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Ce n'est pas après quelques années d'études, et en quelque deux cents pages que Ton peut donner un aperçu de l'œuvre colossal de Hœndel. Pour bien parler de cette vje, il faudrait une vie ; et celle même du laborieux et enthousiaste Ghrysander, qui lui fut consacrée, a été à peine suffisante. Nous avons fait ce que nous avons pu; que l'on excuse nos fautes! Ce petit livre ne prétend à rien de plus qu'à être une esquisse très sommaire de la vie et de l'esthétique de Haendel. Dans un prochain volume, j'étudierai plus en détail le caractère de Haendel, son œuvre, et son
temps.
Avril igio.
H^NDEl.
La famille Haendel était silésienne d'ori gine\ Le grand-père, Valentin Haendel, était maître chaudronnier à Breslau. Le père, Georges Haendel, fut barbier-chirurgien, attaché au service des armées de Saxe, puis de Suède, puis de l'Empereur, et enfin au service particulier du duc Auguste de Saxe. Il était assez riche, et acheta à Halle, en i665, une belle maison, qui existe encore aujourd'hui. Il se maria deux fois: en 1643, avec la veuve d'un barbier, qui avait dix ans de plus que lui : il en eut six enfants ; — en i683, avec la fille d'un pasteur, qui avait trente ans de moins que lui : il en eut quatre enfants, dont le second fut Georges-Frédéric.
I. L'arbre généalogique des Haendel a été dressé par Karl Eduard Fôrstemann : Georg Friedrich Haendel s Stammbaum, 1844» Breitkopf.
Le nom de Héendel était très commun à Halle, sous des formes diverses [Hendel, Ilendeler, Hàndeler, Hendtler). A l'origine, il voulait dire : marchand. — G. F. Haendel l'écrivait, en italien Hendel, en anglais et en français Handel, en allemand Handel.
4 HiENDEL
Les deux parents étaient de cette bonne souche bourgeoise du xvii^ siècle, qui fut une terre excellente pour le génie et pour la foi. Haendel le chirurgien était un homme d'une stature gigantesque, sérieux, sévère, énergique, strictement attaché au devoir, d'ailleurs bienfaisant et serviable. Son portrait montre une grande figure rasée, qui n'a point l'air de rire souvent : le port de tête est hautain, les yeux moroses ; long nez, bouche volontaire ; de grands cheveux aux boucles blanches tombent sur les épaules ; calotte noire, rabat de dentelle, robe de satin noir : l'aspect d'un parlementaire. — La mère n'était pas de moins solide trempe. De famille pastorale du côté maternel comme du côté paternel, pénétrée de l'esprit de la Bible, elle avait un calme courage, qu'elle montra quand la peste ravagea le pays. Sa sœur et son frère aîné furent emportés par le fléau. Son père fut atteint ; elle refusa de s'éloigner, et resta avec tranquillité. Elle était alors fiancée. — Les deux époux devaient transmettre à leur glorieux fils, à défaut de la beauté qu ils n'avaient point, et dont ils ne s'inquiétaient point, leur santé physique et morale, leur stature, leur intelligence nette et pratique, leur application au travail, le métal indestructible de leur calme volonté.
Georg Friedrich Haendel naquit à Halle, le lundi 23 février i685 \ Son père avait alors soixante-trois ans, sa mère trente-quatre ^
La ville de Halle était dans une situation politique singulière. Elle avait appartenu à l'électeur de Saxe ; puis, les traités de Weslphalie Tattribuèrent à l'électeur de Brandebourg; mais ils en laissèrent au duc Auguste de Saxe l'usufruit, sa vie durant. Après la mort d'Auguste, en 1680, Halle passa définitivement au Brandebourg; et le Grand Électeur vint, en 1681, s'y faire prêter hommage. Haendel naquit donc Prussien. Mais son père était serviteur du duc de Saxe, et il resta en relations avec le fils d'Auguste, Jean-Adolphe, qui avait transporté sa cour, après l'annexion prussienne, dans la ville voisine de Weissenfels. Ainsi, l'enfance de Hœndel se trouva placée entre ces deux foyers intellectuels : la Saxe et la Prusse. Des deux, le plus artistique et d'ailleurs le plus voisin était la Saxe. A Weissenfels avaient émigré, avec le
1. Le mois suivant, naissait à Eisenach, le 21 mars i685, Jean-Sébastien Bach.
2. Des quatre enfants du second mariage, le premier mourut en naissant. Georges-Frédéric eut deux sœurs, l'une de deux ans, l'autre de cinq ans plus jeunes.
duc, la plupart des artistes : c'était là que le génial Heinrich Schiitz était né et était mort*; ce fut là que Haendel trouva son premier appui, et que sa vocation d'enfant fut reconnue.
Les précoces dispositions musicales du petit Georg Friedrich s'étaient heurtées à l'opposition formelle du père ^ L'honnête chirurgien avait plus que de la défiance — une sorte d'aversion pour la profession d'artiste. Ce sentiment était partagé par presque tous les braves gens de l'Allemagne. Le métier de musicien était discrédité par le spectacle peu édifiant qu'avaient donné certains artistes, dans les années relâchées qui suivirent la guerre de Trente Ans^ D'ailleurs, la bourgeoisie allemande du xvii'' siècle n'avait pas de la musique une idée très différente de celle de notre bourgeoisie française du xix^ siècle: c'était pour elle un art d'agrément, non une profession sérieuse. Beaucoup des maîtres d'alors, Schûtz, Rosenmiiller, Kuhnau, furent