‹ Hagiographie du diocèse d'Amiens (volume 2)Chapitre 7 sur 65 · TRADITIONS LÉGENDAIRES · texte numérisé non relu

TRADITIONS LÉGENDAIRES

Nous réunirons sous ce titre quelques événements apocryphes dont nous n'avons trouvé aucune trace dans les anciens écrits, mais que nous avons recueillis soit dans des auteurs mystiques relativement modernes, soit dans les traditions populaires du Ponthieu.

* Voir notre biographie des SS. Fuscien, Victôric et Gentien, dans le volume précédent, page 332.

* En 587, selon Nerlande ; en 580, diaprés Le Cointe.

' D'après une tradition locale^ il aurait ressenti les premières atteintes de sa maladie en prêchant à Nouvion.

Quelques auteurs le font à tort mourir à Saint-Saire-en-Bray, dans une crypte où les malades vont encore aujourd'hui boire une eau de puits réputée bienfaisante. Voyez les Eglises de V arrondissement de Dieppe^ par M. Tabbé Cochet, p. 341.

* On inscrivit sur les murs de Téglise de Port ces deux vers qu'on chanta comme antienne aux vêpres de sa fête, jusqu^au XVII' siècle :

Quem genuit Portus decessit ubi fuit ortus, Is suus est hortus, suus est occasus et ortus.

46 s. HONORÉ, ÉVÊQUE d'aHIENS;

Un jour que le saint évéque célébrait la grand* messe à sa cathédrale, il se tourna vers le peuple pour dire : Dominus vobiscum. Ni les prêtres, ni les fidèles ne lui répondirent, pour témoigner qu'ils ne faisaient pas grande estime d'un homme qui avait été élu évéque alors quil n'était pas encore prêtre *. Mais bien grand fut Tétonnement de tous, quand ils entendirent le crucifix de Tautel suppléer à leur devoir et répondre distinctement : Et cum spiri tu tuo *.

Aux obsèques du saint prélat, les assistants étaient tellement émus que personne ne pouvait répondre au chant liturgique du célébrant. Quand il eut chanté : Requiescat in pace^ ce fut l'image du Christ qui répondit : Amen *.

a Les monuments de la Chartreuse d'Abbeville, dit M. Louandre * rapportent que les crucifix plantés sur les chemins saluaient poliment S. Honoré, quand il passait devant eux. »

Il est facile de voir que ces récits et quelques autres sont brodés sur le thème du crucifix de S. Firmin-le- Confesseur.

On raconte encore dans les veillées du Ponthieu, que lorsque le jeune Honoré allait à l'école de Cahon, ou à celle de Miannay, villages situés au bord opposé de la baie de Somme, il arriva plus d'une fois que la marée montante s'arréla pour livrer passage au jeune écolier. On ajoute que, malgré la distance de deux lieues qui le séparait de Port, il entendait chaque jour le chant du coq qui l'avertissait du moment de quitter l'école pour retourner à la maison de ses parents.

• La route qui conduit de Port à Miannay, en traversant Cahon, s'appelle encore aujourd'hui le chemin de S. Honoré Un fossé voisin porte le même nom.

^ Cette circonstance mensongère du récit prouve combien il est apocryphe

* B. DE Gruytrode, Lavacrum conscientiœ, Leipsick, 1491, in4o.cap.XII, p. 54.

» Ibid.

* Biographie d'Abbeville^ p. 189.

s. HONORÉ, ÉVÊQUE d' AMIENS. 47

« La tradition merveilleuse, dit M. Louandre *, s'est attachée au saint de Port. Le cierge qu'on appelle de son nom à Port ne s'éteint jamais pendant la procession ; ce miracle se renouvelle tous les ans ; une seule fois, le cierge s'éteignit ; on rechercha la cause de l'accident : le chantre avait oublié, en chantant, deux versets. »

CHRONOLOGIE

S. Honoré a été considéré comme quatrième évêque d'Amiens par Democharès •, Gazet ', Baronius *, Louis de Blayrie *, Du Breuil *, etc.; ils ont interprété trop à la lettre un passage d'un ancien Légendaire qui désigne Honoré comme le successeur de S. Firmin-le-Confesseur. Cet auteur n'a certainement pas voulu par là établir un fait chronologique ; il a nommé celui des prédécesseurs médiats de S. Honoré qui jouissait d'une réelle célébrité, parce que son nom était inscrit dans les martyrologes et dans les litanies de l'Église d'Amiens. Il est certain d'ailleurs que S. Firmin-le-Confesseur eut pour successeurs Léonard, Audouen, Odibie et Béat, et que par conséquent Honoré ne fut que le 8® évêque d'Amiens. Les écrivains qui admettent cet ordre de succession sont toutefois loin d'être d'accord sur l'époque précise où commença l'épiscopat de S. Honoré. Ils varient de l'an 554 à l'an 600 et même audelà ''. Les Actes de S. Honoré qui ne remontent qu'au

* Op. cit. p. 126.

* Christianœ religionis.,. propugnatio^ lib. ii, f» 20.

* Hist. eccl, des Pays-Bas,

* Not. ad MartyroL

' Thrésor des richesses de VÉglise,

* Antiquités de Paris,

"^ En 554, selon Claude Robert, Malbrancq et La Morlière ; en 555, selon Nerlande et M. Salmon ; en 565, selon De Court et de Sachy ; en 566,* selon le P. Daire et Mgr. Mioland ; en 588, selon les Bénédictins ; vers Tan 600, d'api es la Légende française du XVIe siècle publiée par M. Dupré, et plus tard encore, d*après Croizet. (t. 1, p. 549)

48 s. HONORÉ, ÉVÊQUE D AMIENS.

XI' siècle nous disent qu il âorissait du temps du pape Pelage et du roi Childebert, alors que Tempereur Maurice envoya des ambassadeurs à ce dernier prince, pour l'engager à se faire le défenseur de l'Empire d'Orient . Comme il y a eu deux Papes du nom de Pelage, trois rois du nom de Childebert, il y avait là matière à controverse. II nous paraît évident qu'il s'agit ici de Pelage II (578-590) et de Childebert, roi d'Austrasie (575-596). L'empereur Maurice, qui régna sur l'Orient de 582 à 602, a pu envoyer ses ambassadeurs vers l'an 585, et c'est bien là l'époque où florissait S. Honoré. LeGalUa christiana et De Court se sont créé des difficultés inextricables en supposant que le Childebert qui donna la terre du Mesge à l'Eglise d'Amiens est le même Childebert qu'on dit ici avoir régné du temps de Pelage et de Maurice, c'est à dire Childebert, roi d'Austrasie. Ils sont naturellement amenés à se demander comment le roi de Metz a pu donner un domaine qui ne pouvait lui appartenir, puisqu'il était situé dans la Neustrie, et se trouvent obligés, pour résoudre cette objection, de se livrer à des suppositions très-invraisemblables. Ils se seraient évité une oiseuse discussion, s'ils avaient consulté le Nécrologe du Chapitre d'Amiens qui assigne à Childebert I*', roi de France^ le don de la terre du Mesge *.

Ce prince régna de l'an 551 à l'an 558, et c'est en 555 qu'eut lieu la découverte des corps de S. Fuscien et de ses compagnons *. Ajoutons que les BoUandistes, pour éviter l'objection contre laquelle se sont débattus De Court et le Gallia christiana^ sont tombés dans une bien plus grav<î erreur, en attribuant la donation du Mesge à Childebert II, roi de France, qui régna de 698 à 711, par conséquent un siècle après la mort de S. Honoré.

^ X Calend. febr. obitus Childeberti régis Francise qui in honore SS« Fusciani sociorumque ejus dédit huic ecclesiae vicum Megicum.

* Voir ce que nous disons à Farticle Chronologie^ dans la Biographie de S. Fuscien, p. 332.

s. HONORÉ, ÉVÊQUE DAMIENS. 49

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