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FONDATEUR DE LA CONGRÉGATION DE TIRON

14 Avril. — f 1 1 17.

Bernard 1 naquit, non pas li Abbeville, comme le disent les historiens du Ponthieu % mais dans les environs d'Abbeville 3, vers l'an 1046 \ Ses parents étaient renommés pour leur piété et leur hospitalité. Les maisons de Montcavrel, de Rambures, de Monchy, de Saint-Blimont et de Bovinet se glorifiaient d'être alliées a l'antique et noble famille de notre S. Bernard 5.

M. T. Morgand, dans sa Notice sur l'histoire litlé-

1 Bernardus, Bernardus Tyronis, Bernardus de Poniivo,— Bernard de Tiron. Deux autres personnages portent ce même nom de Bernard oVAhbeville : un évêque d'Amiens qui, en 1269, contribua à l'achèvement de notre cathédrale, et un religieux capucin qui, en 1703, traduisit en français la Triple Exposition de Bernardin de Picquigny.

* Le P. Ignace, Devêrité, F.-C. Locandre, etc.

3 In territorio Abbatis villa», dit Geoffroy le Gros, son biographe contemporain.

* Et non pas en 1070, comme le dit le P Ignacev

* Locandre, Biographie d'jbbeville, art. Bernard.

272 S. BERNARD U AIIBEVILLE.

raire d'Abheville dit que « Bernard se distingua dans la fameuse école de Centule ». Ce n'est la qu'une supposition assez probable : le biographe contemporain qui va être notre principal guide, Geoffroy le Gros, se borne a nous dire qu'il étudia avec succès la grammaire et la dialectique, et que son assiduité le préserva de la' frivolité qui entraînait alorsdans de folles dissipations tant de jeunes gens de sa condition. Il professait un goût si précoce pour la vie religieuse, qu'au sortir de l'enfance, il revêtit l'habit ecclésiastique. Le contraste de ce vêtement avec son âge lui attirait les plaisanteries de ses camarades, et lui valut le surnom dérisoire de Petit Moitié.

Le pieux enfant, se souciant fort peu de ces moqueries, s'efforçait de rendre ses goûts et ses mœurs conformes au costume qu'il avait adopté. Entièrement adonné à l'étude et a l'accomplissement de ses devoirs religieux, il avait acquis, dès l'âge de vingt ans, nue connaissance approfondie des saintes Lettres.

Pressé du désir de réaliser les vœux qu'il formait depuis longtemps, il quitta sa patrie, qu'il ne devait jamais revoir, et partit pour le Poitou, avec trois compagnons de son âge, animés des mêmes sentiments. Ils rencontrèrent sur leur route le roi Philippe Pr; Bernard en tira un favorable augure et s'écria : — Puisque nous trouvons un roi de la terre, sans le chercher, nous devons présager que nous saurons trouver le Roi du ciel, qui est l'objet de toutes nos

' Méuu de la Société d Émulât. d'Abbcville, 1838, p. 50.*î.

S. BERNAUD DABBKVILLE. 273

aspirations. — Arrivés à Poitiers (1066), ils s'informèrent des maisons monastiques de l'Aquitaine où florissait le mieux la régularité religieuse. On leur indiqua, à deux lieues de la, le monastère de Saint- Cyprien , bâti par Pépin, roi d'Aquitaine, et que dirigeait alors Raynaud II, dont la réputation était si grande qu'il étuit devenu l'un des oracles des conciles provinciaux. Ancien disciple de S. Robert, abbé de la Chaise-Dieu, il ne restait pas inférieur à son maître. Parmi les religieux de ce monastère, on remarquait Hildebert, qui devint archevêque de Bourges ; Gervais, qui devait gouverner l'abbaye de Saint-Savin ; Garnier, qui avait été seigneur de Montmorillon, et bien d'autres chez qui la noblesse des vertus faisait pâlir l'illustration de la naissance.

Bernard, après avoir pris l'habit et reçu la tonsure monastique, marcha rapidement dans la voie de la perfection. Se croyant inférieur à tous, il n'était personne h qui il ne se crût obligé d'obéir; plein d'affection pour ses frères, il compatissait à leurs peines et ressentait toutes leurs joies. Jamais un murmure ne venait effleurer ses lèvres ; jamais un soupçon n'éveillait sa défiance ; la bienveillance et la douceur respiraient dans ses traits et animaient son langage.

Une partie de ses nuits était consacrée à l'étude de l'Ecriture sainte. Il arriva qu'une fois le sommeil l'emporta sur sa volonté : Bernard, en s'endormant, laissa échapper la chandelle qu'il tenait à la main. Le flambeau tomba sur les pages sacrées de la Bible, mais, en se consumant tout entier, n'en brûla aucun feuillet 1 .

! On trouve le même trait dans les Vies de S. Maycul, de St« Colette, ete.

274 S. BEUNAUD DABBEVILLE.

Pendant les dix années que Bernard passa au monastère de Saint-Cyprien, il édifia la communauté par la rigueur de ses abstinences et l'éclat de ses vertus, dépassant même, dans le chemin des progrès spirituels, ceux qui avaient été ses guides. Aussi, s'il n'était point le supérieur de nom et de fait, il l'était moralement par l'autorité de ses exemples.

Vers l'an 1076, on voulut faire revivre la discipline monastique à l'abbaye de Saint-Savin 1 où la règle s'était singulièrement relâchée. Gervais, moine de Saint-Cyprien, fut désigné pour opérer cette réforme : mais il résistait aux ordres de son éveque et de son abbé, en disant qu'il ne se sentait point la force nécessaire pour accomplir seul une pareille œuvre et porter remède tout a la fois à la défection morale et au désordre temporel. Il ne consentit enfin à de venir abbé de Saint-Savin, qu'autant qnéBernard, en qualité de prieur, se chargerait de la réforme spirituelle.

On accéda à son désir, mais l'union ne régna pas longtemps entre les deux religieux. Gervais, trop préoccupé du désir d'enrichir sa communauté, voulut acquérir une église voisine ; Bernard reconnut là une espèce de simonie, et s'opposa à cette transaction. Gervais, voyant échouer ses projets, résigna ses fonctions, et se retira tout courroucé dans un logis qu'il fit construire des deniers de Saint-Savin, près du monastère de Saint-Cyprien.

Bernard, abandonné a lui-même, fut donc obligé,

1 Départ, de la Vienne, arc. de Montrnoi illon. On sait que l'église de Saint-Savin est célèbre par ses fresques romanes : une partie d'entre elles a pu être exécutée sous le prioratdc Bernard. (V. Mkbimék, Ui Peintures de Saint-Savin).

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