‹ Haendel, biographie critiqueChapitre 34 sur 38 · H.E.MIEL · texte numérisé non relu

H.E.MIEL

sujet tout chrétien, — une histoire de martyre, que l'on a rapprochée du Polyeucte de Corneille, et par une couleur grave, atténuée, ou, selon le mot de M. Schering, « élégiaque ».

La petite cantate the Choice of Hercules, donnée dans la même saison, fut la dernière production de Hamdel, dans le genre profane.

Pendant l'été de la même année 17o0, il désira revoir son pays natal, où vivaient « d'anciens amis » et sa plus proche parente, une nièce récemment mariée. On sait très peu de chose de ce dernier voyage, auquel on ajoute un but médical, en supposant que le musicien voulait recourir aux eaux d'Aix-la-Chapelle, dont il avait jadis éprouvé toute l'efficacité.

Sa santé s'altérait. Lorsque, de retour à Londres, il se fut mis à la composition d'un nouvel oratorio, Jephta, la réapparition d'anciens troubles mentaux l'obligea d'interrompre durant plusieurs mois son travail. Il assista néanmoins à deux auditions du Messie au Foundling Hospital et improvisa sur l'orgue. Le 30 août, il termina Jephta, son dernier oratorio, suprême et splendide expression de son puissant génie, qu'il lit entendre au public londonien le 26 février 1752. Depuis ce temps, les progrès de la maladie d'yeux dont il était atteint ne lui permirent plus d'écrire, et il se contenta de prendre part comme organiste aux exécutions annuelles de ses grandes partitions, que dirigeait le fidèle Jean Christophe Schmidt. Il jouait de mémoire ses concertos, en y introduisant de longs développements improvisés. Un

jour que l'on donnait Samson, tandis que le ténor Beard chantait l'air : « Total éclipse, no sun, no moon », le public, tout à coup saisi d'une émotion profonde, fit application de ce texte au vieux maître, devenu complètement aveugle, qui se tenait assis à l'orgue. Les témoignages de sympathie qui avaient manqué à la meilleure partie de sa carrière lui arrivaient maintenant de toutes parts. En môme temps, la vogue de ses oratorios ramenait à lui la fortune. Les recettes d'une seule saison s'élevaient à 1.950 livres sterling, et après deux faillites, il se refaisait en douze ans un capital de 20.000 livres sterling (500. 000 francs).

Ses derniers travaux dictés àJ.-C. Smith furent l'adaptation à un texte anglais et le remaniement de son ancienne partition II trionfo del tempo, et diverses additions et retouches à Judas Macchabée, Sa/omo et Susanna.

Par une réaction quelque peu excessive contre les écrivains qui étudiaient Hœndel sous la seule lumière des interprétations bibliques, et qui, peut-être à leur insu, tendaient à faire de lui une manière de « prédicant », d'autres critiques, aujourd'hui, font passer au premier plan le côté purement « humain » de son œuvre, et s'attachent pour ainsi dire à « laïciser » son génie. C'est ainsi que M. Streatfeild, pour assurer que les croyances de Hœndel ne dépassaient pas la philosophie des « hommes sensibles », s'est prévalu d'un propos tenu par le maître, qui se serait félicité « d'habiter un pavs où nulle pression n'est exercée du fait de la religion », — éloge, en vérité, étrangement contredit

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par les lois d'un royaume où les « papistes » et les « non-conformistes » étaient alors, et pour longtemps encore, exclus du Parlement et des fonctions publiques. Le même biographe anglais n'a découvert qu'un svmptôme poétique du « pouvoir d'imagination » de Ilamdel dans d'autres mots, plus significatifs, qui sortenl nettement de la « neutralité » laïque : « J'ai écrit, disait le maître, Y Hallelujah du Messie comme si j'avais vu le Paradis ouvert et le Tout-Puissant en personne. » Nombreuses sont les pages qui relèvent de la même source d'inspiration, jusque dans ceux de ses oratorios où prédominent les formes et l'esprit du théâtre, et rien n'explique autrement que par une pensée religieuse et chrétienne la composition du Messie.

En approchant du terme de sa vie, Haendel donnait à ses croyances une expression plus précise, etl'onremarquait régulièrement sa présence au service, dansl'église Saint-George, Hannover Square. Le 6 avril 1759. au milieu d'une exécution du Messie, il fut pris d'une faiblesse, et, ramené chez lui, dut s'aliter. On approchait de la semaine sainte. « Je voudrais, dit-il, mourir le Vendredi Saint, dans l'espoir de rejoindre mon bon Dieu, mon doux Seigneur et Sauveur, le jour de la Résurrection. » Ce vœu, qui impliquait le plus formel, le plus louchant acte de foi, devait être exaucé : au matin du samedi saint, 14 avril 1759, Haendel déposa son âme aux pieds de son Rédempteur.

Ses funérailles furent célébrées le 20 avril, à huit heures du soir. On l'inhuma dans le « Coin des poêles ».

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