‹ HaendelChapitre 26 sur 64 · Purcell avait écrit en 1694 un Te Deiun and Jubilate · texte numérisé non relu

Purcell avait écrit en 1694 un Te Deiun and Jubilate

furent ses premiers grands essais clans le genre monumental.

Hœndel avait réussi à se faire, en dépit des usages, le compositeur officiel de la cour d'Angleterre. Mais ce n'avait pas été sans manquer gravement à ses devoirs envers ses autres maîtres , les princes de Hanovre , au service desquels il était. La situation était extrêmement tendue entre la cousine à héritage et les parents pauvres de Hanovre. La reine Anne les avait pris en grippe ; surtout, elle ne pouvait souffrir l'intelligente duchesse Sophie, elle la faisait chansonner ; et elle s'entendait secrètement avec le prétendant Stuart, qu'elle voulait reconnaître pour héritier. En restant à son service, Hœndel prenait donc parti contre son souverain de Hanovre. Certains de ses historiens ont été jusqu'à prononcer le mot de trahison. C'est l'unique faute de sa vie que son hagiographe, Chrysander, n'excuse point : car elle blesse son patriotisme allemand. Mais, il faut bien le dire : de patriotisme allemand, Haendel n'en avait guère. Il avait la mentalité des grands artistes allemands de son temps, pour qui la patrie, c'était l'art et la foi. Peu lui importait l'État.

Il habitait alors chez des mécènes anglais : — pendanL un an, chez un riche musicomane du

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Surrey, — puis, à Piccadilly, chez le comte de Burlington. 11 y resta trois ans. Pope et Swift étaient familiers de la maison, que Gay a décrite. Haendel s'y faisait entendre, sur l'orgue et le clavecin, devant l'élite de la société londonienne, dont il était fort admiré, à la réserve de Pope, qui n'aimait point la musique. Il écrivait peu 'j.^ laissant vivre, comme au temps de son séjour à Naples, attendant, sans se presser, qu'il se fût pénétré de Tatmosphère anglaise. Hscndel était de ceux qui pouvaient faire trois opéras en deux mois, et puis ne plus rien faire pendant un an. G est le régime du fleuve torrentueux, qui tantôt déborde et tantôt est à sec.

Il attendait aussi la suite des événements. Les héritiers de Hanovre semblaient décidément évincés. La duchesse Sophie mourut, le 7 juin 1714, de chagrin, dit Ghrysander — (et, à vrai dire, aussi d'apoplexie), — convaincue que le Stuart aurait l'héritage convoité. Moins que jamais, Haendel ne soufflait mot de retourner à Hanovre. Mais le hasard déjoua tous les plans. Deux mois après la mort de la duchesse Sophie, la reine Anne mourait sul^itement, le i^^'inai 1714-

I. Il écrivit, dit-oa, pour le petit tliéâtre d'amateurs de Burlington, un opéra, Silla (17 14), dont il reprit le meilleur dans Amadigi. — On peut aussi dater de cette époque un certain nombre des pièces pour clavier, dont le recueil parut en 1720.

Le même jour, dans le désarroi où cet événement inattendu avait mis le parti des Stuarts, George de Hanovre était proclamé par le conseil secret. Le 20 septembre, il arriva à Londres. Le 20 octobre, il était couronné à Westminster. Et Hgendel, tout déconfit, en était pour son Ode à la reine Anne, avec la mortification de se dire que, s'il avait attendu un an, son Te Deiiui eût servi pour l'intronisation de la nouvelle dynastie.

Il faut lui rendre cette justice qu'il ne sembla pas s'émouvoir beaucoup de ce revers de fortune. Il ne se fatigua point à implorer son pardon. Il se remit au travail, et écrivit Aniadigi. C'était encore la meilleure façon de plaider sa cause. Le roi George \" de Hanovre avait bien des défauts ; mais il avait une grande qualité : il aimait sincèrement la musique, et cette passion était partagée autour de lui par beaucoup de personnages plus ou moins recommandables de sa cour. La musique a été de tout temps pour l'Allemagne la fontaine où les cœurs souillés se purifient, la rédemption des petites bassesses de la vie quotidienne. Quoi que le roi George put penser de Htendel, il ne pouvait le punir, sans se punir soimême. Après le succès du charmant Aniadigi, joué pour la première fois le 25 mai 171 5, il n'eut pas le courage de garder rancune plus

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longtemps à son musicien. Ils se réconcilièrent*.

Haendel recouvra son traitement de A'^û'/?eZZmeis^e/*

de Hanovre, en attendant qu'il devînt maître de

musique des petites princesses ; et lorsque le Roi

alla à Hanovre, en juillet 171 6, Haendel fut du

voyage.

Ce n'est pas qu'il ait eu beaucoup d'occupation à la cour. Le Roi était pris par les affaires et par la chasse. Il ne trouvait même pas le temps de s'inquiéter de son vieux serviteur Leibniz, qui mourut à Hanovre, le i4 novembre 1716, sans que personne à la cour y prît garde. Haendel profita des loisirs qui lui étaient faits pour se retremper dans l'art allemand.

Il y avait alors en Allemagne une mode des Passions musicales. C'était un courant religieux et théâtral à la fois. On y pouvait démêler l'influence du piétisme et celle de l'opéra.

I. La légende raconte que Haendel composa, en août I7i5, la fameuse Water Musick (musique sur l'eau), pour regagner la faveur du Roi. Installé dans une barque avec un orchestre, il aurait fait exécuter son œuvre pendant une promenade de George P'' sur la Tamise ; et le Roi, enchanté, aurait rendu à Hœndel son amitié. — Mais il semble bien que la Water Musick soit postérieure, de deux ans, au retour en grâce de Haendel ; et la scène, placée le 22 août 171 5 par Chrysander, dans son premier volume, — en octobre I7i5, par Fischer [Miisik inHannover), — est reportée par Chrysander, dans son troisième volume, au 17 juillet 1717, avec une citation d un journal du temps, qui ne semble pas d'ailleurs décisive. Quoi qu'il en soit, l'œuvre est de cette époque, et la première impression en parut vers 1720.

Keiser, Telemann, Mattheson écrivaient à Hambourg des Passions qui faisaient grand bruit*, sur un texte fameux du sénateur Brockes. A leur exemple, peut-être pour se mesurer avec ces hommes qui tous trois avaient été ses rivaux ou ses amis"", Haendel reprit le même texte, et écrivit, lui aussi, en 17 16, une Passion nach Brockes.

Cette œuvre puissante et disparate, où le mauvais goût et le sublime se coudoient, où la préciosité et l'emphase se mêlent à l'art le plus

1. Keiser, le premier, en 1712 : Der fïir die Siïnden der Welt gemarterte und sterbende Jésus..., etc. {Jésits martyrisé et mourant pour les péchés du monde). — Puis, Telemann, en 1716, quelques mois avant l'arrivée de Hœndel. Et peu après, Mattheson. — La Passion de Hœudel fut exécutée pour la première fois, à Hambourg, pendant le carême 1717, lorsque Haendel était déjà revenu en Angleterre. Les quatre Passions de Keiser, Telemann, Mattheson et Haendel furent données en 1719 au Uom de Hambourg, Mattheson étant cantor.

2. Hœndel et Mattheson échangèrent alors quelques lettres. Mattheson venait d'engager une polémique musicale avec l'organiste et théoricien Buttstedt ; il éprouvait le besoin de s'appuyer sur les autorités de la musique allemande. Il leur adressa un questionnaire pour une enquête (sur les modes grecs, sur la solmisation, etc.). Haendel, pressé de questions, répondit, tardivement, en 1719 ; il donnait raison à Mattheson, moderniste déclaré, contre les partisans des modes anciens. Mattheson lui demandait aussi des détails sur sa vie, afin de les faire figurer dans un Dictionnaire biographique, qu'il projetait. Haendel se récusa, faute du recueillement nécessaire ; il promit seulement, d'une façon vague, de « repasser plus tard les Epoques principales qu'il avait eues dans le cours de sa Profession ». — Mais Mattheson ne parvint jamais à en rien tirer de plus.

profond elle plus sobre, — (œuvre que J -S. Bach connut bien et dont il s'est ressouvenu), — fut pour Htendel une expérience décisive. Il sentit, en l'écrivant, tout ce qui le séparait de l'art piétiste allemand; et, de retour en Angleterre % il écrivit les Psaumes et EstJier.

Ce fut l'époque capitale de sa vie. Entre 17 17 et 1720, tandis qu'il était au service du duc de Ghandos'jil prit pleine conscience de sa personnalité, et créa un style nouveau en musique et au théâtre.

I. A la fin de 1716. Au cours de ce voyage en Allemagne, où il avait secouru la veuve de son maître Zachow, tombée dans la misère, il ramena d'Anspach un vieil ami d'Université, Johann Christoph Schmidt, qui faisait le commerce des lainages, et qui laissa tout, fortune, femme et enfant, pour le suivre à Londres. Schmidt resta attaché toute sa vie à Hsendel, soccupant de ses affaires, recopiant ses manuscrits, ayant la garde de sa musique; et après lui, son fils Schmidt (ou Smith) junior reprit la même place, avec le même dévouement. E.xeraple frappant de la force d'attraction que Hœndel pouvait exercer.

1. Le duc de Chandos était un Crésus, enrichi dans sa charge de trésorier-payeur général des armées, sous la reine Anne, et dans les spéculations de la Compagnie des mers du Sud. Il s'était fait bâtir un magnifique château à Canons, à quelques milles de Londres. Il y menait le train d'un petit prince, entouré d'une garde de cent soldats suisses. L ostentation de son faste prêtait au ridicule. Pope ne s'est pas fait faute de le railler.

Les A/Uhenis (ou Psaumes) Cliaiuios ' sont, pour les oratorios de Ha?ndel, ce que ses Cantates italiennes sont pour ses opéras : de splendides esquisses, des morceaux d'épopées. Dans ces cantates religieuses, écrites pour la chapelle du duc, HiXîndel donne la première place aux chœurs : ils sont la voix même de la Bihle qui chante, — voix virile, héroïque, dégagée des commentaires et des effusions sentimentales dont l'avait aft'adie la piété allemande. C'est déjà Tesprit et le style d'Israël en Egypte, les grandes lignes monumentales, le souffle populaire.

Il n'y avait qu'un pas à faire pour passer de ces épopées bibliques au drame. Ilaendel le fit avec Esthei\ qui, sous sa première forme, était intitulée : H aman and Moj'decai, a masque [Aman et Mardochée, masque '). Il est possible qu'à la

1. Les Anthems tiennent trois volumes de la grande édition Haendel. Le troisième est réservé à des œuvres postérieures à l'époque dont nous nous occupons ici. Les deux premiers contiennent 11 Anthems Chandos, dont deux en double, et un en triple version.

Hteudel écrivit, dans le même temps, trois Te Deiiin.

2. On sait que les Masques étaient des compositions profanes, très à la mode en Angleterre, au temps des Stuarts ; ils étaient en partie joués et dansés comme pièces de théâtre, en partie chantés, comme morceaux de concert. — (Voir Paul Reyher : Les Masques anglais, Paris, 1909.)

Hœndel reprit son Esther, en 1732, et la remania. La première Esther est en une seule partie, qui comprend six scènes. La seconde Esther est en trois actes, précédés et terminés chacun par de grands chœurs à l'antique. — On a quelquefois prétendu que le poème était de Pope.

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première exécution, chez le duc de Chandos, le 29 août 1720, l'œuvre ait été représentée sur la scène. C^'est en tout cas une des plus grandes tragédies à l'antique qui ait été écrite depuis les Grecs. — Comme si elle avait ramené l'esprit de Hgendel vers l'idéal hellénique, il composa presque en même temps la tragédie pastorale Acis and Galatea^ à laquelle il donnait aussi le nom de masque^ et qui n'était pas dégagée de toute idée de théâtre en liberté. Ce petit chefd'œuvre de poésie- et de musique, où se déroulent les tableaux riants et élégiaques de la belle légende sicilienne, est d'une perfection classique, que riaendel n'a jamais dépassée.

Esther et Acis témoignaient du désir qu'avait Hfiendel de mettre au service de l'action dramatique toutes les puissances de la musique chorale et symphonique. Même dans ces deux œuvres, qui ouvraient sans qu'il s'en doutât la voie de ses futurs oratorios, ce n'était pas l'oratorio qui était son but, c'était l'opéra. Toujours il fut attiré par le théâtre ; et seule une succes-

I. Lors de la reprise de l'œuvre, en 1733, on la nomma même : English opéra.

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