‹ Haeckel et la théorie de l'évolution en Allemagne (volume 2)Chapitre 42 sur 74 · MIGRATIONS ET FILIATION DES RACES HUMAINES · texte numérisé non relu

MIGRATIONS ET FILIATION DES RACES HUMAINES

Les anthropologistes sont divisés en deux grands partis : celui des monogénistes qui affirment l'origine unique de toutes les races humaines, et celui des polygénistes qui leur attribuent des origines différentes. Si l'on se place au point de vue le plus large, il est évident que les monogénistes doivent avoir raison : car en supposant que la transformation de singes en hommes se soit produite plusieurs fois, il n'en est pas moins vrai que ces singes eux-mêmes descendent tous d'un point de départ commun ; de sorte qu'il ne peut être question, entre les races humaines, que d'un plus ou moins grand éloignement dans les degrés de parenté. Si l'on prend au contraire les mots dans le sens le plus étroit, c'est l'hypothèse polygéniste qui parait la plus conforme à la vérité ; le développement du langage articulé étant l'acte principal du progrès humain et les différentes races humaines pouvant être distinguées d'après leurs langues, on peut dire que ces races se sont développées indépendamment les unes des

autres, comme leurs langues, et qu'elles sont sorties séparé* ment des hommes-singes encore dénués de la faculté de parler.

Quand on dit, avec les monogénistes, que tous les honunessinges ou tous les singes anthropoïdes sont issus d'une origine commune, cela ne signifie en aucune manière que tous les hommes ou tous les ancêtres de l'homme soient sortis d'une seule paire ou d'un couple d'individus. Autant vaudrait dire que tous les Allemands ou tous les Français, tous les chiens de chasse ou tous les chevaux de course descendent \

d'une paire unique. Pour former une espèce nouvelle, il faut I

un long enchaînement d'individus différents. En supposant que nous ayons devant les yeux tous les couples de singes anthropoïdes et d'hommes-singes qui sont au nombre des ancêtres de l'homme, il serait impossible, sans tomber dans l'arbitraire le plus grossier, de désigner l'un d'eux comme ayant été véritablement la première paire. On ne peut pas admettre davantage de première paire pour les douze races ou espèces que Haeckel distingue dans l'humanité.

La question des lieux qui ont vu naître l'humanité et où s'est opérée la transformation des singes anthropoïdes en hommes-singes et des hommes-singes en hommes, ne peut être tranchée que d'une manière hypothétique. Un grand nombre de faits donnent à supposer que le berceau de notre espèce a été un continent actuellement disparu sous l'océan Indien, et qui probablement se rattachait d'un côté au sud de l'Asie, de l'autre côté à Madagascar et au sud-est de l'Afrique. Ce pays a été désigné par l'Anglais Sclater sous le nom de Lemuria, à cause des singes (lémuriens) qui le caractérisaient et se retrouvent encore aujourd'hui dans les îles de cette région.

Nous ne connaissons jusqu'à présent aucun reste fossile de l'homme primitif (Homo primigenius) ; mais si l'on compare les races inférieures d'hommes à cheveux laineux et les espèces supérieures de singes anthropoïdes, on est conduit à admettre que l'homme primitif devait réunir tous les carac-

tères intermédiaires entre ces deux formes. Il devait ôtre très-dolichocéphale et prognathe ; sa chevelure était très-laineuse ; sa peau, d'une couleur foncée, brunâtre ou noirâtre. Il devait avoir sur le corps entier plus de poils que les espèces actuellement vivantes. Ses bras devaient être en proportion plus longs et plus forts ; ses jambes, au contraire, plus courtes et plus grôles ; les mollets devaient être complètement absents ; la démarche ne devait être qu'à demi droite, avec les genoux fortement recourbés en dedans.

Pour classer les types humains, Haeckel s'appuie en partie sur les derniers résultats des études linguistiques, en partie sur ceux de l'anatomie comparée. En philologie, il cite particulièrement les excellents travaux d'Auguste Schleicher {Sur la signification du langage pour V histoire naturelle de r homme y 1865 ; La théorie de Darwin et la science du langage^ 1863), ceux de Wilhelm Bleek {De l'origine du langage, 1868, avec une préface de Haeckel) et du philologue autrichien Friedrich Mueller, qui, dans son Ethnographie (1868), place les différences de langage au premier rang parmi lès signes distinctifs des races et des familles humaines.

Parmi les caractères fournis par l'anatomie comparée, Haeckel, contrairement à la plupart des naturalistes, n'attache que peu d'importance à la forme du crâne (dolichocéphales, brachycéphales, mésocéphales) et à celle des mâchoires (prognathes et orthognathes). On trouve, en effet, chez les individus d'une môme race, par exemple chez les méditerranéens, les formes de crâne les plus opposées.

C'est principalement à la chevelure que Haeckel emprunte les bases de sa classification. Il divise les hommes en ulotriches (races à cheveux laineux), et lissotriches (races à cheveux lisses).

Tous les ulotriches sont dolichocéphales et prognathes. Tous habitent l'hémisphère méridional; en Afrique seulement ils dépassent l'(^quateur ; ils se rapprochent beaucoup plus des singes que les lissotriches ; ils paraissent incapables

d'une haute culture intellectuelle et d'une civilisation supérieure. Ils se subdivisent en lophocomes ou hommes à cheveux bouclés, et ériocomes, dont la chevelure est uniformément répandue sur toute la tête. Les ulotriches lophocomes corn* prennent les deux races des Papous et des Hottentots.

(I). — Les Papous ont la peau d'un noir qui tire tantôt sur. le brun, tantôt sur le bleu. Les boucles de leurs cheveux laineux ont quelquefois un pied de longueur, de manière à former une forte et large perruque. Leur front est petit et dé^ primé; leur nez gros et retroussé; leurs lèvres épaisses et renversées. Ils habitent encore aujourd'hui la Nouvelle- Guinée et les îles de la Mélanésie ; on en retrouve aussi des restes isolés dans la presqu'île de Malacca, dans les parties montagneuses des îles du grand archipel Pacifique, et notamment dans les Philippines. Les Tasmaniens de la terre de Van Diémen sont aussi des Papous. On peut conclure de ceat circonstances que les Papous ont été primitivement répandus sur un plus large espace au sud-est de l'Asie ; ils ont été supplantés par les Malais et refoulés vers l'est.

(II). — Les Hottentots ont les boucles de leurs cheveux crépus disposées en brosse. Leurs femmes, comme celles des Papous, offrent dans la partie postérieure une disposition particulière à l'accumulation de grosses masses graisseuses {Steatopygia), Les Hottentots ont la peau plus claire que les Papous, tirant sur le jaune brun. Leur visage est caractérisé par un front et un nez petits, avec de grosses narines ; la bouche est très-large, avec des lèvres épaisses ; le menton petit et pointu. Une des particularités de leur idiome est la prédominance des sons qui proviennent du claquement de la langue. Les Hottentots n'habitent plus que l'extrémité méridionale de l'Afrique ; mais on a lieu de supposer que primitivement ils eurent une bien plus grande extension.

Les ulotriches ériocomes comprennent les Cafres et les Nègres.

(III). — Les Cafres ont une peau qui présente toutes les nuances depuis le brun jaune des Hottentots jusqu'au noir pup des Nègres. Leur visage est long ; leur front haut et bombé ; le nez proéminent et infléchi ; les lèvres peu saillantes ; le menton pointu. Tous les idionaes cafres dérivent d'une langue morte, le bantou. Autrefois on attribuait aux Cafres une très-faible extension, et on les considérait simplement comme une variété de Nègres ; mais aujourd'hui on leur rattache toute la population du sud de l'Afrique, à l'exception des Hottentots, et en particulier les peuples du Zoulou, du Zambèse, de Mozambique, du Congo, les Deschuaniens, etc.

(IV). — Les Nègres ont la peau qui offre au toucher une sensation particulière de velouté et exhale une odeur désagréable. Leur front est plus aplati et plus bas que celui des Cafres ; ils ont le nez large et pointu, peu saillant ; les lèvres fortement renflées et le menton très-court. Les véritables nègres sont caractérisés par le manque complet de mollets et de très-longs bras. Cette race a dû se diviser de très-bonne heure en nombreuses tribus ; car il est impossible de ramener leurs langues diverses à une langue primitive. Depuis qu'on les a distingués des Cafres et des Nubiens, on assigne aux Nègres une bien moins grande extension qu'auparavant. Ils sont à peu près renfermés entre l'équateur et le tropique du Cancer.

Haeckel subdivise les hommes à cheveux lisses (lissotriches) en huit races, dont cinq à cheveux droits (euthycomes), et trois à cheveux bouclés (euplocomes).

Les euthycomes comprennent les Australiens, les Malais, les Mongols, les Américains et les peuples arctiques.

(V). — Au plus bas degré de l'échelle des races 'k cheveux lisses se placent les Australiens. Ils ont la peau noire ou d'un

Coréo- Japonais.— CoréeDsiens. — Japonais.

{ Chinois.

Indo - Chinois. \ Thibétains .

\ 3ianiois.

Onral-Altalene.

Altoïons. <^

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