‹ Hagiographie du Diocèse d'AmiensChapitre 71 sur 82 · ANACHORÈTE ET MOINE DE FONTENELLE · texte numérisé non relu

ANACHORÈTE ET MOINE DE FONTENELLE

21 Octobre. — f 685.

Un prêtre anglais, nommé Condède f, né dans la première moitié du VIIe siècle, fut saisi, comme beaucoup de ses compatriotes, de cette fièvre de pérégrination qui prenait sa source dans le désir d'une plus grande perfection. Il traversa l'Océan et aborda dans les Gaules. S'il faut en croire le Légendaire de la Morinie l, il aurait débarqué près de Boulogne, évangélisé les environs de cette cité et établi sa première demeure dans la foret d'Hardelot, où s éleva plus tard un village qui prit son nom, Condette, dans le doyenné de Samer. Troublé par des visites importunes, il aurait quitté ces parages, et se serait retiré dans un ermitage voisin de la retraite habitée jadis par S. Valéry. Cette tradition est contredite par le texte fort ancien de la Vie de S. Condède : nous y lisons qu 'aussitôt après avoir traversé l'océan,

1 Condedus, Condedes, Condelus, Candidus. — Condét CondèU, Condelle.

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;>î(i S. CONDKDE, ANACHORÈTE.

il alla se livrer pendant plusieurs années n lu vie contemplative, dans la solitude qui portait le nom de Fontaine de Saint-Valery *. La tradition artésienne n'est sans doute basée que sur la ressemblance d'un nom de lieu avec celui de notre Saint : mais l'étjmologie de Condette peut s'expliquer tout autrement, puisque cette localité s'appelait, en 854, Condehaver, ce qui signifie ruisseau du Havre, selon M. Ilarbaville *•

Mnbillon 8 et le B. P. Van de Buck *, en éditant les Actes de S. Condède, se sont bornés à dire que par Fontana Walarici, il faut probablement entendre, non pas Saint-Valery-cn-Caux, mais Saint- Valerysur-Somme (Leucone). Ce n'est point à Saint-Valery que se retira le saint ermite vers l'an 670 \ mais à la Fontaine de Saint - Valéry, située entre Gouy et Cambron, au bas du bois de La Motte, là où subsista un ermitage jusqu'aux premiers jours de la Révolution 6.

La réputation de ferveur dont jouissaient l'abbaye de Fontenelle (plus tard Saint- Vandrille) et son abbé S. Lantbert parvint jusque dans la solitude de Cou-

1 Ac pritnum postquam Oceani œquor transvectus est, in loco qui vocatur fontana Walarici aliquot annis solitaria cotidie [sic) hauriebat conversatione.

2 Mémorial du Pas-de Calais, n, p. 78.

* Acta SS. Hened , t. u, p. 862.

4 Acta SS. 21 oct.

• Vers 667, sc'on M". Louandre {llisl. d'Abbeville, i, Î5).

6 Phaiiond, Sainl-fi'alery et les cantons voisins, I, 63. Il y a aussi une Fontaine de Saint-Valery près de la ville de ce nom, sur les bords de la mer, non loin du lieu où mourut l'apôtre du Vimeu.

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dèile, qui résolut d'aller chercher dans ce monastère des voies de plus haute perfection. Après s'être embarqué sur l'océan, il entra dans la Seine et aborda heureusement au port d'Arélaune (Arelaunum), résidence mérovingienne située près de la station romaine, désignée sous le nom de Lotum dans l'Itinéraire d'Antonin. La forêt d'Arélaune prit le nom de Brotonne à l'époque normnnde, et l'a conservé jusqu'à nos jours 1 .

Les sauvages habitants d'Arélaune refusèrent l'hospitalité à S. Condède qui finit toutefois par trouver un asile chez une pieuse femme dont la compatissante charité fut bientôt récompensée. Une vision lui apprit que son hôte était un élu du Seigneur. Réveillée par la tempête, au milieu de la nuit, elle ouvrit la fenêtre de sa chambre, et aperçut au-dessus du logis de Condède une immense colonne de lumière qui s'élevait jusqu'aux cicux, semblable à celle qui guidait le peuple de Dieu dans le désert.

C'est en l'an 673 a que S. Condède arriva à l'abbaye de Fontenette où il prit l'habit monastique \ Mais,

1 Elle est située près de Vattc ville , dans l'arrondissement d'Yvetot; Mabillon, qui lui donne le nom de Bretonne, suppose à tort qu'elle fut ainsi appelée en souvenir du breton Corçdède. — Voir Pallie, Mém. sur les antiquités de la forêt de Brotonne, dans le tome X des 3Iém. de la Soc. des antiq. de Normandie.

* Nous suivons le sentiment de Bréquigny, qui attribue k cette année le diplôme de Thierry III, dont nous allons panier. Le Cointe rejette à l'an 675 la fondation du monastère de Belcinac.

3 Cette dernière circonstance, omise par le biographe de S. Condède, est mentionnée dans lu Vie de S. /Insberl^qui succède comme abbé de Fontenclle kS. Lantbert. — Biéquigny (l)iplom., 1,266) suppose, bien k tort, que Condède aurait été abbé de Fontemlle.

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peu de jours après, il manifesta le désir de se livrer a la prédication, et l'abbé S. Lantbert lui assigna pour résidence l'île de Belcinac ou Barcinac, située h une lieue de la, entre Caudebec et Vatteville. Cette île qui existait encore au XI* siècle, comme le témoigne une ebarte de Guillaume le Conquérant, fut ensevelie sous les eaux à une époque qu'on ne saurait préciser; elle reparut en 1641 et fut submergée de nouveau au commencement du XVIIIe siècle : on U trouve désignée sous le nom de Bcrsignac dans la carte de Cassini.

Le roi Tbierry III, qui se livrait aux chasses d'automne dans la forêt d'Arélaune, eut un songe la nuit qui suivit l'arrivée de Condède à Belcinac, et reçut ordre de faire bon accueil au missionnaire qui devait régénérer tant d'âmes par sa parole et ses exemples.

Le monarque se rendit le lendemain dans l'île, apprécia les éminentes vertus du Saint et lui concéda à perpétuité, pour lui et les moines qui lui succéderaient, non seulement l'île de Belcinac, mais encore, sur les rives voisines de la Seine, le Tieu nommé Lotum, composé de marécages, de prairies plantées d'arbres fruitiers et de forêts où abondaient le cerf et le sanglier.

L'île de Belcinac était un séjour délicieux où les fidèles se réunissaient pour écouter la parole de Dieu. On y pêcbait en grande quantité des poissons d'eau douce et des poissons de mer qu'y faisait refluer la marée montante.

S. Condède construisit dans cette île une église qu'il dédia à la Ste Vierge, et une autre sous le vocable

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des apôtres S. Pierre et S. Paul, dans laquelle il érigea un autel commémoratif à S. Valéry

En Tan 675,Condède légua, par testament, à l'abbaye de Fontenelle toutes les possessions qu'il tenait de la munificence royale, et, en outre, des prairies situées à l'occident de l'île, vers l'endroit où se voit aujourd'hui Bliquetuit a. Cette dernière propriété était le don postérieur * d'un leude nommé Schiward. Ce testament fut signé par Cinomail, Zachée et Jean, trois disciples que Condède avait amenés avec lui d'Angleterre 4. Le roi Thierry approuva cet acte de libéralité par un nouveau diplôme, qu'il faut probablement reporter à l'an 682 *.

1 Du Plessis,le G allia chrisliana, MM. Louandro et Cochet ont supposé à tort que S. Condède avait érigé une troisième église à S. Valéry. Son biographe nous dit, en pariant de l'église des Saints- Apôtres : In qua et memoriam constiluit I). Walarici. * La critique historique, dit M. l'abbé Cochet (Us Églises de l'arrondissement d'Yvetotj t. i, p. 129) ne permet guère d'accepter ainsi trois églises dans une petite île, encore moius une église dédiée à S. Valéry, dès le VII siècle. » Les deux églises n'étaient sans doute que de petits oratoires construits en bois. Quant à l'autel, dédié à S. Valéry, il a pu n'être fondé que plus tard, et on aura reculé son origine, par une facile confusion, jusqu'à rétablissement même de l'église.

2 C'est l'opinion de M. l'abbé Cochet : nous la préférons à celle de Mabillon {Annal. Ben., i, 326), qui suppose que ces prairies faisaient partie de l'île de Belcinac.

8 Le Cointe (Annal, eccl. Franc, tm, 760) dit avoir lu dans une Vie manuscrite de S. Condède que cette donation de Schiward n'aurait eu lieu que le 10 octobre 676.

* C'est ici qu'apparaissent pour la première fois les noms de ces trois disciples. Il est probable qu'ils partagèrent la vie érémitique de S. Condède dans le Vimcu.

* Et non pas à 670, comme dit la Chronique de Fontenelle. Les deux diplômes de Thierry III renferment des difficultés chronologiques qui sont discutées par Bréquigny (Diplom. part., i,

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