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londoniens trouvèrent insupportable. Les plus influents d'entre eux s'occupèrent donc de former, pour l'exploitation d'un théâtre d'opéra dans la salle de Haymarket, sous le titre de Royal Academy of //t>t*ic, une société financière au capital de 50.000 livres sterling, divisé en 500 parts de 100 livres. Le roi s'inscrivit en tète de la liste des souscripteurs, pour une somme de 1.000 livres. Le duc de Newcastle fut choisi pour « gouverneur », ou président du Conseil des directeurs, qui se composait de vingt-quatre membres, « la fine fleur de la fashion». Ce conseil, où siégeait entre autres lord Burlington, appela trois compositeurs, Hamdel, Giovanni Bononcini et Ariosti, à diriger la partie musicale de l'entreprise, et leur adjoignit, comme secrétaires et librettistes, Paoio Kolli et Nicola Haym, et comme régisseur, Heidegger, surnommé « le comte suisse », l'un des précédents entrepreneurs du même théâtre. Hsendel, chargé des engagements d'artistes, partit pour visiter les villes d'Allemagne les plus renommées pour leurs spectacles, et ramena de Dusseldorf et de Dresde le fameux chanteur Senesino, Baldassari. Boschi, et la signora Durastanti, jadis l'une des interprètes de son Agrippina, à Venise.
Le 2 avril 1720. un ouvrage de Giovanni Porta ouvrit la série des représentations ; le 27. fut joué Radamisto, de Haendel.
M. Streatfeild assure que si, de nos jours, on pouvait tenter de rappeler à la vie du théâtre l'un des opéras de Hamdel, Radamisto mériterait d'être choisi pour
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« synthétiser» tout»' sa production scénique. Mais il est difficile d'espérer (jue l'on assiste à un tel essai. Sur la foi des littérateurs qui s'occupaient uniquement des œuvres musicales écrites pour la scène, on a maintes fois répété que la musique était le plus fragile de tous les arts, celui que dominent par excellence les caprices de la mode. Depuis que l'extension donnée de toutes parts aux auditions en concert a permis de connaître et de comparer des œuvres de tous les styles et de toutes les époques, il est apparu au contraire que la caducité rapide d'un grand nombre de partitions avait pour cause principale l'obéissance des compositeurs aux conventions changeantes du théâtre. Les réelles beautés musicales de l'ancien opéra séria italien ont succombé sous le poids de formes et d'obligations incompatibles avec les moindres exigences de la raison et de la vérité dramatique ; il n'est plus d'asile pour elles, aujourd'hui, que sur l'estrade des salles de concerts, et là même, nous devons, pour les accepter, faire effort : tant est profond le fossé qui sépare du drame lyrique moderne les coutumes théâtrales de l'époque de Hœndel.
Comme l'A y rip pi na mentionnée dans le chapitre précédent, comme VAdmeto de 1727 que Berlioz a voulu ridiculiser en le comparant à VA/ces/e d'Euripide et à celle de Gluck, comme tous les opéras de Ihendel et tous ceux du même temps, Radamislo est en réalité un concert dramatique, dont le programme comporte une série d'airs à voix seule, rattachés par d'insipides récits, coupés d'un seul duo et que termine un elueur accoin-
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pagnant la sortie des spectateurs. Le prétexte à tous ces airs de forme identique, mais de sentiments variés, est fourni par un Livret attribué à Nicola Havm, qui brode quelques lignes des Annales de Tacite. Le roi de Tlirace, Farasmane, a marié son fils Radamisto à la princesse Zenobia, et sa tille Polixéne au roi d'Arménie, Tiridate. Celui ci s'esl épris dune passion violente pour Zenobia; résolu à la posséder, il fait la guerre à son beau-père, dont la capitale tombe aux mains de ses soldats. Radamisto et Zenobia s'échappent par un souterrain et gagnent les rives de l'Araxes, où Zenobia supplie son époux de lui donner la mort, plutôt que de là laisse]- prisonnière de l'ennemi ; comme il ne peut s'y résoudre, elle se jette dans le fleuve, et Radamisto s'élance pour v mourir avec elle : mais il est retenu par les soldats de Tiridate. Fort heureusement, il trouve en Tigrane, leur capitaine, un ami qui l'aide à s'introduire sous un babit d'esclave auprès de sa sœur Polixéne, tout en annonçant sa mort à Tiridate. Les soldats de celui-ci ont également sauvé Zenobia. et ramènent à leur maître. Tandis qu'elle se livre aux transports du désespoir. Radamisto se fait connaître d'elle, et pendant qu'elle passe aux transports de la joie, il essaie d'assassiner Tiridate. Polixéne ne lui en laisse pas le temps. Il est pris et chargé de chaînes, et tout semble perdu pour les fidèles époux, lorsque Tigrane, tout à coup, suscite une rébellion dans le camp de Tiridate, qui, abandonné de ses grardes, se trouve à la merci de Radamisto et Zenobia. Il se réfugie dans les bras de
Polixène. Radamisto se montre magnanime et tout s'achève dans une joie générale.
C'est par de telles successions de brusques péripéties qu'un bon librettiste savait alors ménager au musicien l'occasion d'écrire pour chacun des acteurs un nombre convenu d'airs tour à tour graves ou légers, impétueux ou mélancoliques, tragiques ou joyeux, dont les contrastes attendus soutenaient l'attention du public et favorisaient le succès des interprètes. Ceux-ci, n'ayant à s'inquiéter que d'eux-mêmes, mettaient toute leur gloire dans la perfection de l'exécution vocale. Les auditeurs s'abandonnaient tout entiers au charme sensuel du bel canto et manifestaient en particulier vis-à-vis des cantatrices un enthousiasme assez grossier. Le voyageur danois Claudius Seidelin, qui se trouvait à Londres en 1728, raconte qu'il vit les spectateurs «jeter sur la scène plus de 1.000 guinées », le jour des débuts d'une nouvelle chanteuse. On ne sentait pas ce qu'un tel usage avait de bas et d'humiliant pour les artistes et l'on n'y voyait qu'une preuve de la « très grande générosité » des amateurs.
Dès la seconde saison, Haendel éprouva d'une façon inattendue l'inconstance des Londoniens, en assistant à la vogue subite de son compétiteur italien, Giovanni Bononcini. Ce fut par un ancien ouvrage de ce maître, Astarto, retouché et augmenté de quelques morceaux, (jue s'ouvrit de nouveau le théâtre, au mois de novembre 1720. Bientôt les succès de cet adroit et redoutable rival parurent menacer la situation de Haendel, qui vit le