PÉRIODE ROMAINE EN SUISSE ET TEMPS MODERNES
Les Helvétiens furent contraints de rentrer dans le pays qu'ils venaient de quitter, après avoir perdu leur indépendance et plus des deux tiers des leurs. Soumis au vainqueur, qui éleva dans tous les lieux bien exposés ses cités et ses riches villas, ils n'en continuèrent pas moins, durant quelque temps, à exercer leur ancienne industrie dont on retrouve les restes dans leurs tombeaux avec quelques objets d'art romain. Les bourgades lacustres, déjà fort rares dans l'âge précédent, n'avaient plus de raison d'exister. Çà et là des huttes de pêcheurs occupaient quelques-uns des anciens emplacements des lacs de Neuchâtel et de Bienne. Peut-être restèrent-elles encore debout après la chute de Rome, quoique le temps des constructions lacustres fût passé.
Les pays restés indépendants conservèrent plus longtemps leurs anciens usages. Le crannoge, espèce de château fort,
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retruite du chef et au besoin de la peuplade , a subsisté jusqu'aux derniers siècles. Toutefois, avec les temps modernes, d'autres mœurs s'introduisirent. De nos jours, si de frêles cabanes de pécheurs s'élèvent encore sur le Bosphore, c'est bien plutôt chez quelques peuples stationnâmes de l'Asie, sur les îles de l'Océanie ou dans le centre de l'Afrique, qu'il faut chercher les habitations lacustres dont le souvenir s'était perdu en Europe jusqu'à ces dernières années.
Ces constructions modernes, tout en confirmant les renseignements d'Hérodote sur les demeures des Pa?oniens, complètent les recherches historiques, et permettent de se faire une idée exacte des bourgades qui s'élevaient sur les rives de nos lacs, dès la plus haute antiquité. Elles montrent aussi que l'homme pourvoit à ses besoins de la même manière, indépendamment des temps et des lieux, quand il se trouve dans des circonstances analogues. Les habitations sur pilotis, les esplanades, les cabanes de forme carrée ou circulaire, construites de claies ou de plateaux, sont les mêmes chez les Papous de la Nouvelle-Guinée que dans l'ancienne Europe. Les petites dimensions des cases des sauvages expliquent comment l'homme a pu habiter les huttes de l'Irlande et d'autres pays, malgré l'exiguïté de ces abris. L'industrie des peuplades modernes, [.rivées de métaux, confirmerait à elle seule l'âge de la pierre en Occident, où l'on retrouve la même indigence et les mêmes formes d'instruments. L'ait de travailler le bronze et même le 1er n'exclut point la bourgade aquatique, comme on le voit chez les Papous qui établissent leurs forges sur le rivage. Les canots faits d'un troue il ar hre creusé se retrouvent dans tous les âges et dans toutes 1rs parties du monde, en Europe de même que dans l'Océanie et sur les lacs du Mexique. La maison lacustre consacrée
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aux dieux n'a pas moins existé chez les anciens Gaulois que chez les Papous modernes.
Il reste encore beaucoup à apprendre sur le genre de vie, sur l'organisation sociale, sur les idées religieuses et sur les usages funéraires des populations qui vivent actuellement audessus des eaux. Les procédés employés dans leur industrie, leurs occupations journalières, les liens de la famille, leurs traditions et leurs préjugés ne sont connus qu'imparfaitement. Ces lacunes pourront être comblées, mais ce n'est pas à dire que ces détails divers, une fois obtenus, doivent être attribués sans restriction aux premiers habitants de l'Europe, qu'on ne saurait assimiler en tous points aux peuplades dégénérées des temps modernes. Ce qui distingue les anciennes populations de nos rives, c'est leur développement continu. Elles étaient barbares sans doute, mais il y avait en elles une énergie réelle et la faculté de s'approprier des industries nouvelles. Les rivages des mers n'étaient point, comme pour le sauvage, une barrière infranchissable. Les peuples civilisés ne furent pas toujours capables de les vaincre. Les voies ouvertes, soit par la guerre, soit par le commerce, établissaient des communications fécondantes, tandis que l'isolement maintient le sauvage dans un état stationnaire qui entraîne la dégradation.