‹ Hagiographie du Diocèse d'AmiensChapitre 49 sur 82 · S. BERNARD DABBEVILLE · texte numérisé non relu

S. BERNARD DABBEVILLE

Dans un voyage qu'il faisait avec quelques-uns de ses frères, Bernard rencontra sur la route une femme, dont la mise était fort mondaine. S'étant aperçu que ses compagnons avaient considéré la voyageuse avec trop peu de retenue : — « Cette femme qui vient de passer, leur dit-il, serait fort belle, si elle n'était pas borgne ! — Les moines se récrièrent en affirmant qu'elle jouissait bel et bien de ses deux yeux. — « Cela se peut, répartit l'abbé ; je vous avoue que je ne nie suis point longuement appliqué à regarder si cette femme n'avait qu'un œil ou si elle en avait deux ■». Les moines comprirent à demi-mot et se repentirent de leur indiscrète curiosité.

Un autre fois, Bernard leur donna une leçon de charité. Un serviteur de l'abbaye, ne se trouvant point suffisamment nourri, dérobait des aliments supplémentaires. Les frères s'en aperçurent et mirent les provisions sous clé : le serviteur sut faire jouer les serrures, et alors plainte fut portée à l'abbé. Celui-ci, loin de leur donner raison, leur reprocha leur parcimonie, et leur dit qu'ils étaient tous coupables des vols qu'ils avaient occasionnés par leur lésinerie. — Dès lors, le domestique affamé eut toute liberté de prendre les aliments que bon lui semble-rai t.

Geoffroy le Gros consacre plusieurs chapitres à énumérer ceux des miracles de Bernard, où le démon joue un rôle important et parfois très-singulier. Si nous suivions l'auteur dans le récit de tous ces événements détaillés, nous serions obligé de donner à cette biographie de trop grandes proportions ; aussi nous bornerons-nous à rapporter ici, d'une manière abré-

S. HL UN A lit) D ABBEVILLE.

gée, les plus intéressants de ces faits miraculeux.

Un moine, couché dans son cercueil, et près duquel Bernard récitait les prières des morts, se leva tout à coup de sa couche funèbre, enveloppé de son blanc linceul et pria l'abbé d'annoncer à ses frères qu'il jouissait déjà du bonheur suprême.

Robert des Moteis, voisin de l'abbaye de Tiron, était un chevalier fort pauvre. Bernard alla le visiter, et, par sa seule présence, fit affluer dans le modeste castel une inépuisable richesse.

En passant à Saint- Lubin de Chassant il guérit, avec un signe de croix, un enfant aveugle- né que sa mère recommandait à l'intercession du Saint. C'est aussi en faisant le signe de la Rédemption qu'il délivra des obsessions du malin esprit deux religieux de sa communauté.

Au temps de la fenaison, un jeune novice fut à peu près écrasé par un chariot que traînaient dix bœufs. On transporta le blessé à l'infirmerie, en ne songeant qu'à la certitude de sa mort prochaine. Mais Bernard, en lui imposant les mains, répara soudain les effets et les traces de l'accident.

Un moine de Tiron, engagé dans les ordres, avait commis diverses soustractions, dans l'espoir de retourner à la vie mondaine. L'abbé, qui était doué de la vision prophétique, lui montra qu'il connaissait les tentations qui l'éprouvaient et tâcha de le retenir dans les liens de la pénitence. Mais le mauvais religieux ne tint pas compte de ses sollicitations, et, réalisant bientôt ses coupables projets, il s'enfuit

1 Eure-et-Loir.

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