ICONOGRAPHIE ET MONUMENTS
Ste Austreberte est ordinairement figurée en costume de religieuse, et couronnée par deux anges. Adossée aux murs
S1- ALSTKEBERTE, ABBESSE DE PAVILLV.
d'un château fortifié, elle tient une croix de la main droite et met l'autre sur son cœur. A sa droite, une colonne; à sà gauche, une crosse et une couronne sur un coussin. On la représente aussi près d'un four enflammé (Calend. benedict., i, 10 février); mais on on a tort de lui faire parfois porter des charbons ardents dans son giron, ce qui n'est nullement conforme à la légende que nous avons racontée.
Il y avait jadis dans l'église de Port un tableau figurant Ste Austreberte au milieu d'un four embrasé, avec cette inscription :
Je trouve assenrcment les ardeurs de ce four Moins vives que le feu de mon divin amour.
Une peinture de l'église paroissiale de Montreuil-sur-Mer nous montre la consécration de la Sainte.
Dans la Vie parfuicte de saincte Austvehrthe par Simon Martin, on trouve cinq gravures représentant 1° Ste Austreberte tenant une grande croix, une discipline et. une couronne d'épines, entre Ste Julienne et la B. Marguerite d'Arbouse; 2° le miracle du voile qui lui apparaît dans une fontaine; 3° la traversée de la Canche à pied sec; 4° le miracle de la fournaise de Port; 5° Ste Austreberte à l'agonie, voyant la procession des Saints qui viennent chercher son âme.
M. l'abbé Cochet (Églises de Varrond. d'Yvetot, n, 195) dit en parlant de Gerponville : « Nous y avons remarqué une statue de Ste Austreberte, en costume d'abbesse, aux pieds de laquelle le loup vert mange un âne chargé de linge ». Le P. Cahier va nous expliquer cette attribution. Après » avoir vu dans l'une [Caractéristiques des Saints, p. 32) un symbole d'humilité, il ajoute plus loin (p. 532; : « Cette légende populaire aura été greffée là-dessus, sans qu'on en trouve trace dans les biographies anciennes de la Sainte ou de S. Philibert, qui l'avait nommée abbesse. On prétend que le monastère de Pavilly s'était chargé de blanchir le linge de la sacristie de Jumiéges et qu'un âne servait à Austreberte pour transporter le paquet. La béte était si
200 S,c Al'STUKBEItTE. AUBESSE DE PAVILLV.
raisonnable et si bien faite à son office, qu'elle s'en allait toute seule opérer la livraison. Mais, à travers la forêt de Jumiégcs, un loup se jeta sur le docile animal. Ste Austreberte, qui survenait là, réduisit le mangeur à remplacer sa proie. Cela fut exécuté tant que voulut l'abbesse, qui ne se contenta pas d'un seul voyage. Aussi une chapelle commémorative, remplacée plus tard par la Croix-à-FAne, fut élevée dans ces bois dès le VIIIe siècle, dit-on ; et diverses sculptures, plus ou moins exactement interprétées, passent pour en être la reproduction. »
M. Ch. iïenneguier nous écrit que cette tradition donna lieu à une fête populaire qui, de Pavilly et de Marconne, fut transplantée à Montreuil. C'était la fête du Vert. Un homme vêtu d'une peau de loup, peinte en vert, portant une charge de linge, montait des bords de la Canche jusqu'à l'abbaye, suivi d'un nombreux cortège. C'est là l'origine du nom de la rue du Vert- Montant.
Le riche album, encore inédit, de MM. Duthoit contient le dessin des trois châsses de Montreuil.
Le monastère de Pavilly, détruit par les Normands, fut relevé de ses ruines au XIe siècle, mais consacré à un prieuré de bénédictins, sous le nom de Sainte-Austreberte. Il fut uni en 1G53 au prieuré conventuel de Saint-Sauve, établissement qui disparut lui-même en 1740 (Gallia christ., Hothom.diœc. — Toussaint Duplessis, loc. ciV., î, 105).
Quant à l'abbaye de Montreuil, on sait qu'elle a été en partie détruite pendant la Révolution, et que ce qui en restait a été métamorphosé en collège.
Le sceau de ce monastère représentait la sainte Patronne, tenant un livre d une main, une crosse perlée de l'autre, avec la légende: Sta Austreberta. Elle est debout ; une mante, qui couvre sa tète, retombe sur ses épaules et des- ' cend jusqu'aux pieds. (Société de Spfirngistiquey i, 60).
BIBLIOGRAPHIE
Duthesur, Surins et. plus tard..!. Bollandus ont publié
S,e AL'STHEBERTE, ABBESSE DE PAVILLY. 261
une Vie de Ste Austreberte écrite par un Anonyme presque contemporain, qu'on suppose avoir été moine à l'abbaye de Saint-Sauve de Montreuil. Baillet l'a jugée assez exacte : "nous ajouterons toutefois qu'elle contient quelques erreurs de chronologie. Mabillon a édité, en même temps que cette Vie, une autre biographie plus courte, reproduisant souvent les mêmes termes et contenant en plus un très-petit nombre d'événements.
Cette vie, empruntée à un manuscrit de Compiègne, serait plus ancienne que la première, au jugement de Mabillon, de Cave et de Bulteau. Ils se fondent sur ce qu'elle est plus courte et que l'autre paraît n'en ^tre que la paraphrase. Nous croyons, tout au contraire, avec D. Rivet [Jfist. lit t., iv, 68) et avec Ghesquière (v, 422), que c'est la vie publiée par Bollandus qui est originale, et que l'autre, écrite peut-être par un moine de Jumiéges, n'en est que l'abrégé défiguré par quelques additions. L'auteur de la première, en effet, cite le témoignage d'une personne qui, contemporaine de Ste Austreberte, vivait encore a cette époque. De plus, cette Vie est dédiée à l'abbesse Julia qu'on croit être Ste Julienne , seconde abbesse de Pavilly.
Bollandus a publié en outre un récit des miracles de Ste Austreberte dont Mabillon et Ghesquière nous ont donné des fragments. Les trois premiers chapitres, s'occupant d'événements qui ont suivi de près la mort de Ste Austreberte, peuvent avoir pour auteur le plus ancien rédacteur de sa Vie ou un prêtre de Pavilly. Le reste est évidemment d'une composition plus récente, puisqu'il s'agit de faits qui ont suivi l'invasion des Normands.
Au commencement du XI0 siècle, Knguerran, abbé de Saint-Riquier, a composé en vers une Vie de Ste Austreberte qui ne nous est point parvenue. (Hariulfe, Chron. Centul., 1. III, c. m).
Vers l'an 1311, un prêtre de Montreuil, nommé Wistasc Waucot, composa une traduction française des actes de Ste Austreberte, sur la demande que lui en fit Jeanne d'Argies, abbesse de Montreuil. On ignore ce qu'est dc-
2G2 8,# Al'STREDEUTE, AUBESSE DE PAVILLY.
venu ce manuscrit souvent cité par Simon Martin. Il parle aussi de Nicolas Samson et de Remy Hazou, deux Chartreux qui ont fait l'éloge de Ste Austreberte en vers français ; nous en avons vainement cherché les manuscrits dans les dépôts publics.
On conserve à la Bibliothèque de Rouen un office de Ste Austreberte, manuscrit du XIV" siècle.
M. Ch. Henneguier, de Montreuil, possède dans sa riche bibliothèque, un manuscrit in-folio intitulé :
La Vie de saincte Austreberthe, vierge du pays Morin,diocèse de Térouanne, religieuse de l'abbaye nommée Le Port, près la rivière de Somme en Picardie, prieure dudit monastère) abbesse de Honnecourt , diocèse de Cambray, abbesse ensuite de Pavilly, diocèse de Houen, titulaire de l'abbaye royale de la ville de Montreuil, diocèse d'Amiens. Laditte vie distribuée en neuf jours, pour s'en entretenir depuis le jour de sa feste jusques et y compris le dernier jour de son octave. Chaque jour fournira une partie de sa vie, plus trois réflexions, et une élévation à Dieu ou prière sur la partie de sa vie qui aura été exposée, pour en demander le saint usage.
La dédicace, à Mgr de la Motte d'Orléans, est signée.... prêtre, curé du diocèse de Boulogne. Le manuscrit est autographe.
M. Henneguier croit que l'auteur n'est autre que Dicuzet, curé de Belle et Houllefort, qui passe pour avoir remanié le Propre du diocèse de Boulogne, vers le milieu du siècle dernier.
Simon Martin, religieux minime d'Abbe ville, a publié en 1 G35 : La Vieparfaicte et immaculée de saincte Austreberthe, princesse du sang de la première race des rois de France et première abbesse du monastère de Pavilly; Paris, Sébastien Huré, In- 12. Cet ouvrage est suivi de plusieurs chapitres historiques sur les monastères de Pavilly et de Montreuil. Nous lui avons emprunté le récit textuel de plusieurs miracles accomplis au XVII* siècle.
Outre ces documents et les ouvrages de l'abbé Cochet, l'abbé Decorde, Dominique de Jésus, Toussaint Duplessis, l'abbé Destombes, Ch. Lecointe, D. Martin
S,e AUSTREBERTE, ABBE3SË DE PAVILLY. 263
Rhételois, D. Rivet, Semichon, etc., cités dans le cours de cette biographie, nous avons consulté :
Les anciens bréviaires des diocèses de Rouen, Saint- Omer, Boulogne, Arras, Amiens. — Bucelin, Menolog. benedict. 10 feb. — Du Monstier, Neustria sancta, 10 feb. — Baromus, Annal, ad ann. G95, c. 8. — Malbrancq, i, 342, 387, 419, 554.— Mabillon, Annal, i, 469. — Meyer, Annal, flandr., 1. i, ad ann. 6G8. — Bulteau , Hist. de l'ordre de S. Benoit , i, 502. — Trigan, Hist. eccl. de Normandie, r. — Du Tertre, Vie de sainte Austreberte, Paris, 1658, in-8. — Longueval, Hist. de l'Église gallicane, m, 72. — Ch. Barthélémy, Annales hagiologiques, vin, 180. — Van Drival, Légendaire de Morinie, p. 49. — L'abbé Fromentin, Hesdin, étude historique, p. 13. — Les Recueils hagiographiques de Baillet, Blondel, Cérisiers, Dumesnil, Gazet, Godescard, Giry, l'abbé Guérin, Juste et Cailleau, l'abbé Pétin, Ribadeneira, etc. — Nous devons de nombreux renseignements et la communication de divers anciens manuscrits à la complaisance de M. Ch. Henneguier, avocat à Montreuil-sur-Mer.
S. BERCHOND
KVÊQT.'E D'AMIENS.
i" Avril. — VII' Siècle.
S. Berclioncl 1 succéda, vers l'un 611, à S. Suive, selon les uns 2, a S. Déodut, selon les autres \ On ne sait rien de sa naissance, ni dii sa familie ; l'histoire de son épiscopat se borne aux relations qu'il entretint avec S. Valéry. La vénération qu'il portait h ce pieux cénobite, et peut-être aussi son amour pour lasolitude, l'en traînaient souvent dans la foret de Leuconaus ; il avait coutume d'y passer tout le Carême, partageant les exercices religieux et les macérations de l'ancien moine de Luxeuil. Il ne fit que
1 II est peu de saints dont le nom présente plus de variantes : Berchundus, Bercundus, Berhundus, Berhandus, Der/t ardus, Bernardus, Bernadus. — Berchund, Berchonde, Bercund, Bercond, Berhund, Berhun, Berund, Berhond, Béron, Berhard, Bernard. — Baillct, qui pouvait choisir entre toutes ces formes, s'est imaginé d'un inventer une nouvelle, en donnant le nom de Bochart à notre évêque, dans sa fie de S. Valéry , n° 4.
1 Do Cangk, De Couiit, de La Morliêiie, etc.
9 Daire, de Sachy, Mioland, etc.
S. UEltCllOND, ÉVÊ<Jl E D AMIENS.
suivre l'inspiration d'une tendre amitié, en favorisant la donation, que Clotaire II fit a Valéry, de la terre de Leuconaus, et en prêtant plus tard son concours à S. Blimont pour relever de ses mines l'oratoire primitif et en faire un monastère régulier.
Le Vimeu, qu'il évangélisa, restait obstinément attaché à certaines coutumes païennes, et spécialement au culte des arbres, soit que cette pratique ait persévéré depuis l'époque druidique, soit qu'elle ait été remise en honneur par les Francs. Un de ces arbres sacrés s'élevait près de l'ermitage de S. Valéry et attirait les hommages superstitieux des visiteurs. Berchond, pour sanctifier ce but de pèlerinage, suspendit à cet arbre des reliques qu'il avait coutume de porter sur lui, et il put ainsi, sans brusquer des habitudes invétérées, leur donner une consécration chrétienne. C'est au pied de cet arbre, devenu plus tard un monument de piété, que S. Valéry fut enterré, en l'an 622, d'après le désir qu'il en avait exprimé. Trois ans après, alors que les religieux de Leuconans furent dispersés par l'appréhension des guerres qui étendaient leurs ravages sur ces contrées, Berchond voulut transporter h sa cathédrale les restes vénérés de S. Valéry. Il se rendit auprès de son tombeau, le fit ouvrir, et ordonna a ses aides d'en exhumer le corps. Leurs efforts réunis restèrent infructueux. • J'ai lieu de craindre, s'écria Berchond, que cette tentative soit sans résultat : supplions le Seigneur de nous venir en aide » . Après avoir prié avec ferveur, il essaya h trois reprises différentes de soulever les dépouilles mortelles de S. Valéry ; mais il comprit qu'aucune force humaine
260 S. BERCHOND, ÉVÊytE DAMIENS.
ne pourrait lutter contre leur miraculeuse immobilité. L'ermite de Leuconaus, dit le pieux chroniqueur de sa vie ne voulait pas abandonner, même après sa mort, les lieux qu'il avait tant chéris \ C'était à S. Blimont qu'il était réservé d'opérer une translation moins lointaine, en faisant du corps de S. Valéry la pierre angulaire sur laquelle reposerait la sainteté et la gloire du monastère qu'il devait construire.
D'après quelques anciens manuscrits, Berchond aurait assisté au concile tenu à Reims, en 625 ou 630, sous l'archevêque Sonnatius. Mais son nom ne se trouve point dans les actes qui ont été recueillis par Flodoard *, par Labbe et par Mgr Gousset 4.
La mort de S. Berchond est fixée à l'an 627 par l'auteur anonyme de la Vie de S. Valéry ; à l'an 640, par le bréviaire de M. de la Motte ; à l'an 644, par De Court \
L'auteur des Mémoires pour servir à l'histoire de SaitU-Acheul 6 conjecture que le tombeau de Berchond est l'un des cinq qui ont été découverts en 1697, dans l'ancienne catacombe de Faustinien. La charte de Roricon(XI'siècle), relative à l'établissement des cha-
1 y ila S. Walarici, auctore anon., op. Mabiu.on, Jet. SS. Oïd. S. Bened , m, 89, n° 39; et Siiim s, 1 apr.
* Ce .miracle d'un cercueil qui s'alourdit se reproduit souvent dans les légendes, surtout au VII0 siècle. Voir nos biographies de S. Fursy, S. Fuscicn, S. Honoré, etc.
* //ht. eccles. Rem,, lib. III, c. v.
4 Actes de la province ecclésiastique de Reims, i, 37. s Mém. chronol. manusc, t. i, 1. n, c. x.
* Publiés dans les Documents inédits de M. de Bbacvillk, i, 3G3.
S. BEUCH0ND, ÉVÈQL'E d'aMIENS. 267
noines réguliers dans l'église de Saint- Acheul, parle, en effet, des cendres sacrées qui y ont été longtemps cachées, et semble indiquer par là que les premiers évêques, honorés du titre de saints, qui l'avaient précédé sur le siège d'Amiens, avaient été inhumés à Saint-Acheul. Cette église, il est vrai, n'était plus cathédrale du temps de S. Berchond ; mais une partie du clergé y résidait encore, et il n'est pas improbable qu'on ait continué alors d'y enterrer les évoques.
CULTE ET LITURGIE
La qualification de Saint est donnée à Berchond par l'auteur de la Vie de saint Valéry, écrivain qui vivait au XI* siècle ; par les litanies du diocèse que nous trouvons dans nos manuscrits liturgiques des XIe et XIIe siècles ; par plusieurs anciens catalogues des éveques d'Amiens; par Démocharès, Ghinius, Gazet ; et par tous nos historiens locaux. Son nom, inscrit en téte du 31 mars dans le Martyrologe d'Amiens, manuscrit de Tan 1738. a été effacé plus tard.
L'église d'Amiens ne célèbre plus sa fête, qui figurait sous le rite double majeur, avec une leçon spéciale, dans le Bréviaire de Mgr Mioland. — Une Mémoire lui est consacrée au 1er avril dans le Bréviaire de M. de La Motte et dans le Propre de Saint-Florent de Roye.
ICONOGRAPHIE
On suppose que S. Berchond est l'un des six évêques qui sont sculptés au portail Saint-Firmin de la cathédrale d'Amiens. — On voit son portrait imaginaire à la chapelle de l'évêché.
S. HKRCH0ND, ÉYÊQL'E D AMIENS.
BIBLIOGRAPHIE
Manuscrits : Du Cange, Les Évêques d Amiens, Ms. 9476 de la Bibl. imp., f° 21 . — De Court, Mémoires chronologiques, t. i, I. 2, ch. x.
Imprimés : Madillon, Annal, benedict., i, 295 et 318. — Lecointe, Hist. eccles. Franc., m, ad ann. 614, 623, 627. — Proprium SS. Monasterti S. Valarici, i, april. lect. vi. — Daire, Hist. d'Amiens, n, 10. — D. Grenier, Introd. à Chist. de Picardie, p. 303. — La Morlière, Hist. d'Amiens, p. 194. — Gallia Christ., x, 1155. — De Sachy, Hist. des évêques aV Amiens, p. 54. — Et les ouvrages cites dans les notes de cet article.
S. BERNAIRE