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ÉTABLISSEMENT EN ANGLETERRE

Dès son arrivée à Londres, Hesndel donna deux opéras coup sur coup au théâtre de Haymarket : // Pastor fido, le 26 novembre 1712, et Teseo, le 10 janvier 1713 ; deux opéras improvisés, comme Rinaldo, en quinze ou vingt jours, mais qui ne retrouvèrent pas le succès de leur aîné. L'entreprise de l'opéra italien à Londres traversait des jours critiques. Haendel s'en détourna, pour essayer de se mêler plus intimement à la vie de la nation britannique et de s'introduire, par des œuvres de circonstance, « dans les rangs des Anglais, comme un des leurs ». En prévision d'un traité favorable qui mettrait tin à la guerre de la succession d'Espagne, il termina, dès le mois de janvier 1713, un

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Te Deum avec Jabilate anglais, qui se trouvèrent prêts pour la célébration de la paix d'Utreeht (11 avril 1713). Les lois du royaume réservaient aux artistes nationaux le privilège de fournir les partitions nécessaires aux réjouissances officielles. Le jeune maître saxon sut tourner la difficulté en composant, pour le jour anniversaire de la naissance de la reine, une Ode dont le texte anonyme dépassait, comme l'a remarqué Chrysander, les^bornes ordinaires de la flatterie. L'expédient réussit, et l'exécution de ÏOde dans le palais royal décida de celle du Te Deum à Saint-Paul : après quoi la vieille reine gratifia le compositeur d'une pension de 200 livres sterling. Heendél se trouva donc « cumuler » les appointements hanovriens avec la pension anglaise, ce qui, pas plus que le fait d'avoir « chanté » la conclusion d'une paix plus profitable à son pays d'adoption qu'à sa patrie véritable, ne semble avoir inquiété sa conscience, mais ce que, par contre, lui fit bientôt expier l'avènement au trône d'Angleterre de son ancien maître, l'Electeur de Hanovre.

L'Ode pour la reine Anne et le Te Deum d'Utrechl furent, ainsi que les a définis M. Romain Rolland, les « premiers grands essais de Hœndel dans le genre monumental ». Ecrites dans un délai très court, avec la hâte qu'il apportait dans la plupart de ses travaux, ces deux œuvres portaient la marque d'une précipitation que pouvaient seuls compenser les dons extraordinaires d'un pareil musicien. Le chœur initial de YOde était en quelque sorte la transcription vocale d'un concerto

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pour hautbois et orchestre, composé à Hanovre. Quant au Te Deum et Jubilate, Haendel en avait trouvé le modèle chez Purcell, dont le célèbre ouvrage sur le même texte datait de 1694. Sans lui emprunter ses thèmes, Haendel s'était conformé au plan de son prédécesseur, adoptant ses divisions, sa distribution des versets entre le chœur et les solistes, et jusqu'au choix des mesures et des tonalités. Dans une étoffe nouvelle, il taillait aux mêmes paroles un habit différent sur le même patron. Gageure? Plagiat? Nullement : mais procédé commode, expéditif, et qui offrait encore l'avantage de ne point dérouter les auditeurs accoutumés aux formes fixées par leur musicien national.

L'hospitalité de quelques riches amateurs rendait à Haendel le séjour de l'Angleterre aussi facile qu'agréable. Après plusieurs mois passés dans le comté de Surrey chez un certain M. Andrews, il était devenu l'un des « clients » de lord Burlington, à Londres. Qu'on se souvienne du rôle des « Mécènes » dans l'histoire littéraire de la Grande-Bretagne : en un temps où n'existait pas encore de véritable public, non plus qu'aucune garantie de la propriété intellectuelle, artistes et gens de lettres ne pouvaient attendre que de la libéralité d'un protecteur la récompense de leurs travaux. Pope, dit-on, fut le premier auteur qui osa rompre avec la coutume humiliante des dédicaces intéressées, en inscrivant le nom d'un confrère en tête de sa traduction de Y Iliade. Mais Pope comptait précisément alors, avec Haendel et le poète Gay, parmi les hôtes de lord Burlington. A

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part la dédicace de son Teseo, on ne voit pas qu'en échange d'un séjour de deux ou trois ans dans sa maison, le musicien ait sacrifié à ce seigneur beaucoup de son talent ni de son indépendance. Au contraire, il travaillait peu. et cette période de son existence est presque désignée comme un temps de repos, coupé par la composition de VOde, du Te Deitm, de quelques cantates et de l'opéra Amadiffi, représenté sur le théâtre de Haymarket en 1715. En dehors des jours où il se faisait entendre chez le lord, une des habitudes favorites de Hamdel était d'aller, sur la fin de l'après-midi, toucher l'orgue de Saint -Paul pour ensuite passer la soirée en concerts et en « conversations musicales » avec les principaux membres du chœur, à la taverne des « Armes de la Reine ».

Dans la tranquillité de cette Gapoue britannique, le maître oubliait totalement l'obligation que son cong:é lui imposait de retourner à Hanovre « dans un délai raisonnable » . La mort subite de la reine Anne (12 août 1711 et l'accession de l'Electeur de Hanovre au trône d'Angleterre, le surprirent comme un coup île tonnerre dans un ciel serein. « Tout déconfit, dit M. Romain Rolland, il en était pour son Ode, avec la mortification de se dire que, s'il avait attendu un an. son Te Deum eût pu servir pour l'intronisation de la nouvelle dynastie. »

L'attitude de George I à son égard lui lit sentir son erreur, En vain espéra-t-il son pardon dune représentation à'Amadigi, à Laquelle assista le nouveau souve-

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