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CHAPITRE II

HÉRÉDITÉ

L'hérédité est la faculté qu'ont les organismes de transmettre leurs caractères à leursjdescendants au moyen de la reproduction. C'est un fait tellement universel que généralement on ne lui accorde pas toute l'attention qu'il mérite. On ne parle ordinairement d'hérédité que dans le cas où un individu transmet à sa postérité un caractère que lui-même n'avait pas acquis par hérédité; c'est ainsi qu'on est surtout frappé de l'hérédité des maladies et des monstruosités, et l'on ne songe pas que si un individu a des appareils de vision, do digestion, de locomotion, c'est uniquement parce que ses parents étaient doués des mêmes organes.

L'hérédité s'applique aussi bien aux facultés et aux maladies intellectuelles qu'aux fonctions et aux maladies du corps. La reconnaissance de ce fait est impliquée par certaines expressions du langage ordinaire, telles que vices héré-

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ditaires, sagesse héréditaire, noblesse héréditaire, etc. Haeckcl attribue également à la reconnaissance générale du fait de l'hérédité morale l'établissement de castes chez certaines nations et mémo l'institution de la monarchie héréditaire. ; mais nous pensons qu'il se trompe et que l'hérédité politique a uniquement sa source dans les circonstances historiques de la vie des peuples. Il n'en est pas moins vrai que les familles nobles et royales présentent des faits très-intéressants de transmission héréditaire soit de qualités, soit de vices, provenant de ce qu'elles s'abstiennent plus que d'autres de croisements avec les autres classes de la population. Esquirol prétend, d'après des documents statistiques, que la proportion des maladies mentales dans les familles régnantes est au nombre de ces maladies dans les autres familles comme 60 est à 1. Dans certaines dynasties, comme celle de Saxe-Thuringe, des Médicis, etc., l'amour des sciences et des arts s'est transmis de génération en génération d'une manière remarquable.

Comme tous les faits d'hérédité peuvent se ramener à des faits de reproduction, il est nécessaire de discuter les différents procédés de génération.

Tout organisme naît ou spontanément sans parents (généralion spontanée, archigonie), ou bien il est reproduit par des parents (generatio parenfalis, tocogonie). Cette dernière forme est la seule qui se rapporte à l'hérédité.

Il y a deux espèces de reproduction tocogonique : la génération asexuellc ou monogonie, et la génération sexuelle ou amphigonie. La génération sexuelle a lieu soit par segmentation, soit par gemmation, soit par sporogonie.

Les monères que l'on pourrait appeler des organismes sans organes, parce que ce ne sont que de petites masses de matière organique homogène et sans formes déterminées, se reproduisent par segmentation ; quand l'une d'elles s'est accrue au delà d'une certaine grandeur par suite de l'absorption d'aliments albumineux, elle se divise en deux parties

semblables, quelquefois en quatre, d'autres fois enfin en un grand nombre de petites masses dont chacune reproduit le développement de la matière primitive. Les cellules, soit isolées comme les amœbes, soit agglomérées comme dans les organismes d'un ordre supérieur, se reproduisent de la même manière : le nucleus qui forme le noyau de la cellule se divise en deux, et chacun de ces deux noyaux nouveaux entraîne avec lui une moitié du protoplasma.

Quand on considère cette forme de reproduction, la plus simple de toutes, on ne peut assurément s'étonner que l'individu reproduit soit semblable ù l'individu reproducteur : car tous deux ne sont que les deux moitiés d'un seul et même organisme ; la matière est la même des deux côtés et il est naturel que les fonctions physiologiques soient également les mêmes.

Le procédé de gemmation est très-répandu chez les végétaux, mais on l'observe aussi chez quelques animaux, parfois même chez de simples cellules. Il diffère de la segmentation en ce que les deux organismes résultant de la gemmation ne sont pas du même âge et par conséquent ne sont pas tout d'abord de même valeur. L'individu reproduit a besoin de s'accroître et de se développer pour devenir complètement semblable à l'individu reproducteur. Tandis que dans la segmentation, le corps entier se divise en deux ; dans la gemmation, il n'y a qu'une partie du corps seulement qui se partage. Comme l'individu reproduit a été primitivement une partie de l'organisme reproducteur, on ne doit pas non plus s'étonner qu'il ait ensuite le même développement et reproduise toutes ses propriétés.

Le procédé de sporogonie s'observe chez les plantes cryptogames et chez quelques animaux inférieurs, tels que les zoophytes et les vers. Il consiste en ce que dans un individu composé de plusieurs cellules, une cellule ou un groupe de cellules se sépare des autres, s'isole et finit par se développer en un individu semblable à l'organisme producteur. Il est évident que ce procédé diffère très-peu de la gemma-

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tion, si ce n'est que la partie qui se sépare du corps producteur et transmet les qualités héréditaires est beaucoup plus petite. Cela rend la transmission beaucoup plus difficile à comprendre, et la sporogonie se rattache parla au procédé de reproduction le plus compliqué, la génération sexuelle.

La génération sexuelle, qui est le procédé de reproduction de tous les animaux et végétaux supérieurs, parait être une transformation de la sporogonie. Elle diffère de la génération asexuelle en ce que dans les trois procédés de segmentation, de gemmation et de sporogonie, la cellule ou le groupe de cellules séparés de l'individu reproducteur étaient par eux-mêmes en état de former un individu nouveau, tandis que dans la génération sexuelle ils doivent être fécondés par une autre matière génératrice. 11 faut que la matière séminale mâle se mêle à la cellule femelle, c'est-à-dire à l'œuf, pour que celui-ci puisse se développer de manière à former un individu nouveau. Ces deux éléments de la génération, l'œuf et la matière fécondante, sont fournis ou par le même individu (hermaphroditisme), ou bien par deux individus différents (gonochorisme).L'hcrmaphrodilisme se rencontre dans le plus grand nombre des plantes et seulement chez quelques animaux (quelques espèces de vers, sangsues, etc.) La plupart des hermaphrodites peuvent se féconder eux-mêmes; mais chez quelques-uns la copulation est nécessaire pour rendre possible la fécondation des œufs ; ce dernier cas sert évidemment de transition à la séparation des sexes.

La séparation des sexes ou gonochorisme n'existe que chez un petit nombre de plantes (liydrocharis, vallisneria, saules, peupliers, etc.) ; mais c'est le procédé de tous les animaux supérieurs. Un procédé très-curieux, qui est intermédiaire entre la génération asexuelle et la génération sexuelle, est laparthénogénèse qui a lieu chez certains insectes, tels que les abeilles ; lorsque les œufs ne sont pas fécondés, ils donnent naissance à certains individus, et lorsqu'ils sont fécondés ils produisent des individus tout différents.

Ce qui est essentiel à tous les procédés de génération, c'est le détachement d'une certaine partie d'un organisme et l'adaptation de cette partie à une existence individuelle. Comment pour un être aussi compliqué, par exemple, que l'homme, une si petite quantilé de matière, à peine visible à l'œil nu, peut-elle transmettre au descendant toutes les qualités de sa mûre? El comment la liqueur séminale du mâle peut-elle transmettre à cette même matière les qualités du père? La vie des individus n'est qu'un enchaînement de mouvements; la direction de ces mouvements est déterminée, dans chaque organisme, par la composition chimique de là matière albumineuse qui lui a donné naissance. Chez l'homme, comme chez tous les animaux supérieurs, le mouvement de la vie commence au moment où se mêlent les matières du sperme et de l'œuf, et la direction des mouvements est déterminée à la fois par la combinaison de ces deux matières. Nous sommes ici évidemment en présence d'un procédé purement mécanique. Tous les procédés de reproduction se ramènent à ce fait qu'une plus ou moins grande quantité de matière albumineuse se détache de l'organisme des parents et est la cause de la ressemblance des descendants. La ressemblance est généralement beauconp plus grande dans les cas de génération asexuelle que dans les cas de génération sexuelle ; ainsi les jardiniers savent qu'ils conserveront plus facilement les caractères d'une variété en la reproduisant par bouture (c'est-à-dire par gemmation) plutôt que par semis ; cela tient à ce que, dans le cas de génération sexuelle, deux individus différents prennent part à la génération et se modifient réciproquement dans une certaine mesure.

Haeckel établit une distinction entre ce qu'il appelle l'hérédité conservatrice et l'hérédité progressive ; la première est la transmission de caractères que les parents avaient reçus eux-mêmes par voie d'hérédité ; la seconde est la transmission des caractères qu'ils ont acquis par voie de variabilité ou d'adaptation. Cette distinction ne nous paraît pas

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avoir toute l'importance qu'il lui prête; elle est même, selon nous, en contradiction avec la nature de l'hérédité qui est essentiellement un procédé conservateur, alors même qu'elle reproduit les qualités acquises par l'individu reproducteur au moyen de l'adaptation. C'est la variabilité seule qui peutêtre opposée, en tant que procédé progressiste, à l'hérédité en tant que procédé conservateur.

Haeckel énumère ensuite ce qu'il appelle les différentes lois de l'hérédité conservatrice ; ces lois sont celle de la continuité, d'après laquelle le semblable engendre immédiatement le semblable ; — celle de l'hérédité latente ou discontinue, appelée quelquefois aussi hérédité alternante, d'après laquelle les descendants sont en certains cas semblables, non à leurs parents immédiats, mais à leurs ascendants du deuxième ou troisième degré, quelquefois même d'un degré encore plus éloigné ; à cette forme de l'hérédité se rattache le fait bien connu sous le nom d'atavisme. — Une troisième loi est celle de l'hérédité sexuelle, d'après laquelle chaque sexe transmet à ses descendants du même sexe des caractères qu'il ne transmet pas à ses descendants de l'autre sexe, et en particulier ce que l'on appelle caractères sexuels secondaires. — La quatrième loi est celle de l'hérédité mixte, d'après laquelle un organisme, engendré par le procédé sexuel, reçoit de chacun de ses parents un certain nombre de propriétés et hérite à la fois de caractères paternels et maternels; à cette loi se rattache le fait de l'hybridité qui, lorsqu'il est bien compris, fournit des arguments très-sérieux contre le dogme de l'immutabilité des espèces. — Enfin la cinquième loi, très-importante en embryologie, est celle de l'hérédité sommaire ou abrégée, d'après laquelle un individu reproduit dans son développement les principales phases du développement de son espèce.

Viennent ensuite les lois que Haeckel rapporte à l'hérédité progressive, bien qu'elles soient tout aussi conservatrices que les précédentes et ne fassent qu'assurer la conservation chez les descendants des caractères acquis par leurs parents im-

médiats : la première de ces lois est celle de l'hérédité des propriétés acquises ; la seconde est celle de l'hérédité des qualités confirmées et consolidées, d'après laquelle les caractères acquis par les parents se transmettent d'autant plus sûrement et plus complètement qu'ils étaient plus fortement établis et enracinés ; la troisième loij est celle de l'hérédité homochrone, appelée par Darwin hérédité des variations à l'âge correspondant, d'après laquelle certaines qualités apparaissent chez les descendants exactement au môme âge où elles ont apparu chez celui des parents qui les leur a transmises ; la quatrième loi est celle de l'hérédité homotope, c'est-à-dire se produisant à des places correspondantes du corps : d'après cette loi, les modifications transmises se reproduisent chez les descendants exactement dans les mêmes organes que chez leur auteur.

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