‹ Haeckel et la théorie de l'évolution en Allemagne (volume 2)Chapitre 16 sur 74 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

C'est la hitle pour Texistence qui fait un choix parmi les résultats de l'hérédité et de l'adaptation. Les individus qui l'emportent dans cette lutte sont toujours ceux qui possèdent quelque avantage manquant à leurs rivaux. Cette lutte n'existe pas d'ailleurs seulement entre les individus d'une même espèce, mais entre chaque individu et le reste de la nature : de là des complications infinies qui font dépendre l'existence et le développement de .chaque espèce des phénomènes les plus éloignés.

On a généralement de la peine à comprendre conmient la sélection naturelle agissant sans plan et sans idée directrice peut produire des résultats semblables à ceux d*une sélection artificielle ou volontaire guidée par la conception d'un but. On ne peut s'expliquer cette finaUté apparente de la sélection si Ton ne pénètre profondément dans l'action réciproque de l'hérédité et de l'adaptation sous l'influence de la lutte pour l'existence. Il est par conséquent convenable d'apporter ici

eu LA THÉORIE DE L'ÉVOLUTION

quelques exemples propres à jeter de la lumière sur Tefiftxacité de la sélection naturelle.

Nous citerons d*abord celui de la sélection des couleurs. Gomment se fait-il que tant d*animaux possèdent précisément une couleur semblable à celle du milieu qu'ils habitent ? Pourquoi tant d'insectes habitant sur des feuilles sont-ils précisément de couleur verte 7 Pourquoi tant d'animaux habitant les déserts ont-ils précisément leur robe de la couleur du sable ? Darwin répond que cette couleur leur est d'une très-grande utilité parce qu'elle leur permet d'échapper aux regards de leurs ennemis, ou bien parce qu'elle leur permet d'approcher de leur proie sans en être aperçus. Si par conséquent une de ces espèces avait originairement la propriété de varier quant à la couleur, ses individus qui se rapprochaient de la couleur du milieu ont eu un avantage dans la lutte pour l'existence et ont dû seuls survivre. C'est donc un résultat qui est atteint tout naturellement et qui n'en ressemble pas moins à une combinaison intelligente de moyens en vue d'une fin.

Un autre exemple non moins intéressant est celui de la sélection sexuelle qui sert particulièrement à expliquer ce que Darwin appelle les caractères sexuels secondaires, c'est- à-dire ces particularités qui, dans une espèce, appartiennent à un sexe seulement et ne sont point cependant dans un rapport immédiat avec les fonctions de reproduction. Le bois des cerfs et des chevreuils dont les femelles sont privées, s'explique par l'avantage qu'il a procuré aux inàles dans la lutte pour la possession des femelles ; les individus qui n'en étaient point doués ont eu plus de peine à se reproduire et ont fini par s'éteindre. Il en est de môme de la crinière du lion qui protège les mâles contre les morsures qu'ils cherchent à se faire au cou, lorsqu'ils se disputent une femelle. Le fanon ^ du taureau, le collet de plumes du coq ont la môme origine : ce sont des armes défensives. Les défenses du sanglier, l'ergot du coq, sont au contraire des armes offensives. En tout cas.

les mâles les mieux armés sont ceux qui ont eu le plus de chance de faire souche.

D'autres caractères qui président à la sélection sexuelle sont ceux par lesquels Tun des sexes réussit à plaire à Tautre* Tels sont les charmes de la voix chez les femelles de certaines espèces d'oiseaux ; celles qui n'en étaient point douées au même degré ont dû être moins recherchées et n'auront pu se reproduire. Chez, les cigales et les sauterelles ce sont au contraire les mâles qui, par leurs cris peu mélodieux pour les oreilles humaines, attirent et charment leurs femelles. Chez d'autres animaux, c'est l'éclat des couleurs, la beauté du plumage ou de la robe par lesquels un sexe séduit l'autre. La force musculaire de l'homme, la grâce de la fenmie sont évidemment des caractères résultant de la sélection sexuelle.

De la sélection naturelle découlent deux conséquences de la plus haute importance : la première est la division du travail ou localisation des fonctions ; la seconde est le progrès ou le perfectionnement des espèces.

La division du travail et la divergence de caractères qui en résulte viennent de ce que la lutte pour l'existence est d'autant plus vive que les individus se ressemblent davantage. Dans un champ de grandeur déterminée, il y a toujours une certaine quantité de mauvaises herbes qui poussent à côté des plantes cultivées, et principalement aux endroits où ces dernières ne peuvent réussir à croître, par exemple dans les endroits secs ; ces mauvaises herbes sont d'autant plus nombreuses que la diversité de leurs espèces leur permet de s'adapter aux conditions les plus diverses du sol. Il en est de môme des animaux. Un grand nombre d'insectes peuvent vivre sur un môme arbre, à la condition d'ôtre de différentes espèces : les uns se nourrissent des fruits , d'autres des feuilles , d'autres des branches , d'autres des racines, etc. Si tous se nourrissaient, par exemple, des feuilles, il ne pourrait y en avoir autant sur la môme plante. La lutte pour l'existence est d'autant plus facile à soutenir, que l'individu diffère davantage de ceux avec lesquels il se

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