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tait lui-même. Si ces auditions ne rétablirent pas l'équilibre de ses finances, elles affirmèrent du moins la force et la vitalité de son génie, et la partie du public que n'aveuglaient pas les manœuvres du camp adverse eut conscience qu'elle assistait à des manifestations artistiques sans précédents. Ce fut en vain que Porpora tenta d'entrer dans la même carrière avec un David dont l'infériorité fut notoire. Si le maître napolitain semblait surpasser son rival dans la composition d'opéras disposés selon les plus nouvelles modes italiennes et selon les formules les plus mélodieuses et 1rs plus favorables à l'étalage de la science vocale des chanteurs, Haendel n'avait à craindre aucune comparaison dans le déploiement des masses chorales et instrumentales.
Un instinct très sur, ou une résolution très habile, l'entraînaient depuis peu vers la composition des chœurs. C'était en ce sens qu'il venait de remanier EstÀer, et que bientôt, dans Alcina, il devait, chose exceptionnelle, introduire jusqu'à quatre chœurs. Les grandes Antiennes écrites chez le duc de Chandos et celles du couronnement de George II et du mariage de la princesse Anne étaient le point de départ de cette marche vers la conquête de nouveaux succès et vers la création d'un art nouveau. Non seulement leur composition avait procuré à Ha?ndel cette joie souveraine, pour un musicien, de pouvoir revêtir sa pensée du somptueux coloris de l'orchestre et des chœurs et de commander à tout un peuple; non seulement elle lavai!
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retrempé dans l'habitude de L'écriture fuguce, qu'en sa jeunesse il pratiquait à Hambourg et dont il s'était écarté par la culture presque exclusive de l'opéra italien : niais encore, ces Antiennes anglaises, formées de versets traduits des livres saints, l'avaient conduit à lire la Bible avec des veux de musicien, et à y découvrir des thèmes de composition égaux ou supérieurs en beauté et en intérêt à ceux de toutes les littératures En recevant des organisateurs de la cérémonie l'indication des fragments sur lesquels il devait composer la musique du couronnement, il s'était, selon sa coutume, fâché, disant : « Je connais ma Bible et je saurais, aussi bien qu'un autre, y eboisir des paroles convenables. » On ne tarda guère à apprendre, par ses oratorios, qu'en effet FLendel lisait la Bible.
Tandis que. les livrets à'Esther et (YAthalia provenaient des tragédies de Racine, c'est directement à la source bébraïque qu'avait été puisé celui de Debanœh. La beauté de cet ouvrage résidait principalement dans d'admirables chœurs, où contrastaient les ebants des Israélites et ceux des serviteurs de Baal. et qui retentissaient magnifiquement, promettant et égalant déjà, en maintes pages, les splendeurs prochaines des plus célèbres cbefs-d'œuvre du maître. Comme il faisait presque toujours, ILendei s'y (''tait servi de quelques morceaux antérieurs, airs de la Passion, fragments de ses grandes Antiennes. L'ouverture, où semblaient se combattre des ligures thématiques, laissait apeicevoir des intentions descriptives que Ton n'était pas accoutumé à rencontrer
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dans les introductions symphoniques de ses opéras, non plus qu'en général dans sa musique instrumentale. De celle-ci, les concertos d'orgue forment la part la plus originale et à tous égards la plus digne d'admiration, en même temps que de nos jours la mieux connue. Après le voyage d'Oxford et les séances londoniennes de I73o, Hauidel devait constamment garder l'habitude de jouer un concerto au milieu de ses oratorios, et la forme sous laquelle nous sont parvenues ses œuvres en ce genre montre assez qu'il y réservait large place à son extraordinaire talent d'improvisateur. Sous le numéro d'œuvre IV, il lit paraître en 1738 un recueil de six concertos ; six autres furent publiés comme œuvre VII, après sa mort, et les éditeurs anglais de la fin du xvm" siècle en mirent en vente encore deux livres, en majeure partie formés de pièces arrangées d'après telles ou telles de ses compositions instrumentales. Les œuvres IV et VII, réunies dans le tome 28 de la grande édition de ses œuvres complètes, présentent donc en ce genre ses créations authentiques. Des trésors d'invention et de facture y sont amoncelés, dont l'abondance et la beauté exercent sur les foules une séduction irrésistible, dès qu'ils sont révélés par un exécutant digne d'eux. Ce rôle n'est point aisé : car le texte imprimé, selon l'intitulé des éditions primitives, « pour le clavecin ou l'orgue », ne comporte, à peu d'exceptions près, que les parties du clavier manuel, et ainsi non seulement la regïstration, mais l'adjonction îles pédales, el, de plus, les développements qui
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doivent, en des points convenus et sur les thèmes donnés, compléter le rôle solo de l'instrument principal, sont entièrement remis au talent de l'organiste.
En France, les musiciens de notre génération gardent fidèlement le souvenir ému des exécutions que donnait de ces concertos Alexandre Guilmant, en qui, tous, nous sentions brûler le feu de l'enthousiasme et revivre véritablement l'esprit, la verve et la puissance de Haendel.