la pierre. 71

bassin du lac d'Yverdon. Dans tous les cas, il a dû s'écouler bien des siècles avant que les cours d'eau qui descendent du Jura, d'une part, et du Jorat de l'autre, aient déposé leurs alluvions en barrages dans la vallée, de manière à diviser l'ancienne tête du lac en bassins de diverses grandeurs, que l'accroissement de la tourbe a fini par combler peu à peu '. A ces barrages alluviens de la rivière de l'Orbe et de ses affluents, dont on peut comparer la disposition à celle des nervures d'une feuille d'arbre, il faut ajouter l'action des dunes transversales, formées par le lac, et sur l'une desquelles s'éleva plus tard l'antique Eburodunum. Dans le fond des tourbières qui se formèrent entre ces diverses digues on a trouvé sur plus d'un point des pièces de bois travaillées par la main de l'homme; mais la découverte la plus intéressante est celle d'habitations lacustres dont les restes sont pris dans la tourbe que M. Simon, syndic d'Yverdon, fait exploiter vers les Uttins, au pied du mont de Chamblon, qui s'élève au milieu des marécages comme un îlot dans la vallée.

Auprès de ce mont, du côté du lac, on trouve, à h pieds environ de profondeur, des troncs d'arbres et d'arbrisseaux qui dessinent une ancienne rive, et, à une centaine de pieds de celle-ci, des pilotis plantés verticalement dans le sol, sous 8 à 10 pieds de tourbe. La difficulté d'écouler les eaux n'a pas permis de faire des fouilles à cette profondeur; cependant les ouvriers occupés à l'exploitation ont sorti du milieu des pieux deux petites haches de serpentine, en forme de coin, et unepoinlede flèche en silex parfaitement intacte *.

1 Notices de M. H. Buttin dans le Journal de la Société d'utilité publique du canton de Vaud, 1838, pag. 54, et 1854, pag. 113.— Mémoire sur le dessèchement des marais de FOrhe. par M. L. Gonin, clans le Bulletin de la Société vaudoise des sciences naturelles, tom. VI, N° 45, pa£. 247.

• M. Simon a fait don de ces pièces à la bibliothèque d'Yverdon. On doit

Non loin de là, dans le marais de Valeyres, on trouve à 4 pieds sous la surface du sol, de larges pièces de bois couchées horizontalement, à environ 10 pieds de distance les unes des autres, avec d'autres solives, pareillement horizontales, placées à angle droit de manière à former des carrés réguliers. Ces débris ne sont pas sans rapports avec ceux de Robenhausen et entre autres de Wauwyl.

Aux Clettes, entre les villages de Chamblon et de Montagny, une couche de 7 pieds de tourbe recouvre des pieux de chêne et de bouleau, plantés verticalement, qui mesurent 8 à 10 pouces de diamètre sur 5 pieds de longueur. Leur extrémité inférieure, terminée en pointe, porte les entailles grossières d'une hache imparfaite '.

Peut-être faut-il attribuer à l'une de ces localités une fort belle emmanchure de hache, en bois de cerf, trouvée à Yverdon, dans le lit de la Thièle, où elle peut avoir été entraînée par le cours d'eau, voisin des Uttins, qui se jette dans la rivière, à moins qu'elle ne provienne d'autres habitations dont on ignore l'emplacement. (PI. IV, 15.)

L'intérêt qui se rattache à la découverte de ces pilotis ne consiste pas tant dans les objets recueillis que dans leur position exceptionnelle à une assez grande distance du lac. Il

avoir trouvé un bracelet en bronze dans cette localité ou sur un point voisin, mais cet anneau a été perdu.

1 En creusant près d'Yverdon, en 1857, le canal du Buron, on a découvert près du pont des Quatre Marronniers des pieux en chêne plantés dans la tourbe sous 11 pieds 4 pouces de limon et de gravier. Dans la couche de limon, prise entre celles de tourbe et de gravier, se trouvaient, en amont du pont, des meules de moulin, des briques et des poteries romaines avec des fers de chevaux. Ces pieux, recouverts de limon et de débris romains, sont probablement antérieurs à notre ère. Dans ce cas, ils doivent avoir fait partie d'habitations lacustres, mais il est vraisemblable que celles-ci dateraient de l'âge du bronze.

de l'âge de la pierre. 73

est évident que lorsqu'on les planta, les eaux s'avançaient dans la vallée jusqu'au mont de Chamblon, au pied duquel existent encore les traces d'une ancienne rive, et, si les pilotis n'avaient pas été plantés dans les eaux, on ne comprendrait pas leur utilité pour des habitations sur terre ferme, vu la légèreté des constructions de l'âge de la pierre ; d'autre part, les objets découverts ne se seraient point trouvés à une dixaine de pieds de profondeur dans la tourbe. L'époque à laquelle Chamblon dominait ces cabanes de pêcheurs, doit remonter à une haute antiquité, car l'emplacement de la cité romaine d'Eburoduniim était alors entièrement recouvert par les eaux, et cependant celte dénomination celtique' indique qu'il existait déjà sur ce point un établissement plus ancien que celui des Romains.

Pour fixer d'une manière approximative le moment auquel les habitations de Chamblon cessèrent de répondre à leur première destination par le fait de la retraite du lac, il faudrait avoir dans la vallée un point d'un âge déterminé, qui put servir de terme de comparaison afin d'apprécier la marche rétrograde des eaux durant un certain nombre de siècles. Or ce point nous est donné par les ruines d'Eburodunum, disposées sur une dune transversale ou cordon littoral qui s'étend du pied du Jorat à la Thièle '. Entre la

« On a fait beaucoup d'hypothèses sur l'étymologie de ce nom, dont personne ne contestera la terminaison celtique. Je ferai seulement observer que le ruisseau appelé Buron traversait la cité d'Eburodunum, et que ses ruines reposent sur une véritable dune. C'est par erreur que quelques auteurs mentionnent celte cité sous le nom d'Ebrodunum. On lit toujours, sur les inscriptions romaines trouvées à Yverdon, Eburodunum.

1 Cette dune, sur laquelle est le cimetière d'Yverdon situé sur l'ancien caslrum, part des Quatre Marronniers (point de bifurcation de la route qui conduit d'un côté à Lausanne et de l'autre à Payerne), passe vers les moulin»

dune et le lac, sur l'espace occupé en partie par la ville d'Yverdon, on ne retrouve aucune trace d'antiquités romaines ; d'où il résulte qu'au commencement de notre ère le lac devait être beaucoup plus rapproché de la cité. En admettant qu'à la fin du IVe siècle les eaux baignassent encore les murs du castrum eburodunense, il aurait fallu environ 15 siècles pour la formation de la zone qui sépare ces ruines de la rive actuelle. Cette zone, mesurant en moyenne 2500 pieds de largeur, il suffit d'ajouter que les pilotis de Chamblon étant au moins à 5500 pieds du lac, la formation de cet espace a dû exiger 53 siècles, ce qui reporte au XVe siècle avant notre ère le dernier moment du séjour des eaux sous Chamblon. Ce chiffre dépasse sans doute de beaucoup la date plus ou moins vacillante à laquelle on rattache l'arrivée des premiers habitants de PHelvétie, mais il n'est point permis de conclure de l'absence de renseignements écrits la non-existence de populations que l'histoire a négligé d'enregistrer. Si les limites de ce travail le permettaient, il serait aisé de citer de nombreux faits propres à divers pays de l'Europe, d'après lesquels on verrait que ce chiffre n'est point exagéré; du reste, l'historien des Gaulois, M. Amédée Thierry, fait remonter ses récits à 10 siècles avant l'ère chrétienne, indépendamment de toute donnée archéologique, et l'on attribue à une antiquité plus reculée la fondation des premières cités de la Grèce.

de la ville et se dirige, au delà de la Thièle, du côté de Montagny, en traçant un grand arc de cercle qui dessine une ancienne rive du lac. On voit encore dans le lit de la Thièle quelques traces du pont qui conduisait dans la cité romaine. Sur la rive gauche de la rivière se trouvent d'autres dunes, entre la précédente et le mont de Chamblon. Les travaux de l'agriculture font disparaître peu à peu ces formations naturelles que M. l'avocat Jayet a eu l'obligeance de m'indiquer sur les lieux.

Pour en revenir au calcul relatif à la formation de la vallée entre Chamblon et le lac, il importe d'ajouter que rien ne fait soupçonner, pendant l'époque humaine et antérieurement à notre ère, des conditions d'accroissement différentes de celles qui ont eu lieu postérieurement aux Romains ; le résultat obtenu est même un minimum, vu que la vallée va se rétrécissant du côté du lac et que nous avons admis la présence de celui-ci au pied même d'Eburodunum dans le IVe siècle de l'ère chrétienne, tandis qu'il est probable que la retraite des eaux n'a pas été insensible depuis le moment où les Romains se sont fixés sur ce point. On pourrait objecter que la zone comprise entre les ruines romaines et le lac est formée d'alluvions, tandis que des tourbières coupées par des dunes séparent ces ruines du mont de Chamblon. Ici encore, il suffit de faire observer que de nos jours la retraite du lac a lieu d'une manière uniforme devant les marécages qui se trouvent entre le lac et la route de Grandson, et devant les alluvions de la Thièle et du Buron *.

On a souvent posé la question de savoir si le niveau du lac ne tend pas à se modifier sensiblement à travers le cours des siècles. Pour répondre à cette question, il faut d'abord la limiter à l'époque humaine. Cette variation, si elle existe, est à peu près insensible, car le rivage du pied de Chamblon, dessiné par les troncs et les racines d'arbrisseaux, répond à la hauteur de la rive actuelle. D'autre part, la surface de la tourbe qui recouvre les pilotis est de quatre à cinq pieds au-dessus du niveau moyen du lac, et les pilotis qu'on retrouve à une profondeur de huit à dix pieds seraient de

4 J'ai publié quelques-uns de ces détails avec une esquisse de la vallée de l'Orbe dans la Revue archéologique, livraison du 15 avril 1855, pag. 51.

nos jours sous environ cinq pieds d'eau, si celle-ci s'étendait encore dans la vallée ; c'est précisément la profondeur à laquelle se trouvent plusieurs des pilotis de l'âge du bronze vis-à-vis de Corcellettes, et si d'autres descendent plus bas, dans le lac, rien ne nous dit qu'il n'en soit pas de même dans le marécage. On peut donc conclure que depuis plus de 5000 ans le niveau est resté le même. Toutefois il importe d'ajouter qu'il y a eu une bausse momentanée de plusieurs pieds, pendant la période romaine, mais qui provient d'un barrage dans le lit de la Thièle au delà de Nidau *. Le fait est qu'on retrouve sur l'emplacement d'Eburodunum deux couches de ruines romaines séparées par des dépôts stratifiés de sable et de gravier*. Des dépôts du même genre recouvrent des débris romains dans la vallée de la Broyé, en-dessous de Missy \ On a pensé que cet exhaussement des

1 On a trouvé en 1854, dans le lit de la Thièle, vers le Pfeidwald, à une demi-lieue en aval de Nidau, des restes de pilotis plantés au travers de la rivière, sur un point d'où les eaux peuvent refluer, d'après M. Bessard, instituteur à Moudon, de 8 à 10 pieds au-dessus du niveau actuel, hauteur suffisante pour inonder l'emplacement d'Eburodunum.

s On voyait, en 1854, sur une propriété de M. l'avocat Jayet, aux Jordils, une tranchée qui avait mis à découvert une forte couche de charbons mêlée à des poteries romaines sous 1 à î pieds d'alluvions stratifiées. Au-dessus de celles-ci se trouve une couche de terreau végétal qui contient de nombreux débris romains. Sur un point de la tranchée, on voyait également deux voies romaines, immédiatement superposées et séparées par les traces d'inondation. Les Jordils occupent la partie de la dune comprise entre le Buron et la Thièle. Le castrum a été construit avec les débris d'édifices plus anciens.

3 Des antiquités romaines ont été découvertessur plusieurs points de la vallée de la Broie, lors des travaux de canalisation, en 1855. Les débris romains, endessous de Missy, consistaient en nombreuses briques et en quelques objets en fer, recouverts de 3 pieds de terrains stratifiés. Je ne puis cependant affirmer que le barrage du Pfeidwald ait fait refluer les eaux du lac de Morat jusque sur ce point. — J'ai donné quelques détails sur cette inondation dans

de l'âge de la pierre. 77

eaux avait été produit pour faciliter la navigation au pied du Jura, mais, dans ce cas, le niveau n'aurait pas été élevé de manière à inonder les habitations. Il est plus probable, vu les ruines et les traces d'incendie existant sous ces dépôts alluviens, que cette inondation est le résultat de quelque ruse de guerre des barbares qui envahirent l'Helvétie dans le IIIe siècle de notre ère '.

Ces traces d'inondation ont pu induire en erreur sur le changement du niveau des eaux, mais en réalité il ne paraît pas avoir subi de modification sensible depuis trois à quatre mille ans.

S'il est intéressant de recueillir les données qui permettent de se faire une idée du temps qui a du s'écouler depuis cette période primitive jusqu'à nos jours, il importe cependant d'ajouter que le résultat de ces calculs ne peut être présenté comme rigoureux. Toutefois, si des observations de ce genre se multiplient dans des lieux divers et conduisent à des conclusions analogues, on pourra arriver à des dates approximatives d'une assez grande vraisemblance.

Lac Léman.

Les nombreux pilotis découverts sur les rives du Léman appartiennent essentiellement à l'âge du bronze, à en juger

le Bulletin de la Société, vaudoise des sciences naturelles, tom. VI, >'« 43, pag. 69.

' Voir sur cette invasion la Notice sur quelques passages de Frédégaire, par M- F. Forel.dans VIndicaleur d'histoire et d'antiquités suisses, 1859, pag. 57.— M. Culmann, dans son article sur la correction des eaux du Jura {Schw. polyt. Zeitschrift, 1858. H. l,u.2),dit que le barrage de Pfeidwald doit dater de la fin de l'époque romaine, et avoir causé l'inondation de toute la contrée des lacs.

par les produits de l'industrie recueillis jusqu'à ce jour. Au premier coup d'œil, on serait porté à admettre que la population de l'âge de la pierre ne s'est point établie sur ces rives pendant la période la plus ancienne ; cependant, si l'on examine attentivement les emplacements à pilotis, on a lieu d'être surpris de la différence de conservation des pieux, et par conséquent d'une différence sensible d'antiquité. Sur quelques points, où l'on trouve le bronze sans traces de fer, les pieux les mieux conservés ont jusqu'à 5 et 6 pieds de longueur au-dessus du limon, tandis qu'on en voit d'autres, d'un diamètre d'environ 8 pouces, qui ont été usés par l'action de l'eau jusqu'à la surface de la vase, où ils n'apparaissent plus que comme des disques noirâtres (PI. II, k), ainsi qu'on le remarque sur les emplacements les plus anciens du lac deNeuchâtel. Parfois de grands pieux s'élèvent tout auprès de ces derniers, qu'ils ont sans doute remplacés. Dans tous les cas, il est évident que les plus longs ont été plantés pendant l'occupation de ces points, et, en admettant qu'ils ne remontent qu'à la fin de la période du bronze, on conçoit que l'usure des pieux voisins, qui est à peu près double de celle des précédents, baignés par 10 à 12 pieds d'eau, a dû exiger un temps extrêmement long, en sorte qu'il est probable que plusieurs des points occupés dans l'âge du bronze l'ont déjà été précédemment.

Un autre indice de la haute antiquité de ces habitations sur les bords du Léman ressort de la présence de pilotis sous des dépôts torrentiels, non moins considérables que ceux d'Yvonand et du Grand Verger. En creusant un puits à Vevey, au-dessus de l'église de Sainte-Claire, il y a une quarantaine d'années, on trouva, à 34 pieds de profondeur, une rangée de pilotis et un tronc de sapin couché sur un

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fin limon pareil à celui que la sonde amène du fond du lac, quand on la jette à 200 pas du rivage. Un second tronc, coupé au-dessus de ses racines et enfoui dans le limon, gisait au fond d'un puits voisin, à 30 pieds sous la surface du sol *. Une hache en pierre découverte dans la même localité, mais à une profondeur moins considérahle, ne saurait être plus ancienne que les pieux au-dessus desquels elle a été perdue. C'est aussi sur l'emplacement situé entre Sainte-Claire et Saint-Martin que se trouvent les ruines de la station romaine de Vibiscum, séparées des anciens pilotis par une couche d'alluvions de 30 pieds et plus d'épaisseur. On conçoit qu'il a dû s'écouler bien des siècles avant que le torrent de la Veveyse ait accumulé tous ces dépôts, et cependant cette accumulation a eu lieu antérieurement à notre ère, ce qui ressort des constructions romaines qui, de même que celles de Mordagne, n'ont point été recouvertes par les alluvions.

Les travaux de chemin de fer à Villeneuve ont amené plusieurs découvertes intéressantes. Les tranchées du cône de déjection de la Tinière ont mis au jour des gisements successifs d'objets d'industrie. Le moins profond, de h à 6 pieds sous la surface du sol, remonte à l'époque romaine ; 6 pieds plus bas, une couche de cendre et de charbons provient de l'âge du bronze; enfin, à 20 pieds de profondeur, d'autres débris paraissent appartenir à l'âge de la pierre. On a découvert, en 1857, à la gauche du cône de la Ti-

• Dictionnaire géographique et historique du canton de Vaud, par le D' Levade. Cet ouvrage renferme des indications nombreuses sur les antiquités. Si les appréciations sont quelquefois contestables, j'ai pu m'assurer, dans des cas fort nombreux, que les faits sont rapportés avec beaucoup d'exactitude.

nière et non loin de la gare, une rangée de 8 pieux, plantés dans une couche de limon bleuâtre qui contenait des débris de bois flotté, des mollusques et un fragment de poterie, indiquant le niveau ancien des basses eaux. Ce limon, recouvert par le gravier des hautes eaux, apparaissait à 10 pieds 6 pouces sous la surface du sol, avant les travaux de déblais entrepris ces dernières années, et les pilolis se trouvaient à ik\Q pieds de la rive actuelle du lac par les basses eaux, en sorte que tout l'emplacement occupé par la gare et la ville actuelle était baigné par le lac quand l'homme a pénétré dans ces contrées '.

On voit en face de Nernier, sur la côte de Savoie, à peu de distance de la rive et à une profondeur de 6 pieds par les basses eaux, quelques pieux d'un diamètre de près d'un pied. L'un, vide à l'intérieur, se trouve au milieu des pierres de la grève et, à quelques toises au couchant, les pilotis entrent dans la terre ferme où ils apparaissent dans le lit d'un petit canal, dont le filet d'eau se convertit en torrent par les grandes pluies. On en a même découvert en creusant un puits à l'occident du temple de Nernier, à une distance de 55 pas de la grève du lac. Il résulte de la disposition de ces pieux que le rivage pénétrait autrefois plus avant dans les terres et que les alluvions sur lesquels s'é-

1 Ces derniers détails sont extraits d'une note de M. Morlot sur un morceau de ces pilotis, déposé au musée cantonal. Voir sur le cône de déjection de la Tinière les notices de MM. Morlot et Ch. Dufour, dans le Bulletin de la Société vaudoise des sciences naturelles, tom. V et VI, No» 40 et 43. — Le 20 janvier 1860, en fouillant la tranchée de la Tinière au profil 227 a) et à la côte de 3 met. 50, les ouvriers ont trouvé un squelette humain entier couché entre des pierres dont quelques-unes sont calcinées. — L'emplacement de Pennilucus était situé, du temps des Romains, sur la hauteur occupée par le vignoble au sud de l'hôtel Byron.

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lève une partie du village actuel ont été déposées postérieurement à l'établissement de l'homme dans cette contrée. Il est à regretter qu'on n'ait encore découvert aucun objet d'industrie auprès de ces pieux, mais il n'est pas impossible que l'emplacement voisin qui se trouve à quelques minutes au couchant de Nernier, près de Messeri, ait été choisi pour se mettre à l'abri des alluvions. Les pilotis de ce dernier lieu, beaucoup mieux conservés que les précédents, datent de la période du bronze.

On retrouve ainsi à Vevey. à Villeneuve et à Nernier, des pilotis séparés de la rive actuelle du lac par des formations qui remontent à une haute antiquité, et tout permet de supposer qu'ils ne sont point étrangers à l'âge de la pierre. D'autres emplacements, rapprochés de cimetières de la première période, ne sont probablement pas sans rapports avec ceux-ci.

Les habitations lacustres qui s'élevaient vis-à-vis de Thonon ont été occupées pendant l'âge du bronze. Si l'on ne peut affirmer qu'elles aient existé dans la période précédente, il n'en est pas moins certain que la contrée de Thonon était déjà habitée, car on a retrouvé au levant de la ville, sur le bord du lac, plusieurs tombeaux qui ne contenaient que des couteaux en silex et des instruments en pierre.

Le canton de Vaud possède aussi quelques cimetières du premier âge. Deux entre autres, non loin de Lutrif et de Pullij, dépendaient peut-être de quelque village lacustre du voisinage. Le premier, découvert dans les vignes du Châtelard, propriété de M. J. Correvon, au levant de Lutry. comptait encore, il y a quelques années , une trentaine de tombes, dans lesquelles se trouvaient 2 grandes pointes de lance en

silex et 2 pierres sphériques de h pouces de diamètre, percées chacune d'un trou. Le second cimetière, situé sur la colline de Pierre-à-Portay, entre Pully et Lausanne, contenait aussi des instruments en silex et en stéatite, sans aucune trace de métal '.

La découverte de divers instruments en pierre enfouis dans le sol, l'existence de plusieurs cimetières primitifs et l'occupation des grottes du Salève pendant le premier âge, ne permettent pas de douter que la présence de l'homme sur les bords du Léman ne soit aussi ancienne que sur les rives des autres lacs de la Suisse. Quand on voit l'habitant de l'Helvétie occidentale construire ses demeures au-dessus de la surface des eaux qui baignent le pied du Jura, depuis Bienne jusqu'au mont de Chamblon, on ne comprendrait pas que le riverain du Léman, éloigné de h à o lieues seulement des bourgades précédentes, n'ait pas eu les mêmes usages. On doit donc envisager les pilotis usés jusqu'à la surface de la vase ou pris sous d'épaisses couches d'alluvions, comme remontant à l'âge de la pierre. Jusqu'à la découverte de Concise, les bords du lac de Neuchâtel ne présentaient que les indices d'une occupation primitive, indices suffisants sans doute pour constater que les constructions de la première période ne lui étaient point étrangères, mais les débris nombreux amenés à limproviste par la drague sont venus montrer que le canton de Vaud a eu des bourgades de la même importance et de la même antiquité que la Suisse allemande. On doit conclure de tout ce qui précède que des découvertes du même genre ne tarderont pas à avoir lieu sur les rives du Léman.

1 Description des tombeaux de Bel- Air, pag. 11, 1841.

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Lacs d'Inkwyl et de Nùssbaumen,

dans les cantons de Berne et de Thurgovie.

Un autre genre de constructions lacustres, quelque peu différent de celui dont on vient d'examiner les débris, se retrouve dans les petits lacs d'Inkwyl et de Nùssbaumen. Les habitations, au lieu de s'élever immédiatement au-dessus de l'eau, reposaient sur un îlot de terre dont la partie supérieure seulement est artificielle. Des pieux recouvraient la surface de l'île et entouraient ses rives. Quant aux cabanes, rien ne permet de supposer qu'elles aient été différentes de celles des autres emplacements.

On comprend qu'on a dû utiliser les îlots et les bas-fonds d'un accès facile, et que ces derniers ont pu être exhaussés par l'accumulation de matériaux de manière à mettre leur surface à sec.

Le lac d'Inkwyl, d'environ 20 minutes de tour, est situé dans un marécage, à une lieue d'Herzogenbuchsee, sur la frontière des cantons de Berne et de Soleure '. Sa plus grande profondeur ne dépasse pas 30 pieds , et , malgré son peu d'étendue, il est très poissonneux. Au milieu de ce petit bassin est une île en partie artificielle et à peu près circulaire, d'un diamètre d'environ 50 pieds. Des pieux de chêne, distants de 3 à h pieds, sont répandus sur la surface de l'île, peu élevée au-dessus de l'eau, et en occupent aussi le pourtour. On découvre beaucoup de bois décomposé, jusqu'à une profondeur de G a 7 pieds, ainsi que des tra-

1 Note de M. Morlot. Die Pfahlbau-Alttrthùmer von Moosseedorf, von A. Jalin und J. LMiuann. S. 40.

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verses qui paraissent avoir relié les pilotis extérieurs. Quelques-uns de ceux-ci, se dirigeant vers la rive du lac la plus rapprochée, sont sans doute les restes d'un pont.

Cet emplacement, découvert par M. Morlot en 18S4, a été fouillé depuis par le propriétaire de l'île, M. Roth , et par M. Amiet, président du tribunal de Soleure. Les antiquités provenant de ces fouilles sont, entre autres, des marteaux en pierre, des haches, des coins de serpentine et de néphrite, des emmanchures en bois de cerf, des pointes de flèche en silex du Jura , ainsi que divers instruments , des meules, des pierres à polir, des poinçons en os, des fragments de poterie et des pesons de fuseau. Une pièce conique en argile , dont la base ovale semble avoir fait l'office de sceau d'un genre, il est vrai, très primitif, est sans doute d'une antiquité moins reculée.

La tradition rapporte qu'un pêcheur doit avoir sorti du lac, avec son filet, un vase en bronze qui n'a pas été conservé. M. le docteur Keller rapporte aussi qu'on a découvert sur l'île quelques objets en fer qu'il pense devoir être de l'époque romaine.

D'après une communication de M. Morlot, le petit lac de Nùssbaumen possède un emplacement pareil à celui d'Inkwyl, consistant en une île artificielle, entourée de pilotis, et dont la surface mesure 110 pieds de longueur sur 60 de largeur.

Les habitations lacustres de la Suisse présentent ainsi quelques variétés de construction qu'on retrouve pareillement dans d'autres pays de l'Europe. Ce dernier genre d'îlots, plus ou moins artificiels, est particulièrement propre à l'Irlande, qui possède un grand nombre de ces emplacements, dont les lacs d'inkwyl et de Nùssbaumen fournissent \in spécimen.

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