‹ Hagiographie du diocèse d'Amiens. Tome troisièmeChapitre 50 sur 78 · PASCHASE RADBERT, ABBÉ DE CORDBIE · texte numérisé non relu

PASCHASE RADBERT, ABBÉ DE CORDBIE

l'autel de Notre-Dame, à un îge où il ne comprenait pas encore la portée de ses engagements.

Il ne réalisa point d’abord les espérances qu'on avait conçues de sa vertu et, quittant le pieux asile qui avait abrité son enfance, il se jeta dans les dissipations d’une vie toute mondaiïne, où son exterieur agréable lui ménageait de regrettables succès. Désabusé bientôt de ses illusions, il se réfugia, vers l’âge de 22 ans, à l’abbaye de Corbie, sous la conduite de S. Adélard qui devait lui porter un intérèt tout particulier, puisque c'était sa sœur Théodrade, abbesse de Notre-Dame de Soissons, qui avait protégé l'enfance et la Jeunesse de l'orphelin.

Le jeune religieux fit des progrès si rapides dans les sciences et dans la perfection monastique qu'il fut bientôt chargé d'enseigner aux autres ce qu’il savait si bien lui-même. Il ne se bornaiït point à l'étude de l'Ecriture et des Pères, comme beaucoup de ses contemporains; il était également versé dans la connaissance de l’hébreu, du grec, de l'histoire, de l'antiquité profane, et avait spécialement étudié les œuvres de Térence et de Cicéron. C'est une gloire pour lui que d’avoir encore augmenté la célébrité de l’école de Corbie et d'avoir formé à la science et à la vertu des hommes qui devaient un jour rendre de si éminents services à l’Église, tels . que le B. Adélard le Jeune qui gouverna la communauté pendant l'absence de S. Adélard ; S. Ansschaire qui porta le flambeau de la foi dans les contrées du Nord; Hildeman et Odon qui se succédérent sur le siége épiscopal de Beauvais; Warin qui

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devint abbé de la Nouvelle-Corbie et perpétua en Saxe les traditions de l’abbaye picarde.

Paschase était chargé d'expliquer, chaque dimanche après la messe, l'évangile du jour. Il consacrait ses heures de loisir à la composition des ouvrages qui devaient illustrer son nom. Mais ces nombreux travaux ne lui faisaient point négliger les devoirs monastiques et personne n'était plus assidu que lui à la célébration des offices.

En 822, il accompagna Adélard et Wala dans leur voyage en Saxe et prit part aux négociations relatives à la fondation monastique de Corwey.

Quatre ans plus tard, après la mort d’'Adélard, il fut député par la communauté de Corbie auprès de Louis le Débonnaire pour lui faire agréer l'élection de Wala. Un des seigneurs de la cour lui ayant demandé pourquoi on avait choisi un homme aussi sévère pour abbé, il répondit qu'il valait mieux avoir pour guide celui qui marche toujoursenavant, que celui qui suit par derrière.

En 830, nous le voyons assister à l’Assemblée où Pépin, roi d'Aquitaine, et Louis le Germanique résolurent la ruine de Bernard, comte de Barcelone, favori de l'empereur.

Louis le Débonnaire lui confia une mission en Saxe, en 831, probablement à l’occasion des prédications de $. Anschaire. C’est en revenant de cette ambassade et près d'arriver à Cologne qu'il apprit l'exil de Wala. Ilétait alors à table, dans un monastère, avec beaucoup d’autres religieux. L'un d'eux, en faisant Ia lecture accoutumée de l'Écriture sainte, arriva au chapitre xix d’Isaïe, prédisant les

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dissensions intestines qui devaient déchirer l'Égypte. Paschase fit intérieurement l'application de cette prophétie aux malheurs de la France et répandit des larmes abondantes.

.. Bien que tendrement uni à Wala, son abbé, Radbert ne fut point enveloppé dans sa disgrâce politique. Loin de 14, l’empereur lui donna une nouvelle preuve de sa faveur, en l’envoyant ouvrir de secrètes négociations auprès de Wala, exilé sur les bords du lac de Genève.

En 834, il accompagna Wala, revenu à Corbie en qualité de simple religieux, que Grégoire IV, alors en France, avait mandé, pour le consulter sur les moyens de réconcilier Louis le Débonnaire avec ses enfants révoltés.

L'année suivante, il avait la douleur de perdre Wala, dont la dernière pensée, à Pavie, fut pour Jui : il lui fit dire, par un religieux, de pratiquer toutes les perfections qui se révéleraient à son esprit, pour que ses œuvres fussent dignes de ses pensées.

Ce fut en 844 que Paschase Radbert succéda, en qualité d'abbé de Corbie, à [saac, dont il était le coadjuteur. n'était que diacre et ne voulut jamais, par excès d’humilité, franchir le seuil du sacerdoce. Il égala ses prédécesseurs par la sainteté de sa vie et les surpassa en éloquence et en érudition. On admirait en lui une douceur que relevait encore la suavité de ses traits, une égalité de caractère que rien ne pouvait troubler, une prudence réfléchie qui le guidait dans toutes ses entreprises, un discernement des esprits qui le rendait un guide éprouvé

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JIS . PASCHASE RADBERI, ABBÉ LE CORBIE.

pour toutes les vocations. L'humilite animait tellement ses pensées qu'il se proclamuit le dernier des lévites et la balayure des moines”.

Ceux qui connaissaient la réalité de ses mérites trouvaient dans cette modestieun motif de plus pour l’admirer. Parmi les personnages qui témoignèrent surtout leur estime pour l'habile négociateur et le savant écrivain, nous nous bornerons à citer Adélard, Wala, Loup,abbé de Ferrières, Louis le Débonnaire, Charles le Chauve et Engelmode, évêque de Soissons, qui, de son vivant, célébra les vertus et les talents de Radbert dans des vers souvent obscurs, où nous avons puisé une partie des renseignements que nous venons de grouper.

Ajoutons qu Hincmar, archevêque de Reims, avait une si grande confiance dans l'influence de l'abbé de Corbie, qu'il lui écrivit au sujet d’un prêtre du diocèse d'Amiens qui avait fait appel, contre son évêque, auprès du pape Adrien. Il le chargea de déterminer l’évêque Hilmerade à obéir aux ordres du Saint-Siège et à traiter avec une prudente circonspection les écrits que ce prêtre avait rapportés de Rome *.

Le 14 fevrier 847, Paschase Radbert assista au concile de Paris, réuni à l'occasion d'Ebbon, que Lothaire voulait faire remontersur le sicge de Reims. Il produisit les chartes de Louis le Débonnaire et de Lothaire, son fils, qui octroyaient au monastére de Corbie la liberté d'élire ses abbés et d'adminis-

t [1 signe parfois Monachorum omnium peripsema, levitarum que ultimuin Feopoanp, lib. 111, cap. 923.

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trer ses biens, ainsi que les lettres d'immunité et de protection accordées par le roi Charles le Chauve. Ces divers privilèges furent confirmés par l'autorité ecclésiastique et revêtus des souscriptions des vingt évêques et des quatre abbes qui faisaient partie de cette assemblée. Ces prélats rendirent, à cette occasion, un éclatant hommage à la régularité qui florissait à l'abbaye de Corbie, depuis sa fondation, et à la réputation méritée qui y attirait de si nombreux disciples, distingués la plupart par l’éclat de leur naissance et l'étendue de leur savoir.

Charles Ie Chauve, en 849, réunit un Concile à Quierzy-sur-Oise où assistérent Ragenaire, évêque d'Amiens, et Radbert, abbé de Corbie. C'est là que fut condamne, pour la seconde fois, Gottescalc qui professait la doctrine fataliste de l1 prédestination, en sacrifiant la liberté de l’homme à la prescience de Dieu. Le novateur fut dégradé de ses fonctions sacerdotales et emprisonné au monastère d'Hautvillers.

Deux ans plus tard, Paschase, apres sept années de dévouement dans l'administration de son xbbaye, se démit de ses fonctions et se retira à Saint-Riquier. Il parle plusieurs fois, dansses écrits, de cet exil à peu près forcé, mais sans en indiquer la cause, etsemble avoir complétement oublié les outrages qui motivèrent son départ, pour ne songer qu’à l'affectueuse hospitalité que lui offrit le monastère de Centule. Les troubles qui agitèrent alors Corbie furentils amenés par les discussions qui s'élevèrent entre Paschase et Ratramne, l’un de ses religieux, sur la yaleur de certaines expressions relatives au mystère

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de l'Eucharistie ou sur la doctrine de la prédestina tion ? Furent-ils fomentés par la présence de Charles, fils de Pépin, roi d'Aquitaine? cela est possible, mais il est plus probable que cette espèce de révolte fut surtout excitée par une minorité turbulente qui supportait avec aigreur les reproches que lui attirait son relâchement. Deux lettres de Loup, abbé de Ferrières ‘, nous semblent Jeter quelque jour sur ce départ forcé. Elles nous apprennent qu'un moine déréglé nommé Yves, chassé de l’abbaye, avait obtenu sa réintégration en s'adressant directement à Charles le Chauve, auprès duquel il fit valoir sa parenté avec un des premiers officiers de la couronne. Il est présumable que ce fut ce religieux qui tint en brèche l'autorité de son abbé et qui créa ce parti de rebelles dont Loup de Ferrières parle dans une autre de ses épiîtres.

Les religieux, restés fidèles à l'obéissance, ta- £hèrent des’opposer au dessein de Paschase, mais ne purent qu'eu retarder l'accomplissement. Le saint abbé sacrifia sa personnalité pour calmer l'orage ; il autorisa la communauté à lui donner un successeur et se retira chez les Bénédictins de Saint-Riquier. Là, il reprit avec plus d’ardeur les travaux qu'avaient interrompus les soucis de l'administration et, pour nous servir de ses propres expressions, « il se jet: dans les bras de la philosophie et dela sagesse chrétienne, pour qu'elles le nourrissent du lait de l'Écriture sainte, à l'automne comme au printemps de sa vie. » |

: Epist. 56 et 57.

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Quand la paix fut complétement rétablie à Corbie, on y rappela Paschase. Il ne crut point devoir se refuser aux désirs de la communauté ; mais il v vécut désormais en simple religieux, uniquement occupé de la composition des œuvres d'histoire et de théologie qui l'ont placé, à côté de Loup de Ferrières, au premier rang des écrivains de son siècle.

Sentant les approches de la mort, il réunit ses frères, les supplia de l'oublier et de ne point écrire le récit de sa vie. Cette recommandation, trop fidèlement respectée, nous a privés de détails circonstanciés sur la biographie de cet illustre enfant de S. Benoît. Ilavaitémis en même temps le vœu de ne point être inhumé dans l’église Saint-Pierre, mais dans celle de Saint-Jean, réservée aux pauvres et aux serviteurs de l'abbaye.

Paschase, après avoir ainsi mis Le dernier sceau a son humilité, rendit son âme à Dieu le 26 avril 865 ', le Jour de la fête de S. Riquier pour qui il «vait une dévotion spéciale, surtout depuis son séjour au monastère de (‘'entule.

ÉCRITS DE S, PASCHASE RADBERT.

Avant de parler des restes inortels de S. Paschase, nous devons dire quelques mots des reliques de son génie. Les ouvrages qui nous restent du saint bénédictin sont au nombre de dix, :

‘ Cette date est inscrite au Nécrologe de Névelon. Il faut donc rejeter celle de 851, donnée par Caulaincourt; celle de 860, par Cocquelin, et celle de 863. indiquée par l’ILixtoire du trésor de Corbie. .

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