‹ Hagiographie du diocèse d'Amiens. Tome troisièmeChapitre 57 sur 78 · MONUMENTS ARCHÉOLOGIQUES · texte numérisé non relu

MONUMENTS ARCHÉOLOGIQUES

PRISON DE S. QUENTIN A AMIENS. — Cette prison, dont nous avons visité l'emplacement sous la pharmacie de la place Saint-Martin, fut longtemps désignée sous le nom de voûte de Saint-Quentin. C'est une vaste crypte dont les arceaux en ogive sont très-massifs et très-rapprochés. Cette construction du XIV° siècle n'a rien laissé subsister de la prison gallo-romaine : c'est au-dessus de cette crypte que se trouvait la fontaine, bouchée depuis une quarantaine d'années, où les pèlerins ‘venaient boire à la source que S. Quentin, d’après la tradition, aurait fait jadlir du sol de sa prison.

En 1309, le Corps-de-ville acheta deux petites maisons bâties sur ce caveau. Sept ans après, on y érigea une chapelle qui devint le siége de la confrérie de S. Quentin. Reconstruit en 1712, cet oratoire a été détruit à la révolution. (Goze, Rues d'Amiens, 111, 92). « Plusieurs personnes, dit Pagès (t. 1, p. 125), tourmentées de fièvres et d'enflures, beuvant par dévotion et avec une vive foy de l'eau de cette fontaine, reçoivent du soulagement à leurs infirmités et la guérison de leurs maladies par l'intercession de ce saint Martyr. »

On prétend que c'est dans un carrefour situé en face de cette chapelle que S. Quentin fut tourmenté par ses bourreaux. Avant l'érection de cet oratoire et dès le IX siècle, il y avait à cet emplacement un petit hôpital de Saint- Quentin où étaient reçus les pèlerins qui venaient souvent de fort loin solliciter l'intercession du Saint. On voit encore aujourd'hui, au n° 2 de la rue Saint-Martin, des ogives du XIV: siècle, qui démontrent que cet hôpital a été recons- : truit ou du moins restauré à cette époque, en même temps que la chapelle

Le PETIT SAINT-QUENTIN. — On désignait sous ce nom, dans la capitale du Vermandois, la maison occupant l’emplacement de la prison où fut renfermé S. Quentin et où il

avait fait jaillir une fontaine. Elle faisait le coin des rues de Sainte-Marguerite et de Saint-Martin. Le lundi des Rogations, le Chapitre, en se rendant à la chapelle d'Epargnemaille, s'arrétait devant cette maison pour y chanter une antienne. Une jeune fille sortait alors du logis et déposait une couronne de fleurs sur la châsse renfermant le chef du Martyr. La croyance populaire présageait un heureux mariage à celle qui remplissait ce pieux office. Cettecérémonie, prétendait-on, était un souvenir figuratif de l'obligation qu'aurait eue jadis le propriétaire de cette maison de fournir à pareil jour une petite serve au Chapitre de la Collégiale (CorrieTre, 1, 91.) |

ABBAYE DE SAINT-QUENTIN-EN-L ISLE. — On se rappelle que le corps de S. Quentin fut trouvé par Ste Eusébie dans un marais du petit flot de la Somme que traversait la voie romaine conduisant de Laon à Reims. La piété des fidèles érigea là un petit oratoire, et l'on creusa deux puits aux endroits où avaient surgi de l’eau le corps et la tête du saint Martyr. Au VIT: siècle, une abbaye bénédictine fut érigée dans cette ile et, après bien des vicissitudes, fut démolie pendant la Révolution. Dès le commencement du XVII® siècle, 1l n'existait plus qu'un seul des deux puits dont nous venons de parler ; en 1671, on en trouva des ruines en faisant des travaux de terrassement. Il n'y a plus aujourd'huï à cet emplacement qu'une chapelle moderne qui porte le même nom.

ÉGLISE COLLÉGIALE DE SAINT-QUENTIN. — Quand Eusébie eût enseveli le corps de S. Quentin sur une colline voisine d'Augusta, elle ordonna d'y ériger une chapelle. Cet oratoire fut reconstruit sur un plus vaste plan, d'abord vers l'an 497 et ensuite vers l’an 814. Telle fut l’origine de l'église collégiale où le supérieur des chanoines réguliers portait le titre d'abbé. On reconstruisit l'édifice en 1114 ; le chœur ne fut terminé qu'en 1257, la nef en 1456, le portail en 1477.C'est pour les archéologues un des plus curieux monuments de la France, en ce sens qu'il offre à leurs études un spécimen du stvle architectural de presque toutes les époques.

M. Charles Gomart a publié dans le tome v de notre Revue de l'Art chrétien un intéressant travail sur le sarcophage qui existe encore aujourd'hui dans la crypte de l'église de Saint-Quentin. Nous allons reproduire une partie de cette dissertation avec les planches qui l'accompagnent :

« On trouve aujourd'hui, sous le chœur de l’église, une chapelle souterraine, dans laquelle on descend par deux escaliers de dix-huit degrés, placés des deux côtés du

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