L. DUVONT
parenté qui les unissent, soît entre eux, soit avec les autres règnes. 11 peut se faire que les protistes ci-dessus désignés et beaucoup d'autres que nous ne connaissons pas représentent des tiges indépendantes qui proviennent par évolution d'autant d'espèces de monères engendrées spontanément. Mais la vérité est que nous ne savons rien de leur origine.
Dans sa monographie des monères, il a distingué huit groupes de protistes : i^ les monères ; 2° les protoplastes ou amœboïdes ; 3» les flagellâtes ; U° les catallactes ; 5<» les labyrinthules ; 6° les diatomées ; 7° les myxomycètes et 8° les rhizopodes. Comme la plupart de ces êtres ne sont guère connus que depuis peu de temps, il est à supposer que les découvertes de l'avenir en grossiront le nombre. Il est probable aussi que beaucoup d'espèces se sont éteintes sans laisser aucune trace fossile. On pourrait encore compter parmi les protistes, soit les phykochromacées, soit les fungus, soit les noctiluques ; mais Haeckel préfère ranger les deux premiers groupes parmi les végétaux, et le dernier parmi les animaux.
I. Les monères actuellement vivantes (protamœbes, protogènes, protomyxes, Dathybius Haeckelii, etc.), sont peut-être plus près des êtres inorganiques que des êtres organiques. Toute leur masse albumineuse est parfaitement homogène, et il est impossible d'y distinguer des organes différents. Elle» paraissent être la forme primordiale des plastides végétales et animales ; c'estpourquoi il n'y a pas plus de motifs pour les ranger parmi les plantes que parmi les animaux. C'est encore pour la même raison que l'on pourrait les considérer comme une classe à part, aussi distincte des protiistes que des deux autres règnes :
Plantes primordiales Organismes neutres Animaux primitifs (Protophytes) (Protistes) (Protozoaires)
il II II
Monères végétales Monères neutres Moneres animales
Monères primordiales (Petites masses de protoplasma, produites par génération spontanée)
II. — Les amœboïdes, qui comprennent les familles des amœbes proprement dites et des arcellides, n'offrent pas moins de difficultés. On les classe généralement parmi les animaux, sans savoir pourquoi. Les amœbes proprement dites sont, en effet, de simples cellules nues, et Ton retrouve des cellules nues aussi bien dans le règne végétal (cellules reproductives des algues, spores) que dans le règne animal (œufs des méduses siphonophores). Les amœboïdes se distinguent des monères en ce qu'elles ont un nucléus.ou noyau. La contractilité du plasma qui les compose est une propriété de tout plasma organique, aussi bien dans le règne végétal que dans le règne animal. Quand une amœbe passe du mouvement à l'état de repos, il se forme autour d'elle une membrane, et dès lors eUe ressemble aussi bien à un œuf animal qu'à la cellule sphérique d'un végétal. Quand elle rencontre un corpuscule qui peut lui servir d'aliment, ce corpuscule détermine à sa surface une irritation, et le plasma s'écoule de manière à entourer le corpuscule, qui ne tarde pas à se dissoudre dans sa masse. Il est évident que les amœbes sont de simples monères, dans lesquelles une partie du protoplasma s'est condensée de manière à former un noyau. Indépendamment des amœbes nues (gymnamœbes), il y a aussi des amœbes à enveloppe (ïépamœbes), entourées d'une membrane {arcella) ou d'une coque pierreuse {difflugia),
III. — La nature des flagellâtes n'est pas moins' douteuse. Ce sont des cellules munies d'un prolongement, en forme de fouet, au moyen duquel elles s'agitent dans l'eau. Dans leur
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jeunesse, elles ressemblent à des spores de fucus, c'est-à-dire à des éléments végétaux, tandis que plus tard elles se rapprochent des infusoires ciliés, c'est-à-dire des animaux.
IV. — Les cataUactes ou magosphères sont une espèce de protistes, découverte par Haeckel lui-môme, en septembre 1869, près des côtes de Norvège, aux environs de Bergen, Ce sont des cellules ciliées, de la forme d'une poire, agglomérées de manière à former une masse sphérique. A un certain moment, elles se séparent, descendent vers le fond de la mer, font rentrer leurs cils dans leur plasma, et deviennent semblables à des amœbes. C'est alors qu'elles se segmentent ; les nouvelles cellules ainsi produites s'agglomèrent à leur tour.
V. — Les labyrinthules, découvertes par Cienkowski sur des pilotis enfoncés dans la mer, ne sont pas moins intéressantes. Végétales par la forme, animales par le mouvement, elles ne sont, en fait, ni des plantes ni des animaux. Ce sont des cellules fusiformes, le plus souvent de la couleur du jaune d'œuf, agglomérées de manière à constituer un réseau irrégulier dans les mailles duquel elles tournent sur ellesmêmes.
VI. — Les diatomées sont des cellules microscopiques de formes élégantes et variées, habitant également dans la mer et les eaux douces, tantôt réunies et tantôt isolées, tantôt fixées et tantôt se mouvant circulairement, soit en glissant, soit en nageant, soit en rampant. Elles sont enveloppées d'une petite coque siliceuse, qui, par deux fentes, les laisse communiquer avec l'extérieur.
VII. — Les myxomycètes avaient été considérées comme des plantes et classées parmi les champignons, jusqu'au jour où de Bary prouva que par leur mode de développement elles se rapprochent plutôt des animaux inférieurs. Elles offrent, il est vrai, une sorte de poche arrondie, remplie de spores : mais de ces spores ne naissent point les cellules filamenteuses des véritables champignon^ ; ils produisent, au contraire, des cellules nues qui ressemblent d'abord à des flagellâtes, ram-
pent ensuite à la façon des amœbes, et se réunissent enfin pour former des masses mucilagineuses, qui reproduisent une nouvelle poche remplie de spores.
VIII. — Les rhizopodes, dont la plupart vivent dans la mer, et quelques-uns seulement {Gromia, Actinosphcerium) dans l'eau douce, sont enveloppés de petites coquilles, que l'on retrouve souvent à l'état fossile. De la surface de leur corps rayonnent des milliers de filaments mucilagineux, qui servent à la fois au mouvement et à la préhension des aliments. Ils se divisent en trois classes : les acyttariées, les héliozoaires et les radiolaires. Les acyttariées ont leurs coquilles disposées en forme de cloche ; par l'ouverture sort un faisceau de filaments. Les unes n'offrent qu'une seule cavilé (Monothalamia), les autres en ont un assez grand nombre formant des compartiments divers (Polythalamia) ; ces compartiments communiquent les uns avec les autres par des portes, comme les appartements d'un palais : c'est parmi les Polythalamia que se range le plus ancien organisme qui nous soit parvenu à l'état de pétrification, VEozoon canadense.
Les héliozoaires sont dépourvues de coquilles, mais de leur plasma central rayonnent des milliers de filaments, comme dans les acyttariées. La matière cellulaire interne est différente de celle qui constitue l'enveloppe.
Les radiolaires ont leur partie centrale composée de plusieurs cellules et enveloppée d'une membrane dure : entre les filaments qui en sortent sont disséminées des cellules d'une signification énigmatique, contenant des granulations amylacées. Leur squelette, de nature siliceuse, est le plus souvent très-compliqué : tantôt il consiste en un treillis globulaire, soit simple, soit de plusieurs couches concentriques ; tantôt il est en forme d'étoile et composé d'une vingtaine d'épines réunies au centre ; tantôt enfin il présente une multitude de compartiments, comme dans les polythalamiées. Tandis que les acyttariées habitent généralement le fond de la mer, rampant sur le sable, les pierres ou les plantes à l'aide de leurs appendices, les radiolaires nagent à la surface
de Teau. Quelques-unes qui vivent en société forment de petites agglomérations de quelques lignes de diamètre ; celles qui vivent isolément ne sont point visibles à l'œil nu : leurs coquilles pétrifiées sont cependant réunies en certains lieux en telle quantité qu'elles forment de véritables montagnes, par exemple dans les îles Nicobar (golfe du Bengale), et dans la Barbade (Antilles).
La plupart des protistes ont, en somme, la faculté de se mouvoir ; mais on ne peut &n tirer aucun signe caractéristique relativement au règne auquel ils appartiennent, car il y a des animaux qui manquent de cette faculté, tandis que de véritables plantes en sont douées, Haeckel attribue une àme aux protistes, aussi bien qu'aux animaux et aux plantes ; mais par ce mot âme, il n'entend pas autre chose que l'irritabilité de leur protoplasma contractile sous l'influence d'excitations mécaniques, chimiques, électriques, etc. Il leur refuse avec raison la pensée et la volonté ; mais nous ne voyons pas sur quoi il se fonde pour les considérer comme inconscients. Le caractère physiologique le plus important des protistes est que tous, sans exception, ne présentent que des phénomènes de génération asexuelle, tandis que chez les animaux et les végétaux, même de l'ordre le plus bas, la génération sexuelle alterne le plus souvent, suivant certaines règles, avec les procédés de segmentation, de gemmation et de sporogonie, etc. Par leur composition chimique, les protistes tiennent, pendant toute leur vie, le milieu entre les animaux et les plantes ; chez les végétaux, le squelette consiste ordinairement en cellulose sans azote, qui est une sécrétion du protoplasma azoté ; chez les animaux, au contraire, le squelette consiste ordinairement, soit en combinaisons azotées (chitine, etc.), soit en matière calcaire ; chez les protistes, le squelette est tantôt composé comme chez les végétaux, tantôt comme chez les animaux : chez un grand nombre » il est formé d'utie matière siliceuse» qui se retrouve également dans les plantes et les animaux.
Au point de vue de la conformation, les protistes ne dépas-^
sent pas les plus simples degrés d'organisation ; dans la plupart des plantes et des animaux, la forme fondamentale est pyramidale, ce qui est très-rare chez les protistes : les uns sont amorphes ou de forme irrégulière ; ceux qui sont géométriquement réguliers n'offrent que les formes les plus simples (promorphologiques) : cylindriques, ellipsoïdes, sphéroïdes, quadrangulaires, coniques, etc.
Revenons maintenant aux deux hypothèses paléontologiques: si l'on admet l'hypothèse de l'évolution monophy lé tique, c'est-à-dire d'une origine commune de tous les organismes, Haeckel ne croit pas que même dans ce cas, les protistes puissent être intimement confondus, soit avec la série du développement végétal, soit avec la série de l'évolution animale ; il préfère les considérer comme des drageons, qui auraient immédiatement poussé sur les racines de l'arbre généalogique, ou plutôt comme formant un troisième tronc plus faible, issu des mêmes racines que le tronc végétal ou animal. Si l'on adoptait, au contraire, l'hypothèse polyphylétique, on aurait à supposer différentes espèces de monères, dont les unes seraient devenues des animaux ; d'autres, des plantes ; d'autres enfin auraient donné naissance aux différentes formes de protistes. L'état actuel des sciences naturelles rte permet pas de choisir d'une manière sûre entre les deux hypothèses, qui sont d'ailleurs également conciliables avec la théorie de l'évolution. On reconnaîtra seulement que l'hypothèse d'une seule origine est plus simple et, par conséquent, plus philosophique : entia non sunt creata prœter nccessitatem.
Le système de classification adopté par Haeckel pour le règne végétal est à peu près celui qui fut publié par Ad. Brongniart, en 18i!i3 et 1850. Il n'en difTère qu'en ce que Brongniart divise les phanérogrames en monocotylédones et dicotylédones et subdivise les dicotylédones en angiospermes et gymnospermes, tandis que Haeckel divise immédiatement les phanérogames en gymnospermes et angiospermes, et subdivise les angiospermes en monocotylédones et dicotylédones.
Haeckel distingue dans les végétaux trois grandes divisions : les thallophytes, les prothallophytes et les phanérogames. Lés deux premières réunies correspondent aux cryptogames de Linné, tandis que les deux dernières représentent, en opposition avec les thallophytes, les plantes à tige ou cormophytes d'Endlicher.
r. 4 /,. ,x ( A. Thallophytes.
Cryptogames (Unné) prothallophytes. ) ^ ^ , ,„ ^,. ^ ,