COUP D'OEIL SUR LE PREMIER AGE DU FER
On voit encore, entre autres dans les forêts, beaucoup de traces de chemins dès longtemps abandonnés, dont le long usage a cependant profondément sillonné le sol. Une partie de ces routes remontent à une haute antiquité. Les Romains en améliorèrent plusieurs dont l'établissement avait été nécessité par le commerce et par l'agriculture qui apparaissent dès les âges les plus reculés.
Coup-d'œil sur le premier âge du fer, sa durée et sa fin.
Les antiquités du premier âge du fer présentent des analogies trop frappantes, dans la plupart des pays où on les trouve, pour attribuer spécialement ce nouveau genre d'industrie à l'un des peuples de l'ancienne Europe. Lorsque la Grèce et l'Italie en étaient à ce degré de développement, le bronze était encore le métal prédominant au nord des Alpes, et, quand le fer fut introduit dans ces dernières contrées, l'industrie du Midi avait pris un tout autre caractère. C'est de l'Asie que s'étaient acheminés les premiers émigrants ; l'origine des Celtes est la même, et c'est encore de l'Asie que viennent les principaux éléments qui caractérisent la troisième période. Les mouvements incessants de plusieurs peuplades contribuèrent à répandre partout le même genre d'industrie, mais les individualités ne tardèrent pas à se développer, et à témoigner leur prédilection pour certains types ou certains ornements. Les anneaux en verre et les bracelets en bois ou en jais sont, jusqu'à présent, plus nombreux en Suisse qu'ailleurs. C'est dans le Nord qu'on a trouvé le plus fréquemment les umbons des boucliers. La transmission des
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formes de l'âge du bronze est l'un des traits distinctifs de la découverte de Hallstadt. L'étude, en se généralisant, permettra de saisir plus complètement la direction imprimée par chaque peuple à cette nouvelle industrie.
Il importe aussi de ne pas oublier que le travail du fer en lui même eut une grande influence sur le développement général. L'art de le produire réagit à son tour sur le peuple qui sait en extraire le minerai, le fondre, le forger, le tremper et l'aciérer. Le fer n'est pas la civilisation, mais il en est une condition essentielle. Il est à remarquer que plusieurs découvertes lui sont intimement liées, et que, d'une manière générale, la monnaie, l'écriture et les travaux historiques n'apparaissent pas chez un peuple avant qu'il ait su s'approprier le travail du fer qui, de tous les métaux, est de beaucoup le plus précieux.
Si les armes et les ustensiles de La Tène, du Steinberget de la Tiefenau ne caractérisent pas un art exclusivement propre à l'Helvétie, ces découvertes, ainsi que celles des sépultures, n'en sont pas moins d'un haut intérêt pour l'histoire de la Suisse. Il était facile, sans doute, d'attribuer aux Helvétiens les antiquités d'un genre étranger à l'époque romaine et aux temps postérieurs, mais il l'était moins d'affirmer que l'époque du bronze leur est étrangère. On a vu plus haut comment les sépultures du canton de Vaud per mettent de limiter leur séjour en Helvétie au premier âge du fer, et d'établir que la deuxième période est antérieure à leur invasion. Us apportèrent un nouveau métal avec eux, comme autrefois les anciens Celtes, et c'est assez probablement lors de leur séjour dans le midi de la Germanie, qu'ils furent inities à cette nouvelle industrie1.
1 Bien que ce dernier point soit difficile ù constater, il est probable qu'ils
Les antiquités lacustres viennent du reste confirmer les inductions tirées précédemment des sépultures, car il est évident que les rares emplacements occupés en Suisse, pendant le troisième âge, l'ont été par les débris de la population primitive qui s'était assimilé l'art des Helvétiens ou plutôt du premier âge du fer comme elle l'avait fait de celui des Celtes. Si l'Helvétien avait eu l'habitude de construire sur les eaux, on retrouverait les restes de ses habitations dans la plupart des lacs de la Suisse, et l'on ne comprendrait pas d'où proviendrait l'abandon général de ces constructions, à une époque où il était le maître du pays. On a vu que la contrée qu'il avait occupée dans la Germanie, manquant de bassins d'eau, ne se prêtait pas à ces usages, aussi ce peuple avait il d'autres moyens de défense dont on retrouve les traces dans divers cantons. De même que la généralité des Gaulois, il se fortifiait sur des plateaux protégés par des escarpements naturels, ainsi que par des fossés et des levées de terre1. Les forêts, avec les abatis de bois, et les retranchements en terre dans les marécages servaient aussi de refuge.
ne possédaient pas depuis très longtemps les armes en fer, et qu'ils n'ont pas devancé de beaucoup le développement des peuplades qui occupaient la Suisse avant eux.
1 Mitth. der antiq. Gesell. in Zurich. VIIr Band 1853. Keltische Vesten von DrFerd. Keller. — Der Kanton Bern, von A. Jahn. — M. Quiquerez a constaté plusieurs de ces retranchements dans le Jura bernois. — M. Golay, ancien préfet, m'a fait voir, en 1852, dans un bois de Goumoëns-le-Jux, un plateau retranché, fortifié par des escarpements naturels et par une levée de terre d'environ 500 pas de longueur, sur une hauteur de 12 à 13 pieds, à partir de la surface du sol, un fossé de profondeur inégale a été ouvert du côté opposé à l'enceinte. — En 1850, j'ai présenté à la Société d'histoire de la Suisse romande, les reliefs en argile de trois constructions en terre des environs de Gollion, au-dessus de Morges. Elles portent dans la localité les noms de Châtelard, de Bovez et de Fort de Brichy. Ce dernier est une reproduction en miniature des Erdburg du nord de l'Allemagne, et des Hraditchje de la Rus-
Les Allobriges qui se réfugiaient dans leurs bourgades lacustres étaient vraisemblablement des descendants du premier peuple, de même que ceux qui avaient conservé l'usage d'élever à leurs dieux des chapelles lacustres. Encore ici, des recherches ultérieures serviront à élucider ces questions sur lesquelles il n'est certainement pas inutile d'attirer l'attention des savants. Ces observations ne doivent cependant pas s'appliquer avec la même rigueur, aux crannoges de l'Irlande et de l'Ecosse, vu que leur position était assez forte pour être utilisée jusques dans les temps modernes par les divers habitants de ces pays.
La destruction deLaTène et du Steinberg ne peut se rattacher qu'indirectement à l'émigration des Helvétiens qui, de leur plein gré, mirent à feu leurs villes et leurs villages pour être mieux disposés à braver les périls, en se privant eux-mêmes de l'espoir du retour. Si les habitants de ces bourgades avaient incendié leurs propres demeures, ils n'auraient pas laissé se perdre dans les eaux tant d'armes remarquables. Affectionnés à leurs antiques constructions, ils en ont sans doute été délogés violemment par les maîtres du pays. Peut-être aussi que la prospérité de ces cités lacustres porta ombrage aux Helvétiens, et qu'ils crurent devoir agir comme les Hollandais l'ont fait dans les 'temps modernes avec les indigènes de Tondano.
sie. Il ne mesure que 10 pieds de hauteur depuis la surface du sol environnant, et 75 pieds de diamètre à son sommet. Malgré le nom sous lequel il est connu, ses petites dimensions peuvent le faire envisager comme un lieu essentiellement consacré au culte. Il est possible, du reste, que ce dernier genre de constructions, très semblables à celles des Slaves, ne remonte pas à l'époque helvétienne. Voir à ce sujet ma description de la Colline de sacrifices de Chavannes-sur-le-Veyron, dans YArchœobgia, vol. XXXV, pag. 406. London, 1854.
La durée du premier âge du fer a beaucoup varié d'un pays à un autre, selon que les voies de communication étaient plus ou moins ouvertes ou d'après le développement plus ou moins lent des peuples. La fin de cet âge a pour limite naturelle, en Grèce et en Italie, le moment où les arts et la civilisation prennent leur essor. Les pays de l'Occident, qui tombèrent sous la domination romaine, virent s'ouvrir par là même une nouvelle période, malgré tout ce qui a pu se conserver d'éléments antérieurs. La plupart des contrées de l'Europe, restées indépendantes, entrèrent dans le second âge du fer, dès la chute de Rome, par le fait des invasions qui contribuèrent à renverser cet empire. Il est moins facile de déterminer les différents moments auxquels remonte l'introduction de ce métal. Connu dès une haute antiquité en Asie, Homère nous le montre comme étant encore peu répandu sur les côtes de la Méditerranée, à l'époque de la guerre de Troie. Il n'en était cependant plus ainsi du temps d'Hésiode. On a vu que l'Italie suivit de près ce mouvement*. Le fer apparaît, dans les Gaules, au plus tard dès le VIe siècle avant notre ère. Toutes les contrées de l'Allemagne ne fourniront sans doute pas les mêmes données que celle de Hallstadt, cependant de nombreux tumulus caractérisent la même période. Les Bretons, habiles à exploiter l'étain, ne
1 On a cité quelquefois le passage suivant de Tite-Live (Lib. I, cap. 43) pour montrer que les armes des premiers Romains étaient en bronze :
« Arma his imperata; g aléa, clijpevm, ocreœ, lorica, omnia ex œre ; hœc
ut tegumenta corporis essent ; tela in liostem, hastaque et gladius. Les mots omnia ex œre ne se rapportent qu'aux armes défensives, qui étaient déjà en fer longtemps avant l'époque de Tite-Live. Dans la pensée de l'auteur, les armes offensives, dont il n'indique pas la matière, étaient en fer, ce qui ressort suffisamment de l'emploi qu'il fait du mot ferrum dans les chapitres précédents.
purent rester longtemps étrangers aux arts métallurgiques des pays voisins. Les rives de la mer Baltique ont vraisemblablement possédé le fer plus anciennement qu'on ne le suppose en général, car il n'est pas certain que les Suèves aient été les premiers à le faire connaître.
Les observations qui précèdent sont trop générales pour ne pas laisser place à bien des exceptions. Telle contrée isolée a conservé beaucoup plus longtemps qu'ailleurs la manière de faire des temps les plus anciens. De nos jours, il est encore plus d'une vallée alpestre où l'on peut retrouver de nombreuses traces des usages primitifs.
Des découvertes ultérieures apporteront de nouvelles lumières sur les questions soulevées par l'introduction des métaux. Dans tous les cas, les débris de l'époque helvétienne sont assez abondants pour caractériser la troisième période antérieure à notre ère. D'autre part, si l'on tient compte qui' les deux premiers âges ont eu chacun une durée d'une étendue assez considérable , on peut s'assurer que les chiffres proposés plus haut pour indiquer l'arrivée des premiers habitants de l'Helvétie, n'ont rien d'exagéré.