LÉGENDES POPULAIRES
Un certain nombre de villages qui portent le nom de Saint-Quentin ou dont l'église est dédiée à ce Martyr attribuent cette appellation au passage de S. Quentin sur leur territoire. Celte croyance s'est perpétuée au hameau de Saint-Quentin, près de Sougé-sur-Braye ( Loir-et- Cher).
M. FI. Lefils [Hist, de Saint-Valery) mentionne la tradition qui fait prêcher S. Quentin dans le Vimeu, où ce souvenir aurait été conservé par le nom de Saint-Quentin La Motte, qu'on appelle aujourd'hui Croix-au-Bailly.
A Salouel, où se trouve une fontaine de S. Quentin, on montre dans le cimetière l'endroit où aurait prêché le martyr du Vermandois.
S. Quentin, en allant d'Amiens à Augmta, passa par Bayonvillers. Là, une brave femme qui venait de recueillir, sur les haies où il séchait, le linge de Bayon, seigneur du lieu, rencontra le prisonnier baigné de sueur et harassé de fatigues. Elle en prit pitié et lui donna,en échange de la chemise ensanglantée qu'il portait, une de celles de
> . En suivant cette date, adoptée par Marlot et M. Gomart, nous restons fidèle au système chronologique que nous avons appliqué à Ste Elévr.re (t. i, p. 562), à S. Fuscien (t. il, p 332), etc. Le P. Longueval place le martyre de S Quentin en 286; Tillemont et Baillet, en 287 ; M. Tabbé Bernard, en 290 ; Bosquet et CoUiette, en 296 ; Sigebert, en 882.
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son maître. Bayon, qui était atteint de la .lèpre, se trouva animé d'une subite confiance dans les mérites du Martyr et revêtit cette chemise maculée d'un sang innocent. Soudainement guéri, il courut après l'escorte du captif dont il essaya vainement d'obtenir la grâce ; il put du moins lui témoigner sa reconnaissance en donnant la terre de Bayonvillers à l'église et au clergé de Saint-Quentin, il est fâcheux pour la vraisemblance de cette légende, qu'il n'ait existé alors ni église, ni clergé de Saint- Quentin, et qu'on connaisse l'origine, bien moins antique, de l'acquisition du domaine de Bayonvillers par le Chapitre collégial.
S. Quentin fit une halte à Marteville et fut déposé dans la prison du château où il fit jaillir une fontaine que des travaux hydrauliques ont fait récemment disparaître, t Cette fontaine, disait CoUiette, a environ douze pieds de longueur sur six de largeur. Elle est toute bâtie en grès et paraît fort ancienne. Les malades de toute espèce, et surtout les hydropiques, qui boivent de ces eaux ou qui portent des linges qu'on y a trempés, reconnaissent en eux une vertu salutaire que les mérites de Quentin y ont imprimée. » [Mém. sur le Vermand. i, 91.)
C'est en pa<^sant dans cette localité que Rictiovare fit fabriquer par un maréchal -ferrant les broches et les clous qui devaient servir au supplice de sa victime. D'après une autre version, ce forgeron se serait borné à raccommoder les anneaux des chaînes qui garottaient le Bienheureux. On montre encore, sur le chemin de Vermand à Marteville, un bloc de craie blanche et friable qui aurait servi d*enclume pour cette opération. D'autres racontent qu'elle a simplement servi de siège au Martyr pour se reposer un instant. Ce sur quoi on est d'accord, c'est que le for- |;.eron mourut bientôt d'une horrible maladie, et que, depuis ce temps-là, aucun maréchal-ferrant ne peut s'établir à Marteville sans être aussitôt atteint d'une hydropisie mortelle. En vain un seigneur du lieu. Gaucher de Caulaincourt, qui vivait au XVP siècle, fit- il venir un forgeron du fond de la Normandie : le sort commun l'atteignit
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aussitôt. « De fait dit M. Ch. Gomart *, il n'y a pas encore aujourd'hui de maréchal dans cette commune et Ton nous a cité les noms de plusieurs maréchaux qui avaient quitté le village à la suite de maladies cruelles. »
Une tradition du même genre prétend que, depuis le martyre de S. Quentin, on n'a jamais pu trouver de bourreaux dans la ville qui porte son nom.
On a érigé récemment entre Holnon et Marteville une chapelle qui indique une station du saint Martyr. .
Le village de Vermand, encouragé dans ses prétentions par l'opinion de quelques savants, soutientavoir été le lieu où fut décapité le saint Martyr. Près de cette localité si déchue, sur les bords de la voie romaine, une petite chapelle récemment restaurée, renferme une pierre dure, taillée à six pans, où sont enfoncées une grosse tige et quatre fiches de fer. La légende locale raconte que S. Quentin, avant d'être décapité, entassa dans cette pierre les clous qui avaient servi à son supplice. « Cette pierre, dit M. Gomart «, paraît avoir été le socle d'une ancienne croix de fer, et les quatre fiches qu'on y remarque sont les quatre supports de la croix dont la tige cassée paraît encore au milieu, soudée au plomb, ainsi que les quatre fiches. » >
La fontaine de la prison d'Amiens était jadis l'objet d'un culte populaire. Beaucoup d'autres sources, désignées sous le nom du saint Martyr (^talent ou sont encore aujourd'hui un rendez-vous de pèlerinage, surtout pour les hydropiques: à Guyencourt (canton de Roisel), à Salouel, à Quiquery, à Brasle (canton de Château-Thierry), à Holnon, à Saint-Quentin, etc. Nous ferons remarquer à ce sujet que le culte des eaux fut universel dans la Gaule des Celtes aussi bien que dans celle des Romains. Le christianisme, pour détruire ces superstitions, sans heurter de front des coutumes invétérées, entreprit de sanctifier cette tendance, en mettant sous la protection d'un saint les
* Etudes Saint'Quentinoises^ ii, 335.
- Le camp romain de Ver m and.
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sources et les fontaiaes qui, de temps immémorial, étaient l'objet d'un culte populaire. L'image du missionnaire qui avait évangélisé la contrée devint alors le but d'un pèlerinage transformé, et parfois on attribua à la fontaine elle-même les guérisons qu'on avait obtenues par l'intercession du Saint. On alla même plus loin, et, par la suite des temps, on s'imagina que la source bienfaisante avait jailli miraculeusement à la parole d'un apôtre évangélique. Telle a été, croyons-nous, l'origine de la plupart des fontaines dont on attribue le merveilleux jaillissement à S. Quentin, à S. Fursy, à S. Josse, à S. Gautier, etc.
Aune époque qu'on ne précise guère, la ville de Saint- Quentin, assiégée vigoureusement, allait être réduite à toute extrémité. On plaça le chef du saint Patron à un créneau des fortifications extérieures. Le général de l'armée enrjemie ordonna de tirer sur ce palladium de la cité; mais soudain, devenu prodigieusement enflé et comprenant son crime, il fit vœu de donner à l'église de Saint- Quentin une couronne de lumière où il y aurait autant de tours qu'il possédait de châteaux et d'une telle ampleur qu'on pût tourner à cheval dans l'intérieur. Il fut aussitôt guéri et ne manqua point d'accomplir sa promesse. C'est là du moins ce qu'on racontait avant la Révolution, en montrant la magnifique couronne lampadaire de la Collégiale qui, d'après les descriptions des annalistes locaux, devait remonter au XIP siècle et beaucoup ressembler au chefd'œuvre qu'on admire encore aujourd'hui au dôme d'Aixla-Chapelle.