CLASSIFICATION GÉNÉALOGIQUE DES ÊTRES VIVANTS 9Ô
trouve renfermée une autre masse encore plus petite de la môme matière, le nucleus, La cellule grandit, se multiplie par segmentation et de cette multiplication proviennent des agglomérations qui, au moyen de la division du travail <3t de la localisation des fonctions, produisent les formes diverses d'animaux et de végétaux. Quand les adversaires du transformisme trouvent incompréhensible qu'après des millions de siècles les organismes les plus compliqués soient issus des organismes les plus simples, on peut léur*répondre que ce miracle s'accomplit à chaque instant sous nos yeux et dans un laps de temps inflniment plus court. Car le développement embryologique n'est que la récapitulation sommaire du développement paléontologique.
Puisque tous les êtres monocellulaires et pol y cellulaires proviennent également de cellules, il reste à déterminer d'où ces cellules elles-mêmes peuvent prendre naissance. Haeckel les fait venir des monères, corpuscules de la plus grande simplicité qui se puisse concevoir, déstructure indéterminée, dont la composition est aussi homogène que celle d'un cristal inorganique, et qui cependant offrent déjà les phénomènes de nutrition et de reproduction. Il se demande ensuite si toutes les cellules et monères dont sont sorties toutes les grandes classes d'animaux et de plantes descendent ellesmêmes d'une seule forme primordiale, ou bien s'il y a eu dès l'origine plusieurs formes dont les autres espèces sont sorties suivant plusieurs lignes parallèles d'évolution. Y a-t-il eu un seul ancêtre pour tous les animaux et végétaux? ou bien y en a-t-il eu un pour chacun de ces deux règnes? Les embranchements des animaux, les vertébrés, les articulés, les mollusques et les rayonnes descendent-ils d'une souche commune, ou bien correspondent-ils chacun à une espèce primitive de monère? Parmi les articulés, les arthropodes et les vers ont-ils des origines distinctes ou ne sont-ils que des branches d'une seuleetmême souche? Parmi les rayonnes, on peut faire la môme question pour les échinodermesetles zoophytes. De même parmi les végétaux, les phanérogames, les
filicinées, les muscinées, les lichens, les champignons et les algues proviennent-ils d'autant d'espèces de monères ou bien d'une seule et même espèce ?
Tous les faits tendent à faire supposer que tous les végétaux ont une seule origine de môme que tous les animaux. Haeckel va encore plus loin et soutient, avec Darwin, que les différents règnes descendent d'un même organisme primitif. Il ajoute toutefois que la différence entre le système monophylétique (de l'origine unique) et le système polyphylétique (des origines multiples) lui paraît n'avoir que fort peu d'importance. Il peut se faire que des différences purement chimiques dans la composition des monères aient servi de points de départ à des évolutions distinctes ; mais ces différences sont probablement trop légères pour être saisies par les moyens d'observation dont l'homme peut disposer. Il paraît du moins probable qu'il n'y a qu'une seule origine pour tous les embranchements du règne animal, et une seule pour toutes les grandes classes de végétaux. Entre le règne végétal et le règne animal, Haeckel en admet un troisième qu'il appelle règne des protistes ou organismes neutres.
Les organismes auxquels notre auteur a donné le nom de protistes présentent dans leur construction et dans leurs phémènes vitaux un tel mélange de propriétés animales et végétales que, depuis plus de vingt ans, on dispute sans résultat pour déterminer à quel règne ils appartiennent réellement. Gonune la plupart sont à peine visibles à Tœil nu, on ne commence à les connaître complètement que depuis les derniers progrès apportés au microscope. Les botanistes et les zoologues se les disputent et leurs divergences d'opinion tiennent beaucoup moins à l'imperfection de nos connaissances qu'à la nature môme de ces organismes. Haeckel, pour échapper à l'inconvénient de ranger parmi les plantes ou les animaux des êtres aussi douteux, a préféré en faire un règne à part.
L'arbre généalogique des protistes est enveloppé de la plus profonde obscurité. La combinaison de propriétés animales et végétales, le caractère indéterminé de la conformation et des phénomènes vitaux, un grand nombre de signes particu* liers qui distinguent la plupart de ces êtres de tous les autres, empêchent de définir avec précision les rapports de