‹ Hagiographie du diocèse d'Amiens. Tome troisièmeChapitre 3 sur 78 · C. M. Ep. Portuensis, Card. Pedicinus · texte numérisé non relu

C. M. Ep. Portuensis, Card. Pedicinus

Fatati secretar.

IwpriMés : FLopoanrp, £'ccles. Remens. hist. hb. 11, c. 20 ; hb. ,u, c. 21. — LapBe, Concilia, vit, 1479, 153%, 1538, 1673, 1698; 1x, 89. — D'Acnéry, Spicileg. E‘bbonis. apolog. vu, 175. — MaBizLon, Annal. bened. 1, 540, 671; 111, 540, 567, 671. — Acta SS. Ord. S. Ben. v, 597, 603. — Gallia Christ. 1x, 697.— TRrirHÈME, De virib. illustr, ord. S. Bened. lib. 1v.— BaLuzE, Capitul. 11, 1112.— Martyrologes de BucELiN, MÉNARD, Du Saussay. — LouverT, Âist. de Beauvais, 11, Ch. 6. — Simon, Suppl. à l'hist. de Beauvais. — LoisEL, Mém. du Beauvoisis, 83. — L'abbé SABATIER, Vre des saints du diocèse de Beauvais, p.511.— Et les ouvrages de BILLET, DANSE, l'abbé DELETTRE, DE LA FONTAINE, Pas- CHASE RADBERT et ULMaR, cités dans le cours de cette biographie.

27 Mai. — + 680.

Les Actes de $. Hildevert ' ni aucun des anciens bréviaires de Meaux ne précisent le lieu de sa naissance. Nous croyons que Vincent de Beauvais est le premier écrivain qui l'ait fait naître à Meaux, ce qui a été répété dans différents écrits * ; mais cette assertion ne saurait prévaloir contre la tradition immémoriale de Vers-Hébecourt *, où l'on montre encore l'emplacement du domaine patrimonial d'Hildevert; tradition consignée dans le registre de la confrérie de ce Saint, établie à Gournay,

1 Hildebertus, Hilbertus, Hildevertus, Ildebertus, Ilduvertus, Iduvertus, Widevertus, — Hildebert, Hilbert, Hillibert, Hitbert, Hulvert, Hillevert, Idevert, Iduvert, Widevert, Wuidevert. Il est “appelé Datlevertus par l’auteur de la Vie de S. Faron ; Hildetricus, par le martyrologe d'Usuard ; Hildeuntus, par Vincent de Beauvais ; Hildenutus, par Democharès.

? Du PLessis, Hist. de l'Église de Meaux, 1, 62.— Le Gallia Chnist., vin, Eccles. Meld.— Une vie latine et une histoire française en vers de S. Hildevert, composées au XVIIe siècle (Bibl. nat. n' 13729 du fonds latin). — Le Propre aetuel de Meaux.

? Doyenné de Sains.

lequel fut communiqué au P. Papebrock '. Nous nous garderons bien toutefois d'invoquer à l'appui de cette opinion le nom même d'Hildevert, qu'on s'estimagine être une contraction de Hilde de Vers*.

Avant de commencer la vie de S. Hildevert, nous devons faire remarquer qu'il y a peu de chose de certain dans ses Actes, les uns composés après sa translation à Meaux, au À° siècle ; les autres, plus développés et moins croyables encore, rédigées sans doute au XIT° siècle. Fidèle à notre système historique, nous n'en recueillons pas moins tout ce qui a été dit sur ce personnage, dont le culte fut très-populaire au moyen-àge.

Hildevert fut le fruit tardif de l'union d’Aldebert * et d'Ève, dont l'illustre origine était mise en relief par l'éclat d’une vertu supérieure.

Une histoire manuscrite de Vers-Hcbecourt, appartenant à M. Cuvillier-Morel-d’Acy ‘ dit que S. Hildevert était le fils ainé d'Hadalbert, sei-

1 In vico Verre dicto ubi natus Sanctus fuisse creditur. — Acta sunct., 27 mai.

3? C'était là une supposition de M. Lozenguier, décédé curé de Vers en 1869. Cet ecclésiastique avait réuni des notes sur S. Hildevert, qui paraissent égarées. Aussi est-ce en vain que, pour en obtenir communication, nous nous sommes adressé à l’'exécuteur testamentaire de M. Lozenguier, ainsi qu'aux ecclésiastiques du canton qui étaient le plus liés avec lui.

S Aldebert, après la mort de sa femme, embrassa la vie monastique.

+ Citée page 238 de l'Histoire généalogique et héraldique sur la maison des Tyrel de Poix, et sur les familles de Moyencourt et de Poix, par M. Cuvillier d’Acy, archiviste généalogiste. Ce magnifique volume n’a été tiré qu’à 40 exemplaires et n’a point été mis dans le commerce. J’en dois un à l'obligeance de M. de Moyencourt, de Luzières-les-Conty.

gneur de Vers et de Sentelie, puis de Bacouel, du chef d'Hilde, sa femme. Hildevert aurait eu deux frères, Firmin, qui devint seigneur de Vers, de Sentelie, puis dû Montbard (Mons Bardus), du chef de Clotilde, sa femme; et Hadalbert, seigneur de Bacouel. On compte jusqu'à sept seigneurs de Vers qui porterent le nom d’'Hildevert.

Dès l’âge le plus tendre, Hildevert donna les preuves d’une vive piété et d’une grande maturité d'esprit. On raconte à Vers que, à l’âge de dix ans, son absence de la maison paternelle inspira de vives inquiétudes. Sa mère éplorée se rendit dans l'église, où une voix mystérieuse calma ses appréhensions, en lui faisant connaître que son. fils était allé écouter, à la cathédrale d'Amiens, le sermon d'un célèbre prédicateur. Le retour du Jeune enfant vint bientôt confirmer la vérité de cette révélation.

La légende écrite n’est pas plus acceptable que la légende orale, quand elle nous dit qu'Hildevert fut élevé au monastère de Luxeuil, par les soins de S. Colomban, ce grand réformateur ayant quitté Luxeuil à une époque où S. Hildevert n'était pas encore né.

Fut-il élevé dans le monastère de Rebais, comme le rapporte le Gallia Christiana, ou dans celui que S. Faron aurait déjà fondé à Meaux, comme le pense Du Plessis ? c’est ce qu’il nous paraît impossible de déterminer. Toujours est-il que la direction du Jeune homme semble avoir été confiée plus tard à S. Faron, évêque de Meaux, qui, témoin de ses vertus et de ses progres, lui conféra successivement tous les ordres sacrés.

Le bréviaire de Meaux de 1640 nous dit qu'après sa prêtrise, Hildevert embrassa la vie monastique à Luxeuil. D’après d'autres documents, ce serait au monastère de Sainte-Croix, près de Meaux, qu'il aurait alors passé quelques années de sa vie. Comme cette abbaye, fondée par $. Faron, dont elle devait plus tard prendre le nom, fut peuplée par lui de moines de Luxeuil, il n’est pas impossible que S.Hildevert ait été successivement à Luxeuil ( : à Sainte- Croix. |

Après la mort de S. Faron (672), les suffrages des fidèles et du clergé lui désignèrent pour successeur son fidèle disciple Hildevert ‘. Le nouveau pontife continua à garder la discipline monastique, macérant sa chair par le cilice et l'abstinence. Exposé aux contradictions, il n'en gardait pas moins une inaltérable égalité d'âme et supportait les injures avec une patiente douceur. Accomplissant ses devoirs épiscopaux avec une rare vigilance, il donnait à ses diocésains l'exemple de toutes les vertus; on admirait surtout la ferveur de ses prières, l'abondance de ses aumônes, la profondeur de son humilité, la sûreté de sa doctrine, la sincérité de son caractère et l’éloquence de sa parole.

Hildegaire, évêque de Meaux, qui, sous le règne de Charles le Chauve, écrivit la Vie de S. Faron, est loin de rendre un témoignage aussi favorable à S. Hildevert, qu'il considère comme d'une médiocre intelligence dans la science du

1 D'après les listes épiscopales de Meaux, S. Hildevert serait le vingtième évèque, S. Denis non compris.

S. HILDEVERT, ÉVÊQUE DË MEAUX. 15

dogme ‘, et dont il qualifie sévèrement les actes suivants :

Hildevert, dit-il, pécha contre la foi * en voulant ériger une église en l'honneur du saint Christ. Un synode d'évêques condamna notre Saint à ce sujet, le suspendit de ses fonctions et, après qu'il eut fait amende honorable, lui imposa une pénitence. Cette sorte de dédicace pouvait être une innovation liturgique, mais nous ne voyons pas qu'elle eût rien de contraire à la foi. La conduite d’Hildevert a été justifiée par les siècles suivants qui ont dédié beaucoup d’églises au saint Sauveur. Pour ne parler que de notre diocèse, on sait que deux de nos villages, Saint-Sauveur et Saint-Christ, doivent leur nom au vocable primitif de leur église *.

Ce sanctuaire ‘, qu'Hildevert avait voulu ériger en l'honneur du saint Christ, s'élevait non loïn de la basilique de Sainte-Croix, érigée par S. Faron et dépositaire de ses reliques. Le nouveau temple éclipsait complétement la beauté de l'ancien. $S. Faron,voulant montrer, par un signe indubitable, combien il était jaloux de la réputation de son église, apparut un soir au custode de l'édifice qu'on venait d'achever : « Quel jour, lui dit-il, l'evêque doit-il assembler le peuple pour faire la dédicace

1 Datlevertus, pastor insignis, mediocris vero in divinis intellectu dogmatibus. Vitu S. Furonis.

3 Contra fidem.

? Aujourd'hui l'église de Saint-Christ est sous le vocable de Ste Jule, et celle de Saint-Sauveur sous le vocable de la Ste Trinité.

* Baillet distingue à tort l’église du Saint-Christ de celle bâtie près de Sainte-Croix. Dans le texte d'Hildegaire, le mot alteramest opposé à l'église de Sainte-Croix et non à celle de Saïint-Christ.

de cette église et consommer ainsi la ruine de la mienne? » — C'est demain. — Eh bien! crois en mon conseil, hâte-toi de quitter ces murs, rivaux des miens ; sans quoi tu te repentirais de ne m'avoir point obéi ! — Bientôt apres, S. Faron déchaîna la tempête et la foudre contre le nouveau monument, qui fut renversé de fond en comble; ses ruines dispersées rendirent un involontaire hommage à la gloire de l'église voisine qui ne reçut aucune atteinte. L'auteur termine son récit en comparant ce prétendu miracle à la colonne conductrice d'Israël, qui était tout à la fois lumineuse pour les Hébreux et ténébreuse pour les Égyptiens.

Tandis qu'Hildegaire voit une blämable vanité dans la conduite d'Hildevert, ses propres Actes y signalent un principe d'avarice. C’est là un reproche dont le sens nous échappe. |

Baillet, qui se montre souvent si sévere pour les saints, prend ici avec raison la défense du nôtre : « Si l'architecte avait fait son devoir, dit-il, Hildegaire n'aurait rien eu sans doute à censurer dans notre Saint sur ce point. Mais où en seraient réduits tous les saints, s'ils n'avaient pu, sans vanité, bàtir de plus belles églises que celles qu'ils avaient trouvées? »

Hildegaire, en racontant cette ridicule histoire, nous semble s'être laissé dominer par une tendance familière aux panégyristes. Il aura‘ cru relever la gloire de $. Faron en abaissant celle de son successeur, procédé oratoire qu'on rencontre dans certains sermonaires du moyen-âge, où le patron est démesurément exalté aux dépens des autres saints qu on lui compare.

Quoi qu'il en soit, la mémoire de $S. Hildevert est restée chargée de cette double accusation. Elle est non-seulement rappelée dans le Propre actuel de l’Église de Meaux, mais l’oraison même de l'office loue la pénitence d'Hildevert ‘, ce qui impliquerait la réalité des fautes.

C'est pour les expier que $. Hildevert aurait entrepris un pélerinage à Rome. Le pape Boniface, dit la légende, lui fit un honorable accueil et voulut même assister à une messe chantée par lui. Investi de pouvoirs spéciaux par le pape, S. Hildevert alla, pendant sept ans, évangéliser de nombreuses contrées et se rendit ainsi jusqu'à Jérusalem. Il retourna ensuite rendre compte au Souverain Pontife de la manière dont il avait accompli sa mission. En revenant prendre possession de son siége, il visita S. Fursy à l’abbaye de Lagny. Un ange avait prévenu le saint irlandais, en lui disant : L’évêque Hildevert va venir te trouver; Dieu lui a pardonné ses péchés, reçois-le donc avec la considération qu'il mérite. S. Fursy accomplit cet ordre en se prosternant aux pieds du voyageur et en lui disant ces paroles du Psalmiste : Que le Seigneur vous garde de tout mal! qu’il protége toujours votre vie (ps. Cxx, 7). Et S. Hiïldevert répondit par le verset suivant : Que le Seigneur prolége votre entrée et votre sortie, dès maïntenant et dans l'élerntilé !

Ce récit est rempli d'invraisemblances et d’anachronismes, Aucun pape n’a porté le nom de Boniface du temps de S. Hildevert. Boniface V mourut

! Deus, qui in beato Hildeverto pastore nostro humilitatis et pœnitentiæ nobis exermplar ostendist, etc. Propr. Éccles. Meld.

Te IH. 2

en 625, époque où S. Hildevert n’était pas encore né ; Boniface VI fut élu en 896. On a dit qu'il y a peut-être eu là confusion et qu’il pourrait s'agir de S. Boniface de Mayence, qui se trouvait à Rome en l'an 793; mais Hildevert, à cette énoque, était mort depuis longtemps. Ce qui concerne la visite à Lagny est tout aussi faux, puisque S. Fursy était mort depuis plus de vingt ans, quand Hildevert succéda à S. Faron.

Rentré dans son diocèse, l'évêque ne manqua point de visiter les églises confiées à sa garde. Un jour qu'il se disposait à dire la messe dans l’église Notre-Dame, qu'il avait fait ériger à Vignely ", il ne trouva point d’endroit pour déposer ses gants et les accrocha à un rayon de soleil où ils resterent suspendus pendant trois heures. Cette fabuleuse imagination, qui paraît empruntée à la légende de S. Goar, a été appliquée, avec diverses variantes, aux Actes de plusieurs autres saints *.

1 Canton de Claye.

? Le P.Cahier (Curactéristiques des Saints, p.99), après avoir rappelé la légende de S. Goar, suspendant son manteau à un rayon de soleil, ajoute : « Si extraordinaire que soit ce miracle, et peut-être mème à cause de cela, il a été répété maintes fois par les légendes, comme s'étant reproduit pour un bon nombre de saints, J’en puis citer au moins dix : ainsi, S. David, abbé en Suède (15 juillet), ayant la vue affaiblie par son grand âge, prit un rayon de soleil pour une sorte de patte-fiche ou de clou auquel il suspendit ses gants. La même chose est racontée de S. Hildevert, évèque de Meaux, de S Robert, abbé de la Chaise- Dieu et de l’'Impératrice Ste Cunégonde. Pour les manteaux, c’est S. Odon, évèque d’Urgel, S. Amable de Riom, S. Amé de Saldezzo, S. Léonar, évèque breton, S. Lucain de Brixen, Ste Brigitte d'Irlande, S. Florent de Strasbourg, le B. Utho, abbé de Metten, et la B. Alruna. »

Tandis que le saint évêque se trouvait à Vignely, un malheureux pere vint se jeter à ses pieds, en le suppliant de ressusciter son fils, qui venait de mourir sans avoir reçu le baptème. S. H'ldevert, touché par ces prières, se rendit dans la maison où gisait le défunt ; là, il se prosterna à terre, en conjurant Dieu de ravir à la mort cette proie prématurée. L'enfant ressuscita ; son sauveur l’instruisit des vérités de la foi et, en lui conférant le baptême, lui donna le nom d’Aldebert, en memoire de son père.

Peu de temps après, le 27 mai ', vers l'an 680 *, S. Hildevert, après avoir reçu le saint viatique, alla goûter au ciel la récompense de ses vertus. I] fut inhumé dans cette ési:se de Vignely qu'il avait fait construire à six mtlles de Meaux. D’après la volonté qu'il avait exprimée, on enterra plus tard avec lui le jeune Adelbert qu'il avait ressuscité et qui, selon sa prédiction, mourut sept ans après Jui.

RELIQUES

Un ange apparut à l'abbé Mayeul, au monastère de Lagny * et lui dit: Lève-toi et rends-toi à l'église de

1 C’est la date indiquée par ses Actes, tandis que sa mort est marquée au 26 mai par Vincent de Beauvais, Pierre de Natalibus, Trithème, H. Ménard, Canisius. etc.

% Nous suivons ici l’opinion exprimée par le P. Papebrock, Du Plessis, le Gallia christiana, Godescard, etc. Ce serait en 690, d’après M. Potin de la Mairie.

? Nous croyons qu'il s’agit de Lagny-sur-Marne où S. Fursy avait fondé une abbaye bénédictine. Les leçons de la fête de la

Notre-Dame de Vignely : là tu trouveras près de l'autel le corps de l'évêque Hildevert et de son filleul Adelbert. Convoque alors les évêques de la province, les prêtres, les lévites, les clercs de tout ordre et les fidèles; raconte ce que tu auras vu et fais procéder à l'ouverture du tombeau. Mayeul ayant accompli les prescriptions de l'ange, le clergé se rendit, bannières déployées et croix en tête, avec des luminaires et des encensoirs à l’église de Vignely, et, le 27 mai, on découvrit le corps de S. Hildevert qui, bientôt, guérit miraculeusement des aveugles, des muets, des sourds, des boiteux, des paralvytiques et des lépreux.

Quel est cet abbé Mayeul dont il est ici question? Selon les uns, ce serait un abbé du monastère de Saint-Faron qui aurait fait cette translation, vers l'an 690. Mais, en supposant que S. Hildevert fût mort une dizaine d'années auparavant, on ne pouvait ignorer le lieu de sa sépulture et l'intervention d'un ange révélateur devient incompréhensible. D'un autre côté, le langage si peu respectueux que tient Hildegaire, à l'égard d'Hildevert, prouve que, sous le règne de Charles le Chauve, on n'avait point encore commencé à vénérer ses reliques.

D'après M. Potin de la Mairie *, ce Mayeul aurait été abbé de Saint-T'aron, mais au IX° siècle seulement. Comme au IX° siècle on ne trouve pas plus qu'au VIT d'abbé de Saint-Faron qui ait porté ce nom, nous aimons mieux croire, avec les Bollandistes, qu'il s’agit de saint Mayeul, abbé de Cluny, qui vivait au X° siècle. Il est présumable qu'il aura été à l'abbaye de Lagny pour y réformer la discipline, comme il le fit dans d'autres mo-

translation, dans les anciens bréviaires de Meaux, s'expriment ainsi : Apparuit Angelus Majolo abbati in loco qui dicitur Luniacus. Si Laniacus n’était qu’une corruption de Cluniacus, il faudrait mettre cette apparition à Cluny mème et il n'y aurait plus de doute sur la qualité de ce S. Mayeul.

! Histoire de Gournuy. Cet ouvrage comprend deux parties : 4° Recherches hist. archéol. et biogr. sur le Bray Normand et le Bray Picard, 2 vol. in-8 ; 2° Supplément aux Recherches hist sur la ville de Gournay en Bray, À vol. in-8°.

nastères. Les Actes de S. Hildevert, il est vrai, disent que cette translation eut lieu : transacto non multi temporis curriculo ; mais c'est là une désignation fort vague, et quand bien même :1l faudrait l'interpréter par un court espace de temps, quelle confiance peut-on accorder à une légende qui pullule d'anachronismes et d'invraisemblances ?

Le corps de S. Hildevert, après être resté exposé pendant quelque temps sur le maître autel de l'église de Vignely, fut transporté à la cathédrale de Méaux, peutêtre par ce même abbé Mayeul.

Nous ne nous chargeons point de préciser l'époque où les reliques de S. Hildevert furent apportées à Gournay. Est-ce en 990, comme le prétend une Histoire manuscrite de cette ville, dont l'indication est acceptée par M. l'abbé Cochet (Wotice sur la collégiale Saint-Hildevert de Gourray) ? Est-ce auü XI° siècle, comme le croit Toussaint Du Plessis, l'historien de l'Église de Meaux 1? Serait-ce seulement vers l'an 1130, comme le conjecture M. A. Guilmeth, dans ses /echerches histor. sur la ville de Gournay ? Aucune de ces opinions ne nous semble assez motivée pour établir une conviction, mais la dernière nous . paraît la plus probable. Ce qui est certain, c'est que les reliques de S. Hildevert se trouvaient à Gournay dès la première moitié du XIL° siècle. Voici, d'après les anciens documents, de quelle facon elles y parvinrent.

Trois clercs de Meaux, inspirés par la Providence ?, se mirent à promener le corps de $S. Hildevert, pour recueillir des aumônes. Une de leurs premières stations eut lieu à Paris, dans une chapelle de la Cité, qui devait bientot être remplacée par l'église Sainte-Croix.

Après avoir parcouru bien des contrées, et spécialement les diocèses de Paris et de Beauvais, les trois clercs arri-

1 Toussaint Du Plessis (Hist. de l'Église de Meaux, 1, 64) place la première invention en 690. Les reliques auraient été cachées plus tard, dans la crainte des Normands, et retrouvées seulement | à la fin du XIe siecle.

3 C'est parfois sous ce prétexte qu'on abritait les vols de reliques, si fréquents au moyen Age.

vent à Gournay-en-Bray et déposent leur précieux trésor dans l'église dédiée primitivement à saint Etienne et à saint Guitmar. Quand ils voulurent l'enlever, pour continuer leur pérégrination, la chässe resta immobile, par suite de l'accroissement de sa pesanteur. Le sire de Gournay (Hugues I°"?), instruit de ce prodige, fut heureux à la pensée de s’enrichir de telles dépouilles et combla les clercs de ses présents. Toutefois, un soupçon lui traversant l'esprit, il résolut de l'éclaircir par un moyen aussi singulier que tout le reste de cette histoire. Pour éprouver si c'était bien là les reliques de saint Hildevert, il ordonna de porter le chef dans un grand feu qu'il fit allumer sur la place publique. La tête du Saint bondit sur le brasier ardent et alla se réfugier dans les bras de la comtesse de Gournay. Cet événement, suivi de plusieurs guérisons miraculeuses, serait advenu le 26 ou le 27 mai. Le comte de Gournay fit bientôt enchässer ce chef dans un reliquaire d'argent, qui fut placé, avec les autres reliques, dans l’église de Gournay, commencée au XI° siècle et considéra= blement agrandie pendant les deux siècles suivants.

Dans l'article que nous avons consacré à saint Guitmar !, nous avons parlé de la confusion qui s'établit entre les reliques de cet abbé de Saint-Riquier et celles de saint Hildevert. Nous n'avons donc plus à revenir sur ce sujet.

Le 21 mars 1201, sur la demande de Jean-sans-Terre et de Gautier, archevêque de Rouen, alors absent, Hilbert, archevêque de Cantorbéry, assisté de plusieurs évêques et de divers abbés, transféra le corps de S. Hildevert dans une nouvelle châsse, donnée par Hugues, seigneur de Gournay. Cette cérémonie, accomplie en présence de Jeansans-Terre qui régnait sur l'Angleterre et la Normandie, eut lieu, non pas en 1202, comme prétend le démontrer Du Plessis (Descript. de la Haute Normandie, 1, 24), mais en 1201, comme le témoigne le Cartulaire de l’église de Gournay, où l'on voit, à cette date, l'archevêque Hilbert accorder vingt jours d'indulgence à tous ceux qui, à l’an-

! Tome II, page 597.

me ——

niversaire de la translation, ou les dix jours suivants, visiteraient l'église de Saint-Hildevert, et quinze jours à ceux qui feraient des aumônes pour l'achèvement de l'édifice. (J. Piczer, Hist. de Gerberoy, p. 156 — Porin DE La Mairie, Éecherches hist. sur le Bray normand, u, p. 10.)

Nous empruntons le récit du miracle suivant aux Aecherches historiques sur le Bray normand, par M. de la Mai rie (t, 1, p. 206) : « Pendant que la reine Blanche (d'Evreux) possédait Gournay, un effroyable incendie fut sur le point de réduire cette ville en cendres. Ni la rapidité des secours, ni l'abondance des eaux, ni l'activité des habitants, ni l'affluence des populations voisines, ne pouvaient venir à bout d'arréter les progrès du feu qui menaçait de tout dévorer. On ne voyait devant soi d'autre asile que la forèt. Les mères emportaient leurs enfants effrayés ; les vieillards se trainaient au loin pour n'être pas consumés dans les flammes, comme ceux dont on entendait les cris sans pouvoir les secourir. Jamais tableau plus désolant n'avait été éclairé par une lueur plus sinistre. Le tocsin fatiguait l'air de ses sons d'effroi. Tout à coup des chants se font entendre comme s'ils venaient du ciel. La foule se sépare respectueusement. Une file de prêtres, précédés de la croix, arrivent pour conjurer le désastre ; deux diacres portent sur leurs épaules la châsse de S. Hildevert; le vénérable doyen du Chapitre s'agenouille, lève vers le ciel des yeux baignés de larmes, prie avec foi : les prières montent jusqu'au trône de Dieu; elles v sont entendues, L'incendie cesse, et le peuple reconnaissant suit avec joie les reliques du Saint par l'intercession duquel il voit cesser le tléau. La reine Blanche, presque témoin de ce miracle, fit enchässer dans l'or une partie du chef de S. Hidevert. Cet événement arriva le 5 murs 1375, et, depuis cette époque, on célèbre tous les ans, à pareil jour, la fête des miracles du saint évêque, avec la translation de son chef. »

Ce reliquaire d'or fut renfermé dans une grande châsse de cuivre, de forme pyramidale, qu'on suspendit à la voûte. C'est ce qui explique pourquoi, aujourd’hui encore, une partie du chef est appenduc à la voûte du sanctuaire.

L'attribution faite à la reine Blanche, veuve de Philippe de Valois, du don de ce reliquaire nous parait fort douteuse. Voici, en effet, ce que nous lisons dans une Histoire manuscrite de Gournay, attribuée à Larchier de Gondreville, conservée à la bibliothèque de Rouen et dont M. E, de l’Epinois a bien voulu nous transmettre divers extraits.

« Il y a encore dans cette église une belle relique qu'on y conserve : c'est un morceau du cräne de la tête de S. Hildevert, qui estenchässé dans un vaisseau d'or que donnu Mahaud de Châtillon, épouse du prince Charles, comte de Valois, laquelle était dame de Gournay : on peut voir sur ce vaisseau, en quatre endroits, les armes de cette princesse et ceux (sic) du prince son époux, ce qui nous fait dire que c'est elle qui a fait ce présent et non pas la reine Blanche d'Evreux, comme on le croit communément. Cette relique est plus rare que l'autre; elle est dans un vaisseau d'or, renfermé dans une châsse de cuivre faite en forme de pyramide et levée en l'air jusqu'aux voûtes du chœur où elle demeure suspendue. On ne descend cette relique que deux fois l'année, pour l’exposer à la vénération des fidèles : le vendredi avant le dimanche de la Passion, et reste trois jours exposée à l'occasion des pélerins : et le 26 mai, et reste pareillement trois jours pour le même sujet. Jamais on ne descend ni même découvre cette relique à d'autres jours. Le 27 mai, jour de S. Hildevert, se fait dans la ville une procession générale où cette relique est portée : procession qui à été faite pour la première fois en 1651, alant été authorisée et permise par Mgr l'archevèque François de Harlai, premier du nom, suivant les lettres données à Gaillon, le 13 septembre 1650 (fol. 30, r°). »

En 1278, Guillaume de Flavacourt, archevèque de Rouen, accorda quarante jours d'indulgence aux fidèles qui, par leurs aumûnes, aideraient à terminer l'église dédiée à S. Hildevert.

* On fit, le 29 novembre 1639, une ouverture de la châsse pour donner quelques reliques au roi Louis XIII, à l'archevèque de Rouen et à l'évêque de Meaux. Une autre ouverture eut lieu le 3 juillet 1658, en présence de Gene-

viève de Bourbon, duchesse de Longueville, qui reçut quelques ossements (A. GUILMETH, Recherches hist. sur Gournay en Bray).

Plusieurs souverains pontifes , informés des miracles accomplis à Gournay, surtout en faveur des aliénés et des énergumènes, accordèrent des indulgences aux pèlerins qui visiteraient l’église de Saint-Hildevert, les 27 et 28 mai. Les offrandes qu'on faisait, en temps ordinaire, au chef de S. Hildevert, appartenaient au Saiïnturier, c'est-à-dire au chanoine chargé de garder les choses saintes ; quand le chef était descendu de sa suspension, elles étaient dévolues au Chapitre; pendant les jubilés, les deux tiers étaient réservés au Chapitre et l'autre au Sainturier (PoTiN DE LA Matte, op. cit. 1, 389). L'Histoire manuscrite de Gournay, que nous avons déjà citée, donne les détails suivants sur la seconde chàsse : « Elle est ordinairement placée sur le haut de la contretable, au-dessus du grand autel : on la descend le vendredi avant le dimanche de la Passion, et elle reste pendant trois jours dans le chœur, exposée à la vénération des pèlerins et des fidèles. On en fait de même le 26 mai. On la porte en procession le dimanche des Rameaux : on‘la porte aussi en procession, le jour de l'Ascension, aux Cordeliers. Le 14 août elle est portée à Notre-Dame et y reste dans le chœur jusqu'au lendemain : enfin on la porte aux processions ordinaires qui se font dans les calamités publiques. »

En 1395, la châsse du XIII* siècle fut envoyée à la Monnaie, mais un chanoine de Gournay sauva les reliques de S. Hildevert et les enfouit dans un petit cimetière réservé exclusivement aux membres du Chapitre. Plus tard, craignant que l'humidité de la terre n’endommageût les ossements, il les retira en présence de témoins et les remit à un avocat, nommé Larcher. Leur récognition authentique eut lieu le 20 mai 1803 par des commissaires qu'avait nommés le cardinal de Cambacerès, archevêque de Rouca. La translation solennelle s’en fit le 22 mai. Leur présence à l'église paroissiale de Gournay continue à attirer les pèlerins. (L'abbé Cocner, Notice hist. sur la collé-

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giale de Saint-Ilildevert de Gournay, p. 31). Il y a une vingtaine d'années, Monseigneur Blanquart, archevêque de Rouen, donna quelques reliques de S. Hildevert, provenant de Gournay, à la cathédrale de Meaux. Celles que possédait cette église ont été confondues avec d'autres, depuis la Révolution.

Le P. Ignace (Hist. eccl. d'Abbeville, p. 199) mentionne comme existant de son temps, aux Chartreux d'Abbeville, une relique de S. Hildevert : mais comme il lui donne la qualification de martyr, peut-être s'agit-il de S. Hildebert aboé de Saint-Pierre de Gand.

CULTE ET LITURGIE

La façon dédaigneuse dont Hildegaire, biographe de S. Faron, parle d'Hildevert, nous prouve bien qu'à cette époque (IX° siecle) on ne lui rendait encore aucun culte. Mais, quand ses reliques furent exhumées et surtout quand elles eurent été transportées à Gournay, la liturgie du Saint se répandit dans les diocèses de Paris, de Rouen, de Reims, de Beauvais, etc. Dans le diocèse de Meaux, nous voyons apparaître son culte en 1328. Avaitil été interrompu ou bien n'existait-il point auparavant,c'est ce qu'il nous semble impossible de déterminer. Quant au diocèse d'Amiens, Dulteau (//ist. de l'urdre de saint Benoit) qui écrivait au X VIT* siècle, constate la vénération qu'on avait pour saint Hildevert à Vers-Hébecourt, son pays natal: mais nous n'avons trouvé aucun renseignement qui nous indique à quelle époque prit naissance cette dévotion locale,

Dans les diocèses que nous avons cilés et dans d'autres provinces, saint Hildevert était mvoqué pour la gutrison de l'épilepsie, de la frénésie et de la démence. Nous ne trouvons l'origine de ce patronage dans aucun trait de sa vie. Les Bollandistes se sont demandé si elle ne provicndrait point de la vague ressemblance du nom d'Jildevertus avec verluqyo.

Le pèlerinage de Gournay était célèbre au moyen âge, le roi S. Louis s'y rendit le 17 avril 1257.

La confrérie de Saint-Hildevert, établie dans cette ville, avait surtout pour but d'invoquer le patron en faveur des aliénés. C'est aux registres de cette association que le P. Papebrock a emprunté le récit du miracle suivant :

Une jeune fille d'Enguin !, nommée Mathilde, récemment mariée à un négociant du nom de Nicolas, était tombée en frénésie dès le jour de ses nôces. Le mari, s'étant absenté un mois pour ses affaires, revint chez ses beaux parents qui lui offrirent un repas de bienvenue. Après le diner, la jeune femme, se trouvant mal, sort dans le verger. Là, un homme la saisit à la gorge et l'empêche de crier en lui introduisant deux doigts dans la bouche. Le mart inquiet arrive bientôt, trouve sa femme évanouie et s'empresse de la secourir. Depuis lors, Mathilde, qui avait perdu la parole, tombait deux fois par jour, le mütin ct le soir, sous la puissance du démon. $es parents qui étaient fort riches, ayant eu en vain recours aux médecins, finirent par entreprendre divers pélerinages. Arrivés à Gournay, ils se recommandèrent à la confrérie de Saint-Hildevert ; Mathilde assista à la messe des infirmes où clercs et laïques prièrent pour sa guérison. Un samedi soir, deux jours après l'Ascension, au moment de sa crise, on la conduisit . à l'église où s'étaient rendus les confrères. Là, on récite sur elle des évangiles, on lui pose le texte sur la tête, on lui passe l'étole au cou et on l'asperge d'eau bénite. La jeune femme baise les reliquaires de la vraie Croix et de S. Hildevert, récite mentalement diverses prières, fait le signe de la croix et se recommande à la divine miséricorde. Soudain elle s'évanouit : « Prions le Seigneur, s’écrie l'un des prêtres, prions-le du fond de nos cœurs, afin qu'il veuille bien, par l'intercession de Marie et du glorieux confesseur Hildevert, délivrer cette femme du démon, et lui ouvrir la bouche, comme il fit au prophète Zacharie. »

‘ Serait-ce Angiens, canton de Fontaine-le-Dun (Seine-Inf.) ou Enghien, pres de Paris ?

Mathilde entend alors la sainte Vierge lui dire : — Comment vous trouvez-vous ?—Je suis bien agitée.—Pourtant l'heure de votre délivrance est proche. — Vais-je être guérie ? — Bientôt. — Qui donc êtes-vous ? — Je suis la mère du fils unique de Dieu. Retenez bien ceci : quand vous serez guérie, faites encenser l'autel de S. Hildevert, le mien et vous-même ensuite.— Merveille non moins surprenante! La malade voit s'ouvrir la châsse de S. Hildevert. Le saint évêque en sort avec les apparences de la vie, la palpe légèrement et lui dit : — Confiance, ma fille, vous allez bientôt ressentir les effets de la miséricorde divine! — Mathilde, délivrée du démon, recouvra alors la parole et la santé. Un prêtre lui toucha la langue avec une dent de S. Hildevert qu'on eut beaucoup de peine à retirer, tant la miraculée l'avait serrée entre sa langue et ses lèvres. Sur la recommandation du prêtre, elle invoqua tout haut S. Hildevert, la Ste Vierge et S. Laurent. Après le Te Deum d'actions de grâces, on fit les encensements qui avaient été prescrits, et le joyeux son des cloches annonca les merveilles qui venaient de s'accomplir.

Ce spécimen des registres de la confrérie de Saint-IHildevert est assez curieux pour nous avoir inspiré le désir de les connaître en entier. M. E. de l'Epinois a bien voulu, sur notre demande, aller à leur recherche dans les Archives de la Scine-Inférieure et à la Bibliothèque de Rouen. Malheureusement ces manuscrits paraissent perdus depuis la Révolution : on ne trouve aux Archives de la Préfecture de Rouen, qu'un factum du chanoine Thicrry, écrit vers l'an 1690, renfermant les indications suivantes. sur les statuts de la confrérie :

1° Elle se compose de confrères et sœurs, tant de Gour-nay que des villages voisins ;

2° Chaque confrère et sœur donne deux sous par an pour les frais ;

3° Il y a un bâton avec image du Saint, lequel est donné chaque année, le 25 août, à une personne notable de la confrérie. Celle-ci, qui porte le bâton aux processions, fait à su sortie d'exercice une aumône à la caisse commune,

laquelle aumône varie de une demi-pistole à une pistole et plus.

& La cotisation annuelle et les aumônes servent à payer le chapelain des messes et à entretenir le luminaire et les ornements de la chapelle.

5° Tous les mardis, une messe est dite dans la chapelle de Saint-Hildevert, à l'intention des membres de la confrére. Cette messe est d'obligation par la fondation même de la confrérie. (Arch. de la Seine-Inf. G. 1797).

Outre la solennité du 27 mai, on célébrait jadis à Gouray, trois fêtes de translation, le 5 mars, le 21 mars et le 25 août. En 1700, Colbert, archevêque de Rouen, supprima dans son diocèse toutes les fêtes secondaires de patrons; celle de la translation de S. Hildevert, qui se célébrait le 25 août, fut remise au dimanche suivant. En 1803, le cardinal de Cambacérès décida que la fête de S. Hildevert se ferait, à Gournay, le 4° dimanche après Pâques, et que la fête de la translation aurait lieu le dernier dimanche d'août (O/fice solennel de saint Hildevert, évêque de Meaux, Gournay, 1840).

« Dans ma Jeunesse (de 1825 à 1830), nous écrit l'abbé Cochet, j'ai connu, à Cuverville-sur-Etretat, une petite statue de S. Hildevert à laquelle on attachait beaucoup de rubans. On invoquait ce Saint pour les enfants tourmentés par les vers. »

On se rappelle que les reliques de S. Hildevert, avant d'arriver à Gournay, passèrent à Paris; elles furent, dit-on, déposées dans une chapelle, qui prit dès lors le nom de Saint-Hildevert et qui fut remplacée par l’église Sainte- Croix de la Cité, dont S. Hildevert ne fut plus que le patron secondaire. L'abbé Lebœuf (/Jist. de la ville et tout le diocèse de Paris, édit. Cochenis, t. 1, p. 384) veut combattre cette opiuion, en disant que Sainte-Croix fut bâtie sous ce titre en 1136 et que le corps de S. Hildevert n'y

fut porté que sur la fin du XII° siècle. Il se trompe évidemment sur ce dernier point. La date la plus tardive du passage des reliques à Paris ne saurait être rejetée après 1130. La chapelle a donc pu porter le nom de S.

Hildevert depuis cette époque jusqu'à 1136. Plus tard, un hopital d’aliénés fut fondé dans le voisinage sous la même invocation. Un des autels de Sainte-Croix fut dédié à saint Hildevert en 1511.

Du Breuil, dans son Théâtre des antiquités dr Paris, suppose que la dévotion à S. Hildevert, pour la guérison des frénétiques, aura été transportée, dès 1136, de Sainte- Croix de la Cité à l'église de Saint-Laurent. L'abbé Lebœuf (loc. cit. p. 328) soupçonne là une transposition de chiffres et croit qu'il faut lire 1316, parce qu'on ne trouve à l'église Saint-Laurent, relativement à cette confrérie, que des actes de 1490 et 1516.

Du Plessis (Hist. de ? Église de Meaux, p.65) nous donne un curieux détail sur la confrérie de Saint-Hildevert qui avait son siége à la chapelle dédiée à ce Saint, dans l'église Saint-Laurent : « Un particulier de cette ville aïant commis un meurtre, au commencement du dernier siècle {le XVI®), on prouva que depuis quelques années ses parents l'avoient fait inscrire dans les registres de la Confrérie. Il n’en fallut pas davantage pour toucher les juges qui lui accordèrent sa grâce. » Nous serions disposé à croire qu'on inscrivait d'office, dans une certaine catégorie de la confrérie, ceux dont le cerveau était plus ou moins troublé: cette inscription a pu prouver aux juges que l'accusé n'avait point agi dans la plénitude de son libre arbitre.

Dans notre diocèse, S. Hildevert n'a jamais eu de culte qu'à Vers-Hébecourt, son.pays natal. Les scrofuleux et les épileptiques s'y rendaient jadis pour boire de l’eau d'une fontaine située, dit-on, sur l'ancien domaine patrimonial du Saint. Des travaux hydrauliques pour l'alimentation d'un moulin ont fait refluer les eaux de la Selle sur l'endroit d'où jaillissait la fontaine. Cet ancien pèlerinage était mentionné dans le registre de la confrérie de Gournay.

Voici ce que raconte la tradition populaire sur l’origine de cette fontaine. Hildevert, ayant appris que son père était gravement malade, se rendit à Vers avec S. Faron évêque de Meaux : l'évêque d'Amiens alla bientôt les rejoindre. Ces prélats entouraient le chevet du malade

lorsque un habitant du village de Bacouel, paralytique et pouvant à peine se soutenir sur ses béquilles, entra dans la cour, réclamant avec instance la faveur de parler à S. Hildevert. Prévenu par les domestiques de la présence de cet homme, S. Hildevert alla au-devant de ce malheureux qui se jeta à ses pieds, le suppliant de le guérir. Aussitôt une fontaine jaillit sous les pieds du saint homme qui lui dit : buvez de cette eau. Il but et il fut soudain guéri. Ce malheureux, transporté de joie, témoigna toute sa reconnaissance à son illustre bienfaiteur, et s'en retourna chez lui, emportant ses béquilles sous le bras.

Un autre jour, pendant le diner, un domestique entra dans la salle, tout effravé, annonçant qu'une bande de loups avait envahi la cour. S. Hildevert s'avanca à la porte; à sa vue, les loups s'enfuirent en poussant des hurlements épouvantables, et depuis, ajoute-t-on, jamais loup n'a reparu à Vers.

La tradition locale rapporte encore les trois faits suivants arrivés le jour même de la fête de S. Hildevert, à une époque indéterminée.

Au dernier siècle, deux incendies éclatent subitement le 27 mai, jour de S. Hildevert. Les habitants de Vers, elfrayés, ont recours au Saint, lui promettant de mieux solenniser à l'avenir sa fête qu'on négligeait alors, et aussitôt les deux incendies cessent comme par un espèce de miracle. |

Plus tard, le maitre d'une ferme voisine ayant envoyé, le jour de S. Hildevert, ses moutons à laver dans la rivière de Selle qui passe à Vers, cinquante de ses moutons périrent le méme jour, ou sur le bord même de la rivière, ou en retournant à la ferme.

Enfin, dans des temps plus rapprochés de nous, il y a près d'un demi-siècle, un cultivateur d'un village voisin, natif de Vers, ayant également amené ses moutons à laver, le jour de S. Hildevert, on prétend que les moutons n'eurent pus plutôt foulé le terroir de Vers, qu'ils se mirent aussitôt à bondir et à rebrousser chemin. |

Le souvenir du lieu de naissance de S. Hildevert s'est

conservé traditionneliement à Gournay, et aujourd'hui encore, quand on y célèbre son office, les habitants de Vers, s'il y en a de présents, sont invités à se rendre les premiers à l'offrande.

S. Hildevert est le patron principal de Gournay-en- Bray et du Bois-Robert {Seine-Inf.) ; Le patron secondaire de Vignely (Seine-et-Marne) et de Vers-Hébecourt {canton de Sains). Dans quelques localités, les peigniers-tabletiers ont placé leur corporation sous son patronage : nous citerons entre autres ceux de Méru et de Beauvais. Dans cette dernière ville, la bannière de S. Hildevert est portée, aux principales processions, par les ouvriers de la fabrique de MM. Dupont et Deschamps.

Le nom de S. Hildevert est inscrit dans les martyrologes Bénédictins, dans ceux de France, de Meaux, de Rouen. etc.

Sa fête est marquée au 27 mai dans les anciens bréviaires de Meaux, de Rouen, de Beauvais, de l’abbaye du Bec, de l'abbaye de $aint-Paul-lès-Beauvais, et dans le Propre actuel de Meaux. On a célébré sa fête pendant quelque temps à l'abbaye de Saint-Riquier, alors qu'on supposait que S. Hildevert, avant d'être évêque de Meaux, avait gouverné le monastère picard (voir tome 11, p. 599).

M. l'abbé Denis, chanoine de l'Église de Meaux, nous communique la Prose suivante qu'on chantait à Vignely, de temps immémorial, et qui a été supprimée par l'introduction du rite romain :

Glorietur sedule, Hic enim egregiæ Hildeverto prœæsule, Quiescunt reliquit Civitas Meldensium. : Venerandi præsulis.

Sed majori copia Istud non ambigitur,

In ejus solemuia Na crebris cognoscitur Exultet Vignelium. Veritas italie:

Clerus vacet laudibus, Hic confessor inclytus Cesset ab operibus Est sub annis teneris Plebs et agat gaudium. À parente traditus,

Imbuendus litteris.

Aldebertus genitor Tanti fuit filii,

Sanctus Faro monitor Viri tam egregii.

Oris nemo tam diserti Qui virtutes Hildeverti Valeat exprimere.

Fuit castus, expers fastus Malum nolens, Deum colens

Pio semper opere,

Simplex,rectus,circumspectus, Pius, prudens, Semper studens

Divinis eloquiis.

Nulli gravis, Verbo suavis, Timoratus, Et ornatus Sacris exercitiis.

Egregius hic confessor, Sancti Faronis successor, Ab ipso sacerdotia Indutus est cilicio,

O miraculum mirandum, Cum ad chirothecas susten-

Binishorisetamplius{tandum,

Solis parcetur radius.

En aliud miraculum :

Nam pueri corpusculum Letho datum nec renatum Baptismi respergimine,

Hildevertus suscitavit, Suscitatum baptizavit, Baptizatum appellavit Patris sui nomine.

Cum tam potens sit igitur Hildevertus, ut legitur, Invocetur, Et oretur Illius auxilium,

Ut hanc servet ecclesiam, Nobis suam dans gratiam Atque præstet Ne molestet Villam hanc incendium, Quod concedas intime Christe rex piissime.

Amen.

M. Ducrocq, curé de Vers, nous a fait connaître une autre prose qui a été évidemment calquée sur celle de Vignely, et arrangée à l'usage de Vers.

Civitas Meldensium Celebret præconium Hildeverti præsulis.

Sed Veracum splendidis Îlliug solemniis Potissimum resonet.

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