‹ Hagiographie du diocèse d'Amiens. Tome troisièmeChapitre 51 sur 78 · P. IL · texte numérisé non relu

P. IL

322 S. PASCIASE RADBERT, ABBÉ DE CORBIE.

I. Pie de S. Adélard. Cette biographie, écrite vers l'an 830, en forme de panégyrique, est Le principal document qui nous reste sur le célèbre abbé de Corbie.

IT. L'année suivante, il composa son Traité du corps et du sang de Jésus-Christ, à la demande de l'abbé Warin, pour l'instruction des jeunes saxons qui étaient élevés à Corwey. Cette première rédaction, dédiée à Warin, fut retouchéepar . l'auteur etenvoyée, quinze ans plus tard, au roi Charles le Chauve, en guise de cadeau pascal. L'original est conservé à la Bibliothèque Vaticane. Nous en avons vu une belle copie du 1X° siècle à la bibliothèque de Laon ‘n° 114)!

C'est à l'occasion de cet ouvrage que M. Michelet a fait la découverte suivante :

a Ce fut, au IX° siècle, le panézryriste de Wala, l'abbé de Corbie, Pascase Ratbert qui, le premier, enseigna d'une

manière explicite cette merveilleuse poésie d'un Dieu “enfermé dans un pain, l'esprit dans la matière, l'infini dans l'atome. Les anciens Pères avaient entrevu cette doctrine, mais le temps n'était pas venu. Ce ne fut qu'au 1X°* siècle, à la veille des dernières épreuves de l'invasion barbare, que Dieu daigna descendre pour confirmer le genre humain dans ses extrêmes misères, et se laissa voir, tou: cher et goûter. »

Si M. Michelet avait Jeté un simple COUP d'œil sur ce traité, il aurait vu que l'auteur ne fait qu'exprimer la constante tradition de l'Église sur le dogme de la transubstantiation : Quod totus orbis credit et confitetur, dit Paschase, Il n'a point d'autre prétention que de résumer l'enseignement catholique et, par là même, il en moatre la perpétuité. Cet

1 Il est à remarquer que les moines bénéd.ctins se sont siynalés, entre tous, dans la défense du dogme eucharistique. Quel vie n’ont pas déployé à ce sujet Herigère, abbé de Lobbes ; Durand, abbé de Troarne; Alger, moine de Cluny; Hugues, évéque de Langres ; Guimond, évèque d’'Averse; Albéric, moine du Mont-Cassin; Lanfranc, archevèque de Cantorbéry ; Hildebert, archevèque de Tours ; Pierre le Vénérable, Guillaume de Saint-Thierry, ettant d'autres. Cf. Hist. littér. de Suint-Maur, pp. 111, 166, 265, etc.

$S. PASCHASE RADBERT. ABBÉ DE CORDIE. 329

ouvrage, ilest vrai, souleva de vives objections de la part de Raban, archevêque de Mavence, et de Ratramne, moine de Corbie. Mais ces disputes, loin de porter sur le fond des choses, roulaient uniquement sur la manière de les exprimer: car tous étaient d'accord sur ce point fondamental, que le corps de Jésus-Christ dans l'Eucharistie est substantiellement le même que celui que Marie conçut par l'opération de l'Esprit-Saint.

M. Henri Martin à voulu faire honneur à Paschase Radbert de l'invention d'un autre dogme. « La première apparition certaine de l’opinion de la Vicrgc Immaculée, nous dit-il , est. au IX° siècle, dans Paschase Radbert. » M. H. Martin a montré par là combien il est étranger à la science théologique : il ignore assurément le fameux texte de S. Augustin?, ainsi que les témoignages des premiers siècles chrétiens, qui ont été recueillis par Petau *, le P. Raynaud *, le P. Passaglia * et M. Aug. Nicolas®.

ITI. La Vre de Wala porte le nom d'Epitaphe d'Arsène. L'auteur, voulant méngaer les ennemis politiques de Wala, désigne tous les personnages sous des noms empruntés. Wala y est appelé Arsène; Adélard, Antoine; Louis le Pieux, Justinien ; Judith, Justine; Lothaire, Honorius ;: Louis de Bavière, Gratien; Pépin, roi d'Aquitaine, Melanius ; Bernard, duc de Septimanie, Nasus et Amisarius. Paschase a consacré le second livre de cet écrit à justifier Wala des accusations portées contre lui, relativement à la déposition de Louis le Picux et à la répudiation de l'impératrice Judith.

IV. Le Commentaire sur les évangiles de S. Mathieu, divisé en {2 livres, est le plus considérable des ouvrages

1 Jlist. de France, 111, 403.

+ Incorrupta Virgo per gratiam ab omnni integra labe peccati. Serm. XXI, 18 ps. CXVII.

3? Opus de theologicis doymatibus, v. 163.

* Diptycha Muriana.

$ De immaculato Deiparæ semper Virginisconceptu commentarius, p. 830.

6 La vierge AMaric dans le plan divin.

321 S. PASCHASE RADBERT, ABBÉ DE CORBIE.

de Paschase. Les quatre premiers livres sont dédiés à Gontland, moine de Saint-Riquier, etles suivants à tous les religieux de la mème abbaye. C'est un témoignage de reconnaissance pour l'hospitalité qu il reçut dans cette célèbre maison. Ces commentaires ne sont autre chose que les instructions que Paschase adressait aux moimes de Corbie, les dimanches et jours de fête, même avant qu'il fût abbé. On voit que l'orateur profite des explications qu'avaient données S. Hilaire, S. Augustin, S. Jérôme, S Grégoire, S. Chrysostome; mas il y Joint beaucoup de considérations qui lui appartiennent en propre et dont les exégètes modernes ont habilement profité. Cette œuvre, commencée vers l'an 842, ne fut terminée qu à Saint-Riquier, après 851. La Bibliothèque de Laon en possède un bel exemplaire du X° siècle, provenant de Notre- Dame de Laon.

L'auteur est toujours animé d'un grand amour de la vérité ; il ne craint pas de relever les erreurs qu'il rencontre dans les écrits des Pères. Ainsi, quand il entend l'un d'eux excuser le rentement de $. Pierre, il s'écrie : « Pieux défenseurs de Pierre, qui, en justifiant l'apôtre, ne s'aperçoivent pas qu'ils convainquent Notre-Seigneur de mensonge‘!

Ce sont surtout les erreurs de Füüx d'Urgel, de Claude de Turin, de Gotescale ct de Jean Scot Érigene que Pas- “hase réfute avec une grande force de dialectique.

En ligant ces Commentaires ct les autres œuvres du saint bénédictin, on se fortifie dans cette pensée qu'il ne faut pas admirer sans réserve les mœurs du IX°* siècle, pas plus que celles des autres siècles du Moyen-Age, qui nous ont l‘gué tout à la fois de grands exemples de vertus et de vices. Paschase Ridbert. nous à laissé des tableaux énergiques de la simonie, de l'avarice et de la licence qui avaient envahi le sanctuaire, à cette époque où florissaient pourtant les Adélard, les Wala, les Angilbert et les Anschaire ! |

Lib. 11. tn. Matth.

S. PASCHASE RADBERT. ABBÉ DE CORBIE. % 325

V. Le Traité de l'enfantement de la Ste Vivre est dédié à Théodrade et à ses religieuses de l'abbave de Soissons.

« De mème, dit Paschase, que le Christ est sorti du sépulcre, sans ôter la pierre, sans rompre le sceau, de mème qu'il entre dans le cénacle par la porte, nuus par la porte fermée, ainsi est-il né du sein de sa mère, » Ratramne, moine de Corbie, et quelques théologiens allemands soutemaient au contraire que Jésusétait sorti du sein de sa mère dans les conditions ordinaires de la nature, mais sans lésion de sa virginité! « Paschase et Raitramne, dit M. l'abbé Rorhbacher !, en combattant deux excès opposé:, ne se combattent pas entre eux, mais ils s'accordent merveilleusement dans la même solution et dans les mêmes termes. Fleury, qui embrouille cette solution au lieu de l'éclaireir, se trompe donc tout à fait, quand il avance que Paschase et Ratramne écrivirent en cela l'un contre l'autre. Il ajoute: « On ne voit pas que cette dispute ait eu,de suites, etileut mieux valu ne point agiter ces questions inutiles et indécentes. Mais ces savants, élevés grossièrement chez les barbares, n'avaient plus la sagesse etla discrétion des pre. miers docteurs de l'Eglise. » Cette remarque de Fleurv est aussi injuste qu'injurieuse : les discussions de Paschase et de Ratramne sont pleines de mesure et de convenance. TI y à plus : les expressions les plus hardies qui s'y rencontrent sont précisément dans les passages qu'ils citent des premiers docteurs de l'Eglise. »

C'est ce qu'aurait dû remarquer M. Ampère qui, dans son Âistoire de la littérature francaise sous Charlemagne, p. 90, renchérit encore sur les reproches de Fleury.

Ce traité a été attribué à tort, par quelques bibliographes,

S. Hildefonse. M. l'abbé Pécheur, dans ses Annales du diocèse de Soissons, a fort bien fait remarquer qu'on trouve dans cette œuvre quelques précieux renseignements sur la topographie de Soissons au I X* siècle.

VI. Il composa, vers l'an 856, un Commentare sur Le psaume Xe, divisé en trois hvres, qu'il déd'a à sa mèce

fist, de l'Église cathol., édit. Gautier. t. vi, p. 405.

326 + ‘S. PASCHASE RADBERT. ABBÉ DE CORBIE.

Emma, abbesse de Notre-Dame de Soissons !. Il y fait l'éloge de la communauté qui l'avait accueilli, pauvre enfant abandonné. Ce traité, plus allégorique que littéral, est spécialement adapté aux besoins spirituels des religieuses et exalte surtout les avantages de la solitude monastique.

Il trouve occasion, dans cet opuscule, de déplorer les entraînements de sa jeunesse et confesse ainsi ses torts à ses anciennes mères adoptives de Notre-Dame de Soissons : a Lorsque je vous contemple à la droite du Dieu trèsbon, Notre-Seisneur Jésus-Christ, environnées de gloire, je gémis d'avoir perdu, par un trop long exil dans le siècle, où je l'ai souillée par beaucoup d'actions mondaines, la couronre, qu'enfant j'avais reçue devant le saint autel de la Mère de Dieu... C’est pourquoi, ajoutait-il, blessé que je suis, lorsque vous levez vos cœurs en haut, je vous prie de vous souvenir de la grâce que la Divinité m'a déjà accordée, en votre présence, priant le très-clément juge d'écarter de moi, par l'intervention de vos mérites, les châtiments dont Je suis digne et de me rendre, dans sa bonté, la couronne que j'ai perdue. »

VII. Vers l'an 86%, Paschase écrivit une lettre à Frudegard, moine de la nouvelle Corbie, en réponse à ses questions sur quelques difficultés relatives au dogme eucharistique. Il s'attache surtout à expliquer un passage einprunté au livre de la Doctrine chrétienne, de S. Augustin. et rappelle que l'exposition qu'il a faite dans son traité de Corpore est la croyance de l'Eglise, dans tous les temps et dans tous les lieux.

VIII. Le Zraité sur les lamentations de Jérémie, divisé en cinq livres et dédié à un vieillard nommé Odilman Sévère, est postérieur à l'an 857, Paschase ne connaissait point les commentaires qu'avalent composés Raban Maur et d'autres pères latins sur cette partie de la Bible. Il explique le texte dans le sens littéral et moral, mais principalement dans le sens spirituel et mystique. C’est surtout pour faire

t Et non pas à Theéodrade, comme le dit H. Ménard. Emima était la fille de Théodrade.

S. PASCHASE RADBERT. ABBÉ DE CORBIE. 327

naître en lui des sentiments de componction qu'ilentreprit ce commentaire.

On trouve dans ce traité un curieux passage sur l'invasion des Normands à Paris, en 836.

IX. Le 7raité de la Foi, de l'Espérance et de la Charité, fut composé sur la demande de Warin, abbé de la nouvelle Corbie, pour l'instruction de ses jeunes religieux. Il est précédé d'un acrostiche en vers héroïques avec le nom de Radbertus levita. L'auteur définit les vertus théologales, en montre l'objet et les fruits, et enseigne les moyens de les faire fleurir dans les âmes,

X. Les habitants de Bazoches, daus le Soissonnuis, ne possédaient que des Actes mal rédigés du martyre de S. Rufin et de S. Valère qui souffrirent dans cette contrée, Ils prièrent Paschase, abbé de Corbie, alors qu'il se trouvait à Bazoches, de réviser cette œuvre, en en modifiant le style, mais sans rien changer au fond ni à l'ordre des matières. Paschase se rendit aux vœux des habitants de Bazoches, en disant « que les Vies des saints ne nous doivent pas être moins précieuses que leurs reliques ; que si l'on enveloppe leurs ossements sacrés dans de riches étoffes, on doit également leur rendre honneur en racontant leurs actions dans un style qui ne soit ni trop négligé, ni trop recherché. »

On doit encore à Paschase Radbert quelques poésies, des dédicaces et une oraison pour la communion.

On a attribué jadis à notre Saint une Vie de S. Riquier. un poème sur le jugement dernier, une Vie des saints traduite du grec, une Histoire des souverains Pontifes, cte., mais la critique moderne a restitué chacune de ces œuvres à leur véritable auteur.

Une partie des œuvres de Paschase a été insérée dans la Bibliothèque des Pères. Sirmond en a publié une édition en 1618. La plus complète est celle de l’abbé Migne (tome 120 de sa Patrologie).

Les nombreux écrits dus à la plume de Radbert témoignent d'une vaste érudition et d'un goût judicieux. Nourri

398 S. PASCHASE RADBERT. ABBÉ DE CORBIE. :

de l'Ecriture et des Pères !, il nous offre partout la plus pure substance de la doctrine catholique. On ne rencontre point chez lui comme daus d'autres écrivains de son époque. des conjectures hasardées ni des opinions singulières. Tout en traitant des sujets dogmatiques, Paschase reste préoccupé des conséquences qu'il faut en tirer pour la conduite de la vie chrétienne et ne néglige aucune occasion d’aborder les questions de pratique et de morale, On peut lui reprocher la diffusion de sou style, inais on ne sauraiten méconnaître la naïve élégance, ni l'onction de son mysticisme, nt la solidité de ses raisonnements.

RELIQUES

Nous avons vu que S. Paschuse Radbert, par un sentiment d'hurnilité qui résume toutes les vertus de sa vie, avait ordonné queses dépouilles mortelles fussent déposées, non pas dans l'église Saint-Pierre de Corbie, à côté de ses prédécesseurs, mais dans l'église Saint-Jean, lieu de sépulture des pauvres ct des serviteurs de l'abbaye. Deux siècles ne s'étalent point écoulés que des guérisons miraculeuses vinrent illustrer ce tombeau. Le bruit de ces prod'ges arriva jusqu'aux orcilles du Pape qui chargea Guy, évêque d Amiens, de procéder à l'élévation du corps et de le déposer à l'église Saint Pierre. dans une chässe quiattirerait la vénération des fidèles. |

Tous les auteurs qui ont fait mention de cette translation.

1 S. Ambroise était l’auteur fuvori de Paschase Radhert. Dans un exemplaire des commentaires de ce Père de l’Église sur S. Luc, ms. latin, n° 201, fonds Saint-Germain de la bibliothèque Richelieu, on voit la signature de Radbert écrite enlettres capitales. Mabillon l'a fait graver dans son Lere diplomaltice, p 367 (L. DEuISLE. Recherches sur l'ancienne bibl. de Corbie).

La

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équivalant à une canonisation, sont unanimes à la fixer au 42 juillet ; mais ils sont loin d'être d'accord sur l’année où elle s'est accomplie. Les Bollandistes (t. nt, april., p. 462; n'en précisent pas la date, mais ils la rejettent après 1058, par là mème qu'ils disent que cette cérémonie eut lieu sous l'évêque Guy qui, selon eux, aurait siégé de 1059 à

Ce fut en 1073, d'après Mabillon, D Grenier, D, Rivet, Baillet et Godescard; en 1070, selon Dom Cocquelin et les manuscrits de Caulaincourt, de Nerlande et de De Court : en 1065, d'après l'Æistoire du trésor de Corbie ; en 1060, selon le Martyrologe gallican ; en 1858, d'après le Gallia christiana suivi par le P. Daire et de Sachy. J'avoue que sans la découverte récente d'une plaque commémorative de cette translation, je me serais trouvé assez embarrassé pour assigner une date à cet événement. D'un côté. tout en me disant que le Gallia christiana pèche souvent dans la chronologie des détails, je me serais senti attiré par son indication, parce qu’elle mentionne l'existence d'une plaque de plomb trouvée le 3 septembre 1710 dans la châsse de S. Radbert et précisant le 4 des ides de juillet, comme date de son élévation. D'un autre côté. je me serais dit qu'on doit avoir une confiance toute particulière dans des chroniqueurs spéciaux comme D. Caulaincourt et Dom Cocquelin, tous deux moines de Corbie, et devant par conséquent attacher une importance particulière à un événement dont leur abbaye célébra longtemps, chaque année, la commémoration. Une découverte du curé-doven de Corbie est venue à temps lever tous mes doutes.

Au moment où éclata la révolution, M. Leulier, curé de Saunt-Albin de Corbie, fit transporter à son presbytère les nombreuses reliques de l'abbaye pour les soustraire aux profanations. Il se retira plus tard à l'hospice de Corbie et y transporta dans treize sachets les corps de S. Gentien, de S. Précord, de Ste Laurienne, de Ste Agrippine, les chefs de S. Adélard et de S. Valentin, des ossements de S. Paschase Radbert, de S. Brice et d'autres Bienheureux. Ce précieux dépôt demeura dans cet asile provisoire jus-

à fo ANTON

330 S. PASCHASE RADBERT. ABBË DE CORBIE.

qu'en 1820, époque où en eut lieu la récognition et où on le transporta solennellement à l'église paroissiale de Saint-Pierre de Corbie,

On oublia alors à l'hospice une plaque de plomb avec inscription, à laquelle sans doute on attachait peu d'impor. tance. Cette plaque a été retrouvée, en 1864, par M. l'abbé Douillet, curé-doyen de Corbie, qui voulut bien me la communiquer. Je mesuis empressé dela faire graver et de la publier dans le Bulletin de la Société des antiquaires de Picardie, non-seulement parce qu'elle précise la date de la translation de S. Paschase Radbert, date qui pouvait être contestée, en raison des variantes que nous offrent à ce sujet les annalistes bénédictins et nos historiens locaux, mais aussi parce que l'enchevétrement des lettres et des abréviations en font un curieux monument de l'épigraphie du XIe siècle,

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Gette plaque, pesañt 618 grammes, a 0,111" de haut sur U,219% de large et 0,002" d'épaisseur. L'inscription dont nous reproduisons ici le fac simile a été répétée derrière à une époque plus récente, mais d'une façon presque illisible.

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S. PASCHASE RADBERT. ABRÉ DE CORBIE. 33!

Nous lisons ainsi ces neuf lignes :

Anno ab incarnacione Dani /Domini) MLVIII, translatum est corpus sci fsancti) Radberti, [LIT ed/us) julii, regnante in Galliis rege Henrico. Hujus translacionis auctor fuit Wido presul Ambiancensium, primo ordinacionis sue anno; procurator et minister Corbciensium, Fulco abb/as). Iste est Ratbertus Pascasius, discipulus et successor sci /sancti) Adalhardi qui de Sacramentis dominici corporis libelum edidit mirificum.

Lu lecture que nous proposons ne pourrait être contestee que dans quelques menus détails. À la seconde ligne, on pourrait supposer que la lettre r de Rarserrt a un double jambage, comune l'a de Garuis, et que l'abréviation de Saxcri ne se compose que des deux lettres sc : mais nous aimons mieux y voirun 1 réuni à l’r de RarBerri, d'autant plus que nous trouvons un 1 dans une autre abréviation du SaxcTi, à l'avant-dernière ligne.

Au commencement de la troisième ligne, nous lisons ED pour ripus et non pas Ib fus). Il est vrai que l'E est assez mal formé; mais en lisant 1p jus), on ne pourrait expliquer la barre du D qu'en la prenant pour le sigle de vs : or, nous pensons qu'on ne la rencontre nulle part avec cette signification ; c'est en vain que nous l'avons cherchée dans le Dictionnaire des abréviations de M. Alph. Chassant et dans les ouvrages analogues de Paléographie.

On remarquera à la troisième ligne que le T du mot Esr se trouve uni à la prenuère lettre de RargerTus. C'est un genre de licence que le graveur avait déjà pris trois lignes plus haut, en joignant le r final de Furr à la lettre initiale de Wipo.

Ainsi donc, d'après cette inscription, ce fut le 4 des ides de juillet de l'an 1058 que fut transféré le corps de S. Paschase Radbert, sous le règne de Henri 1°, par les soins de Guy ou Wido, évêque d'Amiens, qui avait pris possession de son siége cette même année, alors que Foulques, abbé de Corbie, était procureur et ministre de ce monastère. Comme la gloire de Radbert consiste surtout dans le traité

3? S. PASCHASE RADBERT. ABBÉ DE CORBIE.

qu'il écrivit sur l'Eucharistie. linseripuon rappelle le titre ‘de cet ouvrage qu'elle qualifie d'admèrqble

L'inscription que nous venons de reproduire, et qui se trouve aujourd'hut adaptée à li nouvelle châsse de Paschase Radbert, n'a pas seulement un sérieux mtérêt archéologique en raison de sa date, du fait qu'elle constate et de ses bizarreries épigraphiquess elle évcille aussi de nobles souvenirs historiques, en nous offrant réunis les noms d'un rot de France, d'un saint qui a été un des premiers écrivains de son siècle, d'un évêque d'Anuens et d'un abbé de Corbie, qui furent lougtemps séparés par leurs dissentiments, mais qui setrouvérent toujours unis dans leur obéissance au Saint-Siége, dans leur zèle pour la gloire de l'Eglise et dans la pratique de toutes les vertus chréuennes !,

On fit le 3 septembre 1710, à Corbie ,une seconde translation des reliques de S. Paschase, qui sont encore aujourd'hui vénérées à l'égis: paroissiale de Sunt-Pierre de Corbie.

Où conserve aux Carmélites d'Amiens uu os du pied de S. Paschase ; à l'abhave de Solesme (Sarthe). un os du bras, donné en 1867 à Dom Guéranger par M. le doyen de Corbie.

CULTE ET LITURGIE

Le nom de S. Paschase Radbert est inscrit, au 26 avril, dans les martyrologes de Corbie, d'Amiens, de France, dans ceux de Névelon et de Bucelin: il est invoqué dans les anciennes litanies de Corbie.

On faisait sa fête à Corbie sous le rite double de

‘ Sur les divers j:ersonnuges mentionnés dans cette plaque, voir ina Notice sur une inscription du XIe siècle, provenant de l’ablarye de Corbie.

S. PASCHASE RADBERT, ABBÉ DE CORBIE. 333

deuxième classe, et on y célébrait,le 12 juillet, la translation de ses reliques /Ordo de Corbie, 1383). — Simple mémoire au 26 avril, dans nos bréviares de 1746 et 1840. Rien dans le bréviure actuel.

Une des chapelles de l'église Saint-Jean, de Corbie, était dédiée à Paschase Radbert.

ICONOGRAPHIE

S. Paschase est représenté avec une monstrance qui fait allusion à son traité du Saint-Sacrement. Baillet nous dit que 4 on le dépeint la tête couronnée de rayons ». Nous ne trouvons à signaler dans notre diocèse qu'une statue moderne à Saint-Pierre de Corbie et uu vitrail à Villers-Bretonneux.

M. Danse, dans une lettre datée de 1758 et publiée dans le tome 1x des Mémoires de la Société des Antiquaires de Picardie, décrit ainsi le cénotaphe de S.Paschase Radbert : « Il y a plusieurs paroisses à Corbie. Dans celle de Saint : Jean a été enterré Paschase Radbert au milieu du chœur. Quand où a levé son corps, ou plutôt depuis, on a changé la direction de la pierre noire qui couvrait son cercueil ; elle est chargée d'une croix en bosse. Au-dessus de ce tombeau est posée, sur quatre soutiens, une pierre sur laquelle est représenté en relief le saint Abbé ; mais le monument ne m'a paru que du siècle dernier : encore en estil peu digne par sa forme et sa structure, »

BIBLIOGRAPHIE

Le poème qu Engelmode, évêque de Soissons, composa du vivant de Paschase à la louange du célèbre bénédictin, a été puolié par Sirmond en tête des œuvres de S. Paschase, par Pierre de la Lande,dans les Supplementa concilorum Galliæ,et par M. Migne, dans le torne 120 de sa Patrologie latine.

3314 S. PASCHASE RADBERT, ABBÉ DE CORBIE.

A l'occasion de la translation des reliques de S. Paschase, faite en 1058, un moine anonvme de Corbie, peut-être S. Géraud, composa une très-courte vie de S. Paschase, qui est insérée au tome VI des Actes Bénédictins {p. 567). On trouve dans le même volume (p. 122) un éloge historique rédigé par Mabillon et dont les principaux traits sont empruntés aux œuvres du saint bénédictin. Henschénius, au 26 avril, a réédité une vie assez fautive,empruntée au martyrologe de Hugues Ménard et à la biographie que Suwmond à placée en tête de son édition des œuvres de Paschase. Il y a joint un savant commentaire historique (t. ur april, p. 462.)

Outre ces documents et les écrits déjà cités de AuPÈRE, BuLTEAU, L. Deisce, FLonoarp, Loup Dr FERRIÈRES, RonHBacHER, etc., nous avons consulté :

Maxusciirs : — Coliection de Vies de Saints, n° 12607, de la Bibliothèque nationale {(XIT° siècle). — Anciens Leetionnaires de l'abbaye de Corbie et spécialement le n° 15? (XVe siècle. — Cauzaixcourr, S. Petri de Corbeia fundatio, p. 89. — NenLaNDe, Dissert. sur S. Honoré, dernier chapitre. — Collection de D. Grenier, t. 47, 1° 170; t. 125, f 203; t. 94, f° 179. |

IMPRIMÉS : — Gallia christiana, x. 1269. — MaBiLLox, Annal,, 1, 652; 111, 133 1v, 493. — Banonxius, Annal. ann. 771,n.3; ann. 807, n. 7; ann. 822, n.5. — Leai- PONT. Hist. lité, bened., 111, 77.—Propriun eccles. Corbeiensis, 26 april. — Paschasn Rabgerri Opera, édit. de Sirmoud et de Migne. — Buceuix, Menol, benedict. — S. GE- RAUDUS, Vita S. Adhalardi, prolog. — Lagur, de Script. eccles., 11, 155.—D. Cocquezix, Hist. regal. abbat. S. Petri. — (GoussET, Actes de la province ecclés. de Reims, 1, 202. — D. Cerznier, Hist. des auteurs sacrés, x1x, 87. — Hist. litt. de la France, 1v, 209 ; v, 287: x, 28.—TLeury, Hist, eccl., édit. Didier, t in, 289, 325, 348, 3735. — L'abbé PécuEuRr, Annales de l'Eglise de Soissons, 1, 317. — M. Bar rHÉLEMY, Annales hagiol., x, 466 ; — les Petits Bollandistes, 1V. 464.

S' PUSINE ET S“ LINDRUE

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