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loin de l'asile où il ne pouvait donner cours au débordement de ses passions.
Un religieux vint, un jour, confiera son abbé les tentations dont il était obsédé. Bernard lui montra que ces épreuves étaient destinées a épurer son âme ; mais, en môme temps, il lui annonça la fin de ces agitations qui auraient pu dépasser la mesure de ses résistances.
Quand le nombre des religieux de Tiron se fut élevé à 500, l'abbé en envoya 200 dans diverses contrées fonder des prieurés, où ils s'établissaient au nombre de douze. C'est ainsi que l'abbaye de Tiron , eut environ soixante-sept maisons de sa dépendance et trente églises paroissiales.
Baillet et quelques autres historiens disent que le B. Vital de Mortain fut tellement frappé de l'excellence du nouvel institut qu'il lui soumit les 50 établissements qui dépendaient de l'abbaye deSavigny, dont il était le fondateur. Mais ils ont commis une méprise en confondant»ici S. Bernard de Tiron, avec S. Bernard, abbé de Clairvaux. C'est, en effet, h l'ordre de Cîteaux que la congrégation de Savigny fut unie en 11-48, trente ans après la mort du B. Vital'.
La réputation de Bernard, franchissant les limites de la France, avait pénétré chez les Alains 2 et les
1 Hélyot, flist. des Ordres monast., éd. Mignc, m, 677.
* Dans le texte de Geoffroy le Gros.il est dit que la renommée de Bernard pénétra non-seulement dans les parties voisines des Gaules, verwnetiam Buryundionum, Alanorum, Jquilanarumque. Le premier éditeur de cet ouvrage, Souchet, chanoine de Chartres, dans l'édition qu'il publia en 1049, a longuement discuté sur ce passage sans l'éduircir. Les Bollandnstcs ont cru qu'il fallait substi-
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Bourguignons ; en Aquitaine, en Normandie, en Allemagne , en Angleterre , en Ecosse ; île toutes parts, on sollicitait des fondations de cette congrégation naissante, qui donnait un nouveau lustre à la règle de S. Benoît. Ce fut dans ce but que Henri 1", roi d'Angleterre et de Normandie, lui envoya Thibaut, comte de Blois, etltotrou, comte de Perche, en s'excusant de ne pouvoir aller lui-même le visiter, à cause du danger qu'il courrait en sortant de ses États. Ce prince fit don à l'abbaye d'une rente perpétuelle de quinze marcs d'argent, sans compter une cinquantaine de marcs qu'il leur envoya chaque année jusqu'à sa mort. De plus, il lit construire ù ses frais un magnifique dortoir. Bernard, pour témoigner sa reconnaissance au roi d'Angleterre, alla lui rendre visite dans ses Etats de Normandie.
Le roi de France Louis le Gros, qui dut laguérison d'une maladie aux prières de S. Bernard, donna à l'abbaye de Tiron le territoire.de Centray 1 . Thibaut, comte de Blois, lui fit construire deux prieurés. D'autres princes, qui vinrent s'édifier auprès de Bernard, lui offrirent de nombreux présents et bâtirent des monastères qu'ils soumirent h celui de Tiron. Tels furent Guillaume, duc d'Aquitaine ; Foulques, comte d'Anjou, qui devint plus tard roi de Jérusalem ; Gui le Jeune, comte de Rochefort ; Guichard de Beaujeu -, Geoffroy, vicomte de Chateaudun ; Robert,
tuer Alamannontm à Alanomm, parce que les Alains avaient quitte l'Europe au Ve siècle. D. Clément, duns le t. xnede V/Jist. lift, de la France, maintient la première leçon, en faisant remarquer qu'après l'émigration de ce peuple, il en resta une colonie dans le midi des Gaules et qu'elle a pu s'y maintenir jusqu'au XIIe siècle. ' Canton de Chartres.
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comte deGlocester; Guillaume, comte de Nevers; Henri, comte de Warwick, etc.
Un gentilhomme nommé Robert conduisit treize religieux deTiron en Angleterre et leur fit bâtir Tabbaye de Notre-Dame de Cameis, dans le diocèse de Suint-David.
David, duc de Northumberland, qui devint roi d'Ecosse, appela aussi douze religieux de Tiron et leur fit construire l'abbaye de Kaburk, dans le diocèse de Saint-André. Plus tard, il voulut visiter le saint fondateur qu'il avait en si grande estime, mais il n'arriva avec sa nombreuse suite à Tiron qu'après la mort de Bernard 1 ; il ne crut pas pouvoir rendre un meilleur hommage à sa mémoire, que d'emmener avec lui douze religieux pour les associer a ceux qui édifiaient déjà l'Ecosse par l'exemple de leurs vertus.
Bernard était mûr pour le ciel. Une grave maladie vint lui offrir une nouvelle occasion d'exercer sa patience. Tout souffrant qu'il était, il se fit transporter dans la salle capitula ire pour léguer à ses religieux ses suprêmes conseils et les exhorter a garder inviolablcment la règle; il leur demanda pardon des torts qu'il aurait pu avoir envers eux et leur promit de les protéger du haut des cieux.
Malgré son affaiblissement, H ne voulut jamais se départir des es rigoureuses abstinences^ ni changer de nourriture, ni recourir aux remèdes qui auraient peut-être pu prolonger son existence.
1 La Biographie dudêp. de la Somme, qui abonde en erreurs du tous genres, attribue ce voynge au comte d'Anjou.
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Le cinquième jour de sa maladie, il put encore faire transporter son lit au chapitre, consoler ses religieux éplorés, les exhorter à une inaltérable union et édifier leur piété en recevant devant eux les derniers sacrements.
L'avant-veille de sa mort, Bernard apparut à une pieuse femme de Nogent-le-Rotrou, nommée Marie, alors qu'elle allumait un cierge devant les reliques conservées dans la tour du château de Nogent ; il l'engagea à venir, dès le lendemain, le visiter avec sa fille qui se destinait à la vie du cloître, parce que plus tard, ajouta-t-il, il ne serait plus temps. Le lendemain Marie arrivait a Tiron avec sa fille dont Bernard reçut les vœux. Quelques jours après, la jeune vierge allait rejoindre au ciel celui qui lavait consacrée au Seigneur.
Les religieux, en veillant la nuit près de leur abbé, aperçurent avec ravissement une foule de moines enveloppés de l'auréole des Saints, qui entouraient le lit d'agonie. C'étaient les anciens religieux de Tiron, qui étaient morts tous en état de grâce, à l'exception d'un seul ; celui-là avait osé recevoir la prêtrise sans passer par les ordres inférieurs, et les anges des ténèbres avaient emporté son âme dans les abîmes infernaux : c'est ce que révéla, le lendemain, S. Bernard à ses disciples, en leur adressant ses derniers adieux.
Après onze jours de souffrances, Bernard, âgé de soixante-dix ans, mourut le 14 avril 1 de Tan 1117,
* Nous suivons ici l'opinion du Gallia christiana. Il serait mort le 23 février, selon Pagi, le 25 avril d'après la Chronique de Maillésais, dont Y Histoire littéraire île la France approuve l'indication.
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sept semaines après son ami le B. Robert d'Arbrisscl1.
On transporta le corps du défunt dans l'église, où il resta exposé trois jours. Ses funérailles ressemblèrent plus h une fête triomphale qu'à une cérémonie de deuil. Pour rendre les derniers devoirs au saint Abbé, les grands quittèrent leur château ; les cultivateurs, leurs champs ; les marchands, leur négoce; les moines, leur église ; les anachorètes euxmêmes renoncèrent pour un jour au calme de leur solitude.
Sa mort fut révélée le même jour à un de ses religieux qui habitaient l'Angleterre, et à d'autres qui s'étaient établis sur les bords du Rhône.
Bernard avait composé des statuts pour la congrégation qu'il fonda, mais ils ne nous sont pas parvenus. Dom Clemencet, dans Vllistoirc littéraire de la Fronce 2, parle d'un manuscrit conservé an collège de la Sainte-Trinité de Dublin sous ce titre visiblement fautif: Épistolœ Yvonis Carnutensis, Hildeberti Tyroniet Bernardi. Il suppose qu'il contient les lettres qu'ont pu échanger entre eux Yves de Chartres, Hildebert, évêque du Mans, et Bernard, abbé de Tiron.
La congrégation de Tiron, qui fut une seconde réforme de l'ordre de S. Benoît, comme celles qui
1 Nous suivons ici l'avis d'Henschcuius; il serait mort en 1116, d'après un ancien calendrier de Tiron, dont la date est adoptée par Souchet ; en 1 1 12, d'après le P. Ignace, qui se trompe évidemment. Dom Clémencct place sa mort à l'an 1118, parce que la fondation de l'abbaye de Joug-Dieu, à Beaujeu ^Rhônc), n'aurait eu lieu que cette année-là, et que ce fut Bernard qui, sur la demande du Uichard, y envoya de ses religieux.
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s'accomplirent à Gïuny, h Citeaux, à la Grande- Sauve, fit de rapides progrès après la mort de son fondateur. Outre la maison mère de Tiron, elle comptait dix abbayes en Francect en Angleterre, ainsi qu'un grand nombre de prieurés et de cures, répartis dans les diocèses de Chartres, du Mans, de Paris, de Rouen, d'Avranches, de Nantes, de Soissons, etc. Les religieux étaient vulgairement désignés sous le nom de moines gris, h cause de la couleur de leur vêtement; ils prirent plus tard l'habit noir des bénédictins. Au XVIIe siècle, la congrégation cessa d'exister; Tiron et la plupart des autres maisons s'agrégèrent alors h la congrégation de Saint-Maur. Quelques-unes aussi passèrent à d'autres ordres, ou furent supprimées
RELIQUES
Bernard était encore vivant, que I on vénérait déjà comme des reliques tout ce qui lui avait appartenu. Les religieux de Beaujeu conservaient dans une pyxide des poils de sa barbe, qu'on trempait dans l'eau, pour les appliquer sur les membres des malades. Geoffroy le Gros nous raconte qu'ils exhalèrent un délicieux parfum au moment de la mort du Saint. (Boll. 14 april., p. 251.)
CULTE
Le biographe de Bernard, qui écrivait après l'an 1 137 f,
' Hélyot, Hist. des Ordres monast., article Tiron.
* II fait mention du roi Louis le Jeune comme régnant seul, ce qui n'arriva qu'en 1137. Baillet a donc eu tort, dans sa Table critiqué du 14 avril, d'assigner l'année 1131 à la composition de cette biographie.
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laisse entendre dans son prologue qu'on célébrait dès lors sa fête anniversaire. Ce culte, localisé à Tiron, a sans doute disparu en même temps que la congrégation de ce nom, c'est-à-dire au XVIIe siècle.
Bernard d'Abbeville est qualifié de saint par son biographe, Geoffroy le Gros, de bienheureux par Pagi et Henschenius; il est inscrit dans les anciens calendriers de Tiron, dans les Martyrologes de Bucelin, Hugues Ménard, Du Saussay, Chastelain, etc.
ICONOGRAPHIE
On représente S. Bernard d'Abbeville dans un ermitage, occupé au métier de tourneur. (Voir page 278.)
BIBLIOGRAPHIE
Geoffroy le Gros, moine de l'abbaye de Tiron, l'un des derniers disciples de Bernard, écrivit la Vie de son abbé, de 1137 à 1148, et la dédia à Geoffroy, évêque de Chartres. « Cette vie, dit Baillet, est assez estimée, tant pour l'exactitude que pour l'élégance, qui n'était pas médiocre pour son temps. » Dom Clémencet, dans le tome xn" de l'Histoire littéraire de la France (p. 103), la considère comme « une des plus avérées du XIIe siècle », tout en lui reprochant de faire intervenir trop souvent le démon dans des circonstances qu'on peut expliquer naturellement.
J.-B. Souchet, chanoine dç Chartres, publia le manuscrit de Geoffroy avec des annotations, en 1649, sous ce titre : Beati Bernardi fundatoris et primi abbatis S. Trinitatis de Tironio vita, auctore coetaneo Gaufrido Grosso. Paris, in-4°.
Henschenius a réédité cette Vie, en la distribuant en quatorze chapitres, au 1 4 avril des Acta sanctorum, et en y joignant un commentaire historique.