VIERGES MARTYRES
2 Mai. - f IV Siècle.
Hariulfe, qui termina sa Chronique de Cenlule en 1088, nous dit qu'on vénérait à l'abbaye de Sain t- Riquier les reliques de Ste Llévare 1 et. de Ste Sponsare'; que ces bienheureuses vierges, autant qu'on peut s'en rapporter à la tradition avaient été les compagnes de Ste Macre et, comme elle, avaient souffert le martyre, sous la persécution de Iiictiovare.
Peu de temps après l'époque où vivait Hariulfe, en 1097, selon la Chronique de Jean de la Chapelle 4,en 1113, d'après le Gallia Chrisliana 5, Anscher, abbé de
1 Elevaria, Elevara, Efenora ; — Elenarie, Elevar.
* Sponsaria, Sponsor a ; — Sponsarie, Sponsor. — « Ces sortes de noms, dit Chaatelain (Mariyrol., p. 930), paraissent inventés pour nommer des reliques. •
3 Quantum a priorîbus comperimus. Lib. ut, c. 29, apud Spicileg.% p. 536.
* Publiée par M. Phauomd, c. 38, p. 98.
» T. x, 1253. Ce serait en 1104, selon Malbrancq, qui fuit à toi t commencer l'abbatiat d'Ansther en 1088.
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Saint-Itiquier,examina et renouvela toutesles châsses qui étaient endommagées soit par la vétusté, soit par la fréquence des déplacements qu'elles avaient subis Dans deux châsses couvertes en cuir de cerf, il trouva un parchemin qui portait l'inscription suivante : hta sunt corpora sanctarum virginum et martynitn Elevariœ et Sponsariœ, quœ passœ sunt marlyrium propter nomcn Domini Jesu Chrt'sti sub liicttovaro, sexto nouas maii 1 .
Malbrancq 2 se demande si ces deux saintes n'oot pas été martyrisées en même temps que S. Fuscien et S. Victoric. Il voit une confirmation à cette hypothèse dans la demande que fit, en 865, le trésorier de Saint-Riquier à l'évoque d'Amiens de quelques ossements des deux martyrs, dans l'intenno», suivant lui, de les joindre à ceux de Ste Élévareet de Ste Sponsare, et de réunir ainsi, dans un même culte de vénération , les quatre personnages qui avaient été associés dans la gloire du martyre.
D. Grenier 3 serait disposé à croire que nos deux saintes étaient du nombre de ces douze vierges ro-
1 Nous suivons ici la version de la Chronique manuscrite de Saint-Riquier, par D. Cotron, dont M. l'abbé Hénocque possède une copie. Cette inscription a été répétée de diverses manier* fautives. Malbrancq (i, 139) la cite ainsi : Hic sunt corpora sanctarum virginum Elevarœ et Sponsor <e, quœ propter amorem Jw Christi martyrium passa sunt, VI non, maii, llictiovaro /yrff»»* cruciante. — Do Monstikr (Sacrum Gynecœum, 2 maii) la défi* gure ainsi : Corpora SS. V. et M. Elevariœ et Sponsarta, ^ martyrium subiere pro nomine Domini Jesu Chisti, sub Rict^ Varo, die 2 maii.
* De JUorinis, t. i, lib. 2, p. 139.
3 Introduction à i/Jist. dé Picardie, p. 288.
s"* KI.liVARE ET S,e SP0NSAUE. 561
niîûnes qui furent attirées «laits nos contrées par le renom de la glorieuse mort de S. Quentin. On ne connaît, dit-il, que le nom de trois d'entre elles, Ste Benoîte d'Oriçny, Ste Léobérie et Ste Romaine : mais ne pourrait-on pas leur associer, ajoute- 1- il, non-seulement Ste Élévare et Ste Sponsare, mais encore Ste Protaise, dont les reliques étaient conservées à Scnlis, Ste Eusélne qui découvrit le corps de S. Quentin, Ste Méroflède, Ste Maure, Ste B rigide, etc. ? Nous ne comprenons pas que le savant bénédictin ait été assez distrait pour grouper ainsi des saintes qui ont vécu à des époques si diverses *.
Nous avons vu, d'après le témoignage d'IIariulfe, que la .tradition du XIe siècle considérait Elévare et Sponsare comme des compagnes de Ste Macrc. On sait que cette sainte fut martyrisée, par Tordre de Bictiovare, dans une petite île voisine du lieu où s'éleva plus tard la ville de Fismes (Marne). Ses actes ne font aucune mention des compagnes qu'elle aurait pu avoir.
Ainsi donc, les seuls renseignements positifs que nous ayons nous sont fournis par l'inscription que nous avons citée. Elle ne mentionne point le lieu du martyre, et nous ne pourrions affirmer qu'il a eu lieu dans les limites du diocèse. Tout ce que nous savons, c'est qu'il s'est accompli sous la cruelle domination de Iiictiovare. Et encore cette unique donnée historique serait-elle incertaine, si l'on supposait avec Dom Grenier * que « le nom de Rictiovarus a été
1 Ste Eusébic a vécu ou milieu du IV» siècle ; Ste IMuure et Ste Brigide ne furent martyrisées qu'à la fin du V9. 1 T,tlroduct.t p. 288.
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S" É LÉ VA RE KT S,e SPONSARH.
donné parles anciens hagiogrnphes aux persécuteurs des chrétiens, dont la cruauté égala celle du tyran Rictius-Varus. »
Nous aurons à revenir sur la persécut ion de fiictiovare, dont nous avons déjà dit un mot dans la biographie de S. Acheul. La date de 287 est l'époque qui est généralement admise aujourd'hui, depuis que Tillemont a fait renoncer a la date de 303 qu'avaient adoptée Baronins, Le Ceinte, de Laniorlière, etc. Ces derniers rattachent la persécution de Rictiovare aux célèbres édits de Tan 303, tandis que les autres, s'appuyant sur une ancienne Passion de S. Maurice, y voient un épisode de l'expédition entreprise pr Maximien contre les Bagaudes. M. l'abbé Richanl, dans ses savantes Origines chrétiennes de la Gaule (p. 201), s'est prononcé pour l'ancienne opinion, et nous paraît lui avoir donné les caractères de la plu* grande probabilité. Il expose en ces termes les raisons qui doivent faire rejeter une persécution de Maximien en Gaule, avant celle de 303. « 1° Le* contemporains montrent celle-ci étendue à nos contrées, comme au reste de l'empire : Gallia quogue, dit Eusèbe [Mari. Palxs.)> et quœcumque ad occasum porriguniur, duobus persecationis annis farorem experla sunt. » Avec Eusèbe s'accordent les actes sincères des saints Maurice, Victor, Donatien, Ferréol, Quentin, etc. Nous contestons sans détoura Tillemont le droit de supprimer l'application à I» Gaule des édits généraux, pour y établir dix-huit ans plutôt, d'après les plus faibles témoignages, une persécution locale, et lui annexer tels martyrs qu 3 lui plait. Lactance s'étend aussi sur la persécution de
S** ÉLÉVARE ET S1* SPONSARE.
503, sur ses auteurs, leur caractère, leurs méfaits, leurs antécédents. A propos de Maximien, il ne fait pas la moindre allusion à ses rigueurs hâtives contre les chrétiens gaulois; si elles étaient réelles, l'oubli de l'historien en deviendrait inconcevable, a cause lie son plan et de son parallèle entre la douce administration du César Constance et la férocité de l'Auguste ; 2° l'Italie, soumise comme la Gaule au sceptre de Maximien, Rome, sa résidence ordinaire, n'auraient, quoique centre de la propagande chrétienne, nullement ressenti, de l'aveu de ïillemont, la persécution de 286; pareil contraste ne la rend-il pas très-problématique? 3° Dioclétien, peu affermi encore sur le trône, jaloux du pouvoir, plein de précautions et de défiances, n'eût pas souffert les atrocités intempestives, compromettantes de son collègue; 4* la légion Tbébéenne eût-elle péri en 286, il n'en résulte pas que la persécution se soit étendue aussitôt a la Gaule entière, ni qu'on doive, en dépit des plus sûrs monuments, y inscrire la plupart de nos martyrs ; 5° Maximien, associé à l'empire pour défendre la Gaule contre laBagaudie et les barbares, avait besoin de ménager les meilleures troupes, les plus fidèles populations, composées de chrétiens ; sinon il attisait l'incendie qu'il était venu éteindre. Eusèbe décrit une paix profonde jusqu'en 303, durant laquelle l'Évangile s'étendait partout, même dans l'entourage des empereurs ; il eût sans doute atténué ces riantes couleurs, si la Gaule chrétienne avait alors pleuré ses enfants, depuis les bouches du Rhône jusqu'à celles du Rhin, et que les légions entières eussent péri. Ces raisons capitales répons-
S,c ÉI.KVAfLE tT S,P Sl'ONSAUH.
sent lu persécution gauloise île 287; avec les plus sûrs critiques, Buronius et Pugi, et, k la suite des plus vieux écrivains, il faut joindre nos martyrs de ce temps à ceux de la persécution générale. »