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à Westminster, où les musiciens s'arrêtent pieusement devant son monument funèbre, œuvre de Roubiliac, érigé en 1762.
Nous ne nous flattons point d'être parvenu à donner un récit suffisant de cette vie d'artiste, si tourmentée »-t si remplie, non plus que de l'immense et magnifique labeur d'un des génies les plus abondants, les plus souples et les [dus puissants qui aient illuminé le cieJ de la musique. Longtemps il a été traditionnel d'associer à l'éloge de Haendel celui de Bach, et d'établir un parallèle entre ces deux maîtres, nés dans la même année et chez le même peuple, et que l'on se plaisait à appeler, du nom de Castor et Pollux. « les Dioscures ». Goitlés de la même perruque, les deux bustes se « faisaient pendant » : depuis qu'on les regarde mieux, la parenté de leurs âmes semble lointaine, et c'est pour nous avoir légué des trésors différents que nous les unissons dans un sentiment égal d'admiration et de reconnaissance.
S'il était possible, par une comparaison, d'éclairer les traits généraux de la physionomie de Haendel, nous aimerions chercher parmi les peintres la transposition, en un autre langage artistique, de certaines propriétés de son génie: et déjà, tout à coté de lui, dans cette Angleterre qui fut sa patrie d'élection, dont il interpréta les croyances, dont il servit les aoûts et dont il épousa les passions, ne sommes-nous pas frappé des analogies qui rapprochent de lui le grand Josbua Reynolds"? analogies, dans cette merveilleuse faculté évocatrice de la
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vie, qui permettait à l'un, par le jeu des ombres et de la lumière, de donner presque à ses figures l'illusion du mouvement, à l'autre, par le coloris des voix et des instruments, de produire l'impression d'une image visuelle ? analogies, dans cette extraordinaire activité, qui amenait Hœndel à écrire en quinze jours tout un oratorio, et Revnolds à peindre cent vingt portraits en une année ; analogies encore, jusque dans l'étrange faculté qu'ils possédaient tous deux de faire siennes les inventions d'autrui, jusque dans cette habitude de la refonte et du « plagiat », que la raison leur reproche et que le sentiment, vaincu d'admiration, leur pardonne.
Mais c'est à un autre peintre, mieux connu parmi nous, que nous font le plus souvent songer les œuvres de Hœndel : c'est Rubens, en qui s'étaient fondus l'héritage de l'art flamand et les acquisitions de l'art italien, et dont l'œuvre « innombrable » décèle un prodigieux, un « furieux » improvisateur, en même temps qu'un ouvrier accompli et un talent universel ; et lorsque nous entendons la critique louer dans la célèbre Histoire de Marie de Médicis « la grandeur inusitée de l'ensemble, l'invention inépuisable et l'infinie variété des nombreux sujets, ainsi que la merveilleuse exécution de quelques morceaux », il nous semble lire l'éloge d'Israël en Egypte, du Messie, ou de Judas Macchabée ; — de même qu'en voyant Thoré écrire que «devant Rembrandt on se recueille et devant Rubens on s'exalte», nous reconnaissons ce qu'éprouve une âme musicale en présence de Sébastien Bach et de Georges-Frédéric Hœndel.