Première partie ; invertébrés (prochordata
1*' DEGRÉ. — Monères, Organismes sans organes, en forme de cytodes ou petites masses de protoplasma sans nucléus, semblables aux monères actuellement vivantes (protogènes, Protamœba primitiva), ont dû se former spontanément de combinaisons de carbone, d'oxygène, d'bydrogène et d'azote. (Commencement de la période laurentienne.)
2« DEGRÉ. — Amœbes, Petites masses de protoplasma avec nucléus, semblables aux amœbes actuellement existantes, et à l'œuf de l'homme et de tous les animaux ; formées des monères par épaississement du noyau central et de la membrane enveloppante.
3^ DEGRÉ. — Synamœbes, ou amœbes agglomérées, formées par segmentations répétées d'amœbes simples, semblables à l'œuf de l'homme et des animaux après la fécondation.
A® DEGRÉ. — Planœades, ou synamœbes dont les cellules extérieures sont munies d'appendices ou cils moteurs, semblables aux opalines et aux magosphères actuellement existantes. On ne retrouve plus dans le développement de l'homme, ni dans celui des vertébrés (à l'exception de VAmphioams), ni môme dans celui des arthropodes, d'état correspondant à cette forme. Haeckel croit néanmoins que cet état a dû exister et qu'il a disparu dans la suite des temps. Il se fonde
principalement sur ce que VAmphioxuSy qui est un des ancêtres de l'homme, a conservé jusqu'aujourd'hui le stade embryonnaire de la planule.
5® DEGRÉ. — Gastrœades. Planules munies d'une cavité qui est la première ébauche d'un canal alimentaire, et dont la seule ouverture sert à la fois de bouche et d'anus. Les gastrspades correspondent à ce degré de développement embryologique que Haeckel appelle Gastrula.
6* DEGRÉ. — Turbellariés. Vers formés des gastrœades par différenciation des organes et localisation des fonctions. Ces vers offrent les premières traces d'un système nerveux (ganglion), d'organe de la vue (tache pigmentaire) et d'organes de reproduction hermaphroditique. La preuve que l'homme a dû passer par une forme semblable à celle de ces vers est fournie par les données de l'embryologie et de l'anatomie comparée, d'après lesquelles les formes inférieures de vers seraient la souche commune non-seulement des autres vers, mais de tous les animaux supérieurs.
7« DEGRÉ. — Scolécides, forme hypothétique, qui a dû servir d'intermédiaire entre les turbellariés et les tuniciers ; apparition de la cavité cœlomatique et du sang. Comparez, parmi les formes actuelles, le Balanoglossus.
8® DEGRÉ. — Himatègues, semblables aux tuniciers et aux larves des jeunes ascidies. Le ganglion nerveux se transforme en ébauche de moelle épinière ; premières traces de chorda dorsalis.
Seconde partie : vertébrés,
Ô^* DEGRÉ. — Acrâniens, dérivés des himatègues par la division en parties symétriques, la séparation des deux sexes et le développement plus complet de la moelle épinière et de la clwrda dorsalis. VAmphioxus lanceolatus, qui, dans son état embryonnaire, ressemble exactement encore aux ascidiens et ne prend que dans la suite les caractères d'un vertébré, nous donne l'idée de ce que durent être les acrâniens.
10« DEGRÉ. — Craniotes monorrhines, auxquels appartiennen encore aujourd'hui les cyclostomes (myxinoïdes et lamproies) La partie antérieure de la moelle épinière devient cerveau, et la partie correspondante de la ohorda dorsalis devient crâne.
11® DEGRÉ. — Sélaciens (poissons), semblables aux squîdacés actuels, fortnés des monorrhines par la division du nez en deux parts semblables, par l'apparition d'un système nerveux sympathique, d'un squelette maxillaire, d'une vessie natatoire et de deux paires de membres (nageoires pectorales et ventrales). — Période silurienne.
12® riEGRÉ. — Dipifieiistes, semblables au protoptère et au lépidosiren. Adaptation des organes à la vie terrestre ; transformation de la vessie natatoire en poumon et de la cavité nasale en conduit aérien. — iPériode devonienne.
13® DEGRÉ. — Amphibiens sozobranchiens, semblables au protée et à l'axolotl. Formation de cinq doigts à chaque membre; perfectionnement de la colonne vertébrale. — Période houillère.
lZi« DEGRÉ. — ïirodèles, semblables aux salamandres et aux tritons, diffèrent des précédents en ce qu'arrivés à un certain âge, ils perdent l'usage de leurs branchies, et ne respirent plus que par des poumons. — Période permienne.
15° DEGRÉ. — Protamniotes, forme éteinte et hypothétique, issue des batraciens urodèles par la disparition complète des branchies, la production de l'amnios, du limaçon de l'oreille, de la fenêtre ronde et d'un appareil lacrymatoire. L'existence de cette forme se déduit de la nécessité d'expliquer les caractères communs des reptiles, des oiseaux et des mammifères. — Fin de la période permienne.
16® DEGRÉ. — Promammaliens, issus des protamniotes par la formation de glandes mammaires et la transformation écailles en poils. Ces animaux devaient ressembler aux mo notrèmes actuels (ornithorhynques et échidnés), si ce n'es qu'ils en différaient par l'absence du bec, organe qui a pris naissance dans la suite chez les monotrèmes par l'adaptation
i^h U THÉORIE DE L'ÉVOLUTION
à des conditions d'existence particulières. Les promammaliens ont dû posséder un système dentaire complet. — Période triasique.
17* DEGRÉ. — Marsupiatix. Séparation du rectum et du canal génito-urinaire ; formation de mamelons ; séparation du sternum et des clavicules. — Période triasique.
18* DEGRÉ. — Prosimiens. Dérivés de marsupiaux par la formation d'un placenta ; perte de la poche ; développement plus complet du corps calleux dans le cerveau ; semblables aux brachytarsiens actuels {Maki, Indriei Loti), — Gonmiencément de Tâge tertiaire.
19* DEGRÉ. — Catarrhins, Conformation particulière du système dentaire. Substitution d'ongles aux griffes des doigts. — Age tertiaire.
20* DEGRÉ. — Singes arUhropctt'deSj semblables à Torang et au gibbon d'Asie, au gorille et au chimpanzé d'Afrique. Perte de la qiieue. Perte d'une partie des poils. Développement particulier de la portion frontale du cerveau. — Période miocène.
21* DEGRÉ. Hommes-singes. — Habitude de se tenir et de marcher debout et modifications correspondantes des membres ; transformation des membres antérieurs en mains, des membres postérieurs en pieds. Les hommes-singes ne différaient de l'homme qu'en ce qu'ils ne possédaient pas encore la faculté ni les organes de la parole, ni le développement corrélatif de l'intelligence. L'existence de ces hommes primitifs sans usage de la parole se déduit de la comparaison des langues et surtout de l'histoire du langage.
22* DEGRÉ. Hommes. — Transformation du cri des animaux en langage articulé. Perfectionnement du larynx et du cerveau. Différenciation des facultés intellectuelles. Comme il est impossible de ramener toutes les langues à une seule langue mère, nous avons lieu de supposer que les diverses races humaines ont eu des origines diverses et sont issues, indépendamment les unes des autres, de différentes espèces d'hommessinges. Quant à l'époque de leur apparition, il est certain
qu'elle remonte au moins au commencement de la période diluvienne ; on ne peut plus douter aujourd'hui que Thomme ait été contemporain de VElephas primigenius, du Rhinocéros tichorhinuSy de YUrsus spelœus, du Cervus euryceroSy etc. Quelques auteurs reculent même plus loin encore la date de l'origine humaine et la placent à la fin de l'âge tertiaire, dans la période pliocène et jusque dans la période miocène. Les estimations les plus modérées donnent à l'humanité au moins vingt mille ans d'existence ; mais Haeckel croit plus vraisemblable de compter par centaines de mille ans. Pour que la série entière des ancêtres de l'homme ait eu le temps de se développer, depuis la monère '^xisqu'kVAmphioxus, de VAmphioxus aux sélaciens, et des sélaciens à l'homme-singe, plusieurs millions de milliers d'années ont été indispensables.