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CHAPITRE III

VARIABILITE ET ADAPTATION

La variabilité et la faculté d'adaptation des individus sont les véritables sources du développement et du progrés des espèces. Tous les êtres vivants changent à chaque instant et changent sous l'influence de causes extérieures. Haeckel considère le fait physiologique de la nutrition ou du changement de matière comme la cause principale de la variabilité ou de l'adaptation. Mais il prend le mot nutrition dans le sens le plus large et lui fait embrasser l'ensemble de toutes les relations matérielles qu'un organisme peut entretenir avec le monde ambiant; ce n'est plus seulement l'alimentation, mais aussi l'action du milieu, de l'eau ou de l'atmosphère, l'influence de la lumière solaire, de la température et de tous les phénomènes météorologiques que l'on désigne sous le nom de climat : il comprend encore sous l'expression de nutrition l'influence du sol et celle des autres organismes, des amis, des voisins, des ennemis et des parasites dont chaque plante ou animal est entouré. De ce que la variabilité résulte tou-

jours de circonstances extérieures, elle se confond avec l'adaptation. Haeckel distingue deux espèces d'adaptation actuelle ou immédiate, et l'adaptation potentielle ou indirecte.

Darwin et Vogt ont attribué un rôle très-considérable à l'adaptation potentielle. Elle consiste en ce que certains changements de l'organisme causés par l'influence de circonstances extérieures, ne se manifestent pas dans l'organisme directement soumis à cette influence, mais seulement dans ses descendants. On peut, par exemple, créer à volonté certaines monstruosités en soumettant les parents, avant la naissance des descendants, à des conditions d'existence extraordinaires. Ces nouvelles conditions amènent des changements, non dans l'organisme qu'elles affectent immédiatement, mais seulement dans les organismes qui en procèdent par voie de reproduction. On ne peut rapporter de tels faits à l'hérédité, puisque les caractères produits dans les descendants n'avaient été, à aucun moment, réalisé dans les ascendants. Ces adaptations potentielles sont, d'après Haeckel, soumises à trois lois : l°la loi d'adaptation individuelle, d'après laquelle toutes les individualités organiques, quelque semblables qu'elles soient, présentent toujours, dès le commencement de leur développement individuel, un certain nombre de différences; quelle que soit la ressemblance qui existe entre deux jumeaux, il est toujours possible de les distinguer l'un de l'autre : ils diffèrent au moins par la grandeur de certaines parties du corps, le nombre des cheveux, les globules du sang, etc.; le fait est encore plus frappant chez les animaux qui mettent au jour un grand nombre de petits, comme les chiens, les chats, etc.; bien que les causes de ces différences congénitales soient le plus souvent inconnues, il est certain qu'elles doivent être rapportées à des influences qui ont modifié non les individus eux-mêmes, mais les organes reproducteurs de leurs parents. — 2° La loi d'adaptation monstrueuse, d'après laquelle certains changements considérables dans les conditions d'existence des parents, dans l'air, la lumière, la nour-

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