ÉVÊQUE DE TÉROUANNE
16 Juillet. = + 1158.
Les chroniqueurs de la Flandre et les annalistes de l’ordre de Prémontré ne nous ont laisst que fort peu de détails sur la vie privée du B. Mi'on ‘ et ‘ nous ne le connaïssons guëres que par ses actes épiscopaux. Leur énumération étant nécessairement fort aride, nous la rejetterons dans un chapitre spécial, et nous ne consignerons ici, avec quelque développement, que les faits les plus importants.
Le B. Milon, fils de Pierre de Selincourt et d'Emma, naquit à Selincourt *, domaine qui relevait de la Seigneurie de Poix. L'illustration de sa naissance mettait encore plus en relief la
1 Milo. On l'appelle Milon Ier pour le distinguer de son neveu Milon II, qui lui succéda sur le siéze de Térouanne. Un des parents de notre Bienheureux, Milon, chanoine de Notre-Dame d'Amiens, fut ux des plus généreux bienfaiteurs de la collégiale de Saint-Nicolas d'Amiens. Un saint du mème nom a été moine de Saint-Vandrille.
* Doyenné d'Hornoy.
simplicité de ses goûts et son éloignement pour le luxe et les joies mondaines. De même que l'abeille remplit les alvéoles d’une ruche des sucs qu’elle recueille au sein parfumé des fleurs, ainsi le jeune Milon de Selincourt enrichissait sa mémoire et son cœur de toutes les vérités qu'il extrayait des livres saints. Ordonné prêtre, il ne songea point à profter du crédit de sa famille pour occuper un poste important. Un acte de l’an 1113 nous apprend qu'il exerçait alors la charge pastorale à Verchin, près de Fruges ’. C’est en souvenir de ce court séjour que Milon devait, plus tard, faire desservir la cure de Verchin par un moine de Saint-Josse-au- Bois, que nommait l'abbé de ce monastère.
Entraîné par le goût de la vie érémitique, Milon alla bientôt partager la solitude et les austérités des anachorètes qui s'étaient groupés autour de l'ancien ermitage de S. Josse, dans l'endroit qui porte encore aujourd’hui son nom *.
La renommée de $S. Norbert remplissait alors tout le Nord de la France. Milon, voulant voir de ses yeux les merveilles d'édification dont le bruit avait pénétré Jusque dans sa solitude, se rendit donc à Prémontré, et, bientôt séduit par les exem-
‘ Archives de l’abbaye de Dommartin, déposées aux Archives du Pas-de-Calais. Ce document est indiqué par M. le chanoine Parenty, dans la notice qu’il a consacrée au Bienhéureux Milon, p. 27 du Légendaire de la Morinie.
?Saint-Josse-au-Bois, territoire de Tortefontaine, canton d'Hesdin. L'abbaye de Saint-Josse-aux-Bois, transférée à Dommartin en 1161, et plus connue sous ce nom, appartenait au diocèse d'Amiens (doyenné de La Brove).
ples qu il lui fut donné d'admirer, il fit profession entre les mains de $S. Norbert, le jour de Noël de l'an 1120. Dés lors, animé d'un prosélytisme qui devait l’embraser jusqu'à la fin de ses jours, il demanda à son abbé la permission de retourner à Saint-Josse dans l'espoir de déterminer ses anciens compagnons de solitude à embrasser la règle Norbertine, reforme de l’ordre des chanoines réguliers. Ayant réussi dans sa mission, il fut nommé abbé par S. Norbert qui voulut l'installer lui-même dans ses nouvelles fonctions (1121). Giliard de Soibertram donna à Milon les vastes domaines qu’il possédait entre Beaurain et Douriez. Grâce à cette libéralité et aux dons successifs de Rorgon de Tortefontaine, Drogon de Selincourt, Enguerrand dé Mouriez, Aléaume deFlixecourt, Hugues dePonches, Guyard d’Argoules, Ermanfroy de Gouy, et de divers autres seigneurs, Milon put construire des bâtiments conventuels, une église, un hospice pour les pauvres et même un cloître de religieuses *. Renaud IIE archevêque de Reims, par une charte datée de 1125, approuva ces diverses donations ».
En l’an 1122, Milon acquit dans le Beauvaisis, par un bail à cens, une terre située à l'emplacement qu’occupe aujourd'hui Jouy-la-Grange, près de Jouy-sous-Thelle (canton d'Auneuil). L'abbaye qu'il
1 L'institut de S. Norbert admettait des femmes dans ses monastëres, mais dans un cloître séparé. Vingt ans après la fondation de l’ordre, on réforma ce point des constitutions ct l'on bâtit pour les religieuses des maisons entièrement séparées.
? HuGo. Annal. Præmonstr. t 1, Probationes, p. DXV.
chargea Ulric d'y construire prit le nom de Saint- Nicolas-en-Thelle, à cause d'une chapelle voisine dédiée au saint évêque de Myre. Ulric, devenu abbé de ce monastère, se trouvait obligé de payer plus de cinquante setiers de blé pour son fermage perpétuel : aussi accepta-t-il avec joie la donation, que lui fit Ansculphe de Senotz, d un domaine voisin situé à Marcheroux où l'abbaye fut transférée entre les années 1147 et 1148. Par suite d’une confusion entre ces deux fondations, celle de Jouy-la-Grange, faite par Milon, a éte attribuée à l'an 1145 par Maurice Dupré, chanoinede Saint-Jean-lès-Amiens, auteur d’un ouvrage imprimé dans cette ville et devenu extrèmementrare". M. l'abbé Sabatier, auteur d’une excellente notice sur l'abbaye de Marcheroux ?, fait à cet égard les remarques suivantes : « C’est faute d’avoir eu sous les yeux, au moment où 1
écrivait ses Annales, l'acte de donation d’Ansculphe de Senotz, que Maurice Dupré a commis la regrettable erreur qui a mis en émoi les religieux de l’ab baye de Marcheroux. Ce savant est d'autant moins excusable, en cette inadvertance, que, quinze ans auparavant, dans une lettre adressée à Martin Prevel, il avait lui-même admis la date de 1122 5. Cependant cette date de 1122, assignée à la fondation de Marcheroux, est peut-être de nature à soulever une difüculté. Est-1l croyable, dira-t-on, que l’ab-
t Annules breves ordinis Præmonstratensis, auctore Mauritio Dupré. Ambiani, 1645, in-8*.
? Insérée dans les Mém. de la Soc. acad. de l'Oise, vr, 614.
3 Mémoire resté manuscrit, intitulé : Apologie de Marcheroux.
T. HU. Mn
baye de Dammartin (Saint-Josse-au-Bois), qui a été fondée elle-même en 1122, ait trouvé aussitot assez de religieux pour peupler unenouvelle maison? Te, l'analogie nous vient en aide et résout cette ques tion. Si, en quelques mois, S. Norbert a pu réunir quarante religieux et un grand nombre de convers à Prémontré, pourquoi Milon n’aurait-il pu rassembler, dans le mème espace de temps, douze religieux pour doter nos contrées d’une nouvelle abbaye ? ».
Nous ajouterons que cette objection perd encore de sa valeur quand on fixe la fondation de Saint- Josse-au-Bois, non pas à 1122, mais à l'année précédente, comme nous l'avons fait, à l'exemple de M. Parenty et de M. Harbaville ‘.
En112#%, Enguerrand de Boves, évèque d'Amiens, pria Milon de fonder duns sa ville épiscopale une maison de son ordre. Guy, chätelain d'Amiens, et sa femme Mathilde, lui constitucrent en donation la terre de Marcelcave, les églises d'Outrebois, de Saint Firmin-au-Val et de Saint-Germain. D'après De Court”, l'installation de quatre religieux à la cure de Saint-Firmin-au-Val, sous la direction du prieur Eustache, n'aurait eu lieu qu'en 1126. Cependant les Prémontrés d'Amiens revendiquaient une date antérieure, comme le témoignent ces deux vers cités par La Morliere :
Anno milleno centeno bis duodeno Aunbianis primo fundatur candidus ordo.
1 Mémorial hist. du Pas-de-Calais, 11, 129.
t Mémoires c'ronol.,t. n, 1. 11, ch. xt.
Le prieuré de Saint-Firmin-au-Val fut le berceau de la célébre abbaye de Saint-Jean d'Amiens, construite en 1131, sur les terrains de Saint-Roch, là où se trouvent aujourd’hui les cités ouvrières ; elle fut transférée en 1601 dans l’enceinte de la cité, à l'emplacement qu'occupe maintenant le lycée.
D'après Robert du Mont, continuateur de la Chronique de Sigebert, Milon était chanoine régulier de l’église de Térouanne, quand il fut choisi pour occuper le siége de cette Église ; mais les autres documents historiquesde cette époquesupposent au contraire qu'il était toujours abbé de Saint-Josseau-Bois. L'évêque Jean de Warneton venait de mourir (1130). Le clergé désirait choisir Milon pour son successeur ; mais Thierry d'Alsace, comte de Flandre, intrigua pour faire élire son propre frère, Bauduin, chanoine de la cathédrale. La majorité des fidèles se laissa entraîner, et Bauduin prit possession d’un siége dont ne le rendaient digne ni son jeune âge, ni sa capacité, ni ses vertus. Le Chapitre, qui n'avait point pris part à cette élection, protesta auprès de Renaud IT, métropoitain de Reims. Il fut ordonné de recommencer l'élection : mais on n'en fit rien, dans la crainte des vengeances du comte de Flandre. Les intérêts religieux du diocèse furent tellement compromis que l'archevêque de Reims manda auprès de lui les deux archidiacres de Térouanne etun petit nombre de clercs ‘ qui portèrent leurs suffrages sur Milon.
1 Paucis clericis, dit la Chronique de Saint-Bertin (cx11) à laquelle nous empruntons ces détails.
’elui-ci, préconisé aussitôt par Innocent IT, qui se trouvait alors en France, fut sacré à Reims le 13 février ‘ de l'an 1131, et prit pee ion de son siége le 15 mars suivant.
Si la première élection avait été entachée d'illégalité, on ne saurait disconvenir que la seconde ne fut point conforme aux règles canoniques alors en usage. Mais l’église de Térouanne devait bientôt bénir l'archevêque de Reims de l'expédient auquel il avait cru devoir recourir pour mettre un terme à des maux qui pouvaient devenir irrémédiables.
Les conteMporains de Milon ont témoigné de la haute estime qu'ils avaient pour lui, en’louant surtout sa douceur, son affabilité, sa dévotion envers la Ste Vierge, sa perpétuelle abstinence des aliments gras. L’évèque des Morins ne se borna point à garder, sous la mitre, l'habit régulier, mais il pratiqua autant qu'il le put la règle Norbertine. Plein de zèle pour la propagation de cet ordre, il partageait son temps entre l'administration de son diocèse et la fondation de nouvelles abbayes de Prémontrés dans le nord de la France. Tout en favorisant cette extension de tout son pouvoir, il modérait parfois des générosités exagérces qui pouvaient compromettre les interûts des tiers : c'est ainsi que, trouvant exhorbitante la donation que Guy d'Andresselles avait faite à l’abbaye d’Andres, il enjoignit à ses religieux d'en laisser une partie aux neveux du donateur.
! C'est ce que nous dit Vander Sterre dans ses Natal. SS. ord. PrϾmonstr. Claude Robert met cette ordination au 47 avril.
Envers les bons, dit le Paige ‘, il montrait la douceur. de S. Pierre; mais, envers les méchants, il usait de la sévérité de S. Paul. Son humilité était si parfaite qu'elle a donné lieu, de son vivant, à une espèce de proverbe : « Ce qu'on admire le plus “en Norbert, disait-on, c’est la foi; en Bernard, la charité; en Milon, l'humilité : in Norberlo, præcellit fides; in Bernardo, charitas ; in Milone, humilitas *.»
« Milon, dit M. Parenty :, rétablit dans son diocése diverses lois canoniques, notamment celles qui avaient rapport aux mariages. De concert avec le comte de Flandre, Thierry d'Alsace, il fit plusieurs règlements concernant la transmission des fiefs, les droits des églises et ceux des communes récemment afranchies. Pourobvier aux diffamations, il fut décidé que nul ne serait accusé d’adultère sur de simples bruits, ni contraint à subir l'épreuve du feu, si ce n'est sur le rapport d’un juré ecclésiastique et par suite de lettre synodale. Les droits civils et les prérogatives du clergé obtinrent, par ces sages règlements, une égale protection. »
Jadis, les Capharnaïtes disaient au Sauveur : « Vous faites partout des miracles, même en pays étranger : faites-en donc aussi dans votre patrie. » Milon, comme s'il avait entendu de semblables excitations, songea au lieu de sa naïssance, des la premiére année de son épiscopat, et détermina
1 Bibliotheca Prœæmonstr. ordinis, p. 439 . + Vita S. Norberti. auctore coævo, c. 1, n°18. 3 Légendaire de la Morinie, p. 34.
Gauthier III Tyrel, sire de Poix, à construire l’abbaye de Selincourt. D’après une ancienne trädition consignée dans un manuscrit de P. Borée ‘, ce fut sur l'emplacement du château paternel que Milon fit ériger les bâtiments claustraux, et en souvenir de son père, nommé Pierre, qu’il fit dédier l'église au Prince des apôtres *.Cesanctuairedevait, au siècle suivant (1209), conquérir une immense renommée en recevant de Guillaume de Moreuil la relique connue sous le nom de Sainte-Larme *. Cette même année, Milon fonda à Térouanne une maison de son ordre, sur l'emplacement d'un ancien monastère ruiné par les Normands. Il peupla cette abbaye, dédiée à $. Augustin, avec des religieux de Selincourt qu’il logea provisoirement dans son palais épiscopal, pendant la durée des travaux de construction. Le pieux évêque fit donation à ce nouveau monastère des autels de Nielles-lès- Calais de Coquelles, de Bainghem-le-Comte, Haringhes (Heuringhem ?) et de Rincq : ces dons furent confirmés en 1147 par le Pape Eugène III. Grâce à l'intervention de Milon, Robert, abbé de Corbie, céda à Saint-Augustin de Térouanne, en 1140, les
! Portrait historique de l’abbaye de Saint-Jean d'Amiens, ch. x11 (Biblioth. de Laon).
3 La charte de fondation de Gauthier Tyrela été publiée par Hugo, Annal. Præmonstr. t. n, p. 258. — Une charte de Milon datée de 1147, fait partie du cartulaire de Selincourt, conservé à la Bibl. d'Amiens.
3 Cette relique, sauvée à la Révolution et conservée longtemps au couvent des Ursulines d’Abbeville, se trouve aujourd'hui entre les mains de M. l’abbé Ridoux.
terres que cette abbaye possédait à Laires (canton de Fauquembergue), moyennant un cens annuel de dix sols, monnaie de Corbie.
M. Parenty ‘ donne les renseignements suivants sur la fondation de Licques : « Robert, seigneur de Licques, avait institué dans sa baronie de ce nom, cinq prébendes canoniales, s'était lui-même voué à l’état ecclésiastique dans cette collégiale, où il avait donné l'exemple de grandes vertus. Bauduin, son fils, lui avait succédé en qualité de prévôt. Quatre de ses fils étaient entrés dans les ordres et servaient Dieu dans cette même collégiale lorsqu'il leur témoigna l'intention defaire un pelerinage à Jérusalem. Les fils voulurent suivre le père dans cette lointaine et laborieuse pérégrination. Mais, avant leur départ, ils résolurent d'abandonner leurs prébendes en faveur de la prévôté établie sur Ja colline de Watten. Milon, qui fut consulté à cette occasion, leur persuada qu'il valait mieux honorer à perpétuité la baronie de Licques par un établissement plus important, en y fondant une communaute régie par un abbé. Un synode fut réuni à cette occasion en 1132.11 y fut décidé que, Bauduin et ses quatre fils s'étant voués au service de Dieu, il entrait dans les intérêts de l'Église de la Morinie qu'il se formât à Licques une institution particulicre, et qu'on choisit l'ordre de Prémontré. Bauduin s'occupa de la construction des édifices claustraux, et Milon désigna, pour premier abbé de cette maison, Henri, religieux de l’abbaye de
4 Op. cit., p. 30.
Saint-Martin à Loudun (lisez à Laon ‘). Le monastere de Notre-Dame de Licques, situe dans le comté de Guînes et peu éloigné du détroit du Pas-de- Calais, ne tarda pas à prospérer, et contribua à l'extension de l'institut de S. Norbert dans les îles Britanniques. »
En consacrant l’église cathédrale de Térouanne (1133), Milon fit la révision des reliques et s’apercut que le chef de $. Maxime, évêque de Riez, avait disparu. On apprit alors quil avait éte retenu à Boulogne-sur-Mer où le corps du Saint avait été déposé pendant les troubles suscités, cinquante ans auparavant, par Robert le Frison. Milon réussit à faire enlever par surprise le chef de S. Maxime et le réintégra dans son église, le 11 décembre de l’an 1134 *.
Deux abbayes de Prémontrés, établies par le B. Milon, durent leur origine au repentir de ceux qui les fondérent : nous voulons parler de Beaulieu et de Cercamps.
Eustache, surnomme le Vieux Seigneur de Fiennes, avait eu le malheur de tuer, dans un tournoi, un chevalier de la maison de Ponches en Ponthieu. Il résolut d’expier ses torts en fondant l’abbaye de Beaulieu,dont on voit encoreles ruines à Ferques,
1 Sancti Martini Laudunensis;'lit-on dans la charte de Milon, publiée dans le Gallia christ , t. x, Instr. col. 400. L'abbaye de Saint-Martin de Laon, fondée en1124, appartenait aux disciples de S. Norbert.
? MEYER, Annal. Flandriæ, 1. v. — DE Rosny, Hist. du Bou-
onnats, 11, 36.
et que Milon peuplu, en 1137,de religieux pris dans la communauté de Ruisseauville *
Hugues Camp-d’Avesnes, comte de Saint-Pol, avait mis le comble à ses méfaits en incendiant la ville de Saint-Riquier et en assassinant le curé de Beauvoir-Rivière dans sa propre église. Hugues fut excommunié par le pape Innocent II, qui consentit, quelques mois après, à lever l’anathème, à la condition que le prévaricateur repentant bâtirait une abbaye. Ce fut l'origine du monastère de Cercamps, dont la charte de fondation fut signée en 1137 par Thierry, évèque d'Amiens, et Milon, évêque des Morins. On y trouve les noms des seigneurs qui joignirent leurs liberalites aux donations de Hugues, ce qui rendit l'établissement naissant propriétaire de 12,000 arpents de terre et de 2,000 arpents de bois et de prairies *.
Guy II, comte de Ponthieu, avait donne aux Cisterciens, en 1138, un lieu nommé Bonance, près de Lavier (doyenné actuel de Nouvion). Cette méme année, Milon leur confirma la donation bien plus considérable de la terre de Mésoutre, faite par Robert d’Ailly, qui voulait ainsi expier la part qu il avait prise à l'incendie de la ville de Saint- Riquier. L'abbaye de Bonance fut transférée successivement à Balances en 1140, et à Valloires, avant l’an 1163 *.
* H. DE Rosny, Hist. du Boulonnais, n, 33.
? Gallia christ., in, Instr. col. 96.
3 Un titre de l’an 1163, faisant partie du cartulaire de Valloires (Archives du départ.) désigne ainsi Balances : T'erram cum nemore de Balantus ubi fuit vetus abbatia. Le Gallia christiana s est donc trompé en disant que les Cisterciens de Balances ne
L'abbaye de Saint-Bertin était depuis longtemps en dissension avec l'abbé de Cluny qui voulait la régir. Le pape Innocent II donna gain de cause, en 1139, à l'indépendance de Saint-Bertin, et chargea Milon de protéger l’abbaye contre tout envahissement. Ce dernier s’acquitta de cette mission avec une fermeté qui devait nécessairement froisser les Clunistes. Trompé sans doute par des rapports exagérés, l'abbé de Cluny, Pierre le Vénérable, adressa, deux ans plus tard, à l’évêque des Morins, une lettre fort irritée, dont nous extrayons les passages suivants : « Je conviens que vous vous laissez diriger par l’amour de la justice : mais si le Seigneur me faisait la même grâce, je voudrais que mon équitéfut égale pour tous, et c'est ce que je vous souhaiterais à vous-même. Des témoins fort croyables m'ont assuré que vous êtes plein de mépris pour les moines, que vous saisissez les prétextes les plus futiles pour nous critiquer, en niant le bien et en exagcrant le mal. S’agit-1l de ces faiblesses qui sont inhérentes à la nature humaine ? dés lors qu’elles proviennent d'un moine, vous les métamorphosez en monstruosités. On m'a rapporté qu’en plein synode, devant le clergé et les fidèles, vous avez ordonné des prières pour que Dieu détruisit l’orgueil des moines de Cluny. Je souhaiterais assurément que Dieu pût nous guérir, non-seulement de l’orgueil, mais aussi de tous les vices qui
s’établirent à Valloires qu’en 1296. Voyez le Rapport de M. Bouthors sur le Cartuluire de Valloires, dans le tome 11 des Mém. de la Soc. des Ant. de Picardic.
élévent une barrière entre lui et nous. Que si vous vouliez formuler une semblable prière, il ne fallait pas lui donner la forme d'une invective déclamatoire. J'avoue que nous sommes coupables d’orgueil et de bien d’autres iniquités ; mais la charité vous interdit de le proclamer ainsi. Un évêque, animé d’une sage prudence, prend une toute autre voie pour corriger les torts. Au lieu de nous avertir, vous nous diffamez; au lieu de porter un sérieux reméde à nos maux, vous nous livrez à la malignite du public ‘.»
Nous devons nous garder d'accueillir les reproches de cette lettre. S. Bernard lui-même l’a trouvée trop emportée ?. L'abbé Suger, qui était désintéressé dans la question, a loué hautement la conduite de Milon à l’égara des divisions qui compromettaient tout à [a fois l’abbaye de Saint-Bertin et l'ordre de Cluny *.
Arnould, avoué de Terouanne, bien loin de remplir ses fonctions protectrices, était devenu un odieux tyran, dont les méfaits restèrent longtemps impunis. Abrité dans un château-fort qui dominait la ville, il ne sortait de son repaire que pour dévaster les églises, piller les granges et les maisons des chanoines et commettre des meurtres jusque dans les lieux saints. Apres l'avoir en vain sommé par trois fois de venir expliquer sa conduite, Milon finit par l'excommunier. Pour mettre un terme à
4 PETRI VENERABILIS opera, lib. IV, epist. 3. ? Nimio impelu. BoLc. t. 1, jun. f' 813, ? Voyez DE LA PLANE, les Abbés de Saint-Bertin.
ces odieuses dilapidations, il invoqua le secours de Thierry d'Alsace, comte de Flandre, qui s'empara du fort d'Arnould et le fit raser jusqu'aux fondations. Dans une assemblée du clergé et de la noblesse, tenue en 1142, Thierry décida qu'à l'avenir personne ne pourrait construire de fort dans l’enceinte de la ville, et même à distance d'une lieue, sans le triple consentement de l’évêque, du chapitre et des barons. Cette interdiction, sanctionnée par toutes les notabilités de la Flandre et de la Morinie, fut successivement approuvée par les papes Célestin IT, Lucius IT et Adrien IV.
L'évêque de Térouanne et de Boulogne prit une part importante au concile que le pape Eugène III présida à Reims en 1148. Un des buts de cette assemblée était de juger les erreurs relatives au mystère de la Sainte-Trinitée, énoncées dans un ouvrage de Gilbert de la Poirée, évêque de Poitiers. Une dizaine de prélats, au nombre desquels se trouvait Milon, s'adjoignirent à S. Bernard pour rédiger un formulaire de foi qui fut soumis aux membres du concile. Ceux-ci déléguèrent Hugues, évêque d Auxerre, Milon et Suger, abbé de Saint-Denis, pour présenter au Pape ce projet de définition ‘. On les avait choisis parce qu'on leur connaissait assez de réputation, de science ct de fermeté pour résister aux cardinaux qui protégeaient Gilbert. Eugène III répondit aux trois ambassadeurs que l'Église
1 Hugo (Annal. Præm., p. 460, et Vie de S. Norbert, p. 171) commet une confusion en disant que ces trois personnages furent chargés par le Pape de dresser ce formulaire.
LE B. MILON D SELINCOURT 269
romaine n'avait point sur cette question de sentiments différents des leurs et que, si quelques cardinaux étaient sympathiques à la personnede Gilbert, ils n'en réprouvaient pas moins les doctrines qu'il avait émises. Devant cette unanimite, le novateur finit par se soumettre et permit de faire à ses ouvrages toutes les corrections que lui prescrirait le souverain Pontife. |
L évêque des Morins assista encore à un autre concile de Reims, tenu le 25 octobre 1157, pour arrèter dans nos contrées les progrès des Manichcens. On leur donnait, comme en Flandre, le nom de Piphili, Piffi, Pifres, pour flétrir le vice de gourmandise dont on les accusait. La plupart de ceux qui avaient introduit chez nous l'hérésie des Albigeois étaient des tisserands : c'est pourquoi on les surnommait aussi Texerans ‘
Nous énumérerons dans un chapitre spécial les autres actes épiscopaux de Milon, pour lesquels une stnple et rapide indication nous parait suftire.
Après vingt-sept années de laborieux épiscopat, Milon mourut le 16 juillet * de l'an 1158 *, et fut enseveli dans sa cathédrale, devant l'autel de Notre-Dame.
Le manuscrit de P. Borée, que nous avons déjà
‘ Mgr GousseT, Actes de l'Eglise de Reims, 11. 287.
? C’est l'opinion la plus commune. Ce fut le 7 juillet, selon P. Borée ; le 13 novembre, selon Aubert le Mire ; le 8 juillet ou le 15 février, selon d’autres.
3 C’est la date donnée par la Chronique de Saint-Bertin et adoptée par Arnold de Raisse, le Gatlia christiana, M. Parenty. Robert du Mont, continuateur de la Chronique de Sigebert, fixe sa mort cn 1160 ; Meyer, le Paige, P. Bcrée, en 1159.
cité, nous fait connaître l'épitaphe suivante qui fut composée en son honneur :
Mocbertus vadiante fide, Bernardus amorce Denisoi cordie Milo nitore micat.
Lergemino si sole potest resplendescere tellus Splendere illorum tempore visa fuit,
ACTES EPISCOPAUX.
Les faits que nous alions énumérer par ordre chronologique sont empruntés au Gallia christiana (t. in et X), quand ils ne sontpas suivis d'une tadication bibliographique spéciale.
1131. — Milon bénit Simon, abbé de Samt-Bertin.
— Luc, abbé de Beaurepart, à Liége, dédie à Milon son Commentaire sur le Cantique des cantiques, qui est inséré dans le tome xv de la Biblioth. Patrum (Huco, Annal. Prœm.).
1132. — Milon confirme par une charte la fondation de Saint-Vulmer de Boulogne, où il avait envoyé, l’année pré. cédente, des chanoines réguliers de la congrégation d'Arroualse.
1133. — Dédicace de l'église abbatiale de Bergues. Cinq archidiacres y assistèrent, entre autres Simon, archidiacre d'Amiens (Meyer, Annal Flandr., 1. v.)
4134.— Confirmation de toutes les possessions de Saint- Josse-sur-Mer, situées dans le diocèse de Térouanne.
— Milon assiste à Ypres, le 19 février, à une cour
lénière, où Thierry d'Alsace, avant de partir pour la Pa- Ra fit jurer la paix flamande, établie par ses ancûtres. Parmi les dispositions prises pour assurer la tranquillité publique, pendant l'absence du comte, on remarque celle- CI : |
« Quiconque troublera la paix, sera retranché de la communauté de la sainte Église.
SE
« L'homicide sera puni par le dernier supplice ; les bles sures par le talion ou la confiscation des biens.
« Que les brigands et les voleurs nocturnes soient liés en quelque lieu qu'on les trouve, par tous les gens du voisinage. Celui qui, dans la nuit, refusera de les poursuivre, payera une amende de soixante sols. » (LE GLaY, Hist. des comtes de Flandre, 1. 331.)
1155.— Souscription à une charte de Renaud IT, archevéque de Reims, en faveur de l'abbave de Selincourt.
— Donation de deux autels avec leurs dimes et privilége d'immunité au monastère de Furnes, qui était sous l'invocation de saint Nicolas de Buttenburch.
1136.— Milon envoie des religieux del'abbaye de Saint- Josse-au-Bois, au prieuré de Sery, dans le boisde Bouillancourt (Voir la Monographie de cette abbaye, par M. Darsy, dans le tome xvint des #Hém. des antiq. de Picardie).
1137. — Confirmation des libéralités faites au monastère de Furnes, par Tluerry d'Alsace, comte de Flandre.
— Gervais, abbé d'Arrouaise, est autorisé à construire uoe chapelle et un cimetière dans la ferme de Rebreuvesur-Canche, à l'usage des sœurs qui prenaient soîn des bestaux et de la culture des jardins (Gosse, ist. de l'abbaye d'Arrouaise, p. 52).
— Dans une réunion d'évèques qui se tint à Reims, Milon amène une conciliation entre Alvise, évêque d'Arras, et Hugues, abbé de Blangy-en-Ternois, qui contestaient au sujet de l'autel de Chiry.
- Sur la demande de Thierry, comte de Flandre, le pape Innocent IT nomme Milon et ses deux archidiacres tuteurs de l’abbaye de Saint-Bertin. (MEYER.)
1158. — Souscription à une charte du comte de Flandre, confirmant la translation des Prémontrés de Soleghem à Dronghesse.
— Etablissement de chanoines réguliers dans l'église de Warneton. |
— Milon, qui portait un vif intérét à l'abbaye d’Arrouaise, lui accorde l'autel d’Isbergues et lui fait donner par le prévôt et les chanoines de Saint-Umer de riches pos-
sessions situées dans les diocèses de Noyon et de Beauvais. (Gosse, 0p. cit., p. 53).
— Souscription à une charte de Thierry, délivrant.en qualité d'héritier, un legs de cent sols, monnaie de Flandre, à l'abbaye de Saint-Sauveur de Ham, près de Lilliers.
— Translation du corps de S. Winoc dans une nouvelle chàsse.
1140. — Milon assiste à une consécration partielle de l'église abbatiale de Saint-Denis, et souscrit à l'engagement pris par Suger d'affecter un revenu annuel de 200 livres à la construction du chœur.
— Conlirmation des largesses faites par le comte de Flandre à l'abbave de Notre-Dame des Dunes, qui venuit de s'agréger à l'ordre de Citeaux (Di LA PLANE, les Abbés de Clairmarais, 1, bi.
— Souscription à un a:cord entre Léon, abbé de Saint-Bertn, et Ranulfe, abbéde Saint-Sauveur de Ham.
11#1. — Donation à Sunt-Saulve de Montreuil d'une partie des dimes de Notre-Dame de Darnestal.
1142. — Conciiation d'un différend qui s'était élevé entre l'abbé de Sainte-Marie-au-Bois et l'abbé de Clairmarails.
— Milon abandonne l'autel de Gonehem à l'abbaye de Choques, qu'il avait précédemment dotée du terrain qu'elle occupait sur les bords de la Clarence. Il confirme en même temps les diverses possessions qu'elle avait acquises ou qu'elle tenait de la générosité des seigneurs de Béthune (Parexry, Lég. de lu Aorinie, p. 32).
— Confirmation des biens des chanoines de Warneton.
4 — Consécration des chapelles de Saint-André et de Saint-Jacques dans l'église de Tournai.
— Confirmation d'une transaction pour la division des alleux entre l'abbaye de Ruisseauville et celle de Clarmarais. — Autre confirmation de la donation faite à ce monastère, par Guillaume-le-Jeune, châtelain de Suint- Omer, d'un marais de 400 mesures, et aussi des libéraltés
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d'Arnould-le-Vieux, avoué de Térouanne (DE LA PLANE, op. cit., 21, 22).
1143. — Confirmation de la restitution faite à l’abbaye de Saint-Josse-sur-Mer de l'autel de Marle, que Guiffroy s'était approprié.
— Bénédiction de Gosfride, abbé d’Andres.
1144. — Avec Samson de Mauvoisin, archevéque de Reims. et Josselin, évêque de Soissons, il consacre l'église de la Chartreuse du Mont-Dieu.
— Dédicace de l'église de Dixmude. Il est à remarquer que Miloa lui donna huit vocables : le Sauveur, la Ste Vierge, S. Thomas, apôtre, S. Vincent, S. Lantbert, S. Nicolas, Ste Marie Madeleine et tous les Saints (Mever, Annal. Flandr. ad. ann. 1144).
— Le {1 juin, en présence du Roi, il assiste, avec un grand nombre d'autres prélats, à la dédicace de la basilique de Saint-Denis et consacre un des vingt autels secondaires, œlui des SS. Sixte II, Félicissime et Agapit (FÉLIBIEN,
Hist. de l’abbaye de Saint-Denis).
114%. — Milon adrerce une lettre à Samson, archevéque
de Reims, et à Thierry, évêque d'Amiens, pour mettre sous leur protection l’abbaye de Saint-Jean d'Amiens, en leur demandant de veiller à ce qu'on n'inquiète point les religieux au sujet de la donation qu'avait faite jadis entre ses mains un bourgeois d'Amiens, nommé Raoul qui ne rit point (Radulphus qui non ridet). Cette lettre est reproduite dans le manuscrit de DE Court, t. 11, p. 259.
1145. — De concert avec Bauduin d'Ardres, Milon unit les prébendes de la collégiale d'Ardres à l'abbaye de Notre- Dame de Capelle, fondée par Ste Ide, sur le territoire de la commune actuelle des Attaques (LAMBERT, Chronique de Guines et d'Ardres),
— Confirmation des donations faites à l'abbaye de Cercamps.
— Confirmation de la donation faite par Arnould, “mte de Guînes, aux Cisterciens de Clairmarais de la cense eitière de Nieurlet, de ses revenus, de ses eaux et de ses
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dépendances, avec un certain nombre de marais (DE LA PLANE, op. cit. 11, 27).
1147. — Donation à l'abbaye de Selincourt des autels de Fontaines et de Marknes.
— On trouve dans l’Amplissima collectio de Martène et Durand, une lettre adressée à Milon par le prédicateur flamand Arnoul, relative à la victoire remportée sur les Maures, à Lisbonne, par les Croisés, le 21 octobre 1147 (Le GLay, Hist. des comtes de Flandre).
1149. — Consécration des églises de Hasnon et de Vaucelles, dans le Cambrésis.
1150. — Traité avec Thierry, comte de Flandre, au sujet de droits réciproques dont l'examen fut soumis aux hommes d'église et aux barons.
— De concert avec S. Bernard, Milon introduit dans son diocèse le chant du Salve Regina (PARENTY, p. 33).
1151. — Souscription à une charte de Thierry en faveur de Saint-Bertin.
— Litige avec Thierry, au sujet de l'église d'Hesdin que ce comte avait donnée à l'Évèque et au Chapitre de Térouanne.
1153. — Ratification de la donation qu'avait faite Jean de Herly, à l'abbaye de Saint-Augustin de Térouanne, de biens situés à Saint-Philibert (MazBraxcQ, de Morinis).
— Charte en faveur du monastère des Dunes.
1154. — Milon fonde l'abbaye de Blanchelande, dans le diocèse d'Avranches et y envoie des religieux de Saint- Josse-au-Bois. (BoRÉE, op. cit.).
1154. — Milon favorise la fondation d'une abbaye de Prémontrés, faite à Maresquel par Guillaume de Saint- Omer, châtelain de Beaurain. L'insalubrité de ces parages fit transférer ce monastère, en 1158, dans un domaine de notre diocèse, nommé Grémecourt, qui prit bientôt le nom de Saint-André-au-Bois. L'auteur de cette dernière donation fut le B. Adam, abbé de Saint-Josse-au-Bois, auquel nous avons consacré un article dans notre premier volume.
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1155. — Donation de l'autel de Holthen aux chanoines de Furnes.
1157 — Délégué par le pape Adrien IV, Milon concilie un différend quis’était élevé entre Thierry,évêque d'Amiens, et Nicolas, abbé de Corbie, au sujet de l’église de cette ville, dédiée à S. Thomas.
CULTE ET MIRACLES POSTHUMES
Ferry de Locres (Maria-Augusta, c. 20) reproduit la relation d'un miracle advenu le 2 avril 1163 sur le tombeau du B. Milon de Selincourt. C'est une lettre adressée aux religieux de Saint-Josse-au-Bois par un chanoine de Térouanne, qui avait été témoin de l'événement que nous allons rapporter.
Une pauvre femme de Térouanne, devenue aveugle depuis quatre ans, mendiait son pain en se faisant guider par son jeune enfant. En 1163, dans la nuit du 2 avril, elle rèva qu’elle se trouvait dans la cathédrale ; que là, la sainte Vierge, parée de vêtements éclatants de blancheur, la conduisait au tombeau de Milon. Quand l'aveugle se fut réveillée, elle $e fit amener sur la pierre funéraire du saint évèque et s’y endormit. Dans un nouveau songe, elle vit sortir du tombeau un vénérable vieillard qui, en présence de la Vierge, qui lui était déjà apparue, lui frotta les yeux avec un linge fin et blanc. En se réveillant, l’aveugle était guérie et témoignait si vivement sa pieuse joie que les assistants la crurent folle. Quand on voulut lui faire quitter la chapelle de Notre-Dame où la messe allait être elébrée: & Pourquoi me chassez-vous, dit-elle; je suis cette pauvre femme, privée depuis si longtemps de la lumière du jour : il n'en est plus ainsi maintenant, par la trâce de Dieu et le secours de sa sainte Mère ! ». Le bruit
de ce prodige se répandit bientôt par toute la ville, et les tièles accoururent en foule au tombeau du B. Milon. Le Chapitre, après une information immédiate, fit sonner les
cloches et chanter un Te Deum. Le tombeau du B. Milon devint dès lors un lieu de pèlerinage où s'accomplirent de nombreuses guérisons.
On ne lui rendit cependant jamais de culte public. 1l est vrai qu'un ordo imprimé à Madrid en 1635 marque sa fête au 15 février sous le rite double : mais ce témoignage devient douteux devant l'observation que font les Bollandistes: Sunt plura in eo libello menda (Prætermissi du 15 février.)
Les Bollandistes ont consacré quelques lignes à Milon, dans les Prætermissi du 15 février et du 16 juillet. Les monuments de l'Église de Térouanne et les annales de l'Ordre de Prémontré lui donnent la qualification de Bienheureux et parfois même de Saint.
Son nom est inscrit dans les martyrologes de Vander- Sterre, Arn. de Raisse, du Saussay, Châtelain, etc.