LE DARWINISME
veurs ont évidemment suggéré à Wels , Patrick Matthew, Alfred R. Wallace et Darwin l'idée de la sélection naturelle. Si Darwin a seul obtenu la gloire d'attacher son nom à cette théorie, c'est qu'il l'a soutenue avec l'immense supériorité de son talent et de sa science ; l'a développée plus complètement que ses rivaux, et en aperçut plus clairement toutes les conséquences et les applications. Patrick Matthew n'exprima ses vues que très-brièvement dans quelques passages épars, au milieu d'un appendice à un ouvrage sur d'autres sujets; au lieu d'élaborer la théorie par induction et en procédant synthétiquement de fait en fait comme Darwin, il avoue n'avoir eu de la sélection naturelle qu'une sorte d'intuition à priori. Wells ne traita de la sélection que dans ses applications au développement des races humaines, et n'exposa ses idées que très-succinctement dans un mémoire sur une femme de race blanche dont la peau ressemblait en partie à celle d'un nègre. Les travaux de Wallace ont une plus grande importance; ils viennent d'être traduits enfrançais, sous le titre de la Sélection naturelle, par M. L. de Candollc ; mais Wallace a toujours été le premier à reconnaître la supériorité de Darwin : « J'ai, dit-il avec une remarquable modestie, fait depuis longtemps l'épreuve de mes forces, et je sais qu'elles n'auraient pas suffi à la tâche difficile d'écrire l'Origine des espèces. Je n'ai pas cette patience infatigable pour accumuler d'immenses quantités de faits les plus divers, ces connaissances physiologiques exactes et étendues, cette finesse pour inventer les expériences et l'adresse pour les mener ù bien, et ce style à la fois clair, persuasif et précis, qui font de M. Darwin l'homme de notre époque qui est le plus propre à la grande œuvre qu'il a entreprise et accomplie. » Wallace n'en conservera pas moins la gloire d'avoir partagé la découverte de Darwin et d'avoir eu, sur des points de détail, des vues très-précieuses et originales. On lui reprochera seulement d'avoir reculé devant les conséquences les plus graves de son système et d'avoir prétendu qu'il ne s'appliquait point à l'espèce humaine. Les raisons qu'il présente pour appuyer
cette singulière exception ont été victorieusement refutées par Cîaparède (1) et par Darwin. En môme temps que naturaliste, Wallace est un philosophe distingué : on trouve dans ses écrits des considérations sur la nature de la force et de la matière qui sont dignes d'être sérieusement méditées.
Darwin raconte lui-même que la première idée de la sélection naturelle lui vînt en Amérique, lorsqu'il faisait partie d'une expédition scientifique à bord dulieagle. La distribution des êtres organisés qui peuplent l'Amérique du Sud et les relations géologiques qui existent entre les habitants passés et présents de ce continent lui parurent jeter quelque lumière sur le problème mystérieux de l'origine des espèces. Il publia à son retour le récit très-intéressant de son voyage et ne tarda pas à se faire connaître du monde savant par un travail remarquable sur la formation clés bancs de corail et par une monographie des Cirrhipèdes, dans laquelle il range parmi les crustacés ces animaux que Cuvier avait mis au nombre des mollusques. Il se livra aussi à de nombreuses expériences de sélection artificielle sur les animaux domestiques; et après, de longues études qui le conduisirent à sa théorie, il entreprit d'en faire connaître les résultats. Ce travail était déjà fort avancé, quand la publication du mémoire de Wallace le détermina à ne pas attendre son achèvement et à publier un extrait de ses manuscrits ; cet extrait est le livre de l'Origine des espèces qui a été le point de départ d'une véritable révolution dans l'étude des sciences naturelles. Depuis cette époque (1859), Darwin a complété sa première publication par d'autres ouvrages non moins importants dans lesquels il a multiplié les preuves à l'appui de sa thèse : De la variation dans les animaux el dans les plantes sous l'action de la domestication (traduit en français par Moulinié, 1868, 2 vol. in-8°); De la fécondation des Orchidées par les insectes (traduit en français par Rcrolle, 1870, 1 vol. in-8°) ;
(1) Revue des cours scientifiques, l re série, t. VII, p; 564, 6 août