MIRACLES POSTHUMES
Raimbert, chanoine de la collégiale de Saint-Quentin, qui vivait au commencement du XII° siècle, nous a laissé un livre détaillé des principaux miracles advenus après la mort du Martyr. Nous allons traduire sommairement ses récits.
Un voleur s'était emparé, dans la ville de Saint-Quentin,
du cheval d'un prêtre. Sur la dénonciation du propriétaire, le larron fut arrété et coidamaé à la hart. Le prètre, touché de compassion, sollicita vainement la miséricorde du juge et alla. sur le tombeau de S, Q 1entin. supplier le Martyr de ravir à la mortce pauvre condamné. pour dégager la responsabilité qu'il s'uttribuait. Ses vœux devuient être exaucés. Lu corde qui suspendait en l'uir le coupable vint à se rompre, et le juge ratifia la clémence du ciel. Ce fait, mentionné dans le livre que S. Gré-
gore de Tours à consacré à lu Gloire des Martyrs. (lib 1,
est par conséquent antérieur à l'invention desreliques faite
par S. Eloi eu 6H.
. Du temps de l'abbé Lagbard, un nommé Guntlague,
d'un caractère cruel et emporté. était préposé aux travaux
de construction qu'on faisait dans l'intérieur dela collégiale.
Un de ses ouvriers nomne Rémantien n'ayant pas obéi assez vite à ses ordres,il le condamna à être fustigé. Celui-
cl, avant réussi a S éclhipper, courut jusqu'au portail de la basilique de S. Quentin et réciarma l'assistance du puissant
Patron Son maitre inpitoyable l'y rejoignit bientôt en s'é-
criant: «Nous verrons sice Queatin pourra L'arracher de mes mains ette soustraire au châtiment du fouet ! » Peu d'heur-s
après,alors qu'il mspectait les travaux sur le faite des constructions le pied lui mainqua,et sa chûte entrañna su mort,
sans quil eût le temps de demander pardon au glorieux
Martvr quil avait insulté.
Un habitant d'Augusta, nommé Winléric, fier de sa noblesse et de sa fortune, scandulisait la cité par son orgueil et le débordement de ses mœurs. S. Quentin qui l'avait en vain admonesté dans plusieurs songes. finit par le battre de verges et lui enjoignit d'aller raconter son châtineat aux fidèles réunis près de son tombeau. Winléric ne put se soustral e à cette humiliation, et bientôt, touché de la grâce, il donna des gages sincères de sa conversion, en eurichissant de ses offrandes la basilique de celui qui l'avait si effitacement châtié.
Dans un procès relatif à la forêt de Noroy ‘, un nommé
1 Canton de Villers Cotterets.
Bernin fit un faux témoignage qui devait être préjudiciable à l'église de S. Quentin. Ce bienheureux Martyr lui apparut en songe et lui reprocha son parjure, en lui pinçant le nez, Le lendemain matin, Bernin. tout en faisant ses ablutions, racontait son rêve à sa femme ; arrivé à l'endroit de son récit relatif au geste familier dont S. Quentin avait usé à son égard, il vit son nez tomber dans la cuvette. Ainsi dévisagé, il se garda bien de se rendre à l'audience du préto.re où il était mandé, croyant plus pressant de se faire fabriquer un nez postiche en or qu'il s'adupta avec des chainettes. Mais S. Queutin lui apparut de nouveau et lui défendit de remettre cet appareil, pour que sa difformité restâtun visible témoignage du faux serment dont il s'était rendu coupable. Le légendaire, qu'on nous permettra bien de ne pas croire en tous points, ajoute que ce nez d'or fut longtemps conservé dans le trésor de l'église.
Sous le règne de Pépin le Bref, un personnage, nommé Ebruin, se rendit, sur les conseils du roi, auprès de Jérôme, comte-abbé de Sunt-Quentin, dans l'espoir que ses médecins pourraieat le guérir des infirmités dont il était atteint. L'abbé lui assigna pour demeure la maison d'un prêtre récemment décédé, où demeurait un pauvre boiteux, nommé Wiacelin, qui gignait sa vie en creusant de petits vases de bois avec un instrument en fer. Le domestique d Ebruin lui vola cet outil et l'emporta chez lui, au delà du Rh n. S. Quentin lui ordonna d'avouer à son muitre le vol qu'il avait commis et de restituer l'instrument. Le serviteur n'en fit rien, malgré une seconde apparition. Le bienheureux Martyr se révéla à lui une troisième fois, et lui annonça qu'en punition de sonendurcissement, il allait perdre la vue. Devenu en effet aveugle, le serviteur infidèle obéit enfin à l'ordre qui lut avait été donné. C'est en souvenir de cet événement qu'on suspendit à l'autel du Saint un instrumen! pureil à celui qui avait été restitué.
Une tour qui flanquait l'église de Saint-Quentin contenait, à son premier étage, uu autel dédié à l'archange S. Michel. Un voleur, y ayant pénétré, s'emaara des boules dor et d'argent qui décoraient cet autel et, les cachant
sous ses vêtements, se rendit au logis du prêtre Fredebert. Là, il fut saisi de douleurs atroces : ces objets volés brulaient comme un fer chaud les endroits du corps qu'ils avoisinaient. Le larron sacrilége, vaincu par la souffrance, avoua son crime en expirant.
Fulrade, abbé de Saint-Quentin, trop oublieux des intérêts de sa communauté,avait donné à l’un de ses officiers laïques la terre de Villers-Faucon qui, d'après l'intention de son donateur, devait servir à défrayer pendant ua mois la mense capitulaire. La réduction des pitances fit bientôt murmurer les frères, auxquels S. Quentin vint en aide. Il apparut tout resplendissant de lumière à un pauvre laboureur de Pontru !‘, nommé Amalwin, lui ordonna d'aller trouver lulrade et de l'engager de sa part à restituer aux chanoines le bien dont il avait avait fait une si regrettable libéralité. Amalwin devait lut enjoindre de placer une croix de bois sur la porte de Viilers-Faucon pour défendre à l'imtrus d’en franchir désormais le seuil et pour en assurer au Chapitre la libre et perpétuelle possession. Malgré une seconde apparition, le pauvre laboureur n'osait remplir une telle mission auprès d'un personnage aussi imposant que Fulrade. Pour se tirer d'embarras, il s'en fut raconter ses songes à un magistrat qui le renvoya comme un inepte radoteur. S. Quentin lui apparut une troisième fois et, après lui avoir reproché sa pusillanimité, lui posa le doigt sur les lèvres, en disant :« Tu resteras muet jusqu'à ce que tu aies complétement rempli ta mission.» Amalwin se rendit alors au moulin du Chapitre où. pendant un court sommeil, il reçut des ordres précis et détaillés du saint Patron. Pour les accomplir de point en point, le muet, remplaçant la parole par les gestes, se fait ouvrir la porte de la tour Saint-Michel,y prend une relique de S. Amand,la porte devant le grand autel, la baise trois fois, recouvre alors la parole, et raconte sans crainte tout ce qui lui est arrivé. L'abbé Fulrade, bientôt informé de ces étranges incidents.
1 Canton de Vermand.
$. QUENTIN, MARTŸR. 369
s'empressa de restituer aux chanoines la cense de Villers- Faucon.
C'est devant le portuil de l'église de Saint-Quentin que s'accomplirent les trois miracles suivants : une paysanne, nommée Marguerite, d'une taille si voûtée qu'elle ne pouvait contempler le ciel, recouvra la souplesse de ses mem. bres, et prit bientôt le voile en reconnaissance de ce bienfait; — un cul-de-jatte du pays de Brie fut également guéri; — un paralylique, nommé Angalaire, élevé dans le cloître des chanoines, avait suivi son père à Aix-la-Chapelle. Là, Charlemagne, ayant appris qu'il était serf de l'église de Saint-Quentin, le renvoya à Fulrade. On déposa : l'impotent devant le £rand portail. et soudain il se releva parfaitement dispos.
Il vavait déjà plusicurs annéesqu'ontravaillait à la nouvelle église que Fulrade avait commencée en 814, lorsqu'un nommé Ragembold, natif de Nivelle-en-Brabant, qui tàchait d'expier ses crimes par des pèlerinages, s'arrêta à Auguste de Vermandois, en se rendant au tombeau de S. Martin à Tours. S. Quentin lui apparut pendant son sommeil, se plaignit de la négligente lenteur qu'on mettuit à construire son église et ordonna au pèlerin de prescrire de sa part aux ouvriers de hâter leurs travaux. Rigembold n'en fit rien, malgré une seconde injonction : aussiS.Quentin, pour le punir de sa désobéissance lui apparut une troisième fois et, par un attouchement merveilleux, lui para: lysa les nerfs des jambes et des cuisses, en l'avertissant qu'il ne recouvrerail l'usage de ses membres qu'à la grande fête patronale qu'on allait bientôt célébrer. Le paralytique se fit porter au portail de l'édifice, raconta sa mésaventure et détermina les ouvriers à reprendre activement leurs travaux. Le bruit de cet événement fit accourir une foule de curieux à la fête patronale. Pendant les matines, au moment où on lisait les Actes du saint Martyr, une voix céleste ordonna à Ragemboild de se lever et d'entrer dans l'église. Il se dirigeu alors d'un pas ferme vers le grand autel où il rendit grâces à Dieu. au miiteu de lu pieuse
T. El. 34
allégresse des fidèles. Ce miraculé mourut peu de temps après, selon ce qui avait été prédit par S. Quentin.
Vers le même temps, un muet, qui avait reçu l'hospitalité d'un chanoine, recouvra l’usage de la parole, par l'entremise du saint Martyr, pour stimuler la lenteur persévérante de Fulrade et lui prédire divers événements.
Lorsque la crypte de cette église fut entièrement ter- ‘ minée, on la décora d'objets précieux. Un villageois de Dury ‘s'y introduisit pendant la nuit pour y commettre des vols. Égaré comme dans un labyrinthe, il ne put retrouver la fenêtre par laquelle il avait pénétré. Lorsque, au chant du coq, le coutre entra dans la crypte, il y surprit le larron qui, comprenant le miracle de sa détention forcée, s'empressa d’avouer et de déplorer sa faute.
Le 21 mai 826, un aveugle, nommé Milon, du village d'Hermiscourt, dans le diocèse de Cambrai, après avoir été vénérer sans succès le corps de S. Sébastien, dont venait des’enrichir l'abbaye de Saint-Médard de Soissons, fut plus heureux à Augusta. Une voix mystérieuse lui ayant ordonné de se laisser aller au sommeil qui l'accablait, ses yeux suintèrent du sang, s’ouvrirent à la lumière du ] jour, et il put, sans guide, aller rendre grâce à Dieu près du tombeau de S. Quentin.
Le même mois fut témoin des guérisons d'un homme atteint d'étisie ; d'une petite fille de Soissons, malade de trois blessures ; d'un aveugle, né sur le domaine de l'abbaye de Saint-Amand ; d'une femme nommée Morberte, qui souffrait depuis trois an$; d'un tenancier de l'abbaye de Notre-Dame d'Homblières qui était paralysé depuis
quatre ans.
Pendant le mois suivant, on vit s'opérer les guérisons de deux aveugles, d'un borgne, d'un boiteux, d'une paralytique. Quelques-uns de ces infirmes avaient fait inutilement le pèlerinage de Soissons pour ÿ invoquer S. Sébastien.
Vers le même temps, S. Quentin rendit la voix à un
‘ Canton de Saint-Simon.
meunier qu'on pouvait à peine entendre, fit recouyrer la vue à trois aveugles et l'usage des pieds à une impatente.
Quand l'évêque Rambert, sacré en 902, remit solennellement le corps de S. Quentin dans la crypte avec ceux de S. Victoric et de S. Cassien, on vit trois fois un glabe de feu s'élever sur le sépulcre du Saint et remplir d'une éblouissante lumière l'obscurité de la crypte. A partir de cette époque, on célébra au {2 janvier la fête de la Tumulation de $. Quentin.
Une chapelle avait été érigée, près des bords de la Somme, là où Ste Eusébie avait découvert le corps du Martyr qui y séjournait depuis cinquante-cinq uns. En même temps, on avait creusé deux puits aux endroits où avaient apparu, surnageant, le corps et la tête de S. Quenun. Telle fut l'origine de l'abbaye de Saint-Quentin en l'Isle, où s'accomplirent, au Xe siècle, un certain p>mbre de miracles dont le récit nous à été transmis par un écrivain contemporain que nous allons analyser.
Vers l'an 960, tandis qu'on unissait par un pont la petite ile de la Somme à la terre ferme et qu'on élevait l'édifice où des moines réguliers allaient remplacer les anciens chanoines, un prêtre de Noyon vint s enfermer dans l'église et, prenant de l'eau du puits creusé à l'endroit où Ste Eusébie avait trouvé le corps de S. Quentin, il en lava une partie tuméfiée de sa cuisse où il éprouvait de grandes douleurs. Sa confiance fut aussitôt récompensée et l'enflure’ disparut.
Vers 977, alors que les châtelains de Péronne relevaient de ses ruines cette abbaye, ravagée par les Normands, un ouvrier tomba du haut d'un échafaudage et, grâce à l'entremise du saint Patron, n'en ressentit aucun mal.
Une femme aveugle, de Saint-Quentin, recouvra la vue ea se baignant les yeux avec l'eau du puits de l'église. Après avoir passé trois jours à glorifier son libérateur, elle laissa sur son autel le bâton dont elle avait besoin naguères pour guider ses pas incertaius.
Une autre femune, native de Grugis', avertie par un
Canton de Saint-Simon.
372 8, QUENTIN, MARTŸYR.
songe, alla baigner dans ce même puits son bras paralysé et vit disparaître en un moment l'infirmité qui la désolait depuis quatre ans.
Ces quatre miracles s'accomplirent sous l’épiscopat de Lindulphe qui mourut à Noyon vers l'an 989 et qui en fit rédiger le récit par un moine de Saint-Quentin en l'Isle.
Un sermon anonyme, composé vers la même époque, . nous apprend que l’église de Saint-Quentin se vit déposséder de sa terre de Sinceny par des seigneurs voisins. Ne pouvant lutter de violence avec eux, les chanoines eurent recours à un procédé dont le Moyen-Age nous fournit plus d'un exemple. Ils portèrent solennellement la châsse de leur patron sur les terres usurpées, suivis d'une foule de fidèles qui chantaient des hymnes et des psaumes. Les détenteurs des biens du Chapitre éprouvèrent alors des remords dont ils n'avaient point jusque-là ressenti les atteintes, et restituèrent le domaine dont ils s'étaient emparés. On ramena triomphalement le corps de S. Quentin, précédé de mille flambeaux ardents, et on le laissa exposé sur le grand autel jusqu'à la prochaine célébration de sa fête patronale.
Deux miracles eurent lieu pendant cette translation que Colliette fixe à l'an 988 et dont on célébra quelque temps l'anniversaire.
L'avocat Claude de la Fons, qui écrivit en 1627 son Histoire de S. Quentin, raconte une douzaine de miracles advenus en son temps. Laissons-lui la parole pour quelques-uns d'entre eux : « Une chose qui m'a esté récitée de très-bonne part mérite bien d'être icy couchée. Au fond du cachot de Marteville, il y a une fontaine de belle et claire eaue. Dans le village, une Jeanne d’Abancourt, femme de Denis le Neutre, estoit en grande langueur de maladie. La dame de Marteville s'advise de ceste eaue, fait descendre quelqu'un de ses gens dans le cachot pour en puiser, et l'envoie à ceste femme qui, l'ayant prise, s'en est très-bien trouvée et quelque temps après fut guérie.
a En 1625, Jean de la Rozée, lorrain, soldat au régiment
des Gardes, estant en garnison en la ville de Ham, fut malade sept ou huict mois d'une fièvre lente qui lui causa une hydropisie, dont il fut tellement rendu enflé qu'il n’est pas possible de voir un homme plus gros d’enflure. Après plusieurs remèdes par luy pris, comme le mal va plustôt en augmentant qu'en relaschant, :l cherche son refuge dans le pouvoir qu'il plaist à Dieu de conférer à sainct Quentin en la guarison de semblables maux, fait ses vœux à ce Sainct et envoie une femme nommée Adrienne Pintel, faire le pèlerinage à son intention. Elle fait faire la neufvaine et rapporte de l'eaue qui lui est baillée, dont le malade est lavé par neuf jours, à la fin desquels il se trouve presque tout désenflé, tellement qu'il alla faire le voyage en personne à l’église de S. Quentin et peu de temps après fut remis entièrement en santé. »
« En ceste mesme ville de Ham, par la mesme voye,un enfant fut guary de pareille maladie. Jacques Précelle, fils de Mathieu Précelle, majeur (maire) de la ville, homme d'honneur, fut, sur l'aage de cinq ans, entrepris de la fièvre quarte qui, après l'avoir tenu environ un an, se changea en fièvre lente, et celle-là, après autant de temps, en quotidienne et presque continue qui, commençant vers les festes de Noël de 1625, dura au moins quarante jours, pendant lesquels une enflure survint par tout le corps et particulièrement aux yeux, telle qu'il avoit les jambes plus grosses que celles d’un homme, la teste et la face en telle sorte qu’on ne luy voyoit point les yeux. Ses père et mère le firent voir par les plus fameux médecins du païs qui s’efforcèrent d'y apporter ce que leur art pouvoit ; mais, par les raisons de leur profession, ils jugèrent que le mal estoit incurable. La mère, sur ce jugement, prend autre desseing: elle envoye ceste mesme Adrienne Pintel faire le pèlerinage à S. Quentin, l'en charge d'y faire célébrer la messe et dire les prières ordinaires pour obtenir la guarison de son enfant. Cela est effectué ponctuellement par ceste femme qui rapporte aussi de l’eaue pour laver l'enfant. Le lavement ne fut pas continué cinq ou six jours qu'on commença à voir l'enflure se retirer, de façon que huict jours après
fa neufvaine ïl fut du tout (entierement) désenfié ët guary. |
« Tout plein dé pareils exemples se rencontrent tous les jours ès personnes qui viennent visiter l’église de S. Quentin, soit pour y recevoir la guarison, soit pour y rendre grâcé de la guarison desjà receue par l'invocation faite dans leurs affictions ; mais pour le nombre et fréquence passée comme en ordinaire, ils ne se remarquent point. n
Claude Bendier, dans sa Vie de S. Quentin, raconte qu'en 1672, un prêtre de Noyon,nommé Souillard, revint hydropique d'un voyage dé Rome ; obligé par la violence du mal de s'arrêter à l'Hôtel- Dieu de Saint-Quentin, il fut bientôt réduit à la dernière extrémité. Après trois neuvaines successives, il fut subitement guéri pendant l'octave de la passion de S. Quentin. Ce miracle, ayant été constaté juridiquement par les docteurs en théologie et en médecine qu résidaient dans la ville, une grand messe d'actions de grâce fut chantée par le Chapitre. C'est en souvenir de cet événement qu'on plaça dansla trésorerie le portrait de M. Souillard.
RELIQUES
L'auteur anonyme des Actes de S. Quentin nous laissé aussi le récit de l'invention de son corps qui eut lieu sous le règne de Constance, vers l'an 358. A cette époque vivait à Romé une dame nommée Eusébie, aussi illustre par son
Le biographe ajoute : « et de ses frères Constantin et Constant », et dit ailleurs que le corps resta 55 ans dans les eaux. Constantin TT étant mort en 340, la découverte du corps n'aurait pas pu avoir lieu après cette date, ce qui reporterait le martyre à une époque antérieure à 285, supposition tout à fuit inadmissible, puisque Maximien Hercule, sous le règne duquel il souffrit, ne futassocié à l'empire qu'en 286. Nous supposons qu'on a aiouté par erreur les deux nome de Constant et de Constantin, et nous fixons cette invention à l'an 358, ainsi que l’ont fait la plu-
.« part des anciens écrivains du Vermandois.
€. QUENTIN. NARTYR. 375
opulence que par la noblesse de son origine. Depuis neuf ans, elle était privée de l'usage de la vue et implorait continuellement la miséricorde du Seigneur pour obtenir sa guérison. Un ange lui apparut en songe et lui dit : — a Eusébie, ta prière va être exaucée; rends-toi dansles Gaules, à la ville qu'on nomme Auguste de Vermandois, située sur les rives de la Somme, recherche l'endroit où ce fleuve est traversé par la Voie qui conduit de la cité d'Amiens à Laon, et là, tu trouveras le corps du bienheureux Quentin, depuis longtemps enseveli sous les eaux. Quand tu l’auras découvert et signalé aux fidèles, tu obtiendras la guérison de tes yeux, et tu reviendras dans ton palais, toi et tous les tiens, en parfaite santé.» —Cette vision s'étant renouvelée une seconde fois, Eusébie ne douta plus de sa réalité et se prépara à suivre le chemin que l'ange du Seigneur lui avait indiqué. Elle monta sur un char, à cause de son infirmité, et emmena avec elle des serviteurs, des servantes, un nombreux équipage, après s'être munie de diverses provisions et surtout des linges nécessaires pour ensevelir les précieuses dépouilles qu’elle allait recueillir. Quand, sous la direction de l'ange, elle fut parvenue au lieu indiqué, elle fit la rencontre d'un vieillard nommé Hérachus ? et l'interrogea en ces termes : — «Où se trouve le municipe qu'on nomme Auguste de Vermandois ? — C'est là tout auprès. — Dis-moi, je te prie, as-tu connu autrefois un chrétien du nom de Quentin qui a été mis à mort par les paiens? — J'en ai entendu parler, mais il y a fort longtemps que cela s'est passé. — Où son corps fut-il déposé ? — Je n’en sais rien. — Au nom de Dieu, jette conjure de me montrer l'endroit où la grande voie qui conduit d'Amiens à Laon coupe le fleuve et le traverse ? ?» — Après qu'ils
4 Voilà encore un argument concluant contre ceux qui placent Augusta à Vermand, sur les bords de l’Aumignon.
3 Quelques versions l’appellent Erodianus ou Eruclianus.
3 Il s’agit de l'ilot de la Somme traversé par la voie romaine qui'se bifurque bientôt après pour se rendre d’un côté à Soissons, et de l’autre à Laon. En face d’un texte aussi précis, on ne com-
eurent cheminé quelque temps, le vieillard lui dit : — eVoici le lieu que tu cherches.» — Alors Eusébie , remplie d'un saint espoir, descendit de son char, mit les genoux en terre, inclina la tête et, se frappant la poitrine, elle s’écria :
« Seigneur, Dieu d'Abraham, d'Isaac et de Jacob, Dieu de prophètes, des apôtres, des martyrs et des confesseurs, vous par qui tous les élétnerts ont été créés, dont la volonté gouverne tout, qui lancez le tonnerre, la fondre et les écluirs, je m ‘adresse à vous ea humile suppliante. Je suis, une pauvre pécheresse, exaucez-mni comme vous avez exauré Tobie et Sara, quand .ls vous priaient dans le * vestibule de leur maison; daignez m'exaucer comme vous l'avez fuit pour Moïse ce! Aaron, à qui vous avez découvert les ossements du paträrche Josejh. De mème que vous avez comblé les vœux de Ste Hélène ea lui manifestant la croix divine qu'elle cherchait, ainsi daignez me montrer ce vénérable corps qui a souffert pour la gloire de votre saint nom. Père de tous les siècles, ne souffrez pas que je quitte ce liru sans avoir trouvé l'objet de tous mes désirs ; que mes veux voient votre Saint et que votre nom soit gloritié parmi les Gentils, lui qui est béni dans tous les stécles des siècles ! »
Dés qu'elle eut achevé su prière, le lieu où reposuit le saint corps fut ébranlé, la surface des eaux s'agita et l'on vit lutter à deux endroits différeuts le corps et la tête du Martvr, lesqueis se rapprochant bientôt furent portés sur la rive et respectueusement recueillis par la suite d'Eusébie. La preuse matrone les enveloppa dans les linges fins qu'elle avait préparés. Par une faveur céleste le vénérable corps n'était ni enflé, ni livide : blanc comme la neige. 1l répandait une odeur aussi suave que celle qui s'exhalerait d'un parterre de lis et de roses. On aurait ditun vase d'albâtre rempli d'ün précieux parfum.
La B. Eusëbie voulut aller ensevelir le corps du Martyr à cinq milles de là, dans la cité de Vermand, sans doute
prend pas comment M. Rigollot a pu épiloguer sur l'expression in proximo, en voulant prouver que le corps de S. Quentin a été trouvé à Vermand, sur les bords de l’Aumignon.
parce qu'elle espérait trouver, dans cette importante station militaire, des compatriotes qui partageraient sa joie; mais, quand on fut arrivé sur une colline voisine, près de la ville municipe d'Augusta, le corps devint si lourd qu'il fut impossible de l'emporter plus loin. Comprenant alors la volonté du ciel, Eusébie fit ensevelir les reliques dans cet endroit et ordonna d'y construire une cellule que devaient successivement remplacer les divers monuments qui ont précédé l'église actuelle de Saint-Quentin. Cette opération était à peine terminée qu'Eusébhie avait recouvré la vue et senti revenir les forces de sa jeunese. Tous les infirmes quiétaient présents à cette pieuse cérémonie furent également guéris. Eusébie retourna alors à Rome, emportant avec elle les broches de fer qu'elle avait fait retirer du corps du Martyr. Cette invention, dont la date est core troversée !, eut lieu, croyons-nous, le 23 juin de l'an 358.
On sait quelle touchante vénération professait S. Elci pour les reliques des martyrs etcombien il s’attachait à propager leur culte. Dès qu'il fut élevé au siége épiscopal de Noyon, il entreprit de découvrir le lieu où Eusébie avait inhumé S. Quentin, dans cette ville d'Augusta qui faisait partie de son diocèse et dont les Huns et les Vandales avaient fait naguères un monceau de ruines.Cette entreprise avait déjà été tentée par un chanoine de cette cité, nommé Maurin, chantre renommé de la chapelle du roi Clotaire I; mais cet homine orgueilleux et corrompu avait vu misérablement échouer ses prétentions ; le manche de l'instrument dont il se servait n'avait pu se détacher de ses mains qu'avaient bientôt dévoré les vers, et il était mort le lendemain, inspirant un légitime effroi à ceux qui comprirent qu'il fallait soi-même étre saint pour toucher aux ossements des saints.
L'évêque de Novon, presque aussitôt après son ordination, dirigea ses recherches sur la colline où Eusébie avait inhumé le corps du Martyr, mais à un autre endroit que
‘ D. Grenier diten 342 ; Colliette, en 351 ; Claude Héméré, en 357 ; Claude de la Fons, en 358
celui désigné par l'opinion générale. Les sondages qu'il fit exécuter sous le pavage de la basilique n’eurent d'abord aucun succès : aussi les frères qui l'aidaient finirent-ils par désapprouver son projet, en lui rappelant le triste sort de Maurin,et en ajoutant que le corps enseveli depuis trois siècles devait être réduit en poussière. Le persévérant prélat, bien loin de se laisser détourner de son œuvre, ordonna un jeûne général de trois jours et, pour prouver toute la force de sa confiance, fit vœu de ne prendre aucune nourriture jusqu'à ce qu'il eût trouvé le trésor qu'ambitionnait sa foi ‘. Trois jours et trois nuits s'étaient passés en travaux infructueux, quand tout à coup S. Eloi, vers les minuit, rejetant son manteau et saisissant une pioche, attaqua les parois d'une fosse profonde de dix pieds ? creusée à l'extrémité de l’église. Bientôt une suave odeur s'échappa du cercueil brisé, en même temps qu’une lueur si éclatante que les assistants en furent tout éblouis et que les habitants de la cité s'imaginèrent, les uns, qu'un merveilleux météore traversait les cieux, lesautres, que le jour venait de se lever.
S. Eloi, après avoir pressé sur ses lèvres ces reliques tant désirées, en détacha quelques-unes pour les distribuer à diverses églises de son diocèse ; il recueillit à part les cheveux, les clous du supplice et les dents dont l'une laissa échapper de sa racine quelques gouttes de sang. Ayant enveloppé le reste du corps dans une précieuse étoffe de soie, il le déposa avecun pieux respect derrière l'autel, en
1 Dans les bréviaires de Noyon, antérieurs à celui de Bourzac, il est dit que S. Éloi se promit de renoncer à son évèché et de finir ses jours dans une retraite sauvage, si Dieu ne le reconnaissait pas digne de découvrir les reliques de S. Quentin. Cette particularité ne se trouve pas dans la Vie de S. Eloi par S, Ouen, que nous prenons pour guide dans cette partie de notre récit.
1 On voit, dans les Actes de S. Gervaiset de S. Protais que leur corps était enterré à douze pieds de profondeur. C'était sans doute pour mettre leurs reliques à l’abri des profanations des barbares qu'on les inhumait si profondément.
aîtendant qu'il püt l'abriter dans une châsse revêtue d'or, d'argent et de pierreries, qu'il se proposait de confectionner lui-même. L'affluence des fidèles qui allèrent vénérer ces saintes dépouilles fut si considérable que S. Eloi fit bientôt agrandir ce sanctuaire, avec les deniers qu'il recueillit de la générosité des fidèles et de la libéralité de Clovis II. a
Cette seconde invention eut lieu le 3 janvier de l'an 641, et non pas en 66 ou en 657 comme l'ont prétendu quelques auteurs qui ne se sont point rappelé que l'évéque de Noyon fut sacré le 21 mai de l'an 640 et que cette découverte eut lieu. fort peu de temps après son intronisation. |
L'église, commencée par Fulrade, fut consacrée le 25 octobre 835, par Dreux, évêque de Metz ‘, qui transféra le corps du saint Patron dans un sarcophage supporté par de petits piliers et construit dans la nouvelle crypte. On commença dès lors à célébrer ce souvenir par la fête de {a Translat'on de S. Quentin. ,
La juste terreur qu'inspiraieht les déprédations des Normands déterminèrent les chanoincs à transporter à Laon, citée mieux fortifiée, les corps de S. Quentin et de S. Cassien qu'ils avaient déjà cachés en 859 et replacés dans leur crypte en 870. Cette nouvelle translation cut Leu le 1°" janvier 881. On crut trop tôt être débarrassé des avasions des barbares, quand on ramena les reliques, le ? février de l'année suivante. En 883, les Normands, conduits par Hasung, revinrent dans le Vermandois. Transportés de nouveau à Laon, les corps de S. Quentin et de S. Cassien furent réintégrés dans leur crypte, non pas en 885 ou eu 895, comme l'a cru Baillet, mais à une année indéterminée de l'épiscopat de Rambert qui ne fut sacré qu’en
C'est par erreur que l’auteur du Livre des Miracles de S. Quentin (cap. 38) place cette translation en 835, douzième année du règne de Louis le Débonnaire. (e n'est qu'en 825 qu'on peut concilicr la présence simultanée, à cette cérémonie, de Dreux: évèque de Metz, Achard de Noyon, Siméon de Laon èt Badurad de Paderborn. (LE CoiNTE, Annal. xni1, 388.)
902. Cet évèque remit solennellement dans leurs tombeaux les corps de S. Quentin, de S. Cassien et de S. Victoric. La fête commémorative de cette translation se célébrait le 12 janvier !.
Lorsque Guy, doyen de Saint-Quentin, fut devenu évéque de Beauvais,il voulut glorifier le martyr du Vermandois en érigeant une abbaye sous son vocable dans sa ville épiscopale. La dédicace en eut lieu le 4 octobre 1069 et non pas en 1074, comme l'a prétendu Colliette. Pour honorer cette cérémonie où assistèrent les évêques d'Amiens, de Noyon, de Senlis, de Meaux et de Troyes, on y porta les reliques de S. Quentin, qui, deux jours après, reprirent le chemin de leur antique asile (Spicileg. 1, 684.)
Au Moyen-Age, on avait coutume de faire voyager les reliques des saints pour exciter la générosité des fidèles à reconstruire leurs chässes ou leurs églises. En 1101, les quéteurs de la Collégiale portèrent à Péronne le corps de leur patron. Il fut déposé dans l'église de Saint-Fursy où s'accomplirent divers miracles dont le récit ne nous est point parvenu. (CoLLIETTE, 11, 44.)
En 1228, alors que le chœur de la Collégiale fut achevé tel qu'on le voit aujourd'hui, on leva de la crypte, qu'on appelait vulgairement chapelle de soubs-terre *, les corps des trois martyrs Quentin, Victoric et Cassien. En présence d'Enguerrand III, sire de Coucy, on les mit dans de magnifiques châsses, revêtues d'or, d'argent et de pierreries ; elles restèrent exposées à la vénération des fidèles dans l’ancienne église jusqu'à ce que la nouvelle fût terminée. On célébrait ce souvenir, le 2 mai, pour la fête
1 Les auteurs de l’AHistoire des saints de Franche-Comté prétendent qu’une partie des reliques de S. Quentin fut portée en 898 de Laon à Besançon. Nous ne trouvons rien, dans nos documents picards, qui confirme cette tradition.Ce qu’il y a de certain, c’est qu'en 1514 on trouva dans une chapelle de Besançon, dédiée à S. Quentin, un ossement de ce Martyr conservé dans une châsse de fer.
3 On donnait aussi à la crypte le nom de creuftes, locution qui a persévéré à Nesle et à Ham.
chômée de l'É‘lévation de S. Quentin. Un sermon, composé lors de cette solennité, nous apprend qu'une femme d'Amiens, aveugle depuis deux ans, se fit conduire à Saint-Quentin pour assister à cette translation et qu'elle y fut guérie de sa cécité.
La consécration de la nouvelle église eut lieu le 2 septembre 1257. On y transféra solennellement les châsses des trois Martyrs, en présence de S. Louis, le premier roi de France qui ait porté le titre de chanoine d'honneur de Saint-Quentin, de ses deux fils aînés Louis et Philippe, de Jean, comte de Soissons, de Simon de Nesle, de Gilles Lebrun, connétable de France, de l'archevêque de Reims et de huit autres prélats parmi lesquels figurait Gérard de Conchy, évêque d'Amiens. On publia la bulle d'indulgences que le pape Alexandre VI avaitaccordée, deux ans auparavant, en vue de cette imposante solennité, dont la mémoire fut longtemps célébrée par la fête du 2 septembre qui portait ce titre liturgique : Veneratio reliquiarum ecclesiæ Sancti-Quintini a S. Ludovico. (MarLorT, Hist. Remens. 11, 544)
Eo 1394, on promena encore en diverses provinces les reliques de S. Quentin pour recueillir les aumônes nécessaires à la confection d'une nouvelle châsse.
En 1559, deux ans après le terrible désastre connu sous le nom de journée de Saint-Quentin, le commandant espagnol de cette ville fit transporter le chef‘ du saint Patron dans la citadelle de Cambrai. Ce n'est que dix ans plus tard, sur les instances de Catherine de Médicis et de Charles IX ,que le Chapitre put enfin recouvrer ce précieux trésor. Ce souvenir fut perpétué par la fête dela Reddition du chef de S. Quentin qu'on célébrait le 14 septembre.
Les autres reliques du Martyr avaient été sauvées, pendant le sac de la ville, en 1557, par Michel Canedon qui les avait transportées dans son château de Buloyer!, dont
1 Près de l’abbaye de Port-Royal, dans l'arrondissement actuel de Rambouillet. Tillemont donne le nom de Le Camus au seigneur de Buloyer et raconte ce fait autrement qu'Héméré.
il était seigneur. Scs héritiers rendirent les reliques en 1620 et oblinrent de garder une partie de la mâchoire qui, plus tard, fut donnée à l’abbaye de Port-Royal.
Le fait suivant nous est rapporté par Cath. Lévèque,dans sa Vie de M. Thuet, théologal de la collégiale de Saint- Fursy de Péronne. En 1562, les hérétiques qui dévastaient les églises de Samt-Quentin s'emparèrent d'une partie des reliquaires. Une main de S. Quentin, victime de ces déprédations, tomba en possession d'une dane de Paris qui fut guérie en l'invoquant. Ayant appris d'une femme de Péronne, veuve d'un maître de violon, nommé Clavier,que ce devait être une main du martyr du Vermandois, à cause des ongles arrachés et des doigts percés, elle consentit à . ce qu'on vint reconnaître cette relique, déterminée qu'elle était à en faire la restitution : c'est ce qui eut lieu en 1642. M. Thuet détermina le Chapitre de Saint-Fursy à se rendre processionnellement au-devant de cette relique, ramenée de Paris, et de l'accompagner jusqu'au chemin de Saint-Quentin. Le pieux théologal faisait remarquer à ses confrères a qu'ils ne pouvaient rendre trop d’honneur à ce grand saint qui avait passé par Péronne !, tout déchiré de coups, pour aller achever de souffrir le martyre ‘à Auguste. » Catherine Lévêque, qui écrivait en 1685, ajoute qu'on vénérait alors cette main à Saint-Quentin ; elle s’y trouve encore aujourd’hui ?.
. Sur la demande du doyen de Roye, le Chapitre de Saint- Quentin donna à l'église Saint-Florent, le 7 novembre 1657, ua doigt du saint Martyr qu'onfit enchässer dans un bras d'argent (Mss. de M. De ConceLce, f° 221.— Biblio. thèque de Roye).
En 1668, le mayeur de Saint-Quentin fit don d'une chässe d'argent destinée à renfermer l'une des mains de "S. Quentin (COLLIETE).
1 M. Thuet se trompaîit dans l'itinéraire qu’il prête à S. Quenun.
3 Ces faits sont rapportés un peu différemment par CI. Héméré, qui ne se prononce pas sur l'authenticité de cette relique.
Æn 1793, une partie des reliques conservées à la Collégiale fut brülée en place publique, On a pu sauver une portion du chef de S. Quentin et un grand nombre de ses ossements ‘, en les inhumant dans le caveau qui servait de sépulture aux chanoines de Saint-Quentin. Ces reliques ont été reconnues le 10 juin 1807 par Mgr de Beaulieu, évêque de Soissons.
D'anciens inventairés que nous avons consultés et des historiens locaux mentionnent l'existence de reliques de S. Quentin à Saint-Jacques d'Amiens ; à Sainte-Catherine, à Saint-Quentin et aux Chartreux d’Abbeville : au prieuré de Donchery-en-Rethelois ; à Sainte-Croix d'Arras ; à l'église de Gouy-en-Artois ; à Saint Quentin de Besançon ; aux abbayes de Saint-Riquier, de Sainte-Austreberte de Montreuil, de Sainte-Benoîte d'Origny, de Saint-Vaast d’Arras, de Saint-Bertin, de Notre-Dame de Soissons, de Longpont, d'Ourscamp, etc. — Les Archives de l’église Saint-Pierre de Roye nous apprennent qu'on y possédait « une fiole de verre contenant le cleu de S. Quentin. »
On conserve aujourd'hui des reliques plus ou moins importantes de S. Quentin aux Ursulines d'Amiens, à Fay (canton de Chaulnes), à Saint-Martin de Laon, à Mailly, à Montreuil-sur-Mer, au Mont-Saint-Quentin, à Saint- Pierre de Roye, à Sailly-l’eau-reste, à Saint-Quentin de Tournai, à Peru : elz (Hainaut), etc.
CULTE ET LITURGIE
Le culte de S. Quentin se généralisa aussitôt après l'élévation de son corps par S. Flov, en 641. La distribution :
* D'après l’énumération qu’en donne M. l'abbé Vaillgnt, dans la Vie de S. Quentin, extraite des l’etits Bollandistes, on conserve aujourd’hui a l’église de Saint-Quentin: quatre fragments des os da bassin, grande partie du sternum, deux vertèbres, fragments de vertèbres et d’omoplates, partie de la rotule et du calc aneum, une côte, deux fausses côtes, fragments de côtes, portion considérable du fémur gauche, main droite momifiée, fragments de petits os.
qu'il fit alors de plusieurs reliques engagea à dédier diverses églises à l'apôtre de l'Amiénois. Landon, arcbevêque de Reims, mort en 649, érigea dans sa ville métropolitaine une église à S. Quentin. En 662, S. Tron, fondateur de l'abbaye de ce nom dans le diocèse de Liége, dédia à S. Quentin et à S. Remy le sanctuaire qu'il venait d'édifier. Au IX: siècle, ce culte avait pénétré en Italie, puisque nous voyons, en 880, un monastère de ce nom à Monferrat, ville de Lombardie. (CozzirTTE, 1, 225, 263, 362.)
Anselme, abbé de Saint-Quentin, fit construire sur la Somme, en 950, un pont en pierre pour la commodité des habitants qui, jusque-là, avaient été obligés d'aller en bateau pour vénérer les reliques de leur Patron. /D. GRENIER, ({ntrod. à l'Hist. de Pic., p. 458.)
Avant le IX°siècle, l'usage s'était introduit à Saint-Quentin de faire gras le 31 octobre, fête du Patron, bien que ce fût la vigile de la Toussaint, et quand bien même ce jour tombait un vendredi ou un samedi, Cette coutume fut confirmée par l'autorité ecclésiastique et u'a pas été abolie depuis. Quelquesparoisses dédiées au même Saint ont suivi le même exemple. Le pape Clément IV, en 1268, accorda la même faveur aux habitants du Périgord, à la conditipn toutefois que la fête de S. Quentin ne tombât point un mercredi, un vendredi ou un samedi. (CI. DE LA Fons, Hist. de S. Quentin, ch. vi.) Cet antique privilége ne trouve plus d'application depuis que la ville de Saint- Quentin célèbre sa féte patronale le dimanche qui suit le 31 octobre.
Les évêques de Noyon, de Beauvais, de Soissons, de Laon et de Cambrai, ainsi que les principaux seigneurs de Picardie, allaient assister, à Saint-Quentin, à la fête du Patron ; ils étaient accueillis dans le palais des comtes de Vermandois, tandis que leur suite et les simples ecclésiastiques étaient hébergés par les chanoines. En 1159, l'évêque de Noyon fut accompagné par un si nombreux cortége que le trésor du Chapitre se trouva épuisé par cette réception. Les chanoines crurent devoir faire parvenir leurs doléances
au Saint-Siége, et Alexandre III, en 1159, rendit à ce sujet la bulle suivante : « Alexandre, évêque, serviteur des serviteurs de Dieu, à nos très-aimés fils, le doyen et les chanoines de Saint-Quentin, salut et bénédiction apostolique… Nous avons favorablement accueilli vos justes réclamations relativement à l'évêque de Noyon, qui, au jour de la fête de S. Quentin, où il est tenu de visiter votre église, lui impose une charge onéreuse en menant à sa suite un nombre d'hommes et de chevaux trop considérable, de sorte que sa visite devient un fardeau pour vos finances. En vertu de notre autorité apostolique, nous défendons très-expressément à l'évêque de Noyon ‘et à ses successeurs d’avoir à leur suite, dans cette cérémonie, plus de 35 hommes et 30 chevaux. Ils ne devront occasionner aucune charge aux chanoines et se contenter de ce que vous jugerez à propos de fixer pour l'entretien convenable du nombre d'hommes et de chevaux désigné. » (Roci, Archives de Picardie et d'Artois, 1, 23.)
Quand un pèlerin ou un croisé du Vermandois partait pour la Terre-Sainte, il avait soin d'examiner soigneusement sa conscience ; s’il se reconnaissait détenteur du bien d'autrui, il s'empressait de le restituer, et allant ensuite se prosterner sur le tombeau de S. Quentin, il offrait, comme dons expiatoires, un cierge, un pain, une mesure de vin et douze oboles, en mémoire des douze apôtres qui vinrent évangéliser la Gaule-Belgique. (Fouqui£r-CHoLLeT, des Mœurs et des Usages de la ville de Saint-Quentin.)
Philippe le Bel, revenant de Flandre en 1297, alla vénérer les reliques de S. Quentin et s'associa ainsi à la dévotion qu'avaient jadis témoignée au saint Martyr Charlemagne, Charles le Chauve, Louis IX, et un grand nombre de puissants personnages, parmi lesquels il faut citer Barthélemy de Roye, grand chambellan de France, et presque tous les comtes de Vermandois. (HÉMÉRÉ, Augusta Viromanduorum, p. 250.)
En 1404, Gui de Roye, archevêque de Reims, donna sa terre de Castre en Vermandois à l’église de Saint Quentin, motivant cette donation par la piété qu'il professait
T. ll 25,
pour le patron de la Collégiale. La reconnaissance des chanoines établit qu'au Memento de la messe capitulaire un enfant de chœur irait rappeler au célébrant le souvenir de Gui de Roye. (Fisquer, France pontificale, diocèse de Reims, p. +34.)
Louis XIII alla vénérer, en 1635, le tombeau du saint Martyr et obtint un petit os de son chef. (HÉMÉRÉ, p. 359.)
Ce pèlerinage était très-fréquenté à cette époque. Quentin de la Fons, qui écrivait au milieu du XVII siècle, nous dit qu'au-dessous des chässes d'argent des SS. Quentin, Victoric et Cassien, exhaussées sur le grand autel, « sont des cierges posés contre les piliers qui les soutiennent, où anciennement se venoient seoir et reposer les malades et tous ceux qui demandoient et attendoient quelque assistance de ces Saints en leurs afflictions et où autrefois se sont faits plusieurs miracles. La dévotiôn que l'on porte à ces Saints et l'espérance que l'on a en leur secours, fait que non-seulement cela se pratique à présent, mais que plusieurs femmes de diverses conditions viennent baiser les piliers qui soutiennent ces corps saints, et d'autres y attachent de petites chandelles ardentes sans se soucier des risées des hommes du monde qui se moquent de cette humble et sincère dévotion. » (Mist. de l'église de Saint-Quentin, 1, 71.)
La grande neuvaine que faisaient les pèlerins consistait à assister pendant neuf jours, un cierge à la main, à tous les offices de la Collégiale et à jeüner pendant ce tempslà. La petite neuvaine se bornait à aller prier devant la chässe une fois par jour, pendant le même espace de temps.
Claude Bendier, dans sa Vie de S. Quentin, nous raconte une coutume singulière qui n'existait déjà plus de son temps : « C'était celle des contre-poids, suivant laquelle les pèlerins enflés se faisoient peser chaque jour, durant leur neuvaine, afin de reconnoître de combien leur enflure étoit diminuée ; et souvent, en actions de grâces, pour les bienfaits qu'ils avoient reçus par le moyen de ce saint Martyr, ils offroient à son église des poids de cire, de bled
et d’autres choses, égaux à la pesanteur de leur corps, ce qui, pour ce sujet, s’appeloit contrepords, contrapondera. »
Un autre usage qui disparut également au XII* siècle était celui des lofiones, mesures d'eau où l'on trempait une relique de S. Quentin et dont les malades se servaient comme breuvage ou plus ordinairement comme lotion. (Cl. pe LA Fons, p. 305.) Plus tard, on se contenta de faire. bénir l’eau qu'on tirait du puits de S. Quentin.
La coutume était de suspendre des membres en cire pour indiquer les guérisons obtenues par l'intercession du Saint. Il était plus spécialement invoqué pour l'hvdropisie, sans doute parce que le corps du Martyr resta cinquante cinq ans sous les eaux sans subir aucune tuméfaction.
La féte de l'Invention, qu'opéra S. Éloi, célébrée le 3 janvier, s'appelle vulgairement l'allumertie, parce que, pendant les matines, on allume à l'entrée du chœur un nombre considérable de cierges. C'est pour rappeler la lueur mystérieuse qui remplit l'église et même toute la cité; au moment où S. Eloi découvrit les restes du saint Martyr. Un buste de S. Quentin, entouré de cierges, était placé près de l'endroit où avait eu lieu l'Invention et le clergé allait y chanter un Ze Deum d'actions de grâces. (BENDIER, Vie de S. Quentin.) « Aujourd'hui encore, dit M. l'abbé Gobaille, ln même cérémonie se célèbre chaque année, quoique l'autel de S. Quentin, dont parle Bendier, ait disparu lors du vandalisme révolutionnaire. »
Dans le bréviaire de la Collégiale de Saint-Quentin, imprimé en 1642, on trouve les cinq fêtes suivantes,dont nous avons eu l’occasion de préciser l'origine : 3 janvier, Invention de S. Quentin par S. Eloi en 641; 12 janvier, Tumulation de S. Quentin, S. Victoric, S. Cassien, en 902 : — 2 mai, Élévation de S. Quentin, en 1228 ; — 23 juin, Invention de S. Quentin par Ste Eusébie, en 358; — 95 octobre, Translation de S. Quentin par l'abbé Hagues, en 835 ; — 31 octobre, Passion de S. Quentin, en 3035.
On voit que plusieurs des fêtes dont nous avons parlé avaient déjà disparu à cette époque. « Vers le milieu du XVII: siècle, dit M.l'abbé Gourmain, la fête de l'élévation de S. Quentin, prit un nouvel éclat, grâce à l'ingénieuse
piété d’un chanoine de Saint-Quentin, Thomas Rosey; voici à quel propos. De temps immémorial, la jeunesse la plus qualifiée de la ville avait coutume de se disputer dans des courses à cheval, aux jours du carnaval, une couronne de satin cramoisi, brodée d'or et d'argent; quelques excès sans doute était la conséquence de ces parties de plaisir. . Le pieux chanoine voulut y remédier au profit des mœurs et à la gloire de S. Quentin. Par son testament en date du 46 août 1654, passé par-devant M° Nocque, notaire, il légua une somme suffisante pour confectionner une couronne d'argent qui serait offerte au vainqueur des courses à cheval, désormais transférées à la fête de l'É‘lévation, le 2? mai. Le vainqueur devait, le lendemain des courses, porter au chanoine-trésorier du Chapitre, sa couronne, pour être déposée et rester sur le chef de S. Quentin. On appela Chevaliers de la Couronne les jeunes gens qui prirent part à ces nobles jeux ; et comme, en France et surtout dans “notre vieille Picardie, une galanterie discrète et de bon goût avait toujours sa place dans les plaisirs et les jeux publics, la veille des courses de la couronne d'argent, les courtois chevaliers concouraient pour les Couronnes des Dames ; c'étaient deux couronnes de laurier que les hautes et belles dames de la ville distribuaient gracieusement aux vainqueurs. C'est ainsi que chez nos pères, la religion se retrouvait dans toutes les institutions honnêtes et entrait toujours, selon une discrète mesure, dans les joies et les plaisirs légitimes de ses enfants. » (Semaine du Vermandois, 8 mai 1858.)
En 1845, Grégoire XVI a accordé une indulgence plénière apphcable aux défunts pour le 31 octobre, et le 2 mai aux fidèles de la ville de Saint-Quentin.
À Amiens, le culte de S. Quentin s’est beaucoup effacé depuis la destruction de la chapelle qui lui était dédiée. Il est plus honoré dans la partie de notre diocèse qui avoisine le Vermandois et qui faisait partie jadis de l'évéché de Noyon. À Ham, il y a cinquante ans, tous les petits enfants apprenaient à lire dans la Vre de S. Quentin.
Si nous voulions sortir de notre diocèse, nous aurions à
signaler en France et en Belgique beaucoup d’endroits où S. Quentin est honoré d'une manière spéciale. Bornonsnous à citer dans le diocèse de Soissons : Vermand, Marteville, Holnon, Brasle et Saint-Quentin-lès-Louvry, qui sont encore aujourd’hui des lieux de pèlerinage.
Il y avait des confréries du saint Martyr à Saint-Quentin, à Mons, à Amiens, etc.
La fête de S. Quentin qui figure dans tous nos bréviaires amiénois avait été transférée au 15 novembre par M. de la Motte ; elle a repris sa véritable place depuis l'introduction de la liturgie romaine. On la célèbre aussi dans les diocèses d'Arras, de Bayeux, de Beauvais, de Cambrai, de Châlons, de Chartres, de Tournai, de Tours, etc.
Le nom de S. Quentin est inscrit dans le Martyrologe romain, dans les Litanies de Soissons (VIII* siècle), et dans presque tous les Martyrologes, à partir du VII° siècle.Celui du diacre Wandelbert (IXe siècle) s'exprime ainsi au 31 octobre : | |
Quintinum pridie celebrant sua gesta beatum Qui insigni et vario ob Christufn certamine victor Octimbrem clauso componit in orbe ruentem.
S. Quentin est le patron, non-seulement de la ville qui porte son nom, mais aussi du Vermandois. En laissant de côté les prieurés et les chapelles, pourne tenir compte que des paroisses, nous voyons qu'il y avait sous son vocable 21 églises dans le diocèse de Noyon; 12 dans celui d’Amiens ; 9 dans celui de Laon; 7 dans celui de Reims; 3 dans ceux de Cambrai, de Rouen et de Soissons, etc.
Actuellement, nous trouvons 25 églises dédiées à S. Quentin dans la Belgique, dont 7 dans le diocèse de Tournai; 34 dans le diocèse de Soissons ; 4 dans les diocèses de Beauvais et de Troyes ; 24 dans celui d'Amiens; ce sont celles de : Arry, Aubercourt, Bernes, Estrées-Deniécourt, Fay, Feuillères, Foucaucourt (Chaulnes), Fressenneville, Gruny, Halloy-lès-Pernois, Ignaucourt, Liéramont, Morisel, Popincourt, Quièvres, Quiquery, Quivières, Saïlly-l'eau-reste, Salouel, Saint-Quentin-Croix-
au-Bailly, Saint-Quentin-en-Tourmont, Tincourt-Boucly, Thennes, Villers-Carbonnel.
Plusieurs de ces localités font leur fête patronale au 15 novembre, ancienne date de la célébration liturgique dans notre diocèse ; d’autres, au 2 mai, jour de l'Élévation de S. Quentin.
Parmi les sanctuaires détruits de notre diocèse, qui se trouvaient sous le vocable de S. Quentin, nous citerons l'abbaye du Mont-Saint-Quentin, l'hôpital Saint-Quentin d'Abbeville, les deux paroisses de Saint-Quentin-Capelle et de Saint-Quentin-en-l'eau, à Péronne, une église de Villers-Faucon, l'église détruite de Buscourt, la chapelle du cimetière de Fricourt ‘ et les chapellenies fondées à Doullens, à Nesle et dans la cathédrale d'Amiens. |
On compte en France une cinquantaine de localités du nom de Saint-Quentin ; il y en a trois dans notre diocèse : Saint-Quentin-la-Motte, qu'on appelle plus communément Croix-au Bailly, Saint-Quentin-en-Tourmontet Mont-Saint- Quentin. Nous pourrions ajouter Tincourt, qui se nommait jadis Quentin: Curtis, et un village détruit appelé Mesnil- Saint-Quentin, entre Quivières et Guisancourt. Mentionnons aussi les lieux dits : Bosquet-Saint-Quentin, dépendance d’'Aubercourt ; Remise-Saint-Quentin, sur le territoire de Tincourt-Boucly ; Vallée de Saint-Quentin, à Saillyl'eau-reste.
Ce fut vers la fin du IX° siècle que l'Augusta Veromanduoxum, en relevant ses ruines accumulées par les Normands, quitta son antique nom romain pour prendre celui de son patron. Une monuaie frappée à Augusta en 823, sous le règne de Charles le Chauve, porte au revers l'inscription de 8CI QUINTINI Mo.
On a donné le nom de Saint-Quentin à un groupe de petites iles de la Polynésie, découvert en 1772 dans l'archipel des Iles-Basses.
! Ciaude de la Fons, en parlant de cette chapelle, dit que « sy sout faites ci-devant plusieurs opérations miraculeuses, et pour le présent on y fait encore des pèlerinages.» (P. 276).
Le P. Daire, dans son À /manackh perpétuel, nous apprend qu'on disait jadis avoir le mal de S. Quentin, dans le sens de être emprisonné. Nous aurions plutôt supposé que cela voulait dire étre enrhumé, par là même qu'au Moyen-Age on invoquait S. Quentin contre la toux.