‹ Hagiographie du diocèse d'Amiens (volume 2)Chapitre 3 sur 65 · MOINE DE CORBIE, ÉYÊQUE DE BEAUVAIS · texte numérisé non relu

MOINE DE CORBIE, ÉYÊQUE DE BEAUVAIS

8 Décembre. — f 844.

Hildeman *, né à Beau vais, renonça de bonne heure aux avantages que lui promettait la richesse de son patrimoine, et se consacra à la vîe monastique dans la célèbre abbaye de Corbie. Là, sous la direction d'Adélard, il étudia les lettres sacrées et profanes, en même temps que Paschase Kadbert, Katramne, Odon, Warin, qui devaient tous obtenir un rang distingué dans les annales de rÉglise. Hildeman s'habitua dès lors à ne point perdre une seule minute de son temps, qu'il partageait entre la prière et l'étude. Sa douceur et sa modestie le faisaient aimer de tous ses confrères et surtout d'Adélard, qui appréciait en lui la ponctua-

* Hildemanus, Hildemannus ; — Hildemcmne^ Hildemane^ Adelman, — Ce nom vient peut-être du saxon Chil, enfant, et mann, homme.

2 s. HILDEMAN, ÉVÊQUE DE BEAUVA1S.

lité de Tobéissance et la maturité de Tesprit. Le saint abbé de Corbi^ donna à Hildeman un témoignage solennel de son estime, en le signalant à l'Eglise de Beauvais, comme digne d'en occuper le siège, devenu vacant par la mort de Raimbert. Le choix unanime du clergé et du peuple de Beauvais ayant été bientôt ratifié par Louis le Débonnaire, le disciple d'Adélard prit possession du siège de S. Lucien, vers Tan 821.

Le nouvel évêque ne devait pas longtemps profiter des sages conseils que lui prodiguait Adélard. Vers la fin de Tan 825, Fabbé de Corbie tomba gravement malade; Hildeman s'empressa alors d'aller lui donner les dernières consolations de l'amitié. Il l'entretenait des destinées futures qui faisaient le sujet de leurs constantes aspirations, adoucissant ainsi les regrets d'une prochaine séparation. Après avoir administré à Adélard le sacrement de l'Extrême-Onction , en présence de toute la communauté, il lui ferma les yeux et l'ensevelit de ses propres mains *. Ce fut probablement lui qui composa l'èpitaphe qu'on inscrivit sur le tombeau du neveu de Pépin le Bref.

Hildeman assista en 829 au sixième Concile de Paris où étaient convoqués les évoques des provinces de Eeims, de Sens, de Tours et de Rouen. On s'y occupa spécialement des droits respectifs des rois et des évêques, des devoirs de l'épiscopat et de la nécessité des conciles provinciaux. La réputation d'Hildeman, dont la vie était un modèle accompli de sainteté, le fit choisir par ses collègues pour

* Paschase Radbert, Vita S. Adhelardi^ apud Boll. 2 janv.

s. HILDEMAN, ÉVÊQUE DE BEAUVAIS. 3

aller, de concert avec quelques autres évêques, rétablir la régularité monastique dans Tabbaye de Saint-Denis. Il contribua à faire revivre la règle dans ce célèbre monastère, menacé un instant d'une complète décadence.

Quelques années plus tard, Hildeman s'acquitta avec le même succès d'une autre mission dont le chargea Louis le Débonnaire. Investi des fonctions de Missus dominiciis, il se rendit dans la province du Maine, où il apaisa un conflit territorial qui s'était élevé entre Aldric, évoque du Mans, et un seigneur du pays, nommé Hirembert '.

Un autre témoignage d'estime lui fut donné par le célèbre Anségise, abbé de Fontenelle, qui, par son testament daté de 831, le chargea d'exécuter ses volontés mortuaires. Parmi les 53 légataires de cette donation, représentant une somme de 3,276 livres 9 sous 5 deniers^, on voit figurer les abbayes de Saint-Lucien, de Saint-Germer, de Saint-Valery, de Saint-Eiquier , de Corbie, de Saint-Sauve de Montreuil, de Saint-Crépin de Soissons, etc. Les chanoines de Beauvais y sont compris pour une livre, les pauvres du diocèse pour dix livres. Une somme , importante alors , de 824 livres 5 sous 5 deniers, était laissée à la libre disposition d'Hildeman qui, pour la distribuer, devait s'adjoindre un moine et deux laïques ^.

1 Diplom, Ludov. pii. — Delettre, Hist. du dioc. de Beauvais, I, 327.

* La livre d'argent de cette époque équivalait à 563 francs de monnaie actuelle, Guérard, PolypUque de Vahbé Irminon, p. -158,

' Mabillon, Annal, hened. Il, 540.

4 s. HILDEMAN, ÉVÊQUE DE BEAUVAIS.

On sait qu'Ebbôn, archevêque de Eeims, prenant parti pour Lothaire, fit déposer Louis le Débonnaire, en 833, à TAssemblée de Compiègne, et que TAssemblée de Saint-Denis rétablit sur son trône l'infortuné monarque. Hildeman partagea la disgrâce de son métropolitain. Cette accusation n'était fondée que sur les rapports purement hiérarchiques que l'évêque de Beauvais entretenait avec l'archevêque de Eeims. Eien ne prouve qu'il ait assisté à l'Assemblée séditieuse de Compiègne, ni surtout qu'il y ait pris parti contre le roi. Il n'en fut pas moins arrêté et conduit prisonnier à Tabbaye de Saint-Vaast d'Arras. Mais son innocence fut proclamée au concile de Thionville, assemblé au commencement du carême de l'an 835, et sa conduite fut trouvée tellement irréprochable que le roi et les évêques se l'associèrent pour juger la cause d'Ebbon. Hildeman, comme tous les autres évêques présents, signa l'acte de déposition de l'archevêque de Eeims.

a Malgré sa justification à Thionville, dit M. E. de la Fontaine ', Hildeman participa, nous le pensons, à l'élévation de Lothaire. Il est permis d'avoir cette conviction lorsqu'on voit ce même évêque applaudir, en 840 environ, au rétablissement d'Ebbon. Màbillon a établi sa coopération dans ce dernier acte. »

Màbillon, en eflet, à deux reprises différentes ^, a accusé Hildeman de s'être montré favorable à la

i Hist, de Beauvais, I, 260.

* Acfa SS. Ord. S. Ben. V. 597, et Annal, bened. II, 670.

s. HILDEMAN, ÉVÊQUE DE BEAUVAIS. 5

réintégration de Tévêque conspirateur; mais il s'en est trop facilement rapporté au témoignage mensonger qu'Ebbon se rend à lui-même dans son Apologie * . Quand Charles le Chauve succéda à Louis le Débonnaire, en 840, Ebbon obtint de Lothaire un décret qui le rétablissait sur son siège. Mais cela ne suffisait point à Ebbon : « Ayant été déposé par un Concile, dit M. Delettre ^, il ne pouvait être réhabilité que par un autre concile ; Lothaire, voulant ne point laisser son œuvre imparfaite, convoque en assemblée synodale un certain nombre d'évêques de ses États et en obtient une sentence favorable à son protégé. Ebbon, muni de cette pièce, rentre en France et prend de nouveau en main l'administration de l'Église de Keims. Afin de rétablir son autorité, il fait valoir des lettres signées par les évêques de Soissons, Beauvais, Senlis, Amiens, Noyon et Thérouanne, qui approuvent sa réhabilitation. Il parvint par ce moyen à vaincre les résistances et à se maintenir durant un an sur le siège de la métropole, remplissant comme auparavant toutes les fonctions épiscppales. Mais bientôt force lui fut de reprendre le chemin de l'exil, et, quelques années après, au concile de Soissons, on reconnut que les lettres attribuées aux évêques suffragants de la métropole pour son rétablissement présentaient tous les caractères de la fausseté et de l'imposture. Immon, évêque de Noyon, dont ces lettres portaient la signature, déclara en plein

1 Spicileg. VII, p. 176.

• Hist. du diocèse de Betumçiis^ I, 334.

Arras. — Typographie A. Planque et C.

DU

L'ARBK r (JOK'BI.Kl

Chanoine honoraire et Ilisturiographe <iu Diouèse irAniiun.s

CheTalterde la Légion d'Honaeiir

Officier d'Académie

Directeur-Fondateur de la Rbtuk de l'Art (^rrâtirm et du Dimamcbb

Cotre.'^iiondant dn Ministère de l'Instmction publique «t d« la Société des Antiquaires de France

Membre de l'Institut des Provinces de la Société des Antiquairen de Picardie

etc. etc.

TOHE TROISIÈIE

l^\RIs

J.-B. DUMOULIN, LIBRAIRE 13, Quai des Au{ni8lms

AMIKNS

PRÈVOST-ALLO, LIBRAIRE 3i, P.uo DeUmbre

Page 1