‹ Hagiographie du Diocèse d'AmiensChapitre 73 sur 82 · CULTE ET RELIQUES · texte numérisé non relu

CULTE ET RELIQUES

Le corps de S. Condède fut inhumé à Belcinac, dans l'église des Saints- Apôtres. Il n'y serait resté que quelques

266), Pagi {Critica in annal. Baronii, ad ann. 681), M. Fallue [op. cit.) et le P. Van de Buck {Jet. 8S., 21 oct., p. 363).

» On trouve des traits analogues dans les légendes de S. Genou, S. Hervé et S. Junien, abbé de Mairé en Poitou.

* M. l'abbé Cochet (op. et/.), contrairement au texte biographique que nous suivons, suppose que Condède passa les dernières années de sa vieillesse à Fontenelle et qu'il y mourut.

S. CONDÈDE, ANACHORÈTE. 551

années, d'après Mabillon. Mais nous ne pouvons pas admettre l'interprétation qu'il donne au texte du biographe : Pcr multorum annorum cwriculos, qui nous semble désigner plusieurs siècles. D'ailleurs, la Chronique de Fontenelle, qui se termine à l'an 850, ne fait point mention de la translation de Belcinac à Fontenelle ; il faut donc admettre qu'elle eut lieu postérieusement à la première moitié du IXe siècle. C'est alors que l'île de Belcinac menaçait de disparaître sous les eaux de la Seine, que les moines de Fontenelle transportèrent le corps de Condède dans leur église de Saint-Pierre, et inscrivirent 1 epitaphe suivante sur son tombeau :

(Estitit in (Ôallie mrtitie Otanieetinuft olim

Cujue mrinbra •ocra Ijic tutnulata jarent, Itomine (Honbroue, oirtutum flore coruecue,

Pro quibue in corlte nunc oiget crimiue. (Clin ftljroùerico franrorum ereptra régente

tturo gritannorum traneoena oreerutt.

tëaUorumque abiit parlée lux tityriettcolarum. 3neulû t)une Ôcquana quer iMrwnara ooratur

titurrtrulio multte paott et l)unc erprlit. dujtie earrûtoe rineree poet tempera longa

(Ëarrgto cuUu tiirba earrata tulit, JontanellcMt tumulane in ceepite puUljro,

ïlune ubi poeeentee uumertbue cumulât.

A. de Raysse 1 s'est assurément trompé en disant que les reliques de S. Condède auraient été portées à Gand, du temps de l'invasion des Normands, et qu'on les aurait ensuite gardées dans le monastère de Blandin (Saint-Pierre de Gand), avec celles de S. Vulfran. Les Annales de cette abbaye, publiées en 1842, par M. Van de Putte, ne font aucune mention de ce fait ; et, d'ailleurs, le second

1 Mcrogazophylacum lelg., p. 161.

S. CONDÈDE, ANACHORÈTE.

appendice de la Chronique de Fontenelle nous apprend que, le 16 mai de l'an 1027, Robert, archevêque de Rouen, transféra, dans la nouvelle église de Fontenelle, les corps de S. Condède et de S. Érembert, réunis dans une même chasse et déposés provisoirement à Notre-Dame de Caillouville, l'une des huit églises de l'abbaye. On célébrait la fête de cette translation, non pas à sa date anniversaire, mais le 1er juin.

Il ne nous reste rien de S. Condède, aucune relique, aucune fondation, pas môme la solitude normande qu'il habita durant quinze ans. En effet, comme le dit M. Cochet l, « c'est en vain que vous chercheriez la place de cette île de Belcinac où fut une cité romaine, que des saints évangélisèrent, qu'ils peuplèrent d'églises et où leurs cendres reposent. Cette île, donnée par nos rois mérovingiens, possédée par des moines et confirmée par Guillaume le Conquérant ; cette île, enfin, que Philippe le Long et Jean le Bon ont mentionnée dans leurs chartes, et que François Ier a visitée; personne ne connaît plus sa place; on est réduit à se demander, avec un ingénieux historien, M. Ch. Licquet, si ces bancs changeants et voyageurs qui embarrassent les passages de Quillebcuf et de Villequicr ne sont pas les débris submergés de l'île de Belcinac, cherchant à se réunir encore à la surface des eaux. »

Le nom de S. Condède est inscrit dans les Martyrologes de Ferrari, Bucelin, Chérie, Hugues Ménard, Du Saussay, Chastelain, etc. On célébrait sa fête à l'abbaye de Fontenelle ( Saint-Vandrille ) le 21 octobre. Son souvenir a presque disparu du Vimeu : nous ne croyons pas qu'on lui ait jamais rendu aucun culte dans notre diocèse.

BIBLIOGRAPHIE

Mabillon a publié (Act. Sanct. Ben., h, p. 8G2), d'après un Ms. de Saint-Vandrille, une courte Vie de S. Condède,

1 Les Églises de l'arrond. d'Yvelot, i, 159.

S. CONDÈDE, ANACHORÈTE.

qu'Henschenius (t. n, febr., p. 345) avait attribuée à tort à Aigrade, biographe de S. Ansbert. Le savant bénédictin, ainsi que dom Rivet [Hist. litt. de la France, iv, 56), pense qu'elle fut probablement composée par Jonas, autre moine de Fontenelle, qui vivait au VIII* siècle. L'auteur compte les années, non point par l'ère de l'Incarnation, mais par les règnes des souverains, ce qui est assurément une preuve de haute antiquité. Mais le texte publié par Mabillon estil bien le document primitif? On y trouve des paraphrases qui paraissent être des additions et des passages descriptifs copiés dans les Actes de S. Erbland, abbé d' Aindre en Bretagne. Le P. Van de Buck, l'un des nouveaux bollandistes, a édité au 21 octobre un manuscrit trouvé à l'église Saint-Sauveur d'Utrecht, qui est exempt de ces superfétations et qu'il pense, avec raison, être le texte primitif du VIIIe siècle. Le dernier chapitre contenant l'épitaphe que nous avons rapportée est une addition faite au XI* siècle.

Outre les ouvrages de Bréquigny, M. l'abbé Cochet, M. Fallue, le P. Le Cointe, M. Louandre, Mabillon, Pagi,M. Prarond, A. de Raysse, etc., cités dans les notes de cette biographie, nous avons consulté :

Chronicon Fontanellx, apud d'AcHÉRY, Spicil., t. ni. — Duchesne, Hist. Franc, script., i, 684 — Hugues Ménard, Martyr. Bened.,n\i 21 octobre.— Du Plessis, Dtscrip. de la haute Normandie, i, 85. — Légendaire de la Morinie, p. 389. — Fl. Lefils, Hist. de Saint-Valery, p. 33.

S. DOMICE

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