‹ HaendelChapitre 39 sur 64 · L'ESTHÉTIQUE · texte numérisé non relu

L'ESTHÉTIQUE

à propos d'une récente exécution de Samson à Leipzig, « aucun maître, autant que HtTpndel, n'a besoin, pour être bien compris, d'être exécuté et bien exécuté. On peut étudier J.-S. Bach chez soi, et en avoir une jouissance plus grande qu'à un bon concert. Qui n'a jamais entendu bien exécuter Haendel peut difficilement se douter de ce qu'il est. » Or, les bonnes exécutions de Haendel sont excessivement rares. Le sens intime de ses œuvres a été faussé, dans le siècle qui a suivi sa mort, par l'interprétation anglaise, fortifiée en Allemagne par celle de Mendelssohn et de son école innombrable. Par une exclusion et un mépris systématiques de tous les opéras de Hœndel, par une élimination de presque tous les oratorios dramatiques (les plus puissants et les plus neufs), par un choix étroit se restreignant de plus en plus à quatre ou cinq oratorios, et, dans ces oratorios, donnant une suprématie exagérée au Messie. — par l'interprétation enfin de ces quelques œuvres et notamment de ce Messie, exécutés d'une façon pompeuse et guindée avec un orchestre et des chœurs trop nombreux et mal équilibrés, avec des chanteurs corrects et pieux, mais sans aucune passion et sans aucune intimité, — il s'était établi cette légende que Ha?ndel était un musicien d'église à la Louis XIY, tout en décor, avec de pompeuses

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colonnades, des statues nobles et froides, des peintures à la Lebrun. Rien de surprenant à ce que de cet œuvre réduit à une poignée d'œuvres exécutées suivant de tels principes, il se dégageât un ennui monumental, pareil à celui que nous inspirent les Alexandre à perruque et les Christ bien pensants de Lebrun.

Il faut en revenir : Hccndel n'a jamais été un musicien d'église; et il n'a presque jamais écrit pour l'église. A part ses Psaumes el ses TeDeum, composés pour des chapelles seigneuriales ou pour des occasions exceptionnelles, il n'a écrit que de la musique instrumentale pour des concerts ou des fêtes en plein air, des opéras, et ce qu'on nomme des « oratorios », qui tous furent écrits pour le théâtre. Les premiers qu'il composa furent réellement joués : Acis et Galatée, en mai lySa, au théâtre Haymarket, avec machines, décors et costumes, sous le titre de Eiiglish Pastoral Opéra, — Esther, en février 1^32, à y Académie cV ancienne masique, à la façon d'une tragédie antique, le chœur étant placé entre la scène et l'orchestre. Et, par la suite, si Haendel s'abstint résolument de la représentation théâtrale ' — qui seule mettrait en pleine

I. Il y a tout lieu de croire que ce ne fut pas de son plein gré. En 1732, quand la princesse Anna souhaitait de taire représenter Esther à l'Opéra, l'archevêque D'' Gibson s'y

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valeur certaines scènes, comme l'orgie et la vision de Belsazar, expressément conçues pour le jeu des acteurs, — en revanche, il s'obstina toujours, contre toute opposition, à faire jouer ses oratorios au théâtre, et non pas à l'église. Cependant, il n'eût pas manqué d'églises, au moins chez les dissidents, pour y donner ses oeuvres ; et, en ne le faisant point, il déchaînait contre lui l'opinion des gens religieux qui trouvaient sacrilège de porter des sujets pieux sur la scène *. Mais il tenait à affirmer qu'il n'écrivait point là des compositions d'église, mais des œuvres de théâtre, — de théâtre en liberté".

Ce caractère, nettement dramatique, de l'œuvre de Haendel a été bien compris par les historiens allemands qui l'ont étudié, dans ces dernières années. Chrysander le compare à Shakespeare^. M. Kretzschmar l'appelle un réformateur du drame musical. M. Volbach et M. A. Heuss

opposa ; et ce fut faute de mieux qu'on donna l'œuvre en concert.

1. Une lettre anonyme, publiée dans le London Daibj Post. en avril 1739, à propos d'Israël en Egypte, défend Ha»ndel contre l'opposition bigote, qui était alors très violente. L'écrivain proteste « que la représentation à laquelle ou assiste est la plus noble façon d'honorer Dieu... Ce n'est pas la maison qui sanctilie la prière, c est la prière qui sanctifie la maison. »

2. N'a-t-il pas intitulé lui-même Joseph, « a sacred Draina », et Hercules, « a inusicnl Draina » ?

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