‹ Hagiographie du diocèse d'Amiens (volume 2)Chapitre 64 sur 65 · ABBÉ DE FOSSES ET DU MONT- SAINT-QUENTIN · texte numérisé non relu

ABBÉ DE FOSSES ET DU MONT- SAINT-QUENTIN

i"Mai, — t 686.

Ultan \ frère de S. Fursy, fut le troisième fils de Fintan, un des rois de l'Irlande, duquel nous avons raconté ailleurs les malheurs et l'exil '. Il naquit au commencement du VIP siècle , dans rhôtellerie du monastère de Clunaferte ou Cluain- Fearta *, où sa mère avait été charitablement accueillie par le saint abbé Brendan.

Quand S. Fursy fut à la tête du monastère de Ratimath, une des îles du lac d'Orbsen, il détermina ses deux frères Foillan et Ultan à embrasser la vie religieuse, sous sa direction. Après avoir passé quelques années au monastère de Cnobbersburg, dans le canton de Suflfolk, et partagé les tra-

* Ultanus, WUanuSi Vultanus — Ultain, Ultin, Oultan, Vultan, Ou tain, Outan, Autain. — Plusieurs autres saints irlandais ont porté le même nom.

* Voir notre biographie de S. Fursy, t. ii, page 232.

^ Dans le diocèse de Tuam, près du lac d'Orbsen, là où se trouve maintenant la paroisse de Kill-Fursa.

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Taux apostoliques de ses deux frères^ Ultan se retira dans une solitude, où S. Fursy alla le rejoindre, et passa une année consacrée tout entière au travail des mains et à la méditation des vérités éternelles.

D'après une tradition qui ne mérite pas croyance, il aurait accompagné son frère Fursy non-seulement dans son voyage en France, mais aussi dans son pèlerinage à Rome; revenu en France avec lui, il aurait visité Tabbaye de Corbie, et fondé ensuite le monastère de Fosses.

L'auteur des Miracles de S. Fursy nous dit positivement que le saint abbé deLagny entreprit son dernier voyage, où il devait mourir, dans le but d'al« 1er voir, en Angleterre, ses frères qui dirigeaient le monastère de Cnobbersburg qu'il avait fondé * . On ne peut donc pas admettre que S. Ultan soit venu en France avant la mort de S. Fursy, et il faut rejeter les détails inexacts qui nous sont donnés à ce sujet par les Actes d'ailleurs très suspects de S. Etton et de S. Algise ^.

Une autre tradition, empruntée aux Actes de S. Foillan, et qui ne mérite pas plus de confiance, nous raconte qu'Ultan accompagna Foillan dans un voyage à Rome, et qu'en revenant en France avec lui, il aurait appris à l'abbaye de Lagny la mort de son frère aîné.

Ce ne fut donc qu'après l'an 650, époque de la

* Contigit ei ut reverteretur in Saxoniam visitare proprios gerrnanos suos, id est Foillanum et Ulianum, quos dimisit nd regendum suura monasterium.

* Voir l'article Algise dans notre tome iv.

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mort de S. Fursy, qu'Ultaii vint en France. On ne saurait préciser la date de son arrivée. L'auteur anonyme du VIP siècle, qui a rédigé les Actes de S. Fursy, indique comme ayant assisté à Télévation de ses reliques (654) S. Foillan et S. Emilien, et passe sous silence le nom de S. Ultan. On ne doitdonc pas s'en rapportera l'assertion du chanoine Desmay, auteur d'une Vie de S. Fursy , qui s'inspirant « d'un livre fort ancien, écrit à la main et gardé au monastère du Mont-Saint-Quentin, » dit que S. Eloi, après avoir consacré l'église du Montdes-Cygnes et fait l'élévation du corps de S. Fursy,

mit S. Ultan en possession du Mont-Saint-Quentin.

Toutefois, ce dut être vers l'an 651, que le missionnaire irlandais évangélisa le diocèse de Cambrai et qu'il se rendit à Nivelle, en Brabant, pour visiter l'abbesse Ste Gertrude, ainsi que sa mère laB. Itte (ou Iduberge), veuve de Pépin de Landen, maire du palais d'Austrasie. Les deux étrangers furent reçus dans la communauté des religieux, qui était annexée à Tabbaye de femmes, et on les pria d'évangéliser les pays environnants et d'expli- • quer la Sainte-Écriture aux religieuses du Monastère de Nivelle.

Après la mort de la B. Itte, qui survint en 652, Ste Gertrude, qui avait hérité de vastes domaines, donna à S. Ultan la terre de Fosses, située entre la Sambre et la Meuse *, ainsi que les fonds nécessaires pour y construire un hôpital pour les pèlerins et

' pu diocèse de Liège, jadis de celui de Macstricht.

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un monastère * . C'est en se rendant à cette abbaye, deux ans plus tard, que S. Foillan et trois de ses compagnons furent assassinés par des voleurs, dans la forêt Charbonnière, en Hainaut, entre Nivelle et Soignies. Gertrude, inquiète de ne point voir revenir Foillan, envoya chercher de ses nouvelles à Fosses. S. Ultan raconta que, la nuit précédente, il avait vu en songe une colombe aux ailes blanches, qui était souillée de sang, prendre son vol vers le ciel, et qu'il devinait maintenant le malheur qui était arrivé à son frère. L'abbesse de Nivelle, qui avait eu une autre révélation, fit explorer la forêt de Soignies, et, plus de deux mois après, on découvrit les cadavres des quatre victimes ^.

On voulait d'abord inhumer Foillan à Nivelle; mais Ultan réclama cet honneur pour son monastère de Fosses, en invoquant la volonté que lui avait manifestée son frère à cet égard.

Plus tard, Ste Grertrude, sentant approcher sa fin, envoya un messager à S. Ultan, pour lui dire qu'elle voyait arriver la mort avec un sentiment mêlé de crainte et de joie, et qu'elle serait heureuse d'en savoir d'avance le jour et l'heure. Ultan répondit : «Nous sommes aujourd'hui le 17 des calendes d'avril (16 mars), c'est demain, au moment de

^ Bel leforest, trompé par une ressemblance de nom, attribue ù S? Ultan la fondation de Saint-Maur-Jes-t"ossés, près de Paris.

* Colgan suppose que les trois compagnons de Foillan étaient S. Boétien, S. Coloniban et S. Gobaiii, tous trois disciphs de S. Fnrsy. En ce qui concerne S Gobain, la conjecture est fausse, car il fut assassiné au mont de riîormitagc qui. depuis, a piis le nom de Saint-Gobain.

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la messe solennelle^ que cette servante de Dieu comparaîtra devant son juge. Qu'elle ne conçoive aucune crainte; car le bienheureux évêque Patrice S entouré d'Anges, la recevra comme une nouvelle hôte dans réternelle patrie. »

Le messager voidut savoir si Tabbé de Fosses avait eu connaissance de Tavenir par une révélation céleste, mais Ultan n'en voulut point dire davantage. Le lendemain, 17 mars 659, qui était un dims^nche, Gertrude reçut la communion en viati* que, et rendit son âme à Dieu au moment où l'officiant prononçait les paroles de la secrète.

Il est difficile de déterminer l'époque précise où S. Ultan devint premier abbé, du monastère du Mont-Saint-Quentin, près de Péronne, qui avait été bâti par la libéralité d'Erchinoald, châtelain de Péronne et maire du palais. Ce fut probablement vers 648 et non pas en 643 comme le suppose l'auteur de VHistoire manuscrite de l'abbaye du Mont- Saini'Quenttn '.

Ultan n'ten continua pas moins de diriger l'abbaye de Fosses. Son zèle suffisait abondamment à r accomplissement du double devoir qu'il avait accepté.

On s'est demandé qu'elle était la règle que S. Ultan faisait suivre dans ces deux monastères. Les Bénédictins répondent que c'était celle de

1 Ce rôle est sans doute attribué au grand apôtre de l'Irlande, parce que sa fête tombe le 17 mars, jour où devait mourir Ste Gcrtrude.

* Ce manuscrit est con? orv(^ auj Archivei du dépai^ement de

la S m me,

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S. Benoît; les BoUandistes en doutent. U nous paraît assez probable que S. Ultaja a dû d'abord introduire la loi monastique de S. Colomban dans sa patrie. Remarquons toutefois qu'il n'avait pas été élevé sous ce régime; formé par S. Brendin, il avait suivi, en Irlande, la règle toute spéciale dont ce saint abbé était l'auteur.

Mabillon et tous les écrivains qui veulent que la collégiale de S. Fursy ait été primitivement un monastère bénédictin, sont amenés à dire que S. Ultan fut le premier abbé, non-seulement de la maison du Mont-Saint-Quentin, mais aussi de l'établissement fondé en même temps par Ërchinoald, sur le Montdes-Cygnes, dans l'intérieur de Péronne, là où reposaient les reliques de S. Fursy. Les raisons qu'on allègue, pour soutenir cette opinion, ne nous paraissent point solides, et nous croyons que M. l'abbé J. Gosselin, dans sa Notice historique sur la col-' légiale de S. Fursy ^y a fort bien démontré que cet établissement, improprement nommé abbaye par quelques anciens auteurs, a toujours été séculier.

C'est dans le monastère du Mont- Saint-Quentin que fut exilé S. Amé, archevêque de Sens *. S. Ultan accueillit, avec une tendre compassion, le prélat qui, victime de perfides calomnies, avait encouru la disgrâce de Thierry III, ou plutôt d'Ebroïn, son maire du palais.

* Publiée dans la Picardie^ tome xi et suivants. « Voir l'article que nous lui consacrerons dïins la fécond© parti« de cet ouvrage.

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Ultan mourut le 1"' mai de Tan 686 '. 11 fut îiiliumé au monastère de Fosses, dans l'église qu'il avait érigée lui-même sous le vocable de Sainte- Agathe.

RELIQUES

Les reliques de S. Ultan furent plus tard partagées entre le monastère de Fosses, celui du Mont-Saint-Quentin et Téglise collégiale de Saint-Fursy.

La châsse que possédait le Chapitre de Péronne fut ouverte en 164o, pour en extraire quelques ossements destinés au prieuré de Saint-Pierre d'Abbeville qui envoya en échange trois oisements de S. Foillan. Il est probable queTancienne châsse du prieuré de Saint- Pierre est celle qu'on voit aujourd'hui à l'église de Saint-V ulfran d'Abbeville.

L'église de Péronne conserve deux ossements de S. Ultan.

Bien que S. Ultan soit mort le 1" mai, on ne le fêtait que le 2 mai à Saint-Fursy de Péronne, etle 5 mai à Fosses, à cause de la prééminence de la solennité des saints apôtres Jacques et Philippe.

Cette fête, qui n'était que semi-double dans l'ancien diocèse de Noyon (30 avril), se célèbre aujourd'hui ù Péronne sous le rite double de deuxième classe

» Jlalbrancq dit en 678 ; Bucelin. en G79 ; Mabillon et VArt de vérifier les datcsy en 080. Nous suivons? ropinioiide cVAchéry et de Le Gointc.

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Il n'en est pas fait mention dans notre Propre diocésain.

S. Ultan est le patron de Courcelette, dans le doyenné d'Albert.

Son nom est inscrit dans les martyrologes d'Adon, Bucelin, H. Menard, Du Saussay, etc.

ICONOGRAPHIE

On voyait jadis, à Péronne, la statue de S. Ultan, avec celles de ses deux frères, au portail de l'église collégiale de Saint-Fursy, aujourd'hui détruite.

On le représente avec une couronne à ses pieds pour montrer qu'il a su mépriser les grandeurs du monde.

BIBLlOaRAPHIE«

On ne connaît point d'Actes de S. Ultan. Ce que nous venons de rapporter est emprunté ; 1® à l'auteur anonyme du VII* siècle qui a écrit la vie de S. Fursy ; 2« aux Actes du même Saint, rédigés au XI® siècle par Arnould, abbé de Lagny ; 3*» à la Vie de S. Foillan, publiée par Ghesquière (t. m. p. 16); 4° aux Actes de Ste Gertrude et à ceux de S. Amé, archevêque de Sens.

Henschenius (t. i, maii, p. 118) et Mabillon {Act. SS. Ben, m, 785) ont rédigé sur S. Ultan une courte notice historique.

IS Histoire de l'abbaye du Mont-Saint- Quentin, manus crit conservé aux Archives du département de la Somme, contient une vie de S. Ultan, très-fournie d'erreurs, et que l'auteur a allongée en parlant de S. Fursy et de S. Foillan.

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Outre ces documents, nous avons consulté les ouvrages suivants :

Dbsmat, la Vie de S. Fursy. — Mignon, Histoire de la vie de S. Fursy, — Mabillon, Annal. Ben. i, 385, 420, 521 . — Gallia christ., m, 576 et 932. — Eostache de Sa- CHY, Essais hist. sur Péronne, pp. 11, 30. — Colgan, Act. sanct. Scotiœ, pp. 77, 81, 100, 292, 608.— Lb Colnte, Ann. Eccl. m, 656, 659 ; iv, 158. — Destombbs, Vies des Saints du diocèse de Cambrai, u, 64.— GtOSSELIN, Notice hist. sur le Chapitre de Saint-Fursy. — Les anciens bréviaires des diocèses de Liège et de Noyon. — Festa..,. in ecclesiaS. FuT'^ smi Peronensis, 1609.

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