‹ Haendel, biographie critiqueChapitre 21 sur 38 · II.KNDKL «il · texte numérisé non relu

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le due de Ckandos el, pour reprendre son bien et affirmer ses justes droits, Hsendel se trouvait conduit à donner lui-même, sur son propre théâtre, des auditions à'Esther et àJAcis and Galat/tea, tous deux modifiés par d'importantes retouches, et joués en décors et costumes, mais sans action dramatique. L'accueil fait à ces deux tentatives mit au cœur de Haindel et des partisans d'un opéra national anglais, de très vives espérances. Chrysander a cité la lettre par laquelle un des premiers entrepreneurs d'opéra italien à Londres, Aaron Bill, — celui même qui, en 1711, avait monté Ri/ialdo, — invitait le maître saxon à délivrer l'Angleterre musicale de ses chaînes italiennes. Le vœu qu'il exprimait n'était pas sole. Haendel, en y répondant par la composition de Deborah, qu'il lit jouer pendant le carême de 1733, se crut certain de l'appui des « patriotes ». Mais il commit la maladresse de donner l'ouvrage nouveau à son propre bénéfice, en dehors de l'abonnement, en élevant le prix des places au double du tarif ordinaire. 11 comptait sur cet expédient pour atténue]' le déficit laissé par les représentations d'opéra; ses ennemis exploitèrent avec Joie le mécontentement des souscripteurs et bientôt des événements étrangers à toute considération artistique vinrent précipiter l'esprit public dans une direction fatale au musicien. C'était l'époque où le ministre Walpole préparait YExcise bill. Les pamphlétaires qui le combattaient imaginèrent de comparer son caractère, ses principes de gouvernement, son autoritarisme détesté, aux procédés dont usait Fkendel dans l'admi-

nislration de son théâtre. On cloua les deux personnages ensemble au même pilori, en déguisant sous une violente critique du compositeur les attaques dirigées contre l'homme d'État. L'origine allemande de Haeridel, ses services dans la maison de Hanovre, la faveur que lui marquait George II devinrent des griefs contre lui. L'impopularité du souverain rejaillit sur le compositeur et l'on tint sa ruine pour assurée le jour où le prince de Galles, vers qui se reportait le loyalisme britannique, se rangea parmi les patrons d'un autre théâtre italien.

La nouvelle société s'assura la salle de Lincoln' s Inn Fields, prit le titre d' « Opéra de la noblesse », et — Bononcini s'étant perdu de réputation par unealïaire de plagiat — appela comme directeur de musique et compositeur le napolitain Nicolo Porpora. Senesino, dont la vanité sans seconde avait souffert de voir Hœndel, dans Orlando, donner au rôle de Zoroastre autant d'importance qu'au sien, passa de suite à l'ennemi ; à son exemple, plusieurs de ses compagnons désertèrent, et la troupe de ELendel se trouva désorganisée.

Le coup était rude, et bien porté. Hœndel fit front contre cette armée d'envieux, de rivaux et de transfuges. Il avait plusieurs mois devant lui pour préparer sa prochaine saison : il commença par accepter une invitation venue d'Oxford, qui cachait des « dessous » politiques. L'Université, mal vue de la Cour, qui la savait peuplée de Jacobites, espérait qu'une avance faite au musicien favori de George II serait d'un bon effet dans les milieux hanovriens ; elle avait donc prié Hœndel de

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venir diriger les fêtes musicales destinées à célébrer l'anniversaire de sa fondation, et il était convenu qu'à cette occasion le compositeur recevrait le diplôme très recherché de « docteur en musique ».

11 arriva à Oxford avec toute une troupe de chanteurs et d'instrumentistes et fît entendre en cinq séances Es/her, Deborah, Athalia (en première audition), le Te Deum et Jubilate de la paix d'Utrecht, et une partie des Antiennes qu'il avait écrites en 1727 pour le couronnement de George II. Lui-même étonna les connaisseurs par ses improvisations à l'orgue. L'hostilité du parti jacohite ne put guère se traduire que par l'abstention ou par des critiques élevées contre l'invasion des musiciens étrangers et contre la cherté des billets d'entrée. Tout se gâta lorsque vint le moment de la « promotion ». En apprenant que les frais de sa réception au grade de docteur monteraient à 100 livres sterling, Hamdel, dit-on, déclara qu'il n'avait « point d'argent à jeter par les fenêtres pour plaire à un tas d'imbéciles », et il s'en alla, dédaigneux des toges et des bonnets, « M. Haendel », comme devant.

Suivi du tidèle Smith, il partit encore une fois pour faire en Italie une tournée de recrutement musical; puis, comme « l'Opéra de la noblesse » venait d'inaugurer ses représentations par une Arianna de Porpora, lui-même affecta de porter la lutte exactement sur le même terrain, en composant aussi une Arianna, qui lui servit de spectacle d'ouverture, le 26 janvier 1734. Malheureusement la protection du roi, naguère si dési-

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rable, tournait à son désavantage, par les progrès de l'opposition, dont les membres se donnaient le mot pour faire le vide à son théâtre, en signe de mécontentement ; et, dans le même hiver, le mariage de la princesse Anne, qui épousa Guillaume d'Orange et le suivit sur le continent, priva encore le musicien d'un appui moral et financier très précieux.

Tout se réunissait pour l'accabler. Son bail de Haymarket arrivant à expiration, l'entreprise rivale lui déroba cette salle et le força de chercher un refuge au théâtre de Covent Garden, édifice nouveau où se succédaient toutes sortes de divertissements, entre autres des ballets dansés par M11, Salle et une troupe française. Il;endel se trouva incité par leur présence à développer la partie chorégraphique de ses spectacles, et même à composer la musique d'un ballet. Terpsichore, dont fut accompagnée la représentation de son Pastor ftdo, — nouvelle version d'un texte qu'en 1712 il avait déjà traité à Londres. Pendant la même saison, 1734-1735, il donna ensuite un pastiche, Orestes, formé d'emprunts à ses œuvres précédentes, et deux opéras nouveaux, Ariodante et Alcina, où brillèrent la voix et le talent de Carestini, seul combattant sérieux de sa médiocre petite année de chanteurs.

Des anecdotes souvent reproduites donnent le Ion des rapports de Hœndel avec ses interprètes. Un jour il avait saisi à bras le corps la Cuzzoni et l'avait portée près d'une fenêtre par où il élait prêt à la précipiter, si elle refusait plus longtemps de chanter un certain air

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selon ses indications. « Je sais, lui disait-il, que vous êtes une véritable diablesse, mais je vous ferai voir que je suis Belzebuth, Le chef des diables. » A Carestini, clans une circonstance analogue, il criait : « Chien que vous êtes ! Ne sais-je pas mieux que vous ce qui convient à votre voix "? » Et chaque fois l'événement lui donnait raison, car les morceaux imposés ainsi par son obstination à l'entêtement des chanteurs se trouvaient être ceux qui leur valaient le plus d'applaudissements. Mais avec les jalousies qu'avaient procurées au maître saxon ses succès et son génie, s'accumulaient ainsi les rancunes suscitées par son orgueil et sa rudesse. Les entrepreneurs de « l'Opéra de la noblesse », sacrifiant 10.000 livres pour lui en faire perdre autant, réunissaient dans leur troupe la Cuzzoni, Senesino, Montagnana et Farinelli, le meilleur élève, pour le chant, de Porpora. « Je n'ai point de pitié pour flaendel, écrivait un de ses ennemis, parce que cette mortification pourra faire de lui de nouveau une créature humaine : il n'était plus rien qu'une brute, dans sa manière sauvage de traiter des gens civilisés. »

La meute se croyait tout près de mettre le cerf aux abois D'un élan imprévu, il s'allait redresser fièrement sur un terrain où nul ne saurait l'atteindre.

Pendant le carême de 173-">. entre les représentations d' Ariodante et à'Alcina, Haendel donna sur son théâtre quatorze séances d'oratorios. 11 lit entendre Esther, encore une fois retouchée. Deborah et Athalia, avec, en guise d'intermèdes, des concertos d'orgue, qu'il exécu-

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