‹ Hagiographie du diocèse d'Amiens (volume 2)Chapitre 10 sur 65 · HOWRÉ, iYt^V^ p'aMIENS · texte numérisé non relu

HOWRÉ, iYt^V^ p'aMIENS

Soissonnais, c'était S. Ludard qui excerça, au VHP siècle, à Soissons, la profession de boulanger ; en Flandre, c'était S. Aubert, évêque de Cambrai, parce qu'un boulanger fut guéri par son intercession; ailleurs, c'était S. Michel.

S, Honoré a donné son nom à un village de Farroadissement de Dieppe, dont l'église a pour patrons S. Honoré et S. Firmin. Il y existe, sous leur vocable, une ancienne confrérie que le Pape Urbain VIII a enrichie de norjabreuses indulgences *.

Cinq autres localités en France portent ce même nom; mais nous ignorons si elles doivent leur vocable à notre saint évêque ou à un autre saint du même nom.

Une église fondée à Blois, au XIIP siècle, était sous le vocable de S. Honoré. Elle a été détruite en 1793 et a laissé son nom à la rue de Blois où s'élevait ce monument *.

Un des plus anciens collèges de Paris, fondé vers la fin du XII* siècle, portait le nom de bons enfants sainct Honoré. C'était une école d'enfants pauvres qui recouraient à la charité publique, comme nous l'apprend le Dit des crieries de Farts :

Les bons enfans orrez crier Du pain ! n'es vetiil pas oublier.

L'église construite en 1866, au faubourg de Beauvais, fut destinée à remplacer la chapelle vicariale du même nom, que M. Dufresne, curé de Saint-Remi, avait fait ériger len 1663, pour servir de secours à sa paroisse, et qui fut démolie en 1868.

Nos anciens Pouillés indiquent une chapelle de S. Honoré, au Quesnoy, près de Puchevillers, et deux chapellenies du même titre à l'église collégiale de Nesle.

S. Honoré est le patron de Bouzaincourt (Albert), Cagny, Port-le-Grand et de la chapelle castrale deTronville; de Verneuil (Oise), de Grecques (Pas-de-Calais) et de

* Cochet, les Églises de V arrondissement de Dieppe, p. 377« ' Note de M, Dupré, bibliothécaire à Blois.

72 s. HONORÉ, ÉVÊQUB D*AMIENS.

Molliensen-Beauvoisis (ancien doyenné de Grandvilliers); c'est aussi sous son vocable qu'étaient placés le couvent des Chartreux d'Abbeville et l'ancienne Léproserie de Le- Bec-Crépin, dans le pays de Caux.

Deux rues du faubourg de Beau vais, à Amiens, une rue de Versailles, une de Blois, deux de Paris sont désignées sous le nom de S. Honoré ; celle où était situé le collège des Bons Enfants, dont nous avons parié plus haut, s'appelait primitivement rue aux Écoliers-Saint-Honoré.

Mentionnons, en terminant, un ancien proverbe horticole :

A saint HoDoré les pois verds.

ICONOGRAPHIE

On représente ordinairement S. Honoré revêtu de ses habits pontificaux et tenant une pelle à four sur laquelle sont trois pains, ou bien portant un calice au-dessus duquel apparaît la main divine.

Le tympan du portail de la Vierge dorée, à la cathédrale d'Amiens, est consacré tout entier à l'histoire de notre saint évéque. Cette magnifique page iconographique ayant été parfaitement interprétée par MM. les chanoines Du val et Jourdain \ nous nous bornerons ici à quelques indications sommaires.

La statue de S. Honoré qui se trouve aujourd'hui au portail de S. Firmin-le-Confesseur occupait probablement jadis la place actuelle de là Vierge dorée, qui est postérieure d'un siècle à l'ensemble du portail de ce nom. Dans les latéraux, on voit figurer S. Riquier, en raison de sa prétendue parenté avec S. Honoré, et le saint prêtre Lupicin, qui découvrit les reliques de S. Fuscien. Voici quels sont les sujets sculptés aux cinq étages du tympan :

* Rapport à M, le préfet sur le portail de la Vierge dorée^ t. VI de« Mém. de la Soc, des Ant. de Picardie.

s. HONORÉ, ÉVÉQUE D AMIENS. 73

1*' étage, — Douze personnages. MM. Duval et Jourdain pensent que ce sont onze apôtres et 8. Honoré. « Au lieu de nous montrer la naissance temporelle du Saint et de nous dire le noble rang qu'il tient de ses ancêtres, l'artiste du XIIP siècle se serait plu à nous faire suivre la filiation spirituelle de son héros, engendré des apôtres comme ceux-ci de Jésus-Christ, comme Jésus-Christ de Dieu, en sorte qu'on exprimerait toute la pensée du groupe en lui donnant pour titre le mot que S. Luc dit de S. Mathias, après son élection : Et annumeraius est cum duodecim apostolis, — Et il fut mis au nombre des douze apôtres '. »

2* étage. — Pour vaincre les résistances d'Honoré à l'épiscopat, une effusion d'huile sainte descend du ciel et le consacre évéque. — A droite, S. Honoré, célébrant les saints mystères, entend nciiraculeusement la voix de S. Lupicin qui vient de découvrir les reliques de S. Fuscien.

3" étage, — S. Honoré reçoit la communion de la main de Dieu ; — un aveugle est guéri en s'essuyant les yeux avec une nappe d'autel.

4^ étage. — Procession des reliques de S. Honoré en l'an

5'' étage. — Miracle du crucifix s'inclinant au passage des reliques de S. Honoré.

L'ancien autel de |a chapelle Saint- Honoré offrait un bas-relief doré dont les sculptures étaient interprétées par les rimes suivantes qui sont consignées dans les Épitaphes de Picardie *.

Ung poure ladre tout infect L'église visitant Se trouva guari par TcfTect Du Sainct quil cstoit suppliant.

* M. Dusevel voit dans ces personnages < les douze jeunes romains qui évangélisèrent les Gaules. » Notice sur la cathédrale d'Amiens, p. 25.

* Mss. de laBibl. nat., t. xiii, f* 37.

74 s. HONORÉ, ÉVÊQUE d'aMIENS.

Un marescbal poure, affolé D'uDg piez sani aiilcune faice Par le bon Sainct fut consolé.

Par quoy a Dieu il rendit grâce *.

Un berger possédé du diable En Somme se voloil noyer Mais sninct Honoré, père affable^ Fit de luy ce diable en aller.

Une femme a?euglc prie Touchant des yeux le parement Ou gist le corps sainct, fut guarie Et trouTa brief allégement.

Un rétable d'autel, à l'église du Crotoy, représente le sacre de S. Honoré et l'élévation qu'il fit des corps de S. Fuscien, S. Victoric et S. Gentien. M. Oswald Maqueron m'a dit avoir de fortes raisons de croire que ce remarquable morceau provient de l'ancien couvent des Carmes d'Abbeville.

On voit, à notre cathédrale, la statue de S. Honoré au fronton du portail de la Vierge dorée, au portail de Saint- Firmin-le-Confesseur et dans une chapelle dédiée à S. Honoré (œuvre de Vimeu) ; autres statues à Saint-Vulfran d'Abbeville et à Saint-Riquier, où un écusson porte des ustensiles de boulangerie. Aux Ursulines d'Abbeville, une admirable peinture sur bois du XV* siècle représente S. Honoré, avec cinq médaillons en grisaille consacrés aux principales scènes de sa vie.

S. Honoré est figuré dans un émail de Noël Laudm de Limoges; dans trois tableaux, l'un à l'église de Sains, l'autre à la chapelle de l'Évéché, le dernier, œuvre de M. Letellier, dans l'église de Port.

Des verrières liii sont consacrées dans la chapelle de Sainte-Theudosie, à Saint-Honoré d'Amiens, à Villers-Bretonneux et à Saint-Nicolas de Bapaume.

} Nous n'avons trouvé nulle part ailleurs Tindication de ces deux miracles.

s. HONORÉ, ÉVÊQUE D'aMIENS. 75

Le sceau des anciens évêques d'Amiens, ainsi que les armes de l'abbaye de Saint-Acheul, nous montrent un bras sortant d'une nue : c'est une allusion au miracle par lequel Dieu administra la sainte-communion à S. Honoré, alors qu'il célébrait la messe de Pâques.

Les méreaux de beaucoup de corporations de boulangers nous montrent S. Honoré tenant la crosse de la main gauche et un pain de la main droite. M. Forgeais qui en a publié trois {Plombs historiés^ 1. 1), attribue aussi à S. Honoré un plomb du Xy« siècle, où l'on voit un évéque assis près d'une colonne, avec cette légende : onri. Le syndicat de la communauté des boulangers de Paris a fait frapper un jeton d'argent où Ton voit, d'un côté, S. Honoré avec sa pelle; de l'autre, l'effigie de Louis XVIII.

Nous avons déjà dit quelques mots d'une grande image coloriée imprimée à Metz par Gangel. Le Saint, revêtu de ses habits pontificaux, tient sa crosse de la main droite, et, de la gauche , une pelle ovale de boulanger. Il repose sur des nuages d'où émerge, de chaque côté, un ange tenant une guirlande. Dans les angles supérieurs on voit, à gauche, un garçon meunier conduisant au moulin un mulet chargé d'un sac de froment; à droite, deux moissonneurs qui battent une botte de blé à l'ombre d'un arbre. Le soubassement représente un atelier de boulangerie où se trouvent un pétrisseur, un enfourneur, un rouleur de pâte pour petits pains, un homme qui porte les pains à peser, enfin un peseur en face d'une grande balance.

La légende contient non seulement l'erreur que nous avons relevée plus haut, mais elle fait naître S. Honoré à Port, arrondissement de Bayeux^ et dit qu'il monta sur le siège d'Amiens en 650. Une autre image provenant de la même fabrique, mais d'un dessin bien supérieur, nous montre S.' Honoré indiquant du geste une ville à l'arrière plan. Une femme, portant des pains ronds, se dirige de ce côté ; de l'autre, un boulanger enfourne un pain dans un four qu'abrite un auvent. L'image est accompagnée dun cantique dont les vers sont encore inférieurs à ceux que nous avons cités plus haut. (Communication de M. Gabriel Rembault).

76 s. HONORÉ, ÉVÊQUE d'aMIENS.

Parmi les œuvres disparues, nous nous bornerons à mentionner une grande statue qui se trouvait dans le chœur de l'église Saint-Firmin-le-Confesseur et une autre statue sculptée par Blasset qui décorait l'église des Minimes d'Amiens.

BIBLIOGRAPHIE

Un chanoine d'Amiens a composé vers la fin du XP siècle une Vie de S. Honoré, d'après d'anciens manuscrits et les légendaires d'Amiens. On ne saurait accorder une confiance complète à cet écrit rédigé cinq siècles après la mort de S. Honoré. Henschenius qui l'a publié (t. m, maii, p. 612) y a ajouté en Appendix^ un fragment de sermon où l'évêque Richard de Gerberoy raconte deux miracles dont il a été témoin, et quelques lignes relatives à la fondation de l'église Saint-Honoré de Çaris.

La Bibliothèque d'Amiens possède un manuscrit de Nerlande, intitulé : Dissertation sur le temps de la vie y de Vépiscopat et de la mort de S. Honoré, C'est un travail qui ne manque pas d'érudition, mais où abondent les erreurs, et dont la diffusion dépasse tout ce que le XVII P siècle se permettait en fait de prolixité. L'auteur, qui a dédié son œuvre à Mgr de la Motte, s'écarte à chaque instant de son sujet pour disserter sur les antipodes, sur sainte Austreberte, sur les comtes de Ponthieu, sur la géographie locale, etc.

M. Dupré, conservateur de la Bibliothèque de Blois, a publié dans le tome VIII des Bulletins de la Société des Antiquaires de Picardie^ une Vie de S, Honoré d'après un manvscrit des Archives de Loir-et-Cher, Cette légende du XVP siècle, dont nous avons reproduit une bonne partie, paraît être une traduction de l'un des textes qui ont servi aux Bollandistes pour la rédaction de leur savant travail.

Outre ces documents et les ouvrages de V. de Beauvillé, l'abbé Cochet, du P. Cahier, de Dubreuil, Duval et Jourdain," Dusevel, Gautier, Gruytrode, Goze, Hariulfe, P.

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Ignace, Louandre, Malbrancq, Masinus, Prarond, Pages, A. Thierry, etc., cités dans les notes, dous avons consulté :

Manuscrits : Recueil de pièces concernant le Chapitre d'Amiens^ n° 517. — Anciens Bréviaires conservés à la Bibl. nat. et à celle d'Amiens. — De Court, Mémoires chronoL I, 76; II, 671, 112. — Collection de Dom Grenier, tomes Lxvi et xivc. — Notes de Machart, t. i, pages 71, 279 ; t. III, p. 112. — Communications de MM. Farcy, curé de Canchy ; Poiret, curé de Port; Gabriel Rembault, etThuillier, curé de Favières.

Imprimés : Vita S, Salvii^ n° 7, ap. Boll. xi jan. — Récit de [invention des reliques des SS. Fuscien^ Victoric et Gentien^ texte publié par M. Salmon dans le tome xviii des Mém. de la Soc. desAnt. de Picardie. — Le Cointe, Annal. eccL^ ii, ad. ann. 580, n. 19. — Gallia Christ, x, 1159. — Hist. litter, de la France, viii. — La Morlière, Antiq. d'Amiens^ 36, 189, 236. — Daire, Hist. d* Amiens, i, 135, 200; ii, 9, 134, 269. — De Sachy, Hist. des évêques d'Amiens, 49. — Salmon, Vies des SS. Fuscien, Victoric et Gentien, et un article inséré dans la Foi Picarde, 1867, page 526. — Recueils hagiographiques de Baillet, Proust, Giry, Croizet, Gazet, BARTHÉLEii£y, ctc. — Bréviaires d'Amiens.

s. INGAUD

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