ÉCRITS
M. Migne a inséré dans sa Patrologie latine trois écrits que l’on attribue à Odon:
1° Ua sermon sur la vie de S. Lucien, quæles Bollandistes avaient publié au 8 janvier. Des auteurs estimés, comme Tillemont et M. Delettre, ont constaté, dans l'œuvre attribuée à Odon, certains détails qui prouveraient qu'elle lui est bien antérieure. Ainsi, Pavie est nommée ville royale, titre qu'elle n'eut que depuis l’an 551 jusqu’en 774; Toulouse est désignée comme capitale d'Aquitaine, ce qui n'eut lieu que pendant le règne de Caribert (629-631). On pourrait peut-être, i est vrai, expliquer ces passages, en disant qu'Odon, ou si l'on veut un auteur anonyme du IX° siècle, a utilisé d'anciens documents et qu'il a laissé subsister, sans les corriger, des indications géographiques qui avaient perdu leur actualité.
- # En 880, selon l’ancienne manière de compter. * Manuscrits de MM. Borel, cités par M. Delettre
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: SUL $. UDUN, ABHÉ DE CORBIE.
2° La rédaction en neuf articles des canons du concile de Ponthion en Champagne. « Peut-être, dit D. Ceillier, n'at-on attribué ces actes à Odon qu'à cause qu'il assista à cette assemblée: » L'authenticité des actes de ce concile a été mée par Pierre de Marca (de Concord. sacerdot. et imperü) et défendue par Dom Mathoud (de vera Senonum origine Christ.). Il nous parait résulter de cette polémique que les actes en question sont bien ceux que rédigea Odon et qui furent rejetés par le concile.
3° L'acte de constitution du Chapitre de Beauvais, dont l'authenticité n’est point certaine.
Odon avait composé divers ouvrages qui ne sont point parvenus jusqu'à nous et que nous allons indiquer :
l° De Erroribus Græcorum. — Le Pape S. Nicolas avait écrit à Hincmar, comme à divers autres prélats du rite latin, pour le consulter sur les réponses qu'il fallait faire à Photius et aux grecs schismatiques qui formulaient diverses accusations contre l'enseignement et la discipline de l’Église latine. L'archevéque de Reims transmit ces demandes à Odon, en le priant de composer un traité à ce sujet !. L'évêque de Beauvais se mit à l'œuvre et adressa bientôt son travail au métropolitain. Celui-ci s’empressa d'abord de féliciter l'auteur; mais plus tard il découvrit des taches et des imperfections dans cette œuvre et il chargea Ratramne, moine de Corbie, de traiter à fond cette importante question.
Dans le Propre actuel de Beauvais, les leçons du troisième nocturne portent ce titre : Homilia S. Odonis Belvacensis episcopi. Resp. ad Græc. ce. vi. Ce sont des fragments du chapitre vin, livre 1v, du Zraité de Ratramne *. Le rédacteur du Propre a sans doute été induit en erreur par un passage du Gallia christiana qui suppose une col-
1 FT'st. it. de lu France, V, 346, 534.
? Comparez avec le texte de Ratramne, col. 335 du tome 121 de la Pulrologie de Migne.
$. UDUN. ABHÉ DE CORBIE. 3ui
laboration entre Odon et Ratramne !, et les savants béné. dictins eux-mêmes se sont peut-être laissé séduire par cet argument de Simon (Suppl. a l'Hist. de Beauvaisis, p. 71):«dJe crois que les réponses contre les Grecs, attribuées à Ratramne, sont de notre évêque et qu'elles ne peuvent être de Ratramne, d'autant que Ratramne florissait en 840 et que la lettre d'Hincmar, pour engager notre évêque à recueillir ce qu’il savait sur la matière, est de l’an 867. » La date de la mort de Ratramne ne nous est point connue et ne peut point par conséquent servir de base à l'hypothèse de Simon. Remarquons d'ailleurs que l'œuvre d'Odon n'avait qu'un seul livre ?, et que celle de Ratramne en a quatre. La première était intitulée : de Erroribus Græcorum et la seconde : Contra Græcorum opposita.
Nous croyons devoir, jusqu'à preuves contraires, nous en tenir au Jugement de Dom Rivet, de Dom Ceillier et de tous les critiques, en reconnaissant que le traité d'Odon n'est point parvenu jusqu'à nous. |
2. Simon (p. 73) ne borne point là sa générosité envers la mémoire d'Odon. Voici une autre attribution qu'il suffit de citer sans discussion : « Il y a un martyrologe sous le nom d'Adon, archevêque de Vienne, qu'on a reconnu n'être pas de lui et que l'on a voulu attribuer à Udo, archevéque de Trèves, mort en 1078, lequel n'en peut encore être l'auteur. On le peut donner à notre évéque autant qu'à aucun autre : car, outre la conformité du nom et de la doctrine qui commençait alors à être rare, notre évêque est mort à peu près en même temps que l'archevêque de Vienne, qui mourut en 874.»
3. Flodoard nous apprend qu'Odon avait composé un traité sur la célébration mystique de la solennité pascale.
&, Odon correspondit souvent avec Hincmar, Loup de
‘ Illud autem exsequutus est Odo tam per sc quam per Ratramnum. Gull. 1x, 699.
* Suas res Ansiones ad Hincmarum misit uno libellu contentas. Jbid.
Ferrières, Ratramne, les papes Nicolas I*' et Jean VIII, etc.; c'est sur sa demande que Ratramne réfuta cette singulière opinion qu'il n'existe qu'une seule âme pour tous les corps des hommes ; ce savant moine dédia son œuvre à Odon.
Parmi les lettres du pape Jean VIII, celle qui porte le n° 146, nous apprend que l'Évêque de Beauvais l'avait consulté sur la convenance de donner les ordres sacrés à quelques novices de Saint-Denis, originaires de Beauvais, qui, avant d’avoir atteint l’âge de puberté, s’étaient battus et dont l'un même avait tué son condisciple. Le pape autorise leur ordination, pourvu qu'ils aient fait pénitence de leur faute et que leur conduite depuis lors ait été irréprochable.
Au nombre des lettres d'Hincmar adressées à Odon, il faut remarquer celle où il charge ce prélat de s'entremettre auprès d'Hilmerade, évêque d'Amiens, pour l'engager à obéir aux ordres du Pape qui lui avait donné tort dans un appel interjeté à Rome par un prêtre de son diocèse ; et une autre épitre, où il le félicite de la douceur avec laquelle il avait accueilli ses reproches sur des torts qu'il avait eus. Nous apprenons aussi, par cette correspondance, qu'Odon avait sévèrement reprimandé des vassaux révoltés contre le roi et qu'il fut chargé, en 876, de rendre un jugement sur l'abbesse Ricoare qui avait usurpé le gouvernement du monastère d'Origny-Sainte-Benoiîte.
CULTE ET LITURGIE
Depuis 1854, on célèbre la fête de S. Odon le 11 février, dans le diocèse de Beauvais (rite double-majeur). Le Propre de cette église nous dit que, par une faveur spéciale, Pie IX a bien voulu que la fête de S. Odon fut étendue à tout le diocèse de Beauvais ‘. On pourrait en conclure que
‘ Cujus festum speciali Pii noni pontificis maximi gratia ct voluntate ad integram Bellovacensem diœæcesim extensum est.
le culte de S. Odon existait antérieurement sur un point
quelconque du diocèse, ou tout au moins à Corbie. L'histoire, la tradition, les martyrologes, les bréviaires et calendriers nous ont fait à cet égard une réponse complétement négative. Non seulement ce célèbre évêque n'a été nulle part l'objet d'aucun culte, mais aucun écrivain ne l’a qualifié de saint, avant 1854. Il est vrai que, de son vivant, divers papes l'ont appelé vénérable et très-saint ; mais ce sont là des formules laudatives qu'il faut bien se garder de prendre dans un sens liturgique, aussi bien que l’épithète de vir sanctus qui lui est donnée par quelques écrivains du Beauvaisis. Dom Cocquelin, le chroniqueur de Corbie, ne le range même pas dans la catégorie de ceux qui approchent de la sainteté et où il fait figurer Pierre l’Ermite et Didier, roi des Lombards.
BIBLIOGRAPHIE
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graphie.