QUE L'ANGE APPORTA DU CIEL A NOTRE MÈRE SAINTE COLETTE
(On récite VAve Maria et le Gloria Patri, avant de dire l'Oraison).
Que l'heure de la naissance de l'Homme-Dieu soit bénie ; que le Saint-Esprit, dont Jésus-Christ a été conçu, soit béni ; que la glorieuse Vierge Marie, dont ce Dieu -Homme est né, soit bénie ; que le Seigneur exauce mes prières, par l'intercession de cette glorieuse Vierge Marie, et par le soutenir de cette heure très-sacrée à laquelle l'Homme-Dieu est né; que tous mes désirs s'accomplissent pour leur gloire et pour mon salut. O bou Jésus ! ô Jésus Rédempteur ! ne m'abandonnez pas et ne punissez pas mes péchés comme ils le méritent ; mais exaucez ma très-humble prière, et accordez-moi ce que je vous demande, par l'intercession de la Très -sainte Vierge, et pour la gloire de votre saint Nom. siinsi soit-il.
Monseigneur l'Évèque d'Amiens a accorde quarante jours d'indulgence à ceux qui récitent celte prière.
S,c COLETTE. 5.JD
Loflice de Ste-Colette est marqué au 17 mars dans YOrdo de Corbie de 1787 ; au 28 avril, dans les bréviaires de La Motte et Mioland.
RELIQUES
Les Clarisscs de Gand avaient érigé une petite chapelle sur la sépulture de la Sainte, dans le cimetière de la communauté. Le corps fut exhumé en 1 i92, et, une seconde fois, l'année suivante (29 août), pour réparer l'oubli de quelques précautions préservatrices. Le cercueil de plomb fut remis dans un caveau et couvert d'une pierre tombale qui reçut cette inscription, formant six lignes :
<CI)c giet U »oi:ï(t corpe br (a oainrtr £lncrlle br 31) -Criet errur Collette prcimtrr abceer rt rcforuiatrreec br l'orbrr bc ôle-<£lare laquelle trrepaeoa Tan be la ttntipitc br ttoetrr- "Srio/ mcccc tt xlvii Ir jour br mare rt rn rt litu présent relue ea erpulturr eiirplcmrnt rt patfonb rn la nur terrr auquel liru Dieu par ea orarr a prrerrore ère eainete oeerlrmrnt en biautr rt rnltrrtr par l'repacr bf xlv ane rt plue, commr il apparut lorequ'ile furent pour l'Ijonntur bVUr rcocrrmmrnt mie m plomb par notrr brol per Uieiteur rt par Ir Confeeerur br rl)eane, U xiur jour br erptrr et rrmie rn rljeetut errrue l'an mcccc rt xcij.
Sur l'épaisseur de la pierre, on lit cette autre inscription qui en fait le tour :
DULCIS y AKCILLA f DEI -j- ROSA f VERNANS f STELLA f DECORA f TU f BIEMOR f ESTO f MEI ]' DL'M j MORTIS y YENERIT f II OR A.
FRANCISCE. CLARA.
Du côté où étaient gravés les mots Francisée, Clara, la pierre était exhaussée et donnait passage, au moyen d'une grille, dans l'intérieur du caveau.
Le 20 mai 1530, eut lieu une exaltation des reliques par Nicolas Burilly, évoque de Tournai l. La châsse, replacée dans le sépulcre qu'on répara, y resta jusqu'en 1577, et fut alors transportée chez les Çlarisses d'Arras, par crainte de l'invasion des Gueux, et ramenée, en 158G, dans le couvent à demi ruiné.
Les religieuses de Gand, en 1629, donnèrent un os de la jambe de Ste Colette à la chapelle de Corbie, qu'avaient érigée, sous son vocable, les princes de Lorraine.
Le 21 décembre 1032, l'évéquc Lefebvre de Caumartin exposa solennellement, dans l'église Saint-Gilles d'Abbcville, une relique de Ste Colette, que Nicolas Le Boucher, seigneur d' Ailly-le-Haut-Clochcr, avait obtenue du couvent de Poligny. Le reliquaire fut incrusté dans un pilier, derrière une grille. (Le P. Ignace, Maïeurs d' Abbe ville , p. 814).
Quand l'empereur Joseph II supprima les couvents, en 1783, les Çlarisses de Gand, conduites par l'abbé de Saint- Sulpice, quittèrent leur pieux asile et se réfugièrent chez leurs sœurs de Poligny, dont le couvent s'enrichit de précieuses dépouilles de Ste Colette. C'est dans le cours de ce voyage (pie son corps fut déposé chez les sœurs grises de Doullcns, où les pauvres exilées reçurent un cordial accueil. (Degove, Histoire de Doullens, p. 307.)
La châsse fut ouverte à Poligny, le 3 juillet 1783, et divers ossements furent alors donnés à Pie VI, à l'archevêque de Besancon, à celui de Lyon, à l'évéque de Gand, à M. Boucher de Richeraont, d'Abbeville. Ce dernier, en 1808, offrit sa relique à l'église de Bouillancourt-en-Sery, où elle est devenue le but d'un pèlerinage. Le corps de Ste Colette, sauvé par de pieuses mains, à l'époque de la Révolution, fut déposé en grande pompe, le 6 mars 180i, dans l'église paroissiale de Poligny. Ce précieux trésor fut
1 La ville do Garni, dont l'évéché ne fut érigé qu'en 1559, dépendait alors de l'évéché de Tournai.
1 Cette tombe est aujourd'hui placée sous l'autel de la chapelle dédiée à Ste Colcttr, dans la cathédrale de Gand.
S1 COLETTE. -Vil
rendu, en 1822, au couvent des Clarisse?, qui s'y était reformé depuis cinq ans. C'est là qu'on le vénère aujourd'hui, dans l'église reconstruite en 1840.
A l'occasion du cinquantième anniversaire de la canonisation de Sto Colette, le 24 mai 1857, Mgr Boudinct a transféré la relique conservée à Corbie, dans une nouvelle chasse due à la générosité de lEmpercur. Nous avons rendu compte dans la Revue de l'Art chrétien (t. i, p. 270) de cette brillante solennité, qui avait' attiré environ trente mille spectateurs.
Une autre relique a été donnée à M. Douillet en 1867 par les Clarisses de Poligny. « Elle est vénérée dans l'ancienne église contre laquelle était la Réclusion de Ste Colette. Elle est à peu près à la place où était l'ouverture par laquelle la recluse se confessait, recevait la communion et adorait le Saint-Sacrement. On voit, au-dessous, des morceaux de l'ancienne grille, qui fermait cette ouverture et qui est conservée a Bruges, à côté des parcelles de la robe et d'un voile, qui fut à moitié brûlé par la flamme sortant de sa bouche. » (Petit A brègê de la vie de S te Colette p. 28.)
On conserve au couvent d'Amiens un pan considérable de la tunique de Ste Colette et plusieurs de ses lettres; à celui de Poligny, outre la majeure partie du corps, la croix d'or, dont nous avons parlé page 441 ; le bréviaire que Benoit XIII donna a la Sainte ; et divers autres objets ; au monastère de Gand, plusieurs ossements ; le cierge que Colette tenait en ses mains, quand elle mourut ; plusieurs vêtements, etc. ; au couvent de Bruges, plusieurs ossements ; deux voiles noirs ; divers habits ; la grille de la Réclusion de Corbie ; et au couvent de Cambrai, le chapelet de Ste Colette. (Le P. Sellier, passim.)
Le Catalogue des reliques de jV.-Z). de la Couture du Mans, publié par M. Loehct, mentionne un fragment du manteau de Ste Colette, don du général comte de Cou tard.
Presque tous les couvents des Clarisses de I*Yance et de l'étranger possèdent quelque souvenir de leur sainte réformatrice. On conserve de ses reliques à l'église de Mailly et aux couvents des Ursulines et du Sacré-Cœur d'Amiens.
ICONOGRAPHIE
Le P. Ignace, dans son Histoire des Maleurs d'Aàbeuille f'l>. 814), a donné la gravure d'un tableau qui se trouvait de son temps à l'église Saint-Gilles d'Abbeville. L'inscription suivante en indiquait le sujet :
S. COLETTE, VIERGE, PRIANT LA TRÈS-SAINTE MÈRE DE DIEU D'INTERCÉDER POUR LES PÊCHEURS ENVERS SON FILS.
LLLE LU Y APPARUT TENANT SON PETIT ENFANT iÊSUS,
TOUT SANGLANT DANS UN PLAT, ET LL'Y DIT : COMMENT PR1ERAI JE, "WON FIL<, POUR CEUX QUI TE DÉMEMBRENT PAR LEURS OFFENCES.
La sainte Vierge était représentée tenant, dans un grand plateau, le petit Enfant-Jésus, couvert de sang et de piaies. On voit que c'est la figuration de la vision dont il a été parlé plus haut, page 424.
A l'église du Hamel, deux tableaux, provenant de Corbie, représentent probablement Ste Colette. Ici, elle est à genoux, jeune enfant, dans une église, devant la statue de la Vierge placée sur un autel : ne serait-ce point le pèlerinage à Notre-Dame d'Albert ?(Voir page 308.) Là, vêtue en Clarisse, elle voit monter au ciel des religieuses de son ordre.
Ste Colette figure dans les nouvelles peintures murales de l'église Saint-Sauveur à Gand, exécutées par M. Cunncel.
M. Crauck, d'Amiens, est l'auteur d'une belle et grande composition qui nous montre la vierge de Corbie délivrant une âme des flammes du Purgatoire.
On voit, au couvent de Poligny, un curieux tableau représentant une descente de croix, dont tous les personna^ portent les traits de plusieurs célébrités qui figurent dans
StP COLETTE. 5i.'>
l'histoire de Ste Colette. La sainte Vierge (Marguerite de Flandre, femme de Philippe le Hardi '), tient entre ses bras son divin fils (Jean sans Peur), dont une sainte femme (Colette) «baise les pieds. Marie Sénéchal, de Corbie, le P. II. de la Balme, le P. de Vaux ont leur place dans cette curieuse composition.
Au couvent de Bruges, une peinture exécutée par une religieuse de cette communauté, représente Ste Colette entrant dans la gloire céleste.
Il serait trop long d'énumérer tous les tableaux de Ste Colette, conservés dans les couvents de Clarisses et dans diverses églises de France. Bornons-nous, pour ne point sortir du diocèse, à mentionner celui de l'église de la Neuvil le-sous-Corbie .
Nicolas le Boucher, seigneur d'Ailly-Ic-Haut-Clochcr, trésorier de France, fit exécuter pour l'église Saint-Gilles d' Abbeville, une statue en argent de Ste Colette. Elle tenait une croix où l'on mit de ses reliques.
Le triomphe de la Sainte est figuré au rétable de l'autel qui lui est consacré, à Saint- Pierre de Corbie. A côté, se trouve Ste Colette dans sa réclusion : c'est l'œuvre de notre excellent sculpteur amiénois, M. Duthoit.
La statue qu'on voit aux Saintes-Claires d'Amiens est accompagnée d'un agneau. C'est un souvenir de l'agneau qui faisait si bien la génuflexion à l'élévation (voir p. 408).
Mentionnons encore, parmi les statues, celle de Molliens- Vidame qui provient de Corbie ; celles de Saint-Pierre et de Saint-Etienne de Corbie, et la statue colossale que M. l'abbé Douillet a fait ériger sur la montagne qu'on appelle Carrière Sainte-Colette. La tradition rapporte qu'elle résida quelque temps dans ces carrières, alors qu'après son retour de Nice, elle fut si mal accueillie par ses compatriotes.
Nous avons vu dans le cabinet de M. Moillet, à Péronne, un vitrail provenant de la chapelle bâtie auprès de la Re-
1 Si ce n'est point Marguerite de Flandre, mère de Jran sans Peur, ce serait sa A-mme, Marguerite do Hainaut.
Su COLETTE.*
clusion de Corbie, où est figurée la mort de Stc Colette. Notons aussi les verrières modernes de la chapelle des Ursulincs d'Abbe ville et de l'église de Villers-Bretonneux.
On conserve au couvent des Clarisses de Gand un exemplaire de la vie de Ste 'Colette par Pierre de Vaux, enrichi de charmantes miniatures. C'est un don de Marguerite d'York, femme de Charles le Téméraire.
Notre Sainte est représentée à mi-corps, avec un bâton de voyage dans les deux Suites de fondatrices d'Ordre, gravées par Van Lochom et par Mariette ; dans la Suite des saintes femmes, gravée par Sadeler.
Martin de Vos a gravé une image populaire, devenue rare aujourd'hui, de Ste Colette, patronne des charpentiers. Elle est loin d'avoir été remplacée par la mauvaise lithographie coloriée, en style d'Épinal, qu'on a répandue dans ces derniers temps.
M. le baron de Cayx de Saint- Aymour a fait exécuter une petite image de dévotion, où l'on voit Stc Colette monter au ciel, tenant d'une main un cœur enflammé, et de l'autre une petite croix. Parmi les sujets accessoires, on remarque la procession du cinquantième anniversaire de la canonisation de Stc Colette.
La patronne de Corbie est représentée de la même manière sur une médaille frappée récemment, et qui porte pour inscription : Sainte Colette, priez pour nous.
Nous avons remarqué au cabinet des Estampes (Bibl. impériale) une gravure où Ste Colette, agenouillée devant un crucifix, reçoit de S. François d'Assise et de Ste Claire la mission de réformer l'Ordre séraphique.
S. CONDÈDE