VINGTIÈME ÉVÊQUE DE MEAUX
27 Mai. — •]- 680.
Les Actes de S. Ilildevert * ni aucun des anciens bréviaires de Meaux ne précisent le lieu de sa naissance. Nous croyons que Vincent de Beauvais est le premier écrivain qui Fait fait naître à Meaux, ce qui a été répété dans différents écrits ^ ; mais cette assertion ne saurait prévaloir contre la tradition immémoriale de Vers-Hébecourt % où Ton montre encore l'emplacement du domaine patrimonial dHildevert; tradition consignée dans le registre de la confrérie de ce Saint, établie à Gournay,
* HildehertuSy Hilbertus^ Hildevertus, Ildehertus, Ilduvertus, Iduvertus, Widevertus, — Hildehert, Hilbert, Hillihertj Hith&i^t, Hilvert, Hillevert, Idevert, Iduvert, Widevert^ Wuidevert. H est appelé Dutleverius par l'auteur de la Vie de S. Faron ; HildetricMS, par le martyrologe d'Usuard; JFsTj/deMntws, par Vincent de Beauvais ; Hildenutus, par Democharès.
* Du Plessis, hist. de V Église de Meaux, i, 62.-— Le Gallia Christ., VIII, Eccles. Meld.— Une vie latine et une histoire française en vers de S. Hildevert, composées au XVIIe siècle (Bibl. nat. n" 43789 du fonds latin). — Le Propre actuel de Meaux.
' Doyenné de Sains.
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lequel fut communiqué au P. Papebrock '. Nous nous garderons bien toutefois d'invoquer à l'appui de cette opinion le nom même d'Hildevert, qu'on s'est imaginé être une contraction de Hilde de Vers ^.
Avant de commencer la vie de S. Hilde vert, nous devons faire remarquer qu'il y a peu de chose de certain dans ses Actes, les uns composés après sa translation à Meaux, au X* siècle ; les autres, pliis développés et moins croyables encore, rédigés sans doute au XIP siècle. Fidèle à notre système historique, nous n'en recueillons pas moins tout ce qui a été dit sur ce personnage, dont le culte fut très-populaire au moyen-âge.
Hildevert fut le fruit tardif de l'union d'Aldebert ^ et d'Eve, dont l'illustre origine était mise en relief par l'éclat d'une vertu supérieure.
Une histoire manuscrite de Vers-Hébecourt, appartenant à M. Guvillier-Morel-d'Acy * dit que S. Hildevert était le fils aîné d'Hadalbert, sei-
* In vico Verre dicto ubi iiatus Sanctus fuisse creditur. — Acta sanct., 27 mai.
' C'était là une supposition de M. Lozenguier, décédé curé de Vers en 1869. Cet ecclésiastique avait réuni des notes sur S. Hildevert, qui paraissent égarées. Aussi est-ce en vain que, pour en obtenir communication, nous nous sommes adressé à Texécuteur testamentaire de M. Lozenguier, ainsi qu'aux ecclésiastiques du canton qui étaient le plus liés avec lui.
' Aldebert, après la mort de sa femme, embrassa la vie 'monastique. N
* Citée page 238 de V Histoire généalogique et héraldique sur la maison des Tyrel de Poix, et sur les familles de Moyencourt et de PoiJC, par M. Cuvillier d'Acy, archiviste généalogiste. Ce magnifique volume n'a été tiré qu'à 40 exemplaires et n'a point été mis dans le commerce. J'en dois un à Tobligeance de M. de Moyencourt, de Luzières-lès -C(»nty.
s. HILDEVERT, ÉVÊQUE DE MEAUX. lî
gneur de Vers et de Sentelie, puis de Bacouel, du chef d'Hilde, sa femme. Hildevert aurait eu deux frères, Firmin, qui devint seigneur de Vers, de Sentelie, puis du Montbard {Mons Bardus), du chef .de Clotilde, sa femme; et Hadalbert, seigneur de Bacouel. On compte jusqu'à sept seigneurs de Vers qui portèrent le nom d'Hildevert,
Dès l'âge le plus tendre, Hildevert donna les preuves d'une vive piété et d'une grande maturité d'esprit. On raconte à Vers que, à l'âge de dix ans, son absence de la maison paternelle inspira de vives inquiétudes. Sa mère éplorée se rendit dans l'église, où une voix mystérieuse calma ses appréhensions, en lui faisant connaître que son fils était allé écouter, à la cathédrale d'Amiens, le sermon d'un célèbre prédicateur. Le retour du jeune enfant vint bientôt confirmer la vérité de cette révélation.
La légende écrite n'est pas plus acceptable que la légende orale, quand elle nous dit qu'Hildevert fut élevé au monastère de Luxeuil, par les soins de S. Colomban, ce grand réformateur ayant quitté Luxeuil à une époque où S. Hildevert n'était pas encore né.
Fut-il élevé dans le monastère de Eebais, comme le rapporte le Gallia Cliristiaîm, ou dans celui que S. Faron aurait déjà fondé à Meaux, comme le pense Du Plessis? c'est ce qu'il nous .paraît impossible de déterminer. Toujours est-il que la direction du jeune homme semble avoir été confiée plus tard à S. Faron, évêque de Meaux, qui, témoin de ses vertus et de ses progrès, lui conféra successivement tous les ordres sacrés.
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Le bréviaire de Meaux de 1640 nous dit qu'après sa prêtrise, Hildevert embrassa la vie monastique à Luxeuil. D'après d'autres documents, ce serait au monastère de Sainte-Croix, près de Meaux, qu'il aurait alors passé quelques années de sa vie. Comme cette abbaye, fondée par S. Faron, dont elle devait plus tard prendre le nom, fut peuplée par lui de moines de Luxeuil, il n'est pas impossible que S. Hildevert ait été successivement à Luxeuil et à Sainte- Croix.
Après la mort de S. Faron (672), les suffrages des fidèles et du clergé lui désignèrent pour successeur son fidèle disciple Hildevert '. Le nouveau pontife continua à garder la discipline monastique, macérant sa chair par le cilice et Tabstinence. Exposé aux contradictions, il n'en gardait pas moins une inaltérable égalité d'âme et supportait les injures avec une patiente douceur. Accomplissant ses devoirs épiscopaux avec une rare vigilance, il donnait à ses diocésains l'exemple de toutes les vertus; on admirait surtout la ferveur de ses prières, l'abondance de ses aumônes, la profondeur de son humilité, la sûreté de sa doctrine, la sincérité de son caractère et l'éloquence de sa parole.
Hildegaire, évêque de Meaux, qui, sous le règne de Charles le Chauve, écrivit la Vie de S. Faron, est4oin de rendre un témoignage aussi favorable à S. Hildevert, qu'il considère comme d'une médiocre intelligence dans la science du
i D'après les Ustes épiscopales de Meaux, S. Hildevert serait le vingtième évêque, S. Denis non compris.
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dogme ', et dont il qualifie sévèrement les actes suivants :
Hildevert, dit-il, pécha contre la foi ^ en voulant ériger une église en Thonneur du saint Christ. Un synode d'évêques condamna notre Saint à ce sujet, le suspendit de ses fonctions et, après qu'il eut fait amende honorable, lui imposa une pénitence. Cette sorte de dédicace pouvait être une innovation liturgique, mais nous ne voyons pas qu'elle eût rien de contraire à la foi. La conduite d'Hildevert a été justifiée par les siècles suivants qui ont dédié beaucoup d'églises au saint Sauveur. Pour ne parler que de notre diocèse, on sait que deux de nos villages, Saint-Sauveur et Saint-Christ, doivent leur nom au vocable primitif de leur église ^ .
Ce sanctuaire *, qu'Hildevert avait voulu ériger en l'honneur du saint Christ, s'élevait non loin de la basilique de Sainte-Croix, érigée par S. Faron et dépositaire de ses reliques. Le nouveau temple éclipsait complètement la beauté de Tancien. S. Faron, voulant montrer, par un signe indubitable, combien il était jaloux de la réputation de son église, apparut un soir au custode de Tédifice qu'on venait d'achever : « Quel jour, lui dit-il, l'évêque doit-il assembler le peuple pour faire la dédicace
* Datlevertus, pastor insignis, mediocris vero in divinis Intellectu dogrnatibus. Vita S. Furonis.
* Contra fidem.
* Aujourd'hui Téglise de Saint-Christ est sous le vocable de Ste Jule, et celle de Saint-Sauveur sous le vocable de la Ste Trinité.
* Baillet distingue à tort l'église du Saint-Christ de celle bâtie près de Sainte-Croix. Dans le texte d'Hildegaire, le mot alteram est opposé à réglise de Sainte-Croix et non à celle de Saint-Christ.
16 s. HILDEVERT, ÉVÉQUB DE ICBAUX.
de cette église et consommer ainsi la ruine de la mienne? jd — C'est demain. — Eh bien I crois en mon conseil, hâte-toi de quitter ces murs, rivaux des miens ; sans quoi tu te repentirais de ne m'avoir point obéi ! — Bientôt après, S. Faron déchaîna la tempête et la foudre contre le nouveau monument, qui fut renversé de fond en comble ; ses ruines dispersées rendirent un involontaire hommage à la gloire de l'église voisine qui ne reçut aucune atteinte. L'auteur termine son récit en ^comparant ce prétendu miracle à la colonne conductrice d'Israël, qui était tout à la fois lumineuse pour les Hébreux et ténébreuse pour les Égyptiens.
Tandis qu'Hildegaire voit une blâmable vanité dans la conduite d'Hildevert, ses propres Actes y signalent un principe d'avarice. C'est là un reproche dont le sens nous échappe.
Baillet, qui se montre souvent si sévère pour les saints, prend ici avec raison la défense du nôtre : ce Si l'architecte avait fait son devoir, dit-il, Hiidegaire n'aurait rien eu sans doute à censurer dans notre Saint sur ce point. Mais où en seraient réduits tous les saints, s'ils n'avaient pu, sans vanité, bâtir de plus belles églises que celles qu'ils avaient trouvées? »
Hildegaire, en racontant cette ridicule histoire, nous semble s'être laissé doininer par une tendance familière aux panégyristes. Il aura cru relever la gloire de S. Faron en abaissant celle de son successeur, procédé oratoire qu'on rencontre dans certains sermonaires du moyen- âge, où le patron est démesurément exalté aux dépens des autres saints qu'on lui compare.
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Quoi qu'il en soit, la mémoire de S. Hildevert est restée chargée de cette double accusation. Elle est non-seulement rappelée dans le Propre actuel de l'Église de Meaux, mais l'oraison même de l'office loue la pénitence d'Hildevert % ce qui impliquerait la réalité des fautes.
C'est pour les expier que S. Hildevert aurait entrepris un pèlerinage à Eome. Le pape Boniface, dit la légende, lui fit un honorable accueil et voulut même assister aune messe chantée par lui. Investi de pouvoirs spéciaux parle pape, S. Hildevert alla, pendant sept ans, évangéliser de nombreuses contrées et se rendit ainsi jusqu'à Jérusalem. Il retourna ensuite rendre compte au Souverain Pontife de la manière dont il avait accompli sa mission. En revenant prendre possession de son siège, il visita S. Fursy à l'abbaye de Lagny. Un ange avait prévenu le saint irlandais, en lui disant : L'évêque Hildevert va venir te trouver; Dieu lui a pardonné ses péchés^ reçois-le donc avec la considération qu'il mérite. S. Fursy accomplit cet ordre en se prosternant aux pieds du voyageur et en lui disant ces paroles du Psalmiste : Que le Seigneur vous garde de tout mal ! quHl protège toujours votre vie (ps. cxx, 7). Et S. Hildevert répondit par le verset suivant : Que le Seigneur protège votre entrée et votre sortie^ dh maintenant et dans l'éternité !
Ce récit est rempli d'invraisemblances et d'anachronismes. Aucun pape n'a porté le nom de Boniface du temps de S. Hildevert. Boniface V mourut
* Deus, qui in beato Hildeverto pastore nostro humilitatis et pœnitentis nobis ezemplar ostendisti, etc. Propr. Ecoles. Meld,
T. ni. 2
4& fl. HrLDfiVERT, ÉVÊQUB DB MEAUX.
en 625, époque où S. Hildevert n'était pfas encore né ; Boniface VI fut élu en 896. On a dit qu'il y a peut-être eu là confusion et qu'il pourrait s'agir de S. Boniface de Mayence, qui se trouvait à Rome en l'an 723; mais Hildevert, à cette époque, était mort depuis longtemps. Ce qui concerne la visite à Lagny est tout aussi faux, puisque S. Fursy était mort depuis plus de vingt ans, quand Hildevert succéda à S. Faron.
Rentré dans son diocèse, l'évêque ne manqua point de visiter les églises confiées à sa garde. Un jour qu'il se disposait à dire la messe dans l'église Notre-Dame, qu'il avait fait ériger à Vignely \ il ne trouva point d'endroit pour déposer ses gants et les accrocha à un rayon de soleil où ils restèrent suspendus pendant trois heures. Cette fabuleuse imagination, qui paraît empruntée à la légende de S. Goar, a été appliquée, avec diverses variantes, aux Actes de plusieurs autres saints '•
* Canton de Claye.
• Le P. Cahier (Caractéristiques des Saints^ p«99), après avoir rappelé la légende de S. Goar, suspendant son manteau à un rayon de soleil, ajoute : « Si extraordinaire que soit ce miracle, et peut-être même à cause de cela, il a été répété maintes fois par les légendes, comme s'étant reproduit pour un bon nombre de saints. J'en puis citer au moins dix : ainsi, S. David, abbé en Suède (15 juillet), ayant la vue affaiblie par son grand âge, prit un rayon de soleil pour une sorte de patte-fiche ou de clou auquel il suspendit ses gants. La même chose est racontée de S. Hildevert, évêque de Meaux, de S. Robert, abbé de la Chaise- Dieu et de l'Impératrice Ste Cunégonde. Pour les manteaux, c'est S. Odon, éyêque d'Urgel, S. Amable de Riom, S. Amé de Saldezzo, S. Léonar, évêque breton, S. Lucain de Brixen, Ste Brigitte d'Irlande, S. Florent de Strasbourg, le B. Utho, abbé de Metten, et la B. Alruna. »
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Tandis que le saint évêque se trouvait à Vîgnely, un malheureux père vint se jeter à ses pieds, en le suppliant de ressusciter son fils, qui venait de mourir sans avoir reçu le baptême. S. Hîldevert, touché par ces prières, se rendit dans la maison oii gisait le défunt ; là, il se prosterna à terre, en conjurant Dieu de ravir h la mort cette proie prématurée. L'enfant ressuscita; son sauveur Tinstruisit des vérités de la foi et, en lui conférant le baptême, lui donna le nom d'Aldebert, en mémoire de son père.
Peu de temps après, le 27 mai *, vers Tan 680 ^, S. Hildevert, après avoir reçu le saint viatique, alla goâter au ciel la récompense de ses vertus. Il fut inhumé dans cette église de Vignely qu'il avait fait construire à six milles de Meaux. D'après la volonté qu'il avait exprimée, on enterra plus tard avec lui le jeune Adelbert qu'il avait ressuscité et qui, selon sa prédiction, mourut sept ans après lui.
RELIQUES
Un ange apparut à Tabbé Mayeul, au monastère de Lagny • et lui idit : Lève-toi et rends-toi à Téglise de
• C'est la date indiquée par ses Actes, tandis que sa mort est marquée au 26 mai par Vincent de Beauvais, Pierre de Natalibus, Trithème, H. Ménard, Canisius, etc.
• Nous suivons ici l'opinion exprimée par le P. Papebrock, Pu ï^lessis, le Gallia christiana^ Godescard, etc. Ce ferait en 690, diaprés M. Potin de la Mairie.
• Nous croyons qu'il s'agit de Lagny-sur-Marne où S. Fursy avait fondé une abbaye bénédictine. Les leçons de la fête de la
20 s, HILDEVERT, ÉVÊQUE DE MEAUX.
Notre-Dame de Vignely : là tu trouveras près de Tautel le corps de Tévêque Hildevert et de son filleul Adelbert. Convoque alors les évoques de la province, les prêtres, les lévites, les clercs de tout ordre et les fidèles ; raconte ce que tu auras vu et fais procéder à l'ouverture du tombeau. Mayeul ayant accompli les prescriptions de l'ange, le clergé se rendit, bannières déployées et croix en tête, avec des luminaires et des encensoirs à l'église de Vignely, et, le 27 mai, on découvrit le corps de S. Hildevert qui, bientôt, guérit miraculeusement des aveugles, des muets, des sourds, des boiteux, des paralytiques et des lépreux.
Quel est cet abbé Mayeul dont il est ici question? Selon les uns, ce serait un abbé du monastère de Saint-Faron qui aurait fait cette translation, vers l'an 690. Mais, en supposant que S. Hildevert fût mort une dizaine d'années auparavant, on ne pouvait ignorer le Jieu de sa sépulture et l'intervention d'un ange révélateur devient incompréhensible. D'un autre côté, le langage si peu respectueux que tient Hildegaire, à l'égard d'Hildevert, prouve que, sous le règne de Charles le Chauve, on n'avait point encore commencé à vénérer ses reliques.
D'après M. Potin de la Mairie *, ce Mayeul aurait éfé abbé de Saint-Faron, mais au IX® siècle seulement. Comme au IX® siècle on ne trouve pas plus qu'au VIP d'abbé de Saint-Faron qui ait porté ce nom, nous aimons mieux croire, avec les Bollandistes, qu'il s'agit de saint Mayeul, abbé de Cluny, qui vivait au X® siècle. Il est présumable qu'il aura été à l'abbaye de Lagny pour y réformer la discipline, comme il le fit dans d'autres mo-
translation, dans les anciens bréviaires de Meaux, s'expriment ainsi : Apparaît Angélus Majolo abbati in loco qui dicitur Laniacus. Si Laniaous n'était qu'une corruption de Cluniacus, il faudrait mettre cette apparition à Cluny même et il n'y aurait plus de doute sur la qualité de ce S. Mayeul.
* Histoire de Gownay, Cet ouvrage comprend deux parties : i® Recherches hist, archéoL et hiogr, sur le Bray Normand et le Bray Picard, 2 vol. in-S» ; 2® Supplément aux Recherches hist sur la ville de Goumay en Bray, 1 vol. in-8*.
s. HILDEVKRT, ÉVÊQUE DE MEAUX. 21
nastères. Les Actes de S. Hildevert, il est vrai, disent que cette translation eut lieu : transacto non muUi temporis curriculo ; mais c'est là une désignation fort vague , et quand bien même il faudrait l'interpréter par un court espace de temps, quelle confiance peut-on accorder à une légende qui pullule d'anachronismes et d'invmisemblances ?
Le corps de S. Hildevert, après être resté exposé pendant quelque temps sur le maître autel de l'église de ^ Vignely, fut transporté à la cathédrale de Meaux, peutêtre par ce même abbé Mayeul.
Nous ne nous chargeons point de préciser Tépoque où les reliques de S. Hildevert furent apportées à Gournay. Est-ce en 990, comme le prétend une Histoire manuscrite de cette ville, dont l'indication est acceptée par M. l'abbé Cochet {Notice sur la collégiale Saint- Hildevert de Gournay) ? Est-ce au XP siècle, comme le croit Toussaint Du Plessis, l'historien de l'Église de Meaux *? Serait-ce seulement vers l'an 1130, comme le conjecture M. A. Guilmeth , dans ses Recherches histor. sur la ville de Gournay ? Aucune de ces opinions ne nous semble assez motivée pour établir une conviction, mais la dernière nous paraît la plus probable. Ce qui est certain, c'est que les reliques de S. Hildevert se trouvaient à Gournay dès la première moitié du XIP siècle. Voici, d'après les anciens documents, de quelle façon elles y parvinrent.
Trois clercs de Meaux, inspirés par la Providence ', se mirent à promener le corps de S. Hildevert, pour recueillir des aumônes. Une de leurs premières stations eut lieu à Paris, dans une chapelle de la Cité, qui devait bientôt être remplacée par l'église Sainte-Croix.
Après avoir parcouru bien des contrées, et spécialement les diocèses de Paris et de Beauvais, les trois clercs arri-
^ Toussaint Du Plessis {Hist. de V Église de Meaux ^ i,64) place la première invention en 690. Les reliques auraient été cachées plus tard, dans la crainte des Normands, et retrouvées seulement à la fin du Xle siècle.
* C'est parfois sous ce prétexte qu'on abritait les vols de reliques, si fréquents au moyen âge.
22 s. HILDEVËRT, ÉVÊQUE DE MEAUXi
vent à 6ournay-en-Bray et déposent leur précieux trésor dans 1 église dédiée primitivement à saint Etienne et à saint Guitmar. Quand ils voulurent l'enlever, pour continuer leur pérégrination , la châsse resta immobile, par suite de Taccroissement de sa pesanteur. Le sire de Gournay (Hugues I*'?), instruit de ce prodige, fut heureux à la pensée de s'enrichir de telles dépouilles et combla les ^ clercs de ses présents. Toutefois, un soupçon lui traversant Tesprit, il résolut de l'éclaircir par un moyen aussi singulier que tout le reste de cette histoire. Pour éprouver si c'était bien là les reliques de saint Hildevert, il ordonna de porter le chef dans un grand feu qu'il fit allumer sur la place publique. La tête du Saint bondit sur le brasier ardent et alla se réfugier dans les bras de la comtesse de Gournay. Cet événement, suivi de plusieurs guérisons miraculeuses, serait advenu le 26 ou le 27 mai. Le comte de Gournay fit bientôt enchâsser ce chef dans un reliquaire d'argent, qui fut placé, avec les autres reliques, dans l'église de Gournay, commencée au XP siècle et considérablement agrandie pendant les deux siècles suivants.
Dans l'article que nous avons consacré à saint Guitmar *, nous avons parlé de la confusion qui s'établit entre les reliques de cet abbé de Saint-Riquier et celles de saint Hildevert. Nous n'avons donc plus à revenir sur ce sujet.
Le 21 mars 1301, sur la demande de Jean-sans-Terre et de Gautier, archevêque de Rouen, alors absent, Hilbert, archevêque de Cantorbéry, assisté de plusieurs évêques et de divers abbés, transféra le corps de S. Hildevert dans une nouvelle châsse, donnée par Hugues, seigneur de Gournay. Cette cérémonie, accomplie en présence de Jeansans-Terre qui régnait sur l'Angleterre et la Normandie, eut lieu, non pas en 1202, comme prétend le démontrer Du Plessis {Desmpt. de la Haute Normandie^ 1, 24-), mais en 1201, comme le témoigne le Cartulaire de l^église de Gournay, où l'on voit, à cette date, l'archevêque Hilbert accorder vingt jours d'indulgence à tous ceux qui, à l'an-
* Tome II, page 597.
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niversaire de la translation, ou les dix jours suivants, visiteraient Téglise de Saint-Hildevert, et quinze jours à ceux qui feraient des aumônes pour Tachèvement de l'édifiée. (J. PiLLET, Hist. de Gerberoy.p. lb& — Potin de la Mairie, Recherches hist. sur le Bray normand^ ii, p. 10.)
Nous empruntons le récit du miracle suivant aux Èecherches historiques sur le Bray nm^mand^ par M. de la Mai rie (t. I, p. 206) : « Pendant que la reine Blanche (d'Evreux) possédait Gournay, un effroyable incendie fut sur le point de réduire cette ville en cendres. Ni la rapidité des secours, ni Tabondance des eaux, ni Taotivité des habitants, ni Taffluence des populations voisines, ne pouvaient venir à bout d'arrêter les progrès du feu qui menaçait de tout dévorer. On ne voyait devant soi d'autre asile que la forêt. Les mères emportaient leurs enfants effrayés; les vieillards se ti'aînaient au loin pour n'être pas consumés dans les flammes, comme ceux dont on entendait les cris sans pouvoir les secourir. Jamais tableau plus désolant n'avait été éclairé par une lueur plus sinistre. Le tocsin fatiguait l'air de ses sons d'effroi. Tout à coup des chants se font entendre comme s'ils venaient du ciel. La foule se sépare respectueusement. Une file de prêtres, précédés de la croix, arrivent pour conjurer le désastre; deux diacres portent sur leurs épaules la châsse de S. Hildevert; le vénérable doyen du Chapitre s'agenouille, lève vers le ciel des yeux baignés de larmes, prie avec foi : les prières montent jusqu'au trône de Dieu; elles y sont entendues. L'incendie cesse, et le peuple reconnaissant suit avec joie les reliques du Saint par l'intercession duquel il voit cesser le fléau. La reine Blanche, presque témoin de ce miracle, fit enchâsser dans l'or une partie du chef de S. Hildevert. Cet événement arriva le 5 mars 1375, et, depuis cette époque, on célèbre tous les ans, à pareil jour, la fête des miracles du saint évêque, avec la translation de son chef. »
Ce reliquaire d'or fut renfermé dans une grande châsse de cuivre, de forme pyramidale, qu'on suspendit à la voûte. C'est ce qui explique pourquoi, aujourd'hui encore, une partie du chef est appendue à la voûte du sanctuaire.
24 8, HILDEVERT, ÉVÊQUE DE BCEAUX.
L'attribution faite à la reine Blanche, veuve de Philippe de Valois, du don de ce reliquaire nous paraît fort douteuse. Voici, en effet, ce que nous lisons dans une Histoire manuscrite de Gournay, attribuée à Larchier de Gondreville, conservée à la bibliothèque de Rouen et dont M. E, de TEpinois a bien voulu nous transmettre divers extraits.
a II y a encore dans cette église une belle relique qu'on y conserve : c'est un morceau du crâne de la tête de S. Hildevert, qui est enchâssé dans un vaisseau d'or que donna Mahaud de Châtillon, épouse du prince Charles, comte de Valois, laquelle était dame de Gournay : on peut voir sur ce vaisseau, en quatre endroits, les armes de cette princesse et ceux {sic) du prince son époux, ce qui nous fait dire que c'est elle qui a fait ce présent et non pas la reine Blanche d'Evreux, comme on le croit communément. Cette relique est plus rare que l'autre; elle est dans un vaisseau d'or, renfermé dans une châsse de cuivre faite en forme de pyramide et levée en l'air jusqu'aux voûtes du chœur où elle demeure suspendue. On ne descend cette relique que deux fois l'année, pour l'exposer à la vénération des fidèles : le vendredi avant le dimanche de la Passion, et reste trois jours exposée à l'occasion des pèlerins : et le 26 mai, et reste pareillement trois jours pour le même sujet. Jamais on ne descend ni même découvre cette relique à d'autres jours. Le 27 mai, jour de S. Hildevert, se fait dans la ville une procession générale où cette relique est portée : procession qui a été faite pour la première fois en 1651, aiant été authorisée et permise par Mgr l'archevêque François de Harlai, premier du nom, suivant les lettres données à Gaillon, le -13 septembre 1650 (fol. 30, r°). »
En 1278, Guillaume de Flavacourt, archevêque de Rouen, accorda quarante jours d'indulgence aux fidèles qui, par leurs aumônes, aideraient à terminer l'église dédiée à S. Hildevert.
On fit, le 29 novembre 1639, une ouverture de la châsse pour donner quelques reliques au roi Louis XIII, à l'archevêque de Rouen et à l'évêque de Meaux. Une autre ouverture eut lieu le 3 juillet 1658, en présence de Gène-
s. HILDEVERT, ÉVÊQUE DE MEAUX. 25
viève de Bourbon , duchesse de Longueville , qui reçut quelque3 ossements (A. Guilmeth, Recherches hist. sur Goumay en Bray).
Plusieurs souverains pontifes , informés des miracles accomplis à Gournay, surtout en faveur des aliénés et des énergumènes, accordèrent des indulgences aux pèlerins qui visiteraient Téglise de Saint- Hilde vert, les 27 et 28 mai. Les offrandes qu'on faisait, en temps ordinaire, au chef de S. Hildevert, appartenaient au Sainturier, c'est-à-dire au chanoine chargé de garder les choses saintes; quand^ le chef était descendu de sa suspension, elles étaient dévolues au Chapitre; pendant les jubilés, les deux tiers étaient réservés au Chapitre et l'autre au Sainturier (Potin de la Mairie, op, cit, i, 389). V Histoire manuscrite de Gournay^ que nous avons déjà citée, donne les détails suivants sur la seconde châsse : « Elle est ordinairement placée sur le haut de^ la contretable, au-dessus du grand autel : on la descend le vendredi avant le dimanche de la Passion, et elle reste pendant trois jours dans le chœur, exposée à la vénération des pèlerins et des fidèles. On en fait de même le 26 mai. On la porte en procession le dimanche des Rameaux : on la porte aussi en procession, le jour de l'Ascension, aux Cordeliers. Le 14 août elle est portée à Notre-Dame et y reste dans le chœur jusqu'au lendemain: enfin on la porte aux processions ordinaires qui se font dans les calamités publiques. »
En 1793, la châsse du XIIP siècle fut envoyée à la Monnaie, mais un chanoine de Gournay sauva les reliques de S. Hildevert et les enfouit dans un petit cimetière réservé exclusivement aux membres du Chapitre. Plus tard, craignant que l'humidité de la terre n'endommageât les ossements, il les retira en présence de témoins et les remit à un avocat, nommé Larcher. Leur récognition authentique eut liou le 20 mai 1803 par des commissaires qu'avait nommés le cardinal de Cambacerès, archevêque de Rouen. La translation solennelle s'en fît le 22 mai. Leur présence à l'église paroissiale de Gournay continue à attirer les pèlerins, (L'abbé Cochet, iVo/eceAw(. sur la collé'
26 s. HJLDEVERT, ÉVÊQUE DE MEAUX.
giak de Saint-Hildevert de Gournay^ p. 31). Il y a une vingtaine d'années, Monseigneur Blanquart, archevêque de Rouen, donna quelques reliques de S. Hildevert, provenant de Gournay, à la cathédrale de Meaux. Celles que possédait cette église ont été confondues avec d*autres, depuis la Révolution.
Le P. Ignace {Hist, eccL d'Abbevilte^ p. 199) mentionne comme existant de son temps, aux Chartreux d*Abbeville, une relique de S. Hildevert : mais comme il lui donne la qualification de martyr, peut-être s agit-il de S. Hildebert abbé de Saint-Pierre de Gand.
CULTE ET LITURGIE
La façon dédaigneuse dont Hildegaire, biographe de S. Faron, parle d'Hildevert, nous prouve bien qu'à cette époque (IX* siècle) on ne lui rendait encore aucun culte. Mais, quand ses reliques furent exhumées et surtout quand elles eurent été transportées à Gournay, la liturgie du Saint se répandit dans les diocèses de Paris, de Rouen, de Reims, de Beauvais, etc. Dans le diocèse de Meaux, nous voyons apparaître son culte en 1328. Avaitil été interrompu ou bien n existait-il point auparavant, c'est ce qu'il nous semble impossible de déterminer. Quant -au diocèse d'Amiens, Bulteau (Hist, de l'ordre de saint Benoît) qui écrivait au XVIP siècle, constate la vénération qu'on avait pour saint Hildevert à Vers-Hébecourt, son pays natal ; mais nous n'avons trouvé aucun renseignement qui nous indique à quelle époque prit naissance cette dévotion locale.
Dans les diocèses que nous avons cilés et dans d'autres provinces, saint Hildevert était invoqué pour laguérison de l'épilepsie, de la frénésie et de la démence. Nous ne trouvons l'origine de ce patronage dans aucun trait de sa vie. Les Bollandistes se sont demandé si elle ne proviendrait point de la vague ressemblance du nom dHildevertus avec vertugo.
s. HILDEVERT, ÉVÊQUE DE MEAUX. 27
Le pèlerinage de Gournay était célèbre au moyen âge, le roi S. Louis s y rendit le 17 avril 1257.
La confrérie de Saint-Hildevert, établie dans cette ville, avait surtout pour but d*invoquer le patron en faveur des aliénés. C*est aux registres de cette association que le P. Papebrock a emprunté le récit du miracle suivant :
Une jeune fille d'Enguin ', nommée Mathilde, récemment mariée à un négociant du nom de Nicolas, était tombée en frénésie dès le jour de ses noces. Le mari, s*étant absenté un mois pour ses affaires, revint chez ses beaux parents qui lui offrirent un repas de bienvenue. Après le dîner, la jeune femme, se trouvant mal, sort dans le verger. Là, un homme la saisit à la gorge et Tempéche de crier en lui introduisant deux doigts dans la bouche. Le mari inquiet arrive bientôt, trouve sa femme évanouie et s'empresse de la secourir. Depuis lors, Mathilde, qui avait perdu la parole, tombait deux fois par jour, le matin et le soir, sous la puissance du démon. Ses parents qui étaient fwrt riches, ayant eu en \rain recours aux médecins, finirent par entreprendre divers pèlerinages. Arrivés à Gournay, ils se recommandèrent à la confrérie de Saint-Hildevert ; Mathilde assista à la messe des infirmes où clercs et laïques prièrent pour sa guérison. Un samedi soir, deux jours après TAseension, au moment de sa crise, on la conduisit à l'église où s'étaient rendus les confrères. Là, on récite sur elle des évangiles, on lui pose le texte sur la tête, on lui passe l'étole au cou et on l'asperge d'eau bénite. La jeune femme baise les reliquaires de la vraie Croix et de S. Hildevert, récite mentalement diverses prières, fait le signe de la croix et se recommande à la divine miséricorde. Soudain elle s'évanouit : « Prions le Seigneur, s'écrie l'un des prêtres, prions-le du fond de nos cœurs, afin qu'il veuille bien, par l'intercession de Marie et du glorieux confesseur Hildevert, délivrer cette femme du démon, et lui ouvrir la bouche, comme il fit au prophète Zacharie. »
> Serait-ce Ângiens, canton de Fontalne-le-Dun (Seine-Inf.) ou Enghien, près de Paris?
28 a« HILDEVEllT^ ÉVÉQUE DE MEAUX.
Mathilde entend alors la sainte Vierge lui dire : — Comment vous trouvez -vous ? — Je suis bien agitée. — Pourtant rheure de votre délivrance est proche. — Vais-je être guérie ? — Bientôt. — Qui donc étes-vous ? — Je suis la mère du fils unique de Dieu. Retenez bien ceci : quand vous serez guérie, faites encenser l'autel de S. Hildevert, le mien et vous-même ensuite. — Merveille non moins surprenante! La malade voit s'ouvrir la châsse de S. Hildevert. Le saint évéque en sort avec les apparences de la vie, la palpe légèrement et lui dit : — Confiance, ma fille, vous allez bientôt ressentir les effets de la miséricorde divine ! — Mathilde, délivrée du démon, recouvra alors la parole et la santé. Un prêtre lui toucha la langue avec une dent de S. Hildevert qu'on eut beaucoup de peine à retirer, tant la miraculée l'avait serrée entre sa langue et ses lèvres. Sur la recommandation du prêtre, elle invoqua tout haut S. Hildevert, la Ste Vierge et S. Laurent. Après le Te Deum d'actions de grâces , on fit les encensements qui avaient été prescrits, et le joyeux son des cloches annonça les mer\^eilles qui venaient de s'accomplir.
Ce spécimen des registres de la confrérie de Saint-Hildevert est assez curieux pour nous avoir inspiré le désir de les connaître en entier. M. E. de l'Epinois a bien voulu, sur notre demande, aller à leur recherche dans les Archives de la Seine-Inférieure et à la Bibliothèque de Rouen. Malheureusement ces manuscrits paraissent perdus depuis la Révolution : on ne trouve aux Archives de la Préfecture de Rouen, qu'un factum du chanoine Thierry, écrit vers l'an 1690, renfermant les indications suivantes sur les statuts de la confrérie :
1° Elle se compose de confrères et sœurs, tant de Gournay que des villages voisins ;
2** Chaque confrère et sœur donne deux sous par an pour les frais ;
3° Il y a un bâton avec image du Saint, lequel est donné chaque année, le 25 août, à une personne notable de la confrérie. Celle-ci, qui porte le bâton aux processions, fait à sa sortie d'exercice une aumône à la caisse commune,
s. HILDEVERT, ÉVÊQUE DE MBAUX. 29
laquelle aumône varie de une demi-pistole à une pistole et plus.
4** La cotisation annuelle et les aumônes servent à payer le chapelain des messes et à entretenir le luminaire et les ornements de la chapelle.
5° Tous les mardis, une messe est dite dans la chapelle de Saint-Hildevert, à l'intention des membres de la confrérie. Cette messe est d'obligation par la fondation même de la confrérie. (Arch. de la Seine-lnf. G. 1797).
Outre la solennité du 27 mai, on célébrait jadis à Gournay, trois fêtes de translation, le 5 mars, le 21 mars et le 25 août. En 1700, Colbert, archevêque de Rouen, supprima dans son diocèse toutes les fêtes secondaires de patrons ; celle de la translation de S. Hildevert, qui se célébrait le 25 août, fut remise au dimanche suivant. En 1803, le cardinal de Cambacérès décida que la fête de S. Hildevert se ferait, à Gournay, le 4® dimanche après Pâques, et que la fête de la translation aurait lieu le dernier dimanche d'août [Office solennel de saint Hildevert^ évêque de Meaux^ Gournay, 1840).
« Dans ma jeunesse (de 1825 à 1830), nous écrit l'abbé Cochet, j'ai connu, à Cuverville-sur-Etretat, une petite statue' de S. Hildevert à laquelle on attachait beaucoup de rubans. On invoquait ce Saint pour les enfants tourmentés par les vers. »
On se rappelle que les reliques de S. Hildevert, avant d'arriver à Gournay, passèrent à Paris ; elles furent, dit-on, déposées dans une chapelle, qui prit dès lors le nom de Saint-Hildevert et qui fut remplacée par l'église Sainte- Croix de la Cité, dont S. Hildevert ne fut plus que le patron secondaire. L'abbé Lebœuf [fJist. de la ville et tout le diocèse de Paris^ édit. Cocheris, t. m, p. 384) veut combattre cette opinion, en disant que Sainte-Croix fut bâtie sous ce titre en 1136 et que le corps de S. Hildevert n'y fut porté que sur la fin du XIP siècle. Il se trompe évidemment sur ce dernier point. La date la plus tardive du passage des reliques à Paris ne saurait être rejetée après 1J30. La chapelle a donc pu porter le nom de S.
30 8. HILDËVERT, ÉVÊQUI! DB MEAtJX.
Hildeyert depuis cette époque jusqu'à 1 136. Plus tard, ud hôpital d'aliéaés fut fondé dans le voisinage sous la même invocation. Un des autels de Sainte-Croix fut dédié à saint Hildevert en 1511.
Du Breuil, dans son Théâtre de^ antiquités de Paris^ suppose que la dévotion à S. Hildevert , pour la guérison des frénétiques, aura été transportée, dès 1136, de Sainte- Croix de la Cité à Téglise de Saint-Laurent. L'abbé Lebœuf (foc. cit. p. 328) soupçonne là une transposition de chiffres et croit quil faut lire 1316, parce qu'on ne trouve à l'église Saint-Laurent, relativement à cette confrérie, que des actes de 1490 et 1516.
Du Plessis {Hist. de l'Église de Meaux^ p. 65) nous donne un curieux détail sur la confrérie de Saint-Hildevert qui avait son siège à la chapelle dédiée à ce Saint, dans l'église Saint-Laurent : « Un particulier de cette ville aiant commis un meurtre, au commencement du dernier siècle (leXVP), on prouva que depuis quelques années ses parents l'avoient fait inscrire dans les registres de la Confrérie. Il n'en fallut pas davantage pour toucher les juges qui lui accordèrent sa grâce. » Nous serions disposé à croire qu'on inscrivait d'office, dans une certaine catégorie de la confrérie, ceux dont le cerveau était plus ou moins troublé : cette inscription a pu prouver aux juges que l'accusé n'avait point agi dans la plénitude de son libre arbitre.
Dans notre diocèse, S. Hildevert n'a jamais eu de culte qu'à Vers-Hébecourt, son pays natal. Les scrofuleux et les épileptiques s'y rendaient jadis pour boire . de l'eau d'une fontaine située, dit-on, sur l'ancien domaine patrimonial du Saint. Des travaux hydrauliques pour l'alimentation d'un moulin ont fait refluer les eaux de la Selle sur l'endroit d'où jaillissait la fontaine. Cet ancien pèlerinage était mentionné dans le registre de la confrérie de Gournay.
Voici ce que raconte la tradition populaire sur l'origine de cette fontaine. Hildevert, ayant appris que son père était gravement malade, se rendit à Vers avec S. Faron évêque de Meaux : l'évêque d'Amiens alla bientôt les rejoindre. Ces prélats entouraient le chevet du malade
s. HILDEVERT, ÉVÊQUE DE MEAUX. 31
lorsque un habitant du village de Bacouel, paralytique et pouvant à peine se soutenir sur ses béquilles, entra dans la cour, réclamant avec instance la faveur de parler à S. Hildevert. Prévenu par les domestiques de la présence de cet homme, S. Hildevert alla au-devant de ce malheureux qui se jeta à ses pieds, le suppliant de le guérir. Aussitôt une fontaine jaillit sous les pieds du saint homme qui lui dit : buvez de cette eau. Il but et il fut soudain guéri. Ce malheureux, transporté de joie, témoigna toute sa reconnaissance à son illustre bienfaiteur, et s'en retourna chez lui, emportant ses béquilles sous le bras.
Un autre jour, pendant le dîner, un domestique entra dans la salle, tout effrayé, annonçant qu'une bande de loups avait envahi la cour. S. Hildevert s'avança à la porte; à sa vue, les loups s'enfuirent en poussant des hurlements épouvantables, et depuis, ajoute-t-on, jamais loup n'a reparu à Vers.
La tradition locale rapporte encore les trois faits suivants arrivés le jour même de la fête de S. Hildevert, à une époque indétei:minée.
Au dernier siècle, deux incendies éclatent subitement le 27 mai, jour de S. Hildevert. Les habitants de Vers, effrayés, ont recours au Saint, lui promettant de mieux solenniser à l'avenir sa fête qu'on négligeait alors, et aussitôt les deux incendies cessent comme par un espèce de miracle.
Plus tard, le maître d'une ferme voisine ayant envoyé, le jour de S. Hildevert, ses moutons à laver dans la rivière de Selle qui passe à Vers, cinquante de ses moutons périrent le même jour, ou sur le bord même de la rivière, ou en retournant à la ferme.
Enfin, dans des temps plus rapprochés de nous, il y a près d'un demi-siècle, un cultivateur d'un village voisin, natif de Vers, ayant également amené ses moutons à la ver, le jour de S. Hildevert, on prétend que les moutons n'eurent pas plutôt foulé le terroir de Vers, qu'ils se mirent aussitôt à bondir et à rebrousser chemin.
Le souvenir du lieu de naissance de S. Hildevert s'est
32 s. HÏLDEVERT, ÉVÊQUE DE MEAUX.
conservé traditionnellement à Gournay, et aujourd'hui encore, quand on y célèbre son office, les habitants de Vers, s'il y en a de présents, sont invités à se rendre les premiers à l'offrande.
S. Hildevert est le patron principal de Gournay-en- Bray et du Bois-Robert (Seine-Inf.) ; le patron secondaire de Vignely (Seine-et-Marne) et de Vers-Hébecourt (canton de Sains). Dans quelques localités, les peigniers-tabletiers ont placé leur corporation sous son patronage : nous citerons entre autres ceux de Méru et de Beau vais. Dans cette dernière ville, la bannière de S. Hildevert est portée, aux principales processions, par les ouvriers de la fabrique de MM. Dupont et Deschamps.
Le nom de S. Hildevert est inscrit dans les martyrologes Bénédictins, dans ceux de France, de Meaux, de Rouen, etc.
Sa fête est marquée au 27 mai dans les anciens bréviaires de Meaux, de Rouen, de Beauvais, de l'abbaye du Bec, de l'abbaye de Saint-Paul-lès-Beauvais, et dans le Propre actuel de Meaux. On a célébré sa fête pendant quelque temps à l'abbaye de Saint-Riquier, alors qu'on supposait que S. Hildevert, avant d'être évéque de Meaux, avait gou- ^erné le monastère picard (voir tome ii, p. 599).
M. l'abbé Denis, chanoine de l'Église de Meaux, nous communique la Prose suivante qu'on chantait à Vignely, de temps immémorial, et qui a été supprimée par l'introduction du rite romain :
Gloiietur sedule, Hic enim egrogiae
Hildeverto prœsule, Quiescunt reliquiie
Civitas Meldensium. VeDerandi prœsulis.
Scd majori copia Istud non ambigittir,
Iq ejus solemnia Nain crebris cognoscitur
Ëxultet Vignelium. Veritas miiaculis.
Clerus \acet laudibus^ Hic confessor inclytus
Cesset ab operibus Kst sub annis teneris
Plebs et agat gaudium. A parente traditus^
Iinbuendus Utteris.
s. BILDEVERT, ÉVÊQUE DE UEAUX.
Aldebertus genitor Tanti fuit ûlii, Sanctus Faro monitor Viri tam egregii.
Oris nemo tam disert!
Qui virtutes Hildeverti Valeat exprimere.
Fuit castus, expers fastus
Malum nolens,
Deum colens Pio semper opère.
Simplex,rectu8,circurospectU8^
Pius, prudens,
Semper studens Divinis eloquiis.
Nulli gravis, Verbo suavis, Timoratus, Et ornatus Sac ris exercitiis.
Egregius hic confessor, Sancti Faronis successor, Ab ipso sacerdotio Indutus est cilicio.
O miraculum mirandum, Cum ad chirothecas susten- Bini8hori8ctampUuB[tanduii], SoUs parcetur radius.
En aliud miraculum :
Nam pueri corpusculum Letho datum nec renatum Baptismi respergiminé,
Hildcvertus suscitavit, Suscitatum baptizavit, Baptizatum appellavit Patris sui nomine.
Cum tam potens sit igitur Hildevertus, utlegitur,
Invocetur,
Et oretur Illius auxilium,
Ut hanc servet ecclesiam, Nobis suam dans gratiam
Atque prœstet
Ne moles te t Villam hanc incendium, Quod concédas intime Christe rex piissime.
Amen.
M. Ducrocq, curé de Vers, nous a fait connaître une autre prose qui a été évidemment calquée sur celle de Vignely, et arrangée à Tusage de Vers.
Civitas Meldensium Celebret prœconium Hildeverti prsesulis.
Sed Veracum splendidis Illius solemniis Fotissimum resonet.
Clerus vacet laudibus, Cesset ab operibus Plebs, repleta gaudiis.
Hic, nam salutiferse Conduntur reliquiœ Colendi Pontificis.
s, HïLDEVERT, ÉVÊQUE DE MEAUX.
Sacras œdes Domino Erexit, ex animo Procul a janctantia.
Istud non âfettbigUur Dum crebris agnoscitur Veritas roiraculis.
Mox, ab incunabulis Imbuendus litteris A parente traditur.
Àldebertus genuit, Divus Faro docuit Virum sic egregium.
Ipsum quem erudiit Successorem habuit Faro jam post obitum.
Quis hominum dixerit Qualem se prœbuerit Novus ille Pontifex.
Castitate claruit ; Deum semper celui t Et factis et precibus.
Fastus expers inanis, la omnibus humilis, Omne malum respuit.
Nulli durus extitit, Blandis verbis studuit Corda cuncta rcgere.
Charitate fervidus, Fide pura candidus, Refulsit spe strenua»
Verbis Apostolicis Inhserens et stabilis Nova quseque dispulit.
Inter tôt innumera Quœ fecit miracnla^ Suscitavit puerum.
Redivivo puero^ Unda sacra resperso, Patris nomen indidit.
Reficere débiles^ Sanae mentis impotes^ Cœlitus obtinuit.
Prœcemur hune supplices Ut nos reddat immunes A sordibus animœ.
Nobisque conciliet, Ut Deus nos^adjuvet Auxilio gratisé :
Qua fretus homo potest Quidquid optime prodest Ad salutem cordium.
Qua vero spoliatus, Et sibimet traditus, Ruit in omne malum.
Quse^ sanctorum genitor Christe^ salutis author, Ipse des his civibus.
Prœceraur ex intimis Hanc ut servet a malis Urbem et Ecclesiam.
Plusieurs offices spéciaux de saint Hildevert ont été imprimés à Gournay, pour Tusage des habitants et des pèlerins.
On conserve à l'église de Vers-Hébecourt un office du
s* HILDEVERT, ÉVÊQUE DE MEAUX. 35
Saint, noté en plain-chant, composé en 1762 par M. Jacques Delacourt, j?hanoine de Notre-Dame d'Amiens.
ICONOGRAPHIE
Le tombeau de S. Hildevert, jadis au milieu du chœur de l'église de Vignely, a été transporté dans la chapelle du transept méridional. On lit, sur la pierre plate de liais, Tépitaphe suivante, en belles majuscules gothiques du XIII' siècle ou du commencement du XIV® :
m son €%3(&i a cioïKRiiiaa en moRiitstiiBae:
Comment concilier cette affirmation avec la tradition de Gournay et la présence, dans cette ville, d'une châsse contenant le corps de S. Hildevert? Peut-être, en supposant que, lors de la translation à Meaux, on aura laissé à Vignely un certain nombre d'ossements.
On fit des fouilles, il y a quelques années, au milieu du chœur de Vignely, dans l'espoir de retrouver des traces de la sépulture primitive : ces recherches n'ont amené aucun résultat.
A la cathédrale de Meaux, S. Hildevert figurait en pied, avec les autres évéques de ce diocèse, dans la grande verrière du transept septentrional. Les restes de cette représentation ont été transportés, avec d'autres débris, à une verrière du côté méridional.
Statuettes de S. Hildevert à Vers-Hébecourt et à l'église de Gournay. Cette dernière a été figurée dans l'ouvrage de M. Dan.Guerney, intitulé : The records ofthe house of Gournay^ et reproduite dans la Notice de M. Cochet sur la collégiale de Gournay,
36 s. HILDEVERT^ ÉVÊQUB OS MEAUZ.
BIBLIOGRAPHIE
Hildegaire, qui écrivit la vie de S. Faron, au IX* siècle, est le premier auteur qui ait parlé de S. Hildevert. Quant aux Actes de notre Saint, insérés dans les plus anciens bréviaires de Meaux, ils datent vraisemblablement de l'époque de la translation faite par S. Mayeul au X" siècle. Des Actes plus développés et plus chargés encore d'invraisemblances et d'anachronismes ont été composés au moment de la translation à Gournay, c'est-à-dire très-probablement au commencement du XIP siècle. Le P. Papebrock, reconnaissant le peu de valeur de ces légendes, n'en a donné que quelques extraits, enchâssés dans un excellent ^ commentaire historique (Ac/. sanct. t. vi maii, p. 712).
Un poète du XV' siècle, nommé Oudin, né à Gournay, a mis en rimes françaises les Actes de S. Hildevert. Cet opuscule, imprimé à Rouen (in-8, sans date), se termine ainsi :
En Tan de l'incarnation nx cens et trente environ Rouen &. Ouen régnoit En Meaux Hildevert se tenoit.
Dans un manuscrit du XVII* siècle, de la Bibliothèque impériale (n* 13789, fonds lat.), nous avons trouvé une courte Vie latine de S. Hildevert et une Vie en vers français d'une déplorable médiocrité. En voici le commencement :
Sainct Hildevert, prélat de Meaux en Brie, Fils d*Adelbert, noble de proudhommie.
Et doué d'âme excellente en bonté.
Par saint Faron apprint la saincteté.
Quand ses parens, durant leur mariage, Voyoient passer le plus beau de leur aage Sans concepvoir ny engendrer enfans, A Dieu s'en vont prier ces bonnes gents. Lors renommés par toute la contrée.
De noble race et de vie admirée.
s. HILDETERT, ÉVÊQUE DE MEAUX. 37
On conserve à la Bibliothèque de Rouen une Histoire manuscrite de Goumay, rédigée en 1733, attribuée à M. Cordier,curé de N.-D. de Gournay, ou plutôt à Louis Larchier de Gondreville, doyen de la collégiale de la même ville. M. E. de l'Epinois a eu l'obligeance de transcrire, pour nous les communiquer, tous les passages relatifs aux reliques et au culte de S. Hildevert.
Outre ces documents et les ouvrages de Bulteau, Ch. Cahier, Tabbé Cochet, du Breuil, Guilmeth, Le Bœuf, J. Pillet, Potin de la Mairie, cités dans les notes, nous avons consulté :
Manuscrits : Vies de saints, recueil du XIP siècle, Bibl. imp., fonds lat., n* 12605, f* 119. — Collection de D. Gre- NiER,t. xLvii, f® 147. — Communications de M. Tabbé Denis, chanoine de Meaux; de M. E. de l'Epinois, corresp. de la Soc. des ant. de France, à Rouen; de M. Demoyencourt, huissier à Amiens ; de M. Ducrocq, curé de Vers, et de M. Tabbé Cochet, conservateur du Musée, à Rouen.
Imprimés : Anciens bréviaires de Meaux. — Vincent de Beauvais, Spéculum historiale, lib. xxiii, c. 25. — Mabillon, Act. Bened., iv, index SS. praeterit; Annal, bened.i i. — Gailia Christ, viii, col. 1600 et 169'2. — Le Cointe, Annal, ecclés, franc, m, 243 et 818. — Toussaint du Plessis, Des^ cript. de la haute Normandie, i, 22; Hist. de r Église de Meaux, I, 62 et 690. — Office solennel de S. Hildevert^ patron de r église de Gournay, Gournay, 1840. — Goze, Excursions aux environs d Amiens. — Recueils hagiographiques de H. Ménard, Baillet, Godescard, Guérin, etc.
En 1868, après le décès de notre savant collègue, M. E. Grésy, membre de la Société des Antiquaires de France, on a vendu de sa bibliothèque, au prix de 92 fr., une plaquette intitulée : Ensuyt la légende de monseigneur sainct Hildevert, évesque de Meaulx en Brie, On les vend à Rouen par Richard Lallemand. Sans date, in-16. Nous ne connaissons point ce rare opuscule qui n*est sans doute que la traduction de la légende latine.
s. HONORÉ
ÉVÊQUE d'aMIENS.
i6 Mai. — 7- 600.
S. Honoré * naquit à Port-le-Grand, en Ponthieu, dans la première moitié du VP siècle. D'après une ancienne tradition, il serait issu des comtes de Ponthieu ^. Malbrancq veut préciser davantage en disant qu'il reçut le jour d'Aimeric, comte de Ponthieu et de Boulogne, et qu'il aurait été proche parent de S. Kiquier, par la ligne mater-
* Honoratusy Honorât, Honeré, Honnouré, Honnoré, Ho' noire. Les auteurs du Moyen-Age n*ont pas manqué de faire allusion au double sens que présentait son nom : nohilitate et nomine honoratus, dit Vincent de Beauvais. Divers saints ont porté le même nom, entre autres un martyr de Potenza (II [e siècle), un évêque de Toulouse (Ille siècle), un évèque de Verceil (IVe siècle), un évêque d'Arles (V® siècle), un évêque de Brescia (VIIô siècle), un archevêque de Contorbéry (VII« siècle), un Martyr du Poitpu (XIIP siècle), un commerçant du Berry (XV« siècle), etc.
* De nobili ejus prosapia hoc unum fatur quod ortus fuerit e pâtre oppidi Portus dyn£ista, eodemque totius Pontivensis regionis comité. (Ancien ms. des Chartreux d*Abbeville, cité par M. Prarond, Saint Riquier et les cantons voisins, II, 125.)
s. HONORÉ, ÉVÊQUE d'aMIENS. 39
nelle ' . Selon une autre version *, il serait au contraire issu de parents pauvres. Nerlande, qui nous a laissé une longue et diffuse dissertation manuscrite sur le temps de la vie^ de Vépiscopat et de la mort de S. Honoré ^, n'admet point qu'il y ait déjà eu un comte de Ponthieu au temps de notre saint évêque, et produit à ce sujet des arguments qui nous paraissent peu décisifs. C'est faire une objection futile que de voir une contradiction historique entre le titre que la tradition donne au père d'Honoré et la résidence qu'elle lui assigne. Les gouverneurs de comté ne demeuraient pas toujours dans la localité la plus importante de leur territoire; et d'ailleurs, suivant la remarque d'un manuscrit de Eumet *, Port était jadis une des principales villes du Ponthieu. Nous reconnaîtrons volontiers que cette partie de la Picardie n'était
« Voici d'après Malbrancq la généalogie de S. Honoré :
Regnachaire Aimeric
!•' mari de Maurienne second mari de Maurienne
Alchaire S. Honoré
S. Riquior
n est facile de voir combien cela est invraisemblable. Honoré siège pendant 46 ans^ ce qui doit lui faire donner au moins 71 ans à sa mort, et le faire naître vers Tan 529. S. Riquier, né d'un précédent mariage, mourut en 645 et aurait eu alors de 115 à 120 ans.
* La Vie de S. Honoré^ Ms. duXVKsiècle, des Archives de Loir-et-Cher, publié par M. Dupré, dans le tome VIII des Bulletins de la Soc. des Ant. de Pic. p* 363.
» Ms. 466 de la Biblioth. d'Amiens.
* Cité par D. Grenier, t. 90, f» t8i.
40 s. HONORÉ, ÉVÊQUE d' AMIENS.
pas encore au VP siècle un comté organisé dans le sens qu'on a donné plus tard à cette dénomination; mais rien n'empêche d'admettre que le père de S. Honoré ait été l'un de ces chefs sicamhres de race royale qui furent convertis par S. Rémi, et auxquels la libéralité de Clovis et de Childebert accorda de vastes domaines dans le pays nouvellement conquis.
Nous ne nous sentons point davantage convaincu par cet autre argument de Nerlande, qui nie l'ancienne existence d'un château à Port, par cette raison que s'il y en avait eu un, on n'aurait pas été obligé de transférer à Amiens les reliques de S. Honoré au moment de l'invasion des Normands. Le château de Port n'a-t-il pas pu être démantelé antérieurement à cette translation ? Ou, s'il n'en a pas été ainsi, ne pouvait-il pas être du nombre de ces résidences qui ne présentaient pas d'assez sérieuses garanties contre les invasions des barbares? Toujours est -il que la tradition actuelle désigne l'endroit où s'élevait jadis le château du père de S. Honoré, et que, d'après le témoignage du P. Ignace ', on en voyait encore subsister quelques ruines au XVII* siècle.
Dès son enfance, le jeune Honoré fit pressentir les hautes destinées que lui réservait la Providence. Dieu l'avait prévenu de ces grâces de prédilection qui font mûrir les vertus avant l'âge, en sorte qu'on pouvait lui appliquer ce que la sainte Écriture dit de Tobie ; « Étant encore enfant, il
* Hi$toire ecclésiastiqvie d'Abbenlle^ p. 192.
s. HONORÉ, ÉVÊQUE d'amIENS. 41
n'avait rien de Tenfance. » Éloigné de toutes les dissipations, il partageait son temps entre Tétude et la prière. Il fit de si rapides progrès dans la science et dans la vertu qu'il mérita bientôt d'être promu au sacerdoce par Béat, septième évêque d'Amiens. Sous la conduite de cet éminent prélat, que quelques écrivains ont qualifié de Bienheureux, Honoré devint un parfait mçdèle de la vie ecclésiastique. Il était l'âme de toutes les bonnes œuvres. La charité qui respirait dans ses actions, son dévouement pour les pauvres, l'austérité qui lui faisait crucifier sa chair et ses passions, exerçaient une si salutaire influence sur ceux qui le voyaient que les pécheurs les plus endurcis ne pouvaient résister à ses exhortations. Lorsque Béat mourut, vers l'an 554, S. Honoré fut désigné pour lui succéder par les acclamations du peuple et du clergé. Son humilité s'opposa en vain aux vœux du diocèse : une effusion d'huile sainte descendit du ciel sur son front et le consacra miraculeusement ^ . On apprit bientôt à Port qu*Honoré était promu à l'épiscopat; sa nourrice accueillit cette nouvelle par une complète incrédulité et s'écria qu'elle croirait plus volontiers que le fourgon ardent qu'elle tenait entre les mains prendrait racine et se changerait en arbre. Joignant l'acte aux paroles, elle planta dans la cour où elle se trouvait, sa pelle embrasée, emmanchée d'un bâton, qui se métamorphosa soudain en mûrier et qui, bientôt après, produisit des fleurs et des fruits *.
^ On attribue la même faveur à S» Rémi, évêque de Reims. V. SUTSKEN, Âct. SS, t. 'I oct. p. 59.
* Au XVII« siècle, on montrait encore ce mûrier dans Tan-
42 s. HONORÉ, ÉYÊQUE D AMIENS.
Cet arbre miraculeux ' fut considéré comme un emblème prophétique des fruits de salut que devait porter Tépiscopat d'Honoré. En effet, le saint évêque se dépensa tout entier dans le gouvernement des âmes ; souvent il allait visiter les villes et les bourgades de son diocèse, et s'efforçait de déraciner les restes de superstitions païennes qui avaient résisté, surtout dans le Ponthieu, au zèle de ses prédécesseurs. Prêchant par ses exemples, encore plus que par ses paroles, il fit fleurir le dévouement chez le clergé et la régularité dans les cloîtres.
Devenu libre de la disposition de ses biens, par la mort de ses parents, il fit don du domaine de Port à l'Église d'Amiens, qui en jouit jusqu'en 1301 ^
La dévotion que S. Honoré portait à la Passion de Notre- Seigneur fut un jour récompensée par un miracle, qui est ainsi raconté jpar nos bréviaires :
« Le jour de Pâques, alors qu'il célébrait les divins mystères au grand autel de Notre-Dame, et qu'il venait de consacrer les saintes espèces, il vit sor-
cienne maison de S. Honoré : «: Dans la cour de cette maison, dit le père Ignace, on voit lemeurier miraculeux, provenant d'un fourgon à demi-brûlé qu'on tient par tradition avoir été planté en cette place par la nourrice de ce Saint, quand on vint lui dire qu'il estoit évesque d'Amiens. » Hist, eccles, d'Abbeville^ p. «192.
* Sur les bâtons qui se changent en arbre, voir la note 1, page 584, du volume précédent.
' A cette époque, l'évêque Guillaume de Mâcon transféra cette propriété à la Chartreuse qu'il venait de fonder à Abbeville, sous le patronage de S. Honoré ; mais il dédommagea largement l'Église d'Amiens en lui donnant la terre et seigneurie de Bouvresse, située dans le doyenné de Poix, qu'il avait ax^etée en 1299, de ses deniers personnels, à l'abbaye de Charroux. . .
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tir d'une nuée lumineuse une main marquée des stigmates de la Passion : c'était celle de Notre- Seigneur qui, en lui administrant la sainte communion, voulait faire jouir le pieux évêque de la faveur qu'il avait jadis accordée à ses apôtres. S. Salve, qui devait succéder à Honoré sur le siège d'Amiens, fut témoin de ce miracle, ainsi qu'un grand nombre d'assistants. A partir de ce jour, ajoute la légende, l'évêque d'Amiens fut exempt de ces révoltes de la chair qui sont l'inévitable condition de notre humanité déchue. C'est à ce prodige, qu'on attribue également à S. Firmin-le-Confesseur, que faisaient allusion les armoiries sculptées de l'église Saint-Acheul représentant une main sortant d'une nuée ^ . »
La première année de Tépiscopat de S. Honoré (555) fut encore illustrée par un autre miracle, qui enrichit l'Église d'Amiens des reliques des trois illustres martyrs Fuscien, Victoric et Gentien, inhumés à Sains vers l'an 303. Lupicin, prêtre d'Amiens, apprit par la révélation d'un ange l'endroit où reposait ce précieux dépôt ; il s'empressa de déblayer la crypte qui lui avait été indiquée, et quand il eut aperçu les ossements des saints martyrs, il entonna une hymne d'allégresse dont les accents parvinrent, à deux lieues de là, jusqu'aux oreilles
* I Cette main estoit représentée ouverte et nue dans une sculpture en bosse de 3 à 400 ans, à la clef du ceintre de l'ancienne porte pour entrer du chœur de l'église dans le clocher de Tabbaye, qu'on a détruite en Tan 4673 j>. Mémoires sur la collégiale de Saint-Acheul^ publiés par M. de Be^uyillé, dans ses Documents inédits^ t. i, p. 361 .
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de s. Honoré, qui célébrait alors les saints mystères ' . Quand il eut terminé d'accomplir les rites sacrés, il s'informa du lieu où pouvait résider celui dont il avait entendu retentir la voix lointaine ; il le vit bientôt accourir vers lui et recueillit de sa bouche le récit de l'invention qu'il venait de faire. L'évêque se prosterna à terre, rendit grâces à Dieu et se dirigea avec un grand concours de fidèles vers Tendroit où les corps saints, rendus à la lumière du jour, exhalaient un si savoureux parfum qu'on aurait pu les croire embaumés d'arômes.
Childebert V% roi de France , ayant eu connaissance de cet événement , députa à Sains quelques chapelains de sa cour pour en rapporter ce précieux trésor qu'il destinait, dit-on, à l'abbaye de Saint- Vincent de Laon. Mais les ordres du roi rencontrèrent un obstacle imprévu dans l'allourdissement miraculeux des cercueils, que ne purent faire mouvoir les plus puissants efibrts. Quand Childebert eut connu ce prodige, il abandonna ses premiers desseins qui avaient centriste S. Honoré, et fit don à la cathédrale d'Amiens du village du Mesge, situé dans l'Amiénois, pour que les revenus de cette terre fussent employés à enrichir le culte des trois saints et à entretenir les clercs qui veilleraient à sa garde. Il envoya à Amiens d'habiles orfèvres chargés de ciseler une châsse en argent, et donna à l'église Notre-Dame de nombreux orne-
* D*après une autre version, S. Honoré aurait été averti par un ange. Petr. venet, De natalib, SS. c. 87. Suivant Malbrancq, Honoré était à ce moment, non point dans sa cathédrale, mais dans son palais épiscopal.
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ments en soie pour la décoration des autels et les tentures des jours de fête ^ .
S. Honoré mourut le 16 mai de l'an 600 ^, après quarante-six ans d'épiscopat, dans le cours de ses visites pastorales, au château de Port, où il avait pris naissance ^ Les écrivains du Moyen-Age, amis des jeux de mots, ont fait remarquer à ce sujet que le village de Port avait été pour lui le port où il avait abordé l'existence et le port d'où il s'est embarqué pour l'éternité *. Il fut inhumé dans l'église paroissiale, qui était alors consacrée à saint Pierre et qui devait bientôt se placer sous son invocation.