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CULTE ET RELIQUES

Le culte <lc Ste Éleva rc et do Ste Sponsorc existait dès le XIe siècle à l'abbaye de Saint-Riquicr. Dans les anciens Propres de cette église nous trouvons leur fête inscrite au 2 mai sous le rite double de deuxième classe.

Leur nom est inséré dans les anciens calendriers de Saînt-Riquier, dans le Sacrum Gynecxum de Du Monstier, dans le Martyrologe de Chastelain, dans le Catalogue des Saints publié dans Y Annuaire (1859) de la Société de l'histoire de France, etc.

Les reliques de Ste Élévare et de Ste Sponsare, d'après le témoignage de D. Cotron (lib, xi, c. 2), étaient réunies à celles de S. Riquicr dans la même châsse, vers la fin du XVIIe siècle. Il est probable qu'elles sont encore aujourd'hui confondues avec le corps du saint fondateur de Ccntule, à moins que, à l'issue de la Révolution, on ne les ait mises, avec d'autres ossements privés de leurs authentiques, dans la châsse désignée sous le nom de Plurimi Sancti.

Aux ouvrages que nous avons cités dans les notes, nous devons ajouter l'indication de quelques lignes du P. Ignace. Hist. ceci. d'Abbcville, l. i, c. 82, et la très-courte notice insérée au 2 mai dans les Bollandistes.

Nous ignorons si les Actes de ces deux martyres ont été crits. M. l'abbé Richard (Origines chrétiennes des Gaules,

S,c ÉLEVA RE ET Slr SPONSARE. 565

p. 703) croit qu'ils ont existé, ainsi que ceux de S. Ache, 8. Acheul, Ste Agrippine, etc., et même qu'ils n'auraient été détruits qu'à une époque assez rapprochée de nous. Si les Actes des saintes Élévare et Sponsare ont été rédigés, ils devaient déjà être égarés au X1I° siècle, puisque les manuscrits liturgiques de cette époque, provenant de l'abbaye de Saint-Uiquier, ne contiennent rien autre chose que l'indication du nom des deux martyres.

LE V. ENGUERRÀN

ADBÉ DE SAINT- Il I Q U I E II

9 Décembre. — f 1045.

Enguerran ou Àngelran qu'on surnomma te Sagey appartenait a une famille obscure, mais de condition libre, qui vivait dans la pratique des vertus chrétiennes. Il naquit h Saint-Riquier vers Tan 975. Sa mère, pendant un songe, vit sortir de son sein une guirlande qui, allant entourer les murs de Centule, provoquait l'admiration des spectateurs. Elle s'empressa de raconter cette vision à son mari, qui vit lit un présage des grandeurs que l'avenir réservait h leur enfant.

1 Angerannus, Angelramis, Angelirannus, Angelramnus% AngUlramnus, Engelramus, Enguerandus, Ingelramnvs, Ingelranus% Inguerrandus ; — Anguerand, Angeran, Angerand% Anjotant, Angelram, Angelran, Angelravine, Angelrane, Enguelran, Engeran, Enguerrand, Engueran, Jngelravine, Ingelrannet /mgerran, Ingueran, Inguerand, etc. Selon les BollandUtcs (18 febr., p. 92). Engelramus signifierait : Angelicus aries, foire angéliquc. — Un saint du même nom, prévôt de Gorze, est honoré le 9 st*pttmbre.

LIS V. ENGLEItRAN, ABBÉ DE SAINT-RIQUIER. 5G7

Doué d'un heureux naturel et d'un esprit ouvert, le jeune Enguerran lit de rapides progrès dans l'étude des lettres. Désireux de se consacrer tout entier nu service de Dieu, il prit l'habit monastique ti l'abbaye de Suint-Riquier, où il donna l'exemple d'une profonde humilité, d'un grand amour de la règle et de cette charité toute chrétienne qui ne connaît ni la haine ni l'envie.

C'est sous Ja direction de l'abbé Ingelard qu'il s'adonna d'abord à l'étude -, ses progrès furent si considérables qu'on voulut le mettre à même de ne rien ignorer des sciences du temp3, et on confia le perfectionnement de son instruction un célèbre Fulbert, évêque de Chartres, qui venait d'introduire dans le plain-chant les innovations de Gui d'Arezzo

L'espoir qu'on avait conçu ne fut point trompé : sous un maître si habile, Enguerran devint fort savant en grammaire, en musique et en dialectique. Après avoir reçu le sacerdoce, il revint à Saint-Riquier, dont l'école fut bientôt illustrée par ses leçons. Il ne se borna point à faire transcrire des manuscrits, mais il composa divers ouvrages dont nous parlerons plus tard.

A cette époque, le roi Robert2 voulant faire un pèlerinage h Rome, cherchait quelques compagnons de voyage, qui fussent versés dans la connaissance de la liturgie. Cela ne doit point étonner de la part

1 Dom IIivrt {Hist. litt. de la France, vu, 92) suppose, nous ne savons sur quels fondements, qu1 Enguerran, avant de se rendre à Chartres, parcourut quelques autres écoles célèbres.

» Devkiuté [Uni. du Pontkieu, n,276) en fait le roi Dagobert.

568 LK V. ENtiUEULUX, ABBK DE SAJNT-R1QUI liU -

de ce souverain presque légendaire', qui, d'après la Chronique de Saint Berlin , « était instruit dans /es sciences ecclésiastiques, mais surtout excellent musicien ». On lui vantarérudition d'Enguerrai), qu'il s'adjoignit pour ce voyage, dans le cours de l'an 1019 a. Il fut charmé de l'affabilité de ses entretiens et du doux éclat de ses vertus. Enguerrnu s'acquittait si bien de ses fonctions d'aumônier spirituel, que, pendant cette longue mute, il n'eut jamais lesoin de recourir, pour les offices, au secours des livres liturgiques.

Après la mort d'Ingélard, c'est-à-dire au plus tard, en 1022, les religieux de Saint-Riquier choisirent Enguerran pour leur abbé. Le roi Robert, dont cette élection comblait tous les vœux, voulut à cette occasion se rendre à Centule. Mais le nouvel élu, se croyant indigne d'assumer la responsabilité d'un tel fardeau, s'enfuit dans une foret voisine. I* bon roi, tout en admirant cette humilité, ordonna aux hommes d'armes de sa suite de faire dans tous les environs une active perquisition : le fugitif, de-

1 L'histoire du roi Robert, écrite par le moine Helgaud, doit être considérée comme d'autant plus douteuse, qu'elle est toute semblable à la légende fabuleuse, composée à la même époque sur la vie de l'emperour Henri II. — Giesebrecut. [Uitt, d* pire allemand y t. n.J

* Plusieurs anciennes chroniques disent à tort que ce fut m 1026. Mabillon, sans préciser la date, fait remarquer que, pendant ce voyage, Constance, femme de Robert, s'entretint avec Thierry, évèque d'Orléans, qui mourut en 1022. Cette eirconstance f*t mentionnée dans l'histoire de la translation de S. Savinicn. D'«P«** Mabillon, ce pèlerinage aurait eu lieu en 1016. — Noire âatcett celle qu'a adoptéo M. Darcsto, dans sa nouvelle liisloirt * France.

LE V. KNGUERUAN, AUIiÉ DK SAINT-UigUIEll. 500

couvert clans la forêt d'Oneux, fut ramené au monastère. Le roi lui fit toucher les cordes des cloches pour l'investir de l'autorité abbatiale \ et la consécration ecclésiastique eut lieu sans aucun retard.

Le nouvel abbé consacra tous ses soins à donner l'exemple d'une vie irréprochable, à encourager le bien et à prévenir le mal. Tout en se dévouant au salut des âmes, il ne négligeait point les intérêts matériels qui lui étaient confiés : l'abbaye lui dut la reconstruction de l'église Saint-Benoît, l'érection d'une infirmerie et d'une chapelle dédiée h S. Vincent, l'acquisition de vases sacrés d'or ou d'argent, la transcription et la reliure de nombreux manuscrits et une riche ornementation des autels.

Ingélard, abbé de Saint-Riquier, avait concluune convention relative à certains domaines de son monastère avec Notker, évêque de Liège. Apres la mort de ce prélat, ses deux successeurs avaient ratifié les anciennes traditions. Un nouveau titulaire, nommé Durand, venait d'être intronisé. Enguerran alla le trouver, et, grâce aux recommandations d'Ebles de Rouci, archevêque de Reims, il obtint une charte confirmative, datée du 18 septembre 1022.

Quelque temps après, il se rendit en Normandie, pour solliciter la générosité du duc Richard II. Il en reçut une chasuble de pourpre et la donation de l'église d'Équemanville a. Le frère du duc, Robert, archevêque de Rouen, fit en même temps présent à l'église de Saint-Riquier d'une belle tapisserie.

1 C'est le plus ancien exemple qu'on connaisse de ce mode d'investiture, qui est resté en usage.

2 Canton d'Honneur. ScahelU villa.

Dans l'article que nous consacrerons ?t S. Vigor, dans notre quatrième volume, nous raconterons l'histoire de ses reliques et le rôle que joua Enguerran dans ces conjonctures.

Le courageux abbé ne craignait pas d'affronter la colère des grands, en leur réclamant ce qu'ils avaient pu ravir injustement à l'abbaye. Angelran ou Anguerrand, comte de Ponthieu, qui redoutait sa justice et vénérait sa sainteté, se rendait, suivant l'ancien usnge, à Centule, le jour de la fête de S. Riquier, et tenait une grande assemblée avec les chevaliers du Ponthieu, en l'honneur du saint que l'on considérait comme le seigneur et le défenseur du pays. Ce séjour se passait rarement sans rapines ; mais alors le vigilant abbé s'en prenait au comte, qui était avoué de l'abbaye, et lui parlait avec une telle autorité, qu'on aurait dit le langage d'un maître à son serviteur, plutôt que celui d'un moine à un comte si le comte se refusait à lui rendre justice, il lui reprochait son infidélité et ses rapts et finissait par l'excommunier. Une telle énergie suffisait le plus souvent pour intimider les déprédateurs: aussi Enguer ran obtint non-seulement qu'on respectât les biens de l'abbaye, mais il sut les faire augmenter; Angelran contribua lui-même à leur accroissement, «arguant aux moines la terre de Conteville 3, par une charte que souscrivit le roi Robert.

Enguerran eut souvent à souffrir des luttes qu'il soutint pour sauvegarder les droits de sa comniu-

1 Ut miro modo non comité m a monacho, ged servum a domino incrcpari qualitate rerum putares. Haiuuli'E, Chronic. Centul. ' Comitis villa. Canton de Crccy.

LE V. ENGL'KItKAN, AUDÉ DK SAINT-ltlgt IEU. 571

ri au té. Un chevalier, nommé Hubert, voulait garder, à titre de propriété, le domaine de Noyelle-en-Chaussée 1 que l'un de ses parents avait fait valoir, moyennant redevance payée à l'abbaye de Saint-Riquier. L/ abbé sut braver les injures, les menaces, les dangers, pour résister h cette cupidité et porta sa cause devant les conseils du roi. Henri Pr donna tort ù Hubert, mais il mit en pratique la fable de l'huître et des plaideurs, en gardant pour lui le domaine de Noyelle, dont il toucha les revenus pendant cinq ans. En Tan 1035, il confessa ses torts dans un acte public et restitua les biens qu'il avait usurpés. Un écrivain, qu'on croit être Gui, évéqne d'Amiens, qui fut, ainsi que Drogon, évôque de Térouanne, un des élèves les plus distingués d'Enguerran, nous a laissé son éloge en vers, oii se trouvent énumérées les terres usurpées on aliénées que récupéra le vigilant abbé. On y voit mentionnés les domaines de Gapenncs (Gaspanas), Drugy (Drugiacum), Friaucourt (Froocort) a, Ivrench (Guibrenti), Roquemont (Montis Rochonis), lieu détruit qui se trouvait probablement entre Domart-en-Ponthieu et ITixecourt; et l'église de Sacri Campi (Surcamps?). Nous voyons ailleurs qu'il recouvra également le moulin de Mirandeul, sur le Scardon (Mimm Dolium).

Enguerran ne se contentait point d'accueillir les demandes des pauvres, il savait les prévenir, en déguisant ses bienfaits. Il lui arrivait parfois de sortir de l'abbaye avec l'escarcelle des aumônes, et, quand

• Noguerias. Canton de Crée y.

1 Faubourg de Saint-Riquier.

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