‹ Hagiographie du Diocèse d'AmiensChapitre 40 sur 82 · S" AUSTREBERTE, ABBESSE DE PAVILLY · texte numérisé non relu

S" AUSTREBERTE, ABBESSE DE PAVILLY

pour faire des miracles ; leur présence suffit, comme il a paru depuis peu, Tan 1628, le 12e de juillet, que quatre manœuvres tiroient des pierres dans une carrière qui estoit dans l'enclos de l'abbaye de Stc Austreberte à Montreuil, en laquelle il falloit descendre par une embouchure, faite en forme d'un puits fort profond. Il arriva qu'une veisne de sable s'ouvrit dans la terre, qui coula avec une telle abondance dans ce puits, que les quatre manœuvres demeurèrent investis dans le fond de leur carrière, sans espérance d'en sortir, parce que cette veisne, autrement pot de sable, couloit incessamment sans qu'il fut possible de l'arrester, quoy qu'on y apportât toutes les diligences, l'espace de deux jours entiers, jusqu'à ce que les inventions humaines ayant recogneu leur faiblesse et impuissance, on eust recours à la puissance infinie du Père des miséricordes, par les mérites de Ste Austreberte ; de laquelle ses religieuses apportèrent les reliques processionncllement jusques à l'embouchure de ceste pierrière ; cas admirable, ce pot de sable cessa de couler à, la présence de ces sainctes reliques qui encouragèrent un ouvrier de boucher cette ouverture, au péril éminent de sa vie ; ce qu'il fit toutefois facilement, après qu'on l'eust aspergé de l'eau en laquelle on avoit trempé quelqu'une des reliques ; et ces quatre hommes furent retiréz plus morts que vifs, à la requeste d'un seul qui estoit fort dispos et allègre, parce qu'il avoit invoqué fervemment le nom de Ste Austreberte du fond de sa caverne, comme un autre Jonas invoqua le nom de Dieu dans le ventre de la baleine. Tous néanmoins recouvrèrent une parfaite santé, après l'action de grâce à Nostre-Seigneur qui se rendoit admirable en Ste Austreberte. Cette merveille fut recogneue pour miracle, non - seulement par les religieuses, mais par un grand nombre de personnes de la ville, qui estoient présentes à ce spectacle et qui le

témoignent encore à présent

« Un homme de la ville d'Abbeville, estant à l'extrémité, ainsi que ^assistance le jugeoit, entra dans une frénésie si furieuse qu'on ne le pouvoit réduire à recevoir le dernier sacrement, à cause des irrévérences que font les personnes

25? S10, ALSTREBERTE, ADBESSE DE PAV1LLY.

en ces accessoires ; on le ceignit de la saincte ceinture que j'avois apportée en ladite ville, l'an 1633, pour quelqu'autre sujet; (ce) qui le rendit aussi paisible qu'un agneau pour recevoir dévotement la saincte onction qui l'allégea de sa maladie corporelle et le rétablit en sa première santé . . .

« Passant, au mois de janvier 1633, par la prairie de Nampont, qui estoit submergée par le débordement de la rivière d'Authie, ce qui est assez ordinaire en ces quartiers, la haquenée qui me portoit fit un faux pas, à cause d une fosse qu elle rencontra dans l'eau, où elle tomba, et me précipita de l'autre part, avec péril éminent d'être noyé, comme en effet le religieux qui m'assistoit en eust la pensée, me voyant comme enseveli dans ceste rivière ; dt laquelle toutefois Dieu me préserva par sa miséricorde, et, comme je crois, par les mérites de Ste Austreberte, parce que je faisois ce voyage en sa faveur »

L'attestation suivante est empruntée à l'acte original que possède M. Ch. Hcnneguier :

a Nous soubsignés, religieux Minimes, tesmoignons qu'estans allés visiter MIU" de Savense de Riencourt, le feu s 'estant prins à quelques bastiments qui estoient proches de son chasteau, la dicte dame ayant invoqué les faveurs de Ste Austreberte, elle nous pria de nous transporter jusques au lieu ou estoit le feu pour y jeter quelque relique qu'elle avoit de la dicte Saincte. Enmesme temps que nous l'eusmes mise dedans, un costé de la. couverture se tourna en ce mesme instant et se jetta d'un austre costé sans qu'il y eust un seul brin de paille noircie du feu ou de la flamme. Fait ce 14 mars 1635. Ce fut le 23 de janvier. — Frère Pierre La Ferte, Frère Nicolas Idée. »

Giry écrivait en 1683 : « Il semble que Dieu ait laissé une propriété secrète à tout ce qui a été au service de cette vertueuse vierge pour résister à la violence du feu : car comme le feu eut pris il y a quelque temps à un quartier de la ville de Montreuil-sur-Mcr, où les manches (de Ste Austreberte) sont encore conservées avec respect, dans un monastère de religieuses qui est une abbaye sous le nom de cette Sainte, il n'y eut point de remède plus puissant

Slt Al'STHEBEIlTE, ADRESSE HE PAV1LLY. 2ô3

pour y résister que de présenter aux flammes ce reliquaire : et elles s'arrêtèrent aussitôt comme lui rendant de l'obéissance et du respect ; ce qui étoit arrivé plusieurs autres fois en la même ville. »

M. Ch. Henneguier possède, parmi ses manuscrits, le Journal des Religieuses de l'Abbaye royale de Sainte- Austreberte de Montreuil, s'étendant de 1733 a 1776. Nous y puisons les extraits suivants :

« En Tannée 1705, le 20 d'août, un homme de Montreuil, nommé Vigrcux, avoit une petite fille, Agée de quatre ou cinq ans, que sa mère apporta dans l'église de notre sainte Mère. Elle ne pouvoit pas aller seule, et s'en retourna chez elle toute seule, sans que sa mère l'aidât à marcher.

« 1771. Elle fit éclater son pouvoir par plusieurs miracles. En voici un dont plusieurs religieuses ont été témoins : Une femme de Neuville, proche de Montreuil, apporta, le 25 d'aoust, sa petite fille, âgée de six semaines, à l'église de Sainte-Austreberte. Elle avoit le cou retourné. On lui fit baiser le chef de notre Ste Mère : deux heures après, son cou était aussi droit qu'un autre.

« Le 23 de septembre 1772, un homme de Neuville descendit dans la carrière du plant. On ne l'avoit pas descendu ■de deux brasses que la corde cassa. Il tomba de la hauteur de 25 à 26 brasses : on le croyoit mort ; il n'a été qu'un peu étourdi. L'on y descendit un homme pour le remonter; il ne voulut pas et continua à travailler toute la journée. »

RELIQUES

Sous l'épiscopat de S. Hugues, archevêque de Rouen, vers l'an 725, le 19 octobre \ on procéda à la levée du corps de Ste Austreberte.

1 Cette élévation est marquée le 10 ou le 20 octobre dans quelque» Martyrologes.

55 i S1' AI'STRERERTE, ABRESSE DE PAVILLY.

Il existe plusieurs versions relativement à l'époque où ces précieuses reliques vinrent enrichir l'église de Montreuil-sur-Mcr.

D'après une première tradition, les religieuses de Pavilly, en quittant leur monastère (816) pour se dérober aux fureurs des Normands, emportèrent li Marconne les reliques de leur fondatrice. Pour plus de sûreté, elles les envoyèrent bientôt à l'abbave de Saint- Berlin : on les cacha ensuite dans la crypte de la cathédrale de Saint-Omer, et c'est de là que la majeure partie du corps aurait été transférée à Montreuil, vers l'an 1050 (D. Martin Réthelois, op. «Y., n, 560).

D'après une autre tradition, les reliques de Ste Austreberthe seraient restées à Pavilly jusqu'au commencement du XI0 siècle. Un marchand de Montreuil, nommé "Wallo, les rapporta à sa ville natale. C'était un don que Richard de Normandie faisait à l'abbcsse Edelburge, fille du comte de Ponthicu (Simon Martin).

Le Gallia christiana nous dit qu'Helgaud, comte de Boulogne, offrit un asile dans sa ville fortifiée de Montreuil aux reliques d'Austreberte qui restaient trop exposées à Marconne. Deux siècles plus tard, en 1032, on érigea à Montreuil le monastère qui, en raison de ces reliques, prit le nom de Sainte-Austrcberte, et dont Edelburge de Ponthieu fut la seconde abbesse *.

Vers l'an 1080, Guy, comte de Ponthicu, sa femme Adda, Eustache, comte de Boulogne, et divers autres seigneurs de Picardie, allèrent vénérer à Montreuil les reliques d'Austreberte qui étaient encore renfermées dans une peau de cerf.

L'abbesse Imberge, vers l'an 1220, fit une lettre-circulnire pour solliciter des aumônes destinées à l'acquisition d'une chasse d'argent. Guillaume de Joinville, archevêque de Reims, accorda des indulgences à ceux qui prendraient part à cette bonne œuvre (Gallia christ., x, 1320:.

1 Le Gallia christiana l'indique comme la première ; mais tous les anciens documents de l'abbaye du Montreuil s'accordent à attribuer cette fondation à une pieuse fille nommée Auslreberte.

Su At'STIiEBERTE, ADUESSE DE PWII.LY. 255

En 12i)i, Guillaume de Maçon, évéque d'Amiens, autorise labbesse Marguerite de Bruncsberg à ouv rir la chasse de Ste Austreberte, pour en extraire divers ossements destinés à être renfermés dans des reliquaires spéciaux, et spécialement le chef qui fut mis dans un reliquaire de cuivre doré, en forme de ciboire, avec un couvercle d'argent.

Lefebvre de Caumartin, évéque d'Amiens, autorisa en 13G1 la translation dans une nouvelle châsse d'argent, et se fit représenter par Simon Martin qui, ayant trouvé à Montreuil une vie de Ste Austreberte, différente en divers points de celle qu'avait publiée Surius, se détermina h écrire sa Vie parfaicte de Ste Austreberlhe.

Outre cette châsse, renfermant la moitié du corps de Ste Austreberte, on conservait à l'abbaye de Montreuil les manchettes dont la Sainte avait balayé le four de Port, sa ceinture que s'appuquaient les femmes enceintes pour obtenir d'heureuses couches, son gobelet, son voile et un anneau qu'on croyait être celui que S. Orner aurait donné à la fille de Ste Framechilde (Simon Martin).

Un ossement fut offert en 1734 aux religieuses de la Madeleine du Traisnel. Cette relique, restituée en 1805, par M"* Jeanne de l'Espine, ancienne religieuse de ce monastère, se trouve aujourd'hui dans la chasse qui contient le chef de la Sainte.

En 1765, sur la prière de M. de la Motte, l abbesse de Montreuil donna une vertèbre de Ste Austreberte à Robert Leroux d'Emeval d'Acquigny, seigneur châtelain de Pavilly, qui prétendait descendre, par les femmes, du comte Amalbert. (Journal Ms. de V Abbaye.)

La châsse de 1631 a été brisée, par les ordres et en présence du conventionnel André Dumont, le 29 vendémiaire an II. Quelques ossements en avaient été retirés et sont

aujourd'hui conservés à l'église paroissiale de Montreuil, ainsi que son voile, ses manchettes et une partie de son

chef. Ces reliques furent reconnues et authentiquées en

1803 et en 1805 par Mgr de La Tour d'Auvergne, évéque

d'Arras. Elles sont contenues dans trois châsse» d'argent .

La crosse, conservée dans le trésor dr Montreuil, sous le

250 S" AUSTUEBEUTE, ADBESSR DE PAVILLY.

nom de Ste Austreberte, paraît être du XIe siècle, et a probablement appartenu à Austrebcrte, première abbesse de Montreuil, qui resta toujours en grande vénération dans ce couvent.

Une partie du chef de Ste Austreberte était jadis conservée dans l'église du Christ ii Cantorbéry. Baillet suppose que les Normands l'y avaient portée du temps de Guillaume le Conquérant.

11 y avait jadis des reliques de Ste Austreberte aux Chartreux d'Abbeville, à l'église de la Sainte-Trinité de Rouen, à l'abbaye de Saint-Bertin, à celle de Saint-Paul de Beauvais et surtout à la cathédrale de Saint-Omer.

Mentionnons une vertèbre que possède l'église paroissiale de Saint- Wandrille (l'abbé Cochet, Églises de l'arrondissement d'Yvetot, i, 52), et la relique qui se trouve à la chapelle de levêché d'Arras.

CULTE ET LITURGIE

Au XIIIe siècle, deux religieuses de Montreuil, Mehaut d'Argies et Jeanne des Tuilleries firent composer des proses et des hymnes pour être chantées aux jours de féte de Ste Austreberte (Simon Martin, p. 517).

Un gentilhomme anglais, par dévotion pour la Sainte, donna la dîme de ses biens au monastère de la Sainte- Trinité de Rouen où l'on conservait des reliques de l'abbessc de Pavilly.

A Saint- Austreberte, village situé près de Pavilly, existe un pèlerinage où l'on va honorer des reliques de Ste Austreberte (de Sivry, Dict. des pèlerinages, i, 250).

Une autre localité du canton d'Hesdin porte le même nom.

Outre ces deux paroisses, celles de Marant et de Saint - Deneux, dans le Pas-de-Calais, de Cantiers et de Pavilly, dans la Seine- Inférieure, sont sous le patronage de Ste Austreberte.

S,e ALSTREBERTE, ABBESSE 1)K PAVILLY.

Une chapelle qui lui est dédiée dans l'église d'Esclavelles (canton de Neufchâtel) est le but d'un pèlerinage trèsfréquenté (Decorde, Essai hist. sur le canton de Neufchâtel, p. 94).

On raconte qu'en 1191, Ste Austrebertc apparut par trois fois à un habitant de Rouen, nommé Guillaume, et lui révéla que la fontaine qui coulait près de Paviily avait la vertu de guérir beaucoup de maladies. Depuis lors, elle fut très-fréquentée et devint célèbre par les miracles qui s'y opérèrent (Simon Martin, p. 480).

« Dans l'église de Saint-Omer, dit Dominique de Jésus (Monarchie saincte, i, 167), à la gauche du chœur, il y a une fontaine qu'on dit que S. Orner obtint miraculeusement en faveur de Ste Austrebertc, du temps qu'elle demeura avec luy, pour prendre de ses mains le voile bény. »

Près d'Aumale, dans le bois de la Quintane, il y avait une chapelle sous l'invocation de Ste Austrebertc, avec un • corps de logis pour un ermite. C'était une fondation des ducs d'Aumale (Semichon, Hist. d'Aumale, t. n, p. 102).

Simon Martin parle de deux églises, dont il ne précise point l'emplacement, qui furent érigées à Ste Austrebertc, l'une en Angleterre , l'autre dans le Maine.

Montreuil, outre son église abbatiale, avait dédié à Ste Austrebertc une église paroissiale qui fut détruite à la fin du XVP siècle. .

Le nom de la Sainte picarde est inscrit dans le Martyrologe romain.

On célébrait sa féte dans les diocèses de Rouen, de Saint- Omer, de Boulogne, d'Amiens, mais pas dans celui de Térouanne. La féte simple de nos anciens bréviaires s'est amoindrie en une simple mémoire, avec leçon propre. Ste Austreberte figure dans les Propres actuels de Rouen et d'Arras.

Dans les bréviaires de Rouen de 1585 et 1587, nous trouvons cette oraison qui fut supprimée plus tard : Deus, qui invisibili rore cœlesti, ad beatx matris Austrebertx virginis obedientiam, ardentem clibanum extinxisli,prxsta,qvœsumus, ut ejus meritis gloriosis, vitiorum incendia non domitttntur in nobis.

258 Su At'STREDERTE, ADRESSE DE PAVILLY.

Nous terminons ce chapitre en reproduisant les anciennes litanies de Ste Austreberte :

Sancta mater Austreberta, ora pro nobis.

Arx pudicitiœ, *

Arca tostamenti,

Arbor florida virginitatis,

Aurum amoris et devoUonis,

Aula sancti Spiritus,

Ardor cœlestium desideriorum,

Basis nostrœ religionis,

Brachium nostrœ mtlitiœ,

Baculus noBtrœ infirmitatis,

Christi fidelis sponsa,

Castitatis thésaurus,

Kbur angclici candoris,

Excmplar hurailitatis,

Ecclesiœ lilium purissimum,

Hortus religiosœ paupertatis,

Nutrix pudici pectoris,

Nectar devotionis,

Nuntia obedientiee,

Omamentum paupcrtatis,

Odor paradisi,

OH va fructifera Ecclesiœ,

Paradisus angeloruro,

Planta cejestis Paradisi,

Rosa veteris œternitatîs,

Rarous arbor vitœ,

Rupes foi titudinis,

Sol novœ pietatis,

Trophœum divinœ gratis?,

Thus redolens charitatem,

Trames nostrœ fclicitatis,

Tuba nostrœ vocationis,

Unica Sponsi animarum, ora pro nobis.

Page 1